‹ Precis d'une traite de poetique et de versification, contenan des considerations sur la poesie ... Par M. ViolletLeducChapitre 36 sur 52 · POÈME DIDACTIQUE · texte numérisé non relu

POÈME DIDACTIQUE

on en a composé dans chaque langue, et en possédons un grand nombre, parmi

nous

grand sens dans le choix de son sujet. En effet, que l’Art poétique se développe en vers, donne l’exemple en même temps que le. précepte; qu’un poète s’instruise en lisant un poète, rien de plus naturel; mais un laboureur, par exemple, ira-t-il aujourd’hui chercher des préceptes de culture dans un poème, fût-il aussi élégamment écrit Mm

- v *' 1 • JW *

que les Géorgiques ? Le but que se propo-

•Ém

saient les anciens, d’instruire, ne peut plus être atteint aujourd’hui ; aussi n’est-ce pas lui qui a fait composer la multitude de poèmes didactiques dont nous avons étécommeinondés dans le siècle dernier. On avait remarqué qu’auprès d’un précepte d’agronomie se plaçait naturellement la description des champs; alors, pour avoir le prétexte de décrire les phénomènes de la nature, on s’est hâté de rimer un traité de physique ou d’astronomie. Pour décrire les différens climats du globe, on a enseigné la navigation ;

bh V, fh

sêri

on a décoré du nom d’épisodes quelques anecdotes connues dont on a parsemé son ouvrage au hasard, et l’on a appelé cette composition poème descriptif.

L’abbé Delille, le plus habile peut-être de nos versificateurs, a revêtu du charme de son style plusieurs ouvrages que peuvent prendre pour modèles les jeunes auteurs qui seraient tentés d’écrire le poème descriptif.

§ IV. — Du poème badin.

Homère avait composé un poème badin , probablement satirique , le Margytès ; malheureusement ce poème est perdu. Homère nous eût encore servi de modèle ; à son défaut, le poème de l’Arioste est le type qui a servi de règle aux poèmes que depuis cet auteur on a composés dans le genre badin.

Le sujet d’un conte , soumis aux règles du poème, suffit môme au poème badin. Il comporte la malice et la plus vive gaîté. La caricature est son écueil, comme son but est d’instruire en amusant et de recouvrir la leçon d’un innocent badinage. Le Vert-Vert de Grcsset est dans ce genre l’un des meilleurs qui aient été composés en France.

er*

ty

vvy«vv»---\ 'flWiÉTV

POÈME 11A1JIN. 173 j

Le poème badin s’écrit ordinairement en vers de dix syllabes. Ce mètre, moins uni- *

forme que l’alexandrin , en ce que sa césure }

' est alternativement de quatre et de six syllabes , se prèle plus facilement à la liberté du genre : l’enjambement y est moins choquant, et, habilement travaillé, le trait y paraît plus vif. Cependant, ainsi que l’épopée sérieuse, et à plus forte raison, il pour- ^

rait se composer en strophes régulières ou même irrégulières , et il y en a en français plusieurs exemples.

§ Y. — De l J ode.

L’o«feest un chant, un hymne, un cantique. Le chant est naturel à l’homme; les diverses affections qu’exprime ce chant caractérisent les diverses espèces d’odes. Ainsi

donC , l’entllOUSiaS ™ 0 An l’admirahnn «11

la reconnaissance les senlimens

des sujets qui , .

Le chant calme la douleur, comme il témoigne la joie; mais pour chanter, il faut éprouver une émotion quelconque. Si donc le . ^

poète n’est pas affecté clés sentimens qu’il ex- ^

prime, l’ode sera froide et sans âme ; elle n’est point, comme l’épopée, le récit d’une action; c’est le cri même de l’homme passionné.

Tel était le caractère réel et primitif de ode chez les anciens , et c’est par cette raison que l’enthousiasme a été considéré comme la plus importante de ses conditions.

Mais l’enthousiasme n’est point un délire insensé ; c’est, comme le remarque judicieusement Marmontel, « l’illusion complète où se plonge l’âme du poète.» Si la situation est violente , l’enthousiasme est passionne ; si la situation est voluptueuse, c’est un sentiment doux et calme.Ainsi, dans l’ode, l’àme s’abandonne ou à l’imagination ou au sentiment, et son désordre ne doit pas aller au-delà ; tout son artifice consiste à cacher une marche régulière sous un égarement apparent. Et c’est dans les belles odes d’Horace qu’il faut étudier cet art d’arriver à un but voulu et déterminé par un chemin qui paraît n’y pas conduire.

Ce n’est que de cette manière qu’il faut interpréter le beau désordre recommandé par Boileau. L’ode, il est vrai , a la faculté de franchir les intervalles que la progrès-

r-.ti*

rffiSgfo * y

rAa-t*

r 3" J.fcTr )' ‘j-'A

ODK.

sion des idées laisse entre elles; mais les idées n’en doivent pas moins suivre leur cours naturel, et ces exclamations dont on a abusé ridiculement, ou suis-je ? où 'vais-je ? ne doivent jamais être employées ; le poète sachant toujours où il va et d’où il vient,

ou du moins devant le savoir, tout en le

laissant deviner à son lecteur.

On ne doit pas oublier, en écrivant l’ode ,

que l’expression doit être plus figurée, plus

point à l’ode.

Quelques odes de Jean-Baptiste Rousseau, les admirables chœurs d’ Atbalie, contiennent en français ce que le genre lyrique offre de plus parfait.

poème lyrique, ou tout ce que l’on voudra; mais ce ne serait plus une ode.il est même nécessaire que les strophes qui la divisent soient conformes entre elles, quoique de nos jours 1 on se soit soustrait à cette règle. L’ode, étant

4œ5fi

de sa nature destinée à être chantée, doit avoir ses strophes construites surun rhythme régulier et uniforme.Toutefois, chaque strophe peut changer de mesure alternativement ou de deux en deux , mais celte marche doit être constamment suivie; et c’est ce qui me semble devoir la distinguer en français du

dithyrambe y dont chaque strophe suit un rhythme différent.

Ce qu’on nomme strophe est une réunion de quatre, six, huit ou dix vers au plus, qui forment entre eux un sens complet, quoique subordonné au sujet général de la pièce.

Le nombre des vers qui composent la strophe peut être impair, et alors trois de ces vers riment entre eux.

La mesure de ces vers n’est pas plus déterminée que le nombre : ils peuvent être tous d’une même sorte et avoir un même nombre de syllabes, douze, dix, huit, sept et six. On peut composer la strophe de vers de mesures différentes, au goût et à la volonté du poète. Ainsi , eu considérant les stances ou strophes par le mélange des rimes , par le nombre de vers et par la mesure de chaque yers, on peut les varier en une

Page 1