ODE. I
infinité de combinaisons, dont le nombre serait incalculable.
L’usage refuse aux strophes françaises la faculté que leur accordaient les Grecs et les Latins, d’enjamber l’une sur l’autre, c’està-dire que la phrase doit être complète, ou au moins indiquer un repos dans le discours à la fin d’une strophe avant d’en commencer une autre.
Il faut éviter de faire commencer la strophe qui suit par un vers du même genre que celui qui termine la précédente. Ainsi une première strophe commence par une rime féminine et finit par une rime masculine, la seconde stance se conforme naturellement à cette disposition ; mais quand, d’après le mélange différent des riniès, une /strophe commence et finit par une rime kle même espèce, la stance qui suit doit commencer et finir par une rime d’un autre genre, et c’est une des circonstances dans lesquelles le rhythme doit alterner. En vain prétendrait-on que chaque strophe doit être 1 considérée séparément et comme détachée de celle qui la suit; en vain citerait-on quelques rares exemples contraires , fournis par roÉTTQIIE. ] 2
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nos plus grands poètes et par Racine luimême ; toute oreille délicate est choquée de ce rapprochement de deux rimes du même genre dissonantes entre elles. S’il était ■vrai d’ailleurs que chaque strophe pût être considérée comme indépendante de celle qui la précède ou la suit, pourquoi tous les traités de versification recommandent - ils d’éviter que le dernier vers d’une strophe rime avec le premier de la strophe suivante ? Ces deux règles sont identiques.
Quant au choix à faire dans le rhythme de chaque strophe, le goût de chacun, déterminé par la lecture des poètes, peut seul indiquer le rhythme qui convient le mieux au sujet que l’on veut traiter. Malherbe, çt à son exemple, les poètes lyriques qui l'ont suivi, ont négligé l’emploi d’un grand nom-; lu e de rliythmes dont les poètes antérieurs d à Malherbe avaient fait usage , et qu’il serait possible de renouveler avec succès.
Cependant le mélange de vers de mesures différentes n’est pas tellement arbitraire , quoique affranchi de toutes règles, qu’il ne faille consulter l’oreille et le sentiment avant que d’adopter un rhythme nouveau.
ODE. Ijg
Si l’on étudie le mécanisme métrique de nos vers, on sentira qu’un vers de six syllabes entre naturellement dans la strophe de vers de douze, parce que l’un de ces vers étant l’hémistiche de l’autre, le mouvement rhvth-
mique est maintenu et le passage insensible. Qu’à la place de vers de six, on mette un vers de sept syllabes, la période est rompue, le nombre change, et l’oreille éprouve un soubresaut désagréable. Le vers de huit syllabes, au contraire, s’allie avec le vers alexandrin et celui de dix , parce qu’on peut lui donner un caractère qui participe au mouvement de ces deux rliythmes, puisque son repos n’est pas déterminé. Il n’y a que l’oreille enfin qui puisse indiquer les mélanges harmonieux, et tout précepte deviendrait superflu. L’art, dit Marmontel à ce s*”*»»
n’est jamais si difficile que. lorsque la l’abandonne et quele seul instinct le conduit.
§ VI. — Des stances.
Tout ce qui vient d’être prescrit sur la forme à donner aux strophes se composent
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î80 VERSIFICATION.
aux stances. Quel est donc le caractère qui distingue l’ode divisée en strophes des stances proprement dites? Nous avons vu que l’ode a un Lut vers lequel elle marche de la manière qui lui est propre : elle a , comme tout poème, son exposition, son nœud, son dénoûment; elle procède enfin par une succession de raisonnemens ou de sentimens enchaînés les uns aux autres et
dirigés vers la même conséquence. C’est un tout, entier, auquel on ne peut ajouter ni retrancher, résultat d’un plan arrêté. Qu’un poète, au contraire, se propose de laisser échapper ses pensées sur l’inconstance de la
fortune, la perte d’un ami, son éloignement, les malheurs de la condition humaine, etc., sa pensce se renferme en un certain nombre de vers, dont le mélange, le repos et la mesure sont fixés. Il suit la même idée
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sous la même forme ; une nouvelle idée se présente, qu’il traite de la même manière, sans que son poème ait d’autres limites que la fécondité de son esprit ou du sujet qu’il a adopté. Il a ainsi composé des stances, du nombre desquelles il est possible de retrancher quelques-unes, auxquelles on peut
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