‹ Précis de bactériologie (volume 2)Chapitre 114 sur 164 · Sérept. hemolysans · texte numérisé non relu

Sérept. hemolysans

‘ Lactose + }) Sér.

Mannite — | buccalis.

Lactose + } Sfr.

Enr Enon Hemolysans 2... mm... Mannite — | fœcalis. Lactose — Str.

Mannite — | equinus.

Pour le moment, la valeur de ces diverses classifications est discutable. Elles représentent de simples constatations de faits, sans valeur générale jusqu'à présent. Il importe cependant de souligner que la plupart des Streptocoques franchement pathogènes pour l’homme sont hémolytiques, comme on a pu le vérifier récemment à propos des plaies de guerre (Tissier, Levaditi, etc.), mais cette règle elle-même comporte des exceptions.

Dans cette étude, nous aurons surtout en vue les Streptocoques d’origine humaine.

STREPTOCOQUES D'ORIGINE HUMAINE.

MORPHOLOGIE

Aspect microscopique. — La forme typique du Streptocoque est une chaînette de cocci. | |

Dans les tissus ou produits pathologiques (fig. 140), les chaîinettes sont généralement courtes, quatre à dix éléments; elles se trouvent mélangées à de simples diplocoques et à des cocci isolés. La taille de chaque coccus est variable, en moyenne 0 p 5 à 1 p.

En cultures sur milieux liquides, les chaînettes sont généralement plus nettes, mesurant vingt à cinquante éléments, et davantage, mélangées à des formes plus courtes; le diamètre de chaque élément est extrêmement variable, plus encore que dans les tissus. Le plus souvent la chaïnette est parfaitement régulière (fig. 141, à gauche); plus rarement elle paraît constituée par une association de diplocoques (diplo-streptocoque, fig, 141, à droite); ou bien les grains sont de volume inégal, disposition particulière

272 STREPTOCOQUE.

aux cultures vieilles, les éléments les plus gros représentant des formes d’involution. Les cocci sont généralement tout à fait ronds, parfois un peu allongés dans le sens transversal ou dans le sens longitudinal. Exceptionnellement les chainettes sont bifurquées en Ÿ (Achalme, H. Vincent). Dans certains cas, les cocci sont pelotonnés en amas, d'où s’échappent des chainetltes caractéristiques.

Fig. 140. — Pus à Streptocoque (coloration par le Gram).

Sur milieux solides, on retrouve les mêmes aspects, mais les chaîinettes sont généralement moins longues.

Onavait un moment tenté de distinguer les Streptocoques d’après leur morphologie: S£. longus ou St. brevis (Lingelsheim), suivant la longueur des chaînettes; Sf. conglomeratus, en amas, dont Kurth voulait faire l’agent de la scarlatine ; Sf. lenuis (Veillon), à grains très petits (fig. 142). ll est démontré que ces variations n’ont rien de spécifique et peuvent être reproduites avec un même échantillon (Widal et Bezançon). …

Coloration. — Le Streptocoque se colore bien par Les couleurs d'aniline. 1! prend le Gram.

On à parfois rencontré chez l'homme (Étienne, Lemoine) des Streptocoques décolorés par le Gram ; ce sont des faits exception-

MORPHOLOGIE. 973

“au F tanissrents

Fig, 141, = Streplocoques,

1j Æ î y | i Fig. 142. — Streptocoques.

Coniglomeratus. RL fe

Tenuis.

Doprer et SACQUÉPÉE. — Bactériologie, 22 édit. 18

274 STREPTOCOQUE.

nels. On se rappellera que la réaction de Gram doit toujours être faite sur des cultures jeunes. Le Streptocoque de la mammite de la vache, qui ne prend pas le Gram, constitue une espèce à part (Voy. p. 285).

Mobilité. — Spores. — Immobile; ne LATE pas de spores. CULTURES.

Conditions générales. — Le Streptocoque se développe aussi

bien en présence ou à l'abri de l'air. La température optima est 370. Il n'y a plus de développement appréciable au delà de 46° ou au-dessous de 20°. Les milieux neutres ou un peu alcalins sont préférables ; l'addition de sang ou de sérum favorise la culture.

Bouillon. — L'aspect des cultures est variable. Én vingtquatre heures :

a. Le plus souvent, le liquide reste clair; des flocons se concrètent sur les parois et, dès le deuxième ou troisième jour, tombent en partie au fond, formant dépôt ; en agitant, les flocons se disséminent dans le liquide, sans le troubler, puis retombent.

Les chaïinettes, longues ou pelotonnées, sont alors prédominantes.

b. D'autres fois, le milieu se trouble à peu près uniformément ; plus tard le liquide s'éclaircit etilse forme un dépôt. On trouve surtout des chaînettes courtes.

c. Ces différences d'aspect ne sont pas caractéristiques de tel ou tel Streptocoque: elles se reproduisent pour un même échantillon, au hasard des circonstances. H. Vincent a montré qu’en général les cultures sont troubles en milieu neutre, claires en milieu légèrement acide.

d. Quel que soit son aspect, le bouillon devient rapidement acide.

Bouillon-sérum. — Marmorek a montré que lé bouillon-sérum convient particulièrement pour assurer la vitalité et conserver la virulence du Streptocoque. Il recommande spécialement Les milieux suivants, rangés par ordre de préférence :

Bouillon ordinaire... 1 partie.. Sérum humain... 2 parties. -- 2 parties. Sérosité d’ascite. 1 partie.

— À partie.. Sérum decheval. 2 parties.

L'aspect des cultures est le même que dans le bouillon ordinaire ; mais le développement, plus précoce, peut être constaté après cinq à six heures.

Besredka utilise, avec les mêmes résultats, un mélange à parties égales de bouillon Martin et de sérum de cheval chauffé. :

BOUILLON AU BLANC D OŒUF ALCALIN. — Mèmes caractères de culture qu’en bouillon-sérum.

BouiLLon-sAnG. — En bouillon bone de 5 à 10 p. 100 de sang, les Streptocoques hémolytiques déterminent en douze à vingtquatre heures l’'hématolyse; le milieu prend une teinte carminée. — Au contraire, les Streptocoques non hémolytiques ne provoquent pas d'hématolyse ; le bouillon reste incolore.

SÉRUM LIQUIDE DE LAPIN, — Culture assez abondante.

Larr. — La plupart des Streptocoques coagulent le lait en deux à cinq jours, en acidifiant fortement; mais quelques échantillons ne coagulent pas.

GÉLATINE. — À 200-220, en quarante-huit heures, la culture en strie est mince, blanchâtre, un peu translucide. En piqüre, il apparaît le long du trait d'ensemencement des colonies petites, arrondies, blanc opaque. Pas de liquéfaction.

On a parfois rencontré des cocci en chaïînettes liquéfiant la gélatine; ce caractère suffit à les éliminer de l’espèce Streptocoque. Citons le Sf. coli gracilis et le Sf. coli brevis, rencontrés dans l’intestin par Escherich, et le Sf. nasalis de Hack et Strauch.

Achalme a montré que la gélatine maintenue à 37°, et par conséquent liquide, constitue un bon milieu de culture.

SANG GÉLOSÉ. — Ensemencement sur un mélange bien homogène de gélose, 20 parties et sang humain, 1 partie.

Les Streptocoques hémolytiques donnent des colonies blanc grisâtre, entourées d’un large halo transparent, par hémolyse. Les Streptocoques non hémolytiques forment des colonies verdâtres, parfois brunâtres, entourées ou non d’un anneau de teinte verte (Schottmüller). Voy. ci-dessus, Essais de classification, 2°.

GÉLOSE (fig. 143). — En surface, la culture est bien développée en vingt-quatre à quarante-huit heures. Les colonies isolées sont blanchâtres, à peine transparentes, rondes ou ovalaires ; leur aspect rappelle des grains de semoule. Le centre est généralement plus opaque. Les bords sont ordinairement crénelés (examen à la loupe). Les dimensions sont toujours réduites, 4 à 2 millimètres en moyenne, d'autant plus réduites que les colonies sont plus rapprochées.

Quand les colonies sont confluentes, il se forme une nappe continue à bords déchiquetés.

Cultures de mêmes caractères, mais plus abondantes, sur gélosesérum et sur gélose au blanc d'œuf alcalin.

Sérum coagulé. — Mêmes caractères que sur gélose.

Pomme de terre. — La plupart des Streptocoques ne donnent pas de culture apparente, mais il ÿy a néanmoins un certain déve-

276 STREPTOCOQUE.

loppement, comme on peut s’en assurer en raclant etexaminant la surface du milieu. De très rares échantillons produisent des colo-

Fig. 143. — Streptocoque sur gélose.

nies visibles, rondes, transparentes, puis blanchâtres (Marot).

Vitalité. — La vitalité du Streptocoque est fonction des conditions qui lui sont offertes. Cultivé sur bouillon ordinaire, il meurt très vite, en quelques jours, dès que le milieu devient acide (Achalme); on peut le maintenir vivant un peu plus longtemps en additionnant le bouillon de carbonate de chaux (His); mais il vaut beaucoup mieux s'adresser aux milieux de Marmorek ou de Besredka (Voy. ci-dessus), ou au sang gélosé; sur ces divers milieux, la vitalité est beaucoup plus grande (plusieurs.

mois) .

En pipette close, ou dans le sang humain défibriné, le Streptocoque peut demeurer vivant pendant un an.

t Le Streptocoque résiste peu à la chaleur : un chauffage d’une heure à 58, ou de quelques secondes à 100°, le tue sûrement dans les cultures ; incorporé au pus, il résiste un peu plus.

Il est très sensible aux antiseptiques usuels. Réactions bio-chimiques. — Le Streptocoque n est pas dissous par la bile, contrairement au Pneumocoque.

Ensemencé en milieu T (Voy. Pneumocoque) additionné de 1 p, 10 de bile de bœuf précipitée au préalable par chauffage à 120° et filtrée, le Streptocoque ne se développe pas, contrairement à l’entérocoque (Weissenbach).

L'action sur les sucres a été largement étudiée. Tous les Streptocoques fermentent (acidifient) le glucose. Par contre, il est très peu d'échantillons de Streptocoque qui fassent fermenter l’inuline, que le Pneumocoque au contraire attaquerait toujours (His).

Les autres sucres peuvent être ou non attaqués, et les réactions à cet égard ont beaucoup servi, comme nous l’avons vu plus haut, pour édifier des tentatives Ge classification. . h

Réactions à l'égard des sérums spécifiques. — En dehors des propriétés préventives et curatives que nous retrouverons en étudiant la sérothérapie, on a surtout étudié l’agglutination.

Agglutination. — Streptocoques de la scarlatine. — Il ést actuellement démontré que l’agglutination du Streptocoque par les sérums n’a aucun intérêt; il arrive souvent qu'un sérum agglutine seulement le ou les Streptocoques utilisés dans sa préparation, sans manifester aucune action sur les autres.

A la suite de Moser, on avait pu espérer un moment séparer de par l'agglutination le Streptocoque de la scarlatine ; mais les recherches ultérieures de Baginsky et Sommerteld, Dopter, etc., ont montré que le sérum des scarlatineux ne présente aucune propriété spécifique constante à l'égard de tel ou tel Streptocoque.

D’après les recherches de Kligler, Blake, etc., les épreuves d’agglutination confirment en partie la classification en Streptocoques hémolytiques et Streptocoques non hémolytiques. Un sérum actif contre un Streptocoque hémolytique agglutine un certain nombre de Streptocoques hémolytiques, sans agglutiner aucun Streptocoque non hémolytique Inversement, un sérum actif contre un Streptocoque non hémolytique, agit sur un certain nombre de Streptocoques non hémolytiques mais n'agit sur aucun Streptocoque hémolylique.

Dans les conditions naturelles. — Chez l’homme. — [Le rôle du Streptocoque en pathologie humaine est tellement étendu que nous ne pouvons même énumérer toutes ses manifestations. Nous signalerons seulement les plus importantes.

Il est l'agent spécifique de l’érysipèle (Fehleisen, Achalme), et l’agent habituel des infections puerpérales sous toutes leurs formes, graves ou bénignes (Widal), du phlegmon diffus, de l’ecthyma

278 STREPTOCOQUE.

(Thibierge et Bezançon), de l’impétigo (Balzer et Griffon), des piqûres anatomiques (Achalme), des septicémies chirurgicales, etc.

Il intervient fréquemment dans la genèse des angines simples ou des angines pseudo-membraneuses non diphtériques, des bronchopneumonies primitives ou secondaires, des pleurésies purulentes, des phlébites, des arthrites purulentes, de l’ostéomyélite, des otites, des mastoïdites, des méningites suppurées.

On le rencontre moins fréquemment au cours des simples abcès, des endocardites, des péricardites suppurées, des néphrites, et dans certaines septicémies médicales. Ces dernières s’accompagnent volontiers d'éruptions, exanthème, érythème polymorphe ou purpura.

Dans les plaies infectées, et spécialement dans les plaies de guerre, le Streptocoque joue un rôle très important, peut-être même prépondérant. Il paraît être l’agent habituel des infections graves (non gangréneuses) observées dans les premiers jours; à ce titre, sa présence suffit à contre-indiquer la suture primitive (Tissier). Ultérieurement, le Streptocoque intervient encore d’une manière fréquente dans les diverses formes d'infections suppuratives, quelle que soit leur localisation.

En outre, le Streptocoque intervient couramment à titre d'infection surajoutée au cours de nombreuses maladies: variole (Widal et Bezançon), grippe, rougeole, fièvre typhoïde (H. Vincent), rhumatisme articulaire aigu et surtout diphtérie et scarlatine (Marie Raskin); presque toujours l'intervention du Streptocoque marque une aggravation de l'infection primitive (sauf dans le rhumatisme). Sa fréquence dans la scarlatine est telle que nombre d’auteurs ont vu en lui, depuis Bergé, l'agent spécifique de cette fièvre éruptive, mais cette opinion ne semble pas pouvoir être

acceptée.

Chez l'animal. — Voyez chap. XII.

Expérimentalement. — Chez l'homme. — Divers auteurs,

Fehleisen, Koch, ont inoculé à des malades atteints de cancer des cultures de Streptocoques, dans le but de produire un érysipèle curateur. L'inoculation a provoqué le plus souvent l’érysipèle, parfois une septicémie mortelle (Janicke et Neisser).

Ghez l'animal. — Virulence. — De même que le Staphylocoque, le Streptocoque est doué d’une virulence extrêmement variable; mais la virulence d’un Streptocoque peut être presque toujours exaltée ou abaissée, au gré de l’expérimentateur.

Sans faire de cette proposition une loi absolue, on peut dire que les Streplocoques provenant de lésions ou d'états pathologiques

(érysipèle, phlegmons, septicémies mortelles, etc.) sont assez souvent virulents pour l’animal. Mais les exceptions sont nombreuses.

La virulence diminue d'elle-même par simple vieillissement, surtout au contact de l'air, ou par les cultures sur milieux ordinaires ; elle se conserve, sans s’exalter, sur bouillon-sérum.

Exaltation de la virulence. — a. On peut remonter la virulence en inoculant, en même temps ‘que le Streptocoque, le Proteus vulgaris (Monti), le Micrococcus prodigiosus ou ses produits solubles (Roger), la peptone putréfiée (Achalme), le Bacille typhique ou ses cultures slérilisées (H. Vincent), le Colibaciile (Widal et Bezançon).

b. La culture en sang humain défibriné augmenterait également la virulence (Meyer et Ruppel).

c. Le procédé le plus efficace paraît être le passage successif d’animal à animal. Marmorek inocule un lapin dans la veine de l’oreiile. Quand l'animal a suecombé, on prélève le sang du cœur, qu'on ensemence en bouillon-sérum ; après quarante-huit heures, la culture est inoculée à un deuxième lapin, dont le sang sera ensemencé après la mort, et ainsi desuile. Avec cette méthode, en partant d'un Streptocoque qui tuait le lapin en trois jours, à la dose de 1 centimètre cube, Marmorek a pu obtenir en deux mois un virus qui {ue à dose infime, 0cc,000 0)0 001 ; un seul microbe tue l'animal.

Aronson opère de même avec la souris.

d. À l’aide de l’une ou de l’autre méthode, on peut rendre virulents tous les Streptocoques d’origine humaine.

Lapin. — C’est l'animal de choix.

INOCULATION A LA BASE DE L'OREILLE. — Le procédé classique est l'injection, à la base de l'oreille, à dose variable suivant la virulence. Dans les expériences d'essais, on inoculera 166,5 d'une culture de quarante-huit heures en milieu liquide. Suivant la virulence, les réactions sont différentes.

A l’inoculation d’un virus très actif succède une septicémie mortelle en vingt-quatre à quarante-huit heures, sans lésion locale.

Les virus moyennement actifs — c’est la majorité — déterminent un érysipèle : après vingt quatre ou quarante-huit heures, la région inoculée est le siège d’un érysipèle typique, bleuâtre ou rouge, par- {fois couvert de phlyctènes ; l'oreille est tuméfiée et tombante, infiltrée de sérosité qui renferme desStreptocoques. Il existeen même temps un peu d'hyperthermie avec diarrhée, inappétence. Cet érysipèle peut déterminer la mort en quelques jours, avec ou sans septicémie. Le plus souvent, l'animal survit ; l'érysipèle devient phlegmoneux et suppure, ou bien il guérit sans autre évolution.

Page 1