STANCES
en ajouter d’autres sans que l’unité de son petit poème en soit altérée.
§ VIL — De la fable.
C’est une comédie ù cent actes divers,
Et dont la scène est l’univers, a dit La Fontaine. Cette définition est excellente. F.n effet, la fable , moins restreinte dans le choix de ses personnages que l’épopée et la comédie, peut choisir à son gré dans la nature ce qui doit agir et parler selon son dessein, et personnifier enfin tout ce qui lui paraît propre à présenter une allusion. Il est nécessaire néanmoins que les choses qu’elle anime puissent, avec une sorte de vraisemblance, emprunter le langage et les passions des hommes. Les animaux d’abord forment un petit monde assez semblable au nôtre; tout ce qui a apparence de vie, les arbres, les fleurs, peuvent encore apparaître sur le théâtre de la fable.
Quant aux choses inertes, elles ne doivent jouerdans la fable qu’un rôle passif, équivalant à celui qu’elles tiennent dans la nature.
La fable cherche à instruire sans blesser.
Elle doit, à cet effet, contenir une vérité qui forme une leçon , mais voilée d’une allégo-
rie quelconque. La fable renferme ordinaire- . ment une moralité, c’est-à-dire une sentence courte, qui exprime vivement et d’une manière précise la vérité que la fable expose plus au long. Quand le but de assez brièvement exprimé par la fable ellemême , il est loisible d’omettre la moralité. On la rejette à la fin , si l’on pense que le lecteur peut éprouver un certain charme à prévoir la conclusion que l’auteur veut tirer de son ouvrage; mais comme l’esprit dans certains cas peut prendre le change , il est alors préférable de lui procurer la satisfaction de voir une vérité, brusquement présentée dès l’abord, se développer sous les yeux , et se revêtir d’attraits nouveaux sans changer de nature.
Lamotte, dans la préface de ses fables, donne une sorte de poétique du genre, par laquelle il indique, en critique ingénieux, les règles principales de la fable. Il traite de la justesse et de l’unité de l’allégorie, de la vraisemblance des mœurs et des caractères, du choix de la moralité. Lamotte a observé toutes ces règles , et il reproche à La Fontaine de les avoir quelquefois négligées.
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D’où vient donc, demande Marmoutel, que les fables les plus défectueuses de La Fontaine ont un charme qui manque aux plus régulières de Lamolte ?
C’est que ce cliarme prend sa source , non-seulement dans le tour naturel et facile des vers , dans le coloris de l’imagination , dans la vérité des caractères, dans la justesse du dialogue; mais encore dans cette admirable naïveté du récit et du style, caractère dominant du génie de La Fontaine.
C’est à rpbservalion delà nature que La Fontaine a dîï les couleurs dont il a peint les animaux. C’est par elle qu’il nous a rendu probables les actions qu’il leur prête, qu’il a su nous introduire dans leurs mœurs, et nous traduire leur propre langage. Aux objets même inanimés , il a donné des passions et des voix qui nous ont trouvés sensibles.
Il a vu ce qu’il raconte, il croit le voir encore. Ce n’est pas un poète, ce n’est pas un conteur, c’est un témoin. Tout ce qu’il a d’imagination , de philosophie, d’éloquence et de sentiment, il l’emploie à vous persuader , et ce sont ses efforts, sa bonne foi, c’est le sérieux avec lequel il mêle les plus gran-
. . . VERSIFiCATIÔif.
^ oWs aux petites, c’est Fin, portance qu zl attache aux malheurs d’un lapin, aux amours d’un pigeon, qui le rendent si cher et si touchant, qui font que sa crédulité est •si amusante , qui lui méritent peut-être le titre du plus grand poète des temps modernes ; car il a produit plus de prodiges i 3 U aucun cïe ses rivaux, avec des moyens en apparence moins riches, et par la seule puissance de la vérité poétique qu’il a saisie avec un tact prodigieux. L’étude de ses ou- ~ T £r orages est enfin la seule règle à recommander dans la composition de ce genre de poésie qui les admet tous, et qui repousse égale- • \,v ment tout ce c I ue naturel n’admet pas.
§VIII. -Du conte.
, Le C ° nte est une P elite épopée dont le but * " n est ï ,as d’émouvoir ou d’instruire, mais de surprendre ou d’égayer, en prenant pour hase la venté, et en s’appuyant sur lafiction. Dans le conte, ainsi que dans lepopée, Up^'. le P°, èt ® P arie et raconte. Son sublime est la / gazte: il emploie également les épisodes,
■ t eS cIe ® cn P tlons » les portraits avec les tein- . . es îfferentes que les genres exigent.
l’origine de toutes les littératures. Le conte
temps, chez tous les peuples, des historiettes, des fabliaux, des nouvelles, des contes en-
1 86 versification.
examen les récits romanesques et aventureux de tous ces pélerins.Les croisades eurent bientôt lieu : la fréquentation des Arabes, . la vue de ce climat où un soleil brûlant rend les sables arides et les passion^ fécondes, ces événemens incroyables, par suite desquels de simples chevaliers renversaient et fondaient des royaumes, donnèrent aux esprits le goût du merveilleux. On composa des romans de chevalerie et des contes.
Déjà, vers le douzième siècle , un auteur inconnu publia un recueil de contes , sous la forme de préceptes donnés par un père à son fils, et qu’il intitula le Chastoyement ; ce n’était qu’une traduction d’un ouvrage plus ancien de Pierre Alphonse, écrit en latin , sous le titre de Disciplina Clericalis, Vers le même temps, Hue ou Huon , l’un des compagnons de Godefroi de Bouillon , composa, en Palestine même, dans sa seigneurie de Tibériade, Y Ordonne de chevalerie ; c’est encore un recueil de contes, qu’il destine à enseigner les devoirs d’un preux chevalier. Vers 1220, Herbert traduisit en français le roman du Dolopathos , recueil de contes indiens. A cet exemple, une foule de
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