CHAPITRE XVII
STREPTOCOQUE
Le Streptocoque a été nettement décrit par Pasteur et Doléris (1880) chez des malades atteintes d'infection puerpérale. Agent pathogène spécifique de l'érysipèle (Fehleisen), agent habituel de l'infection puerpérale (Widal) et des suppurations chirurgicales (Ogston, Passet), il cause en outre nombre d’affections, sous les formes anatomiques les plus variées, dans les organes et tissus les plus différents, chez l’homme et chez nombre d'espèces animales. « Microbe à tout faire », disait justement Peter. De tous les microbes pathogènes, c’est probablement celui qu'on rencontre le plus souvent dans les infections humaines.
En raison même de l’immensité et de la variété de son rôle pathogène, le Streptocoque est considéré par nombre d'auteurs comme formant non une espèce, mais une famille, composée d'espèces différentes les unes des autres : d’autres savants, au contraire, sont unicistes, tous les Streptocoques appartenant d'après eux à une seule et même espèce. Querelle toujours pendante et dont on ne peut entrevoir la solution. Nous nous contenterons d’esquisser rapidement les arguments apportés de part et d'autre.
Unité ou multiplicité. — I. Certains Streptocoques se séparent du Streptocoque type par une propriété anormale: décoloration au Gram, développement strictement anaérobie, liquéfaction de la gélatine, etc. Suivant l'importance de cette anomalie, il s’agit alors d'espèces distinctes ou de simples variétés, que nous retrouverons plus loin. Il n'y a pas de discussion sur ce point.
II. Les différentes propriétés du Streptocoque peuvent varier dans un? assez large mesure. C’est ainsi qu'on a tenté d’édifier äes espèces différentes suivant les variations morphologiques (Lingelsheim), l'aspect des cultures en bouillon (Behring), sur pomme de terre (Marot), en lait (Klein), la virulence expérimentale (Lingelsheim), etc. Mais des recherches de contrôle, en particulier celles de Widal et Bezançon, de H. Vincent, ont montré que ces diverses propriétés sont contingentes et peuvent varier, pour un même échantillon, au gré de l’expérimentateur. Il est de même
établi que leur provenance ne suffit pas à individualiser les Streptocoques ; -
on ne relève pas de différence entre ceux des phlegmons, de l’érysipèle ou des septicémies.
Ill .Devant l'absence de toute base de différenciation, Marmorek (1902) édifie le {répied de l'unicisme. Les Streptocoques humains constituent une
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seule espèce, car: 4° tout Streptocoque est inapte à se développer sur milieux vaccinés contre un Streptocoque quelconque ; 2° tous les Streptocoques sont hémolysants; 3° le sérum antistreptococcique est actif à l'égard de tous les Streptocoques. Seul, le Streptocoque de la gourme (chev al) fait exception à la première et à la H'OIBIQRE régles, et se trouve érigé en espèce distincte.
Le premier caractère, que Besredka dénomme justement « signe de Marmorek », a été peu étudié depuis. Le second, le pouvoir hémolytique, serait trop banal pour servir de critérium (Besredka); quant au troisième, action spécifique des sérums, il a été diversement apprécié, comme nous allons le voir.
IV. L'irrégularité des actions agglutinantes (Voy. plusloin) ne permettant pas de s'adresser à l'agglutination, on s’est orienté de préférence vers l'étude du pouvoir préventif. Suivant Marmorek, Aronson, Neufeld, Marxer, le sérum provenant d’un animal immunisé contre un seul Streptocoque se montre préventif, non seulement à l’égard de ce Streptocoque, mais à l'égard de tous les Streptocoques; le Streptocoque de la gourme fait exception d’après Marmorek, alors que Marxer le fait rentrer dans la règle générale. Ce dernier détail mis à part, les auteurs précités sont d'accord pour affirmer que tous les Streptocoques, étant également sensibles à l’action d’un sérum monovalent, appartiennent à une même espèce.
V. Mais l’assertion précédente est discutée. Courmont, Méry et Lorain mettent en doute la base même de la conception: des Streptocoques, parfaitement authentiques, sont indifférents à l’action préventive du sérum de Marmorek. Besredka, sans discuter les: faits avancés par Marmorek, Aronson, etc., les interprète différemment: pour éprouver un sérum à l'égard d'un Streptocoque, il faut d’abord rendre ce Streptocoque très virulent pour l'espèce choisie, lapin ou souris; cette exaltation de virulence étant obtenue par passages successifs d’animal à animal, on crée un
Streptocoque de passage », adapté à l'animal d'expérience, et toujours le même, quelle que soit sa qualité originelle. Les essais de contrôle d'Aronson, Neufeld, etc., seraient ainsi toujours opérés sur un seul et même Streptocoque, « Streptocoque de passage » du lapin ou de la souris, et ne sauraient avoir de portée générale.
VI. Besredka suppose qu'il y a tout au moins plusieurs variétés de Streptocoques ; cette nouvelle classification est basée sur l’épreuve de la déviation du complément. D'après cette épreuve, un même sérum peut être actif à l'égard de microbes de provenances très diverses; inversement, des microbes de provenance semblable peuvent être doués de propriétés fixatrices très dissemblables.
VIT. La question est toujours à l'étude. Mais l'opinion est plus favorable aux pluralistes.
Essais de classification des Streptocoques. — Outre les premières bases de différenciation rappelées ci-dessus (V. $ IT) et depuis longtemps désuêtes, on a essayé d’autres moyens de classification. Citons en particulier:
1° L'action sur les sucres, utilisée surtout par les auteurs américains (Gordon; Holwan; Andrews et Horder, etc.). Tous les Streptocoques font fermenter la glucose, alors que l’action sur les autres sucres varie suivant les échantillons, et ce sont précisément ces variations qui constituent la base de classification. Cette base elle-même serait peut-être discutable, car la fixité des propriétés fermentatives pour un même échantillon n'est pas
démontrée ; d’après Walker et d’autres auteurs, les propriétés fermentatives seraient susceptibles de se transformer au cours des repiquages. D'autre part, il n'y a pas concordance entre les classifications établies sur la fermentation des sucres d’une part, et d’autre part les classifications obtenues par les réactions sériques, l’action sur le sang, etc.
2° La présence ou l'absence de propriétés hémolytiques, classification proposée par Schottmüller ; parmi les Streptocoques pathogènes pour l'homme, il y aurait deux groupes: le Sfreptoc. longus, hémolytique, et le Streptoc. mitior seu viridans, non hémolytique.
3° La combinaison de plusieurs caractères. Citons à titre d'exemple la classification de Blake: