CHAPITRE XXIV
MICROCOCCUS MELITENSIS
(Coccus de la fièvre de Malte)
Le Micrococcus melitensis est l'agent pathogène spécifique de la fièvre ondulante, ou fièvre de Malte, ou fièvre méditerranéenne, appelée encore mélitococcie. Découvert par Bruce en 1887, il a été
Fig. 166. — Culture de A. melitensis sur gélose âgée de vingt-quatre heures.
l'objet de travaux sans nombre depuis ces dernières années, où la fièvre de Malte a sévi sur toute la côte méditerranéenne, en Italie, en Grèce, en Turquie d'Europe et d'Asie, dans nos possessions algériennes et tunisiennes, enfin en France, dans sa région méridionale (Cantaloube, Thibault, Lagriffoul, Roger, etc.), voire même dans l'intérieur du continent, à Lyon, Paris, Fontainebleau, dans la Somme.
Aspect microscopique. — Le Micrococcus melitensis (fig. 166) est un coccus rond ou légèrement ovale, prenant par conséquent une forme cocco-bacillaire. Il est isolé ou en diplocoque ; il est parfois disposé en courtes chaînettes.llne possède nispores, nicapsules, ni cils; vu à l’état frais, il est immobile ou présente des mouvements moléculaires qui ne lui constituent pas une véritable mobilité.
Coloration. — Il fixe assez faiblement les couleurs d’aniline usuelles et ne prend pas le Gram.
GULTURES.
Le M. melitensis ne vit qu’en aérobiose; ses cultures sont toujours maigres, même à 37°, qui est la température optima ; de plus, elles sont lentes.
Bouillon. — À 370, il ne trouble le bouillon qu'après trois jours d’étuve ; ce trouble est uniforme ; pas de voile à la surface.
Gélatine. — Culture très grèle, ou même nulle. Le milieu n’est pas liquéfié.
Gélose. — Sur gélose, ou de préférence sur gélose glycérinée, les colonies isolées sont petites, transparentes, pouvant atteindre un diamètre de 2 à 3 millimètres. Elles deviennent ensuite saillantes, brillantes, opalescentes, et prennent un aspect blanc de perle.
En piqure, les colonies apparaissent d’abord isolées, puis deviennent confluentes, formant une strie qui devient ultérieurement jaunâtre.
Pomme de terre. — Développement insignifiant.
Lait. — Pousse dans le lait, sans provoquer de coagulation.
Vitalité et résistance. — La vitalité de M. melitensis varie suivant les conditions et les milieux où il se trouve.
Dans les cultures, il est très résistant, puisqu'on le trouve vivant après huit ou neuf mois en culture sur gélose (Shaw); sur les vêtements il résiste entre quinze et quatre-vingts jours. Dans l’eau, d’après Horrocks, il n’y vivrait pas plus d’une semaine. Dans les échantillons de terre stérile, il ne succombe qu'après deux mois et demi environ. Dans le lait il vit vingt jours ; dans l’urine, quatrevingts jours, malgré l’acidité et la concurrence microbienne.
Il est assez sensible à la chaleur, puisqu'un chauffage à 60° le tue en trente minutes. Les antiseptiques, notamment l'acide phénique
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à 4 p. 100, le tuent en quelques minutes; sous l'influence de la dessiccation, il peut conserver sa vitalité durant plusieurs mois.
Réactions chimiques. — Ce germe ne fait pas d'indol dans les cultures, pas d'acides: le lait reste alcalin; enfin il ne fait fermenter aucun sucre. if à
Réactions vis-à-vis du sérum des sujets infectés. — Agglutinabilité. — Le sérum de l’homme atteint de fièvre ondulante est agglutinant pour le Coccus melitensis. Il en est de même du sérum des chèvres infectées spontanément et expérimentalement, On verra plus loin le parti que l’on peut tirer de cette propriété pour établir un séro-diagnostic.
Fixation du complément. — Ce germe fixe Le complément dans la réaction de Bordet-Gengou, quand on le met en présence de sérum d'animaux vaccinés, ou d'homme infecté (Sicre).
Produits toxiques. — Le M. melitensis n'élabore de produits toxiques qu’en très faible quantité. Shaw a montré que des cultures en bouillon filtrées sur bougie Chamberland sont presque dénuées de toxicité quand elles sont injectées au singe. Il en est de même des cultures tuées à 600.