DISCOURS EN VERS
en vers alexandrins à rimes plates. Comme il est supposé sortir de la bouche d’un auteur, il admet difficilement les mouvemens passionnés , et la froideur est un écueil qu’il ne peut éviter que par une dialectique vive et serrée qui s’allie peu avec la poésie, dont le but est de charmer plutôt que de convaincre.
Aussi le nombre de discours en vers que l’on aime à relire est - il extrêmement restreint.
§ XII. — De l’héroide.
§ XIII. — De l’églogue et de V idylle.
Ces deux noms, tirés du grec, sont donnés indifféremment à de petits poèmes composés sur les événemens de la vie champêtre.
Eglogue signifie choix divers; idylle , petit tableau : il est assez difficile, d’après ces étymologies, d’indiquer précisément en quoi l’idylle diffère de l’églogue. Quelques auteurs ont prétendu que le poème pastoral prend le nom d’idylle quand il est en récit, et qu’il retient celui d’églogue quand il est en dialogue ; d’àutres ont donné le nom d’églogue à un sujet simple qui ne contient aucune action de quelque importance, et celui d’idylle à un poème composé dont l’action a quelque durée ou une certaine étendue, quoique son étymologie paraisse indiquer le contraire. Quoi qu’il en soit, l’églogue comme l’idylle sont l’une et l’antre la peinture d’une action champêtre et qui est supposée avoir lieu entre les habitans des champs.
L’objet de la poésie pastorale est de présenter aux hommes l’état le plus naturel et le plus heureux qu’il leur soit permis de goûter, et de les en faire jouir par le charme
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de l’illusion. « Or, dit Marmontel, l’état de grossièreté et de bassesse n’est point un heureux état; d’un autre côté, llétat de raffinement et de culture ne se concilie pas assez dans notre opinion avec l’état d’innocence, pour que ce mélange nous en paraisse vraisemblable. Ainsi, plus la poésie pastorale tient de la rusticité ou du raffinement, plus elle s’éloigne de son objet. »
Tel est, en effet, le point milieu qu’il faut garder, et cette difficulté est peut-être une des raisons de l’abandon dans lequel ce genre de poésie est tombé parmi nous. Un poète «aujourd’hui ne peut pas plus juger de la série d’idées propres aux individus de cette espèce qu’il met en scène, que le lecteur ne peut apprécier le degré de vérité de l’imitation qu’on lui présente, et de cette double incertitude résulte un dégoût réciproque.
Il est à remarquer que les poésies pastorales les plus parfaites ont été composées dans un temps où les hommes vivaient plus près de la nature qu’ils n’en sont aujourd’hui. LaBible contient plusieurs pastorales pleines de poésie et de grâce. Le mérite relatif des poésies deThéocrite etdeVirgileest en raison de
leur ancienneté. Parmi les modernes, Gessner est le seul qui ait conservé la couleur de simplicité gracieuse propre à ce poème : mais il vivait au milieu d’une nature agreste et pastorale, où les mœurs avaient conservé un caractère de naïveté et de candeur ignoré dans les villes. Encore n’est-il qu’imitateur, mais comprenant les idées de son modèle.
Segrais, vanté par Boileau, est un traducteur élégant, mais froid, de Virgile. Fontenelle , savant philosophe, homme de cour et de société, a prêté à ses bergers un langage analogue aux jaquettes de satin et au tonnelet dont les recouvrait le peintre Wat îeau, son contemporain. Un poète du siècle dernier, André Chénier, victime, à la fleur de l’âge, des fureurs révolutionnaires, est le seul qui ait traité la poésie pastorale avec toute la grâce et le charme naturel qu’elle comporte. C’est un modèle à étudier pour quiconque ne peut lire dans l’original ceux que nous ont laissés les anciens.
«Il est, dit Marmontel, une vérité générale qui suffit au dessein et à l’intérêt de l’églogue. Cette vérité, c’est l’avantage d’une vie douce, tranquille et innocente, tellequ’ on
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la peut goûter en se rapprochant de la nature, sur une vie mêlée de trouble, d’amertume et d’ennuis, telle que l’homme l’éprouve depuis qu’il s’est forgé de vains désirs, de faux intérêts et des besoins chimériques. »
L’églogue est un récit ou un entretien , ou un amalgame de l’un et de l’autre. Dans tous les cas, elle doit être absolue dans son plan , c’est-à-dire ne rien laisser à désirer dans son commencement, dans son milieu, ni dans sa fin; règle contre laquelle pèche toute églogue dont les personnages ne savent à quel propos ils commencent , continuent ou finissent de parler.
Dans l’églogue ou l’idylle en récit, ou c’est le poète ou l’un des personnages en action qui raconte. Si c’est le poète , il lui est permis de donner à son style un peu plus d’éclat ou d’élégance ; mais il n’en doit prendre les ornemens que dans les mœurs et les objets champêtres. Son style doit être un tissu d’images familières, mais choisies, c’està-dire naturelles ou touchantes. C’est là ce qui met les pastorales de l’antiquité au-dessus de toutes celles des modernes.
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aux gemissemens et aux larmes : elle ne s’occupe que de regrets, de malheurs et d’infortunes ; elle n’exprime pas d’autres sentimens, et elle ne doit parler d’autre langage que celui de la douleur. Négligée, abandonnée même, comme il arrive souvent de l’être aux personnes affligées, elle doit moins chercher à plaire qu’à toucher, et renoncer à l’admiration pour la pitié. Tel est le véritable but de l’élégie, qu’on a employée presque exclusivement , mais à tort, à peindre les peines causées par l’amour, ce qui l’a presque entièrement déconsidérée par l’insipidité de ses éternels refrains sur des souffrances imaginaires et conséquemment peu touchantes.
Cependant , comme le sentiment de la douleur est une peine de l’âme non moins de notre temps que dans tout aupeut expliquer le discrédit dans lequel est tombé le poème destiné à l’exprimer que par la manière dont il est traité.
Si donc, dans les occasions trop nombreuses que nous avons de gémir de la ri-
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gueur du sort, notre àme cherchait à répandre le sujet de sa tristesse en des vers simples et vrais , non-seulement notre cœur en éprouverait du soulagement, comme si, satisfait d’éterniser sa pensée, il se croyait dispensé d’en conserver le souvenir;mais encore cette même pensée produir ait le même effet dans les cœurs auprès desquels elle trouverait un écho. Une seule condition est indispensable pour bien exprimer ce sentiment de tristesse : il faut qu’il soit réel ; ou du moins , pour en faire une peinture touchante, il faut que nous l’ayons éprouvé. Toute la puissance de l’esprit voudrait en vain suppléer au défaut de ce sentiment : peut-être produirait-il quelques vers ingénieux , mais on y chercherait toujours inutilement le charme de la touchante élégie, et ces efforts infructueux n’auraient jamais l’avantage de plaire et d’attacher.
Une vive peinture du bonheur passé peut jeter de la variété dans ce sujet, et rendre par le contraste la plainte plus touchante.
Les images peuvent y être prodiguées : l’hyperbole n’y sera pas déplacée; car on ne peut pas être surpris que la douleur outre
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nos idées; et comme la jouissance diminue souvent le prix de ce qqe nous possédons, de môme la perte que nous en éprouvons augmente sa valeur réelle. Des plaintes môme
amères, meme injustes contre le destin, ou contre ceux de qui dépendait la conservation de notre bonheur, sont encore un trait de naturel dans la bouche des personnes af- , fligées, et contribuent à jeter de la variété dans le ton de l’élégie.
Parny a composé des élégies pleines de sentiment et de passion ; Voltaire en a fait une aux mânes de Genonville, son ami, qui est un véritable chef-d’œuvre ; et l’admirable élégie de La Fontaine, adressée aux nymphes de Vaux, sur la disgrâce de Fouquet, pourrait seule prouver combien c’est à tort que ce genre se trouve abandonné de nos jours en France.
§ XV. — De la chanson.
La chanson est un petit poème lyrique fort court, qui , pour ôtre complet, doit former un tout dans sa composition , et dont le sujet est agréable, joyeux ou piquant.
La chanson se compose ordinairement
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sur un air connu ; elle se chante à table, ou
avec des amis , ou môme seul pour éloigner l’ennui et se disposer à la gaîté. Celle qu’on nomme 'vaudeville est satirique ou frondeuse.
Souvent la chanson a un refrain, que l’art consiste à ramener à chaque strophe nommée couplet, naturellement et sans effort. Le refrain présente par son retour attendu une grâce toute particulière.
Le sujet de la chanson roule quelquefois tout entier sur le développement d’une pensée ingénieuse, sur un souvenir, sur un souhait; c’est quelquefois aussi le récit d’une aventure , raconté d’une manière comique.
Présentée sous un aspect philosophique ou
jusqu’au sublime de la pensée. L’élégance, la pureté et la simplicité du style y prêtent l un charme nouveau.
Un innocent artifice ajoute au piquant de la chanson ; il consiste à cacher une pensée élevée ou profonde sous la plus grande simplicité de l’expression, et, au contraire, à relever une pensée simple et naturelle par
gaîinent moral, elle s’est élevée de nos jours
i l’expressiou délicate et choisie,
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Collé, Panard et Désaugiers sont les mo- ■ÿ /{; dèles des nombreux chansonniers que notre nation a produits.
§ XVI. — De la romance.
Le caractère de la romance est de racon- 4 ter sur un chant tendre et ordinairement ç/.’.wr* languissant quelque histoire d’amour ou de chevalerie, avec grâce et simplicité. Ce n’est ' quelquefois que la peinture d’une affection
douloureuse de l’àme. La naïveté et la délicatesse en font le principal mérite : la fadeur et l’apprêt en sont l’écueil.
La romance, qui est le récit d’une aventure tragique ou touchante, demande à être traitée dans toutes tes règles du poème.
L’unité d’action et son développement naturel lui sont d’autant plus nécessaires que son caractère est la simplicité. Moncrif, Berquin et Florian en ont composé dans cq genre qui peuvent servir de modèles. Le premier affecte un langage particulier d’ancienneté, qui doit être imité avec une grande réserve, et une connaissance approfondie i des locutions gauloises de nos vieux auteurs.
Les tentatives de ce genre qui ne sont point
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lieu reuses donnent au langage une apparence de niaiserie et d’enfantillage qu’il faut surtout éviter.
La romance, qui n’est que l’expression d un sentiment, doit présenter un caractère de douceur qui repousse l’emploi des métaphores et des figures. Les passions qu’elle est appelée à peindre ne sont pas de celles qui arrachent des cris et des larmes, mais de celles qui s expriment par un soupir. Sa gracieuse langueur ne doit l’abandonner ni dans sa gaîté ni dans sa tristesse.
§ XV II. — Des 'vieilles formes de poésie an-
ciennement en usage en France.
Nos anciens poètes français variaient en une infinité de formes les pièces de poésie qu’ils livraient ';V leurs lecteurs: ils affectionnaient, ainsi que nous l’avons déjà remarqué, la forme narrative, soit qu’ils eussent à reproduire une anecdote, un bon mot, ou môme à exprimer un sentiment. Ces formes, souvent bizarres, mais constantes pour chaque espèce, paraîtraient indiquer qu’elles se conformaient, dans l’origine, à un rhythme mu sical , à un air consacré,
l’un au rondeau, l’autre au lai, celui-ci au chant royal , etc. Nous apprenons, en effet, que les pièces de poésie des troubadours et des trouvères étaient chantées par des jongleurs et accompagnées sur des mstrumens, le rebec ou violon et la rote ou vielle, par les ménétriers. L’usage du chant, en • \ public, aux cours d’amour ou dans l’inté-
rieur des châteaux, aux époques solennelles, s’étant perdu , les pièces de poésie , quoique ayant cessé d’être chantées et accompagnées des instrumens , auront conservé leurs formes encore long-temps, jusqu a ce que limitation des anciens, ayant prévalu, les ait fait tomber en désuétude.
Le lai. — Parmi ces poésies, la plus ancienne paraît être le lai, emprunté aux hardes de l’Armorique ou Bretons. Marie de France, poète français du treizième siècle, compositeur ou plutôt traducteur de ces anciens lais, nous dit :
Li Bretons
Jadis souloioient par pruesce Des avantures qu’ils oioient Faire des lays , par reinembrancc ,
Qu’on ne les mist en oubliancc.
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