‹ Precis d'une traite de poetique et de versification, contenan des considerations sur la poesie ... Par M. ViolletLeducChapitre 41 sur 52 · CONTE · texte numérisé non relu

CONTE

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plus favorables au conte, qu’on a écrit quefois avec succès en vers libres.

§ IX. — De la satire.

Les Grecs ne connaissaient pas la selon l’acception que nous donnons à ce mot , non plus que le conte ; car, qu’il serait peu raisonnable de les fables messéniennes et les id étaient des contes, ainsi qu’on l’a prétendu, il y aurait peu de fondement à comparer les ouvrages dramatiques qu’ils nommaient satyres, parce que les divinités champêtres de ce nom en remplissaient les rôles, avec ce que nous nommons satires.

D’ailleurs, Quintilien dit : Satira Cota nos tra est; et indépendamment de l’autorité irrécusable du rhéteur , il écrivait dans un temps où l’on était en état de résoudre cette question mieux qu’aujourd’hui. L’origine ■

de la satire est donc toute latine, et IIo-

race, Juvénal et Perse, sont les modèles que Régnier, Boileau et Gilbert, les plus remarquables de nos satiriques, ont suivis.

Le but que se propose la satire, et qu’elle ne doit jamais dépasser, est de corriger le

. Attaquer ie vice par des traits vifs et mordans , poursuivre et démasquer le ridicule par la gaîté et la plaisanterie , ce n’est point un mal. Ainsi, par toute ramertume du sarcasme, par toute la vigueur de l’indignation ou par tout ce que la moquerie a de plus piquant, un poète a bien le droit d’attaquer la méchanceté ou la sottise.

Ces peintures vives et naturelles, où les déréglemens du cœur et de l’esprit sont exprimés en vers ingénieux et faciles à retenir; ces expressions vives et frappantes, où rien n’écliappe de ce qu’il y a de hideux dans le caractère de certains vices; cette adresse à faire ressortir le ridicule par des traits naïfs qui provoquent le rire ; tout enfin ce qui semble appartenir de droit à la satire, est une manière louable plutôt que blâmable de corriger les hommes, tant que le poète se bornera à reprendre ce qui constitue un véritable défaut de l’esprit ou du cœur.

La satire peut donc être divisée en deux espèces principales : l’une est sérieuse, Pau* badine. Le sérieux de l’une va quelquefois jusqu’à l’emportement, le badinage de

SATIRE. I y 3

l’autre se borne à la raillerie. Ju vénal chez les Latins fournira des modèles de la première; Horace, de la seconde. Gilbert et Boileau en France sont leurs analogues.

La satire grave et violente est peut-être plus facile à traiter que la satire délicate et badine. Rien n’est plus difficile à manier qu’une raillerie fine et de bon goût , et aucune règle ne peut en indiquer le moyen.

Quoiqu’elle emprunte parfois la forme du discours, quelquefois celle de l’épitre, c’est toujours une satire dès qu’elle procède par l’invective.

La satire, selon l’idée que s’en était formée Horace, doit être du style le plus conforme au style simple et naturel du discours; son but étant d’instruire et de corriger, ses préceptes doivent être clairs et lumineux ; il faut par conséquent éviter dans la satire l’emploi d’expressions métaphoriques et figurées. Les figures demandent pour être comprises un effort de l’esprit dont il faut dispenser ceux que l’on veut instruire ou corriger. Comme elle se propose la conviction de quelque vérité , il est nécessaire que les pensées, quoique vives et rapides, s’en-

FOÉTIQUE.

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chaînent et se donnent mutuellement de la afin d’avoir toute la solidité du raisonnement le plus logique, afin que l’homme vicieux ou ridicule qu’elle attaque, condamne lui-mémele défaut qu’elle signale.

Presque tous les satiriques français ont é les vers alexandrins pour écrire la satire , en adoptant quelquefois la forme

§ X. — De Vcpître.

épitre, ainsi que son nom l’indique, est lettre en vers qui peut se monter ou se à tous les tons. Elle peut être épique , descriptive, morale, satirique ou badine.

Boileau, dans le passage du Rhin, a montré jusqu’où l’épître peut s’élever ; Voltaire a su mêler aux idées nobles, philosophiques et profondes , que l’on peut remarquer dans quelques-unes de ses épîtres , le piquant badinage qui lui était propre, et qui était l’expression naturelle et maligne de la société dernier.

îe de l’épître, tout en se conformant ou léger que l’on adopte, doit conserver l’aisance et la facilité

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qüi distinguent l’épîtreMu discours envers.

II faut surtout bannir de l’épître les phrases longues et traînantes, en même temps que les expressions faibles ou forcées , et les figures véhémentes qui supposent dans l’âme une sorte de passion peu convenable à un auteur épistolaire, qui raconte, instruit ou amuse.

Sauf donc les nuances que le sujet que l’on traite peut apporter à l’épître , son véritable caractère est surtout une élégante simplicité , quelquefois de la finesse, et plus souvent de l’ingénuité ; des transitions naturelles qui paraissent plutôt l’expression des sentimens communiqués à un ami, que le fruit du travail; de la vivacité , des saillies même, mais qui semblent n’avoir rien coûté; plus d’enjouement enfin que de critique, de badinage que de raillerie , et de grâce que de noblesse.

Le grand vers à rimes plates s’emploie de préférence dans l’épître sérieuse; Voltaire et Gresset en ont composé de légères en vers de dix syllabes, dont la liberté s'harmonise avec celle du sujet.

Enfin, quoique l’épître participe du dis-

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cours, de la satire, et même parfois du conte, elle doit toujours conserver un caractère qui la distingue de ces pièces de poésie, et que son titre seul peut faire sentir mieux qu’aucun précepte.

§ XI. — Du discours en vers.

Le discours en vers est une paraphrase plus ou moins poétique, sur un sujet donné ou choisi. Ce n’est point une narration : le poète ne raconte pas un fait, il expose ou soutient une doctrine.

Le discours en vers adopte les formes oratoires : il procède par périodes, au contraire de l’épître, et il exige une sorte de noblesse et de dignité qui ne doit cependant pas aller jusqu’à l’emphase. Quelquefois le discours en vers n’est qu’une sorte de panégyrique; le plus souvent il traite une question de morale ou de philosophie. Le Discours au roi , de Boileau , est de la première espèce; les Discours sur l’homme, par Voltaire, sont de la seconde. M. J. Chénier en a composé un sur les poèmes descriptifs, c’est-à-dire sur une question toute littéraire.

Le discours en vers a toujours été traité

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