CONTE
prouver que cette branche de la littérature n’a jamais cessé d’être cultivée, et que c’est la seule peut-être qui l’ait été sans interruption depuis qu’on a commencé à écrire en français : nous avons été jaloux d’appuyer de preuves l’assertion avancée dans le cours de cet ouvrage, que le Français était essentiellement narrateur et conteur, plutôt que poète lyrique.
Dans ce genre, comme dans celui de la fable, La Fontaine est un modèle qu’il convient d’étudier, quoiqu’il y soit moins parfait.
Boileau, dans sa lettre sur Joconde, place La Fontaine au-dessus même de l’Arioste.
«Tout ce qu’il dit est simple et naturel, et ce que j’estimesurtout en lui, c’est une certaine naïveté de langage que peu de gens reconnaissent, et qui fait pourtant tout l’agrément du discours. »
Mais si l’on ne peut espérer d’écrire le conte plus naturellement que La Fontaine, il est possible de mettre moins de prolixité ou d’embarras dans le récit qu’il n’en présente quelquefois par ses parenthèses trop fréquentes . et d’éviter les négligences qu’il
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s’est permises. La négligence a un charme, un dépourvu d’apprêts qui convient à l’abandon d’un récit familier; les négligences proviennent d’un manque de soin toujours blâmable. Ainsi l’enjambement est reçu dans le conte ; il est même permis d’y rompre la mesure exacte du vers ; une vieille locution , une tournure populaire peuvent s’y rencontrer et ajouter au naturel : mais les longueurs , les redites , les incorrections du langage doivent en être bannies aussi sévè- i rement que l’afféterie et la recherche.
Voltaire a traité le conte avec cette supériorité qui lui est propre, et avec une élégance qui lui a donné une physionomie particulière. Le conte est, sous sa plume, plus satirique que gai, plus malin que naïf ; mais il a prouvé qu’il est possible d’être original et neuf en traitant un genre qui paraît usé.
Nos anciens poètes, Marot, Melin de Saint-Gelais, ont inventé le conte épigrammatique ; il se borne à raconter un fait , souvent rien qu’un bon mot, et il doit marcher rapidement à sa chute.
Les vers de huit et de dix syllabes sont les
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