COMTE
poètes français qui, la plupart, sont restés inconnus, mais dont les ouvrages existent, composèrent une multitude de contes ou fabliaux , que des trouvères chantaient ou récitaient en public, dans les châteaux et les cours plénières; des jongleurs ou ménétriers les accompagnaient de leurs instrumens :
c’était tout à la fois le concert, la comédie et l’opéra du siècle de Louis le Jeune, de Philippe-Auguste et de saint Louis.
Ces petits poèmes, souvent licencieux et satiriques, sont peut-être l’histoire la plus sincère des mœurs familières de ce temps.
Les choses les plus sacrées apparaissent au milieu des fabels les plus gais, et déjà leurs auteurs se plaignent de la perte des mœurs , du goût, de l’art et de la joie.
Dans la langue rude et barbare encore que parlaient ces trouvères on distingue déjà de bons et de mauvais poètes , et compositions indiquent plus ou moins de talent : ils obtenaient de véritables succès et ils étaient richement récompensés. Cependant le goût des romans de chevalerie l’emporta sur celui civilisation se
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C’était le temps où un bâtard de Normandie conquit l’Angleterre : des chevaliers normands devenaient ducs d’Athènes et princes d’ Achaïe. Le scandale des aventures bourgeoises fut remplacé par l’héroïsme de la chevalerie.
Toutefois la gaîté française ne pouvait abandonner long-temps la joyeuseté du devis.
Geoffroy de LaTour Landry, contemporain de Boccace, adressait à ses filles des contes en prose, dont la destination paraîtrait aujourd’hui bien singulière, si une reine , Marguerite de Valois, n’en avait composé elle-même un peu plus tard, et de même nature. Déjà, et vers 14^0, on avait publié les Cent Nouvelles, composées par les seigneurs de la cour du duc de Bourgogne , où l’héritier présomptif de la couronne de France, depuis CharlesVIII, brouillé avec sou père, était réfugié. Bonaventure des Perriers, Rabelais enün, furent de dignes conservateurs de la gaie science , que Gabriel Chapuys, Cholières, Guillaume Bouchet, Dufaït, Bois- Robert, transmirent à notre La Fontaine.
On n’a entrepris cette histoire du conte et cette nomenclature des conteurs que pour