CONDITIONS DE L'INFECTION NATURELLE
Siège dans l'organisme. — Les recherches bactériologiques pratiquées pendant la vie et à l’autopsie des sujets ayant succombé à la fièvre de Malte montrent que le coccus de Bruce est répandu dans tout l'organisme. Il siège dans le sang et certains viscères, plus particulièrement la rate,le foie, le rein ; toutefois on estime quedans le sang son abondance est faible ; c'est pendant les accès fébriles qu'on le décèle le plus facilement. On le retrouve encore dans les ganglions mésentériques et la moelle osseuse. Dans l'urine, il est fréquent. Eyre l’a rencontré dans les matières fécales.
On a toujours constaté son absence dans le poumon, la plèvre, le cerveau, la sueur. Notons que Durham a observé sa persistance dans l'urine chez les convalescents.
Chez la chèvre infectée spontanément, on observe la même répartition ; il se trouve en général constamment dans le lait.
La constatation du Coccus melitensis dans l'urine, le lait, est de nature à expliquer comment le germe peut être répandu dans le milieu extérieur et être apte à contaminer les sujets sains entourant le malade; ceux-ci peuvent donc s’infecter par contact direct ou indirect. L'ingestion de lait de chèvre infectée paraît être le mode de confamination le plus fréquent pour l’homme.
Modes de contagion. — La fièvre de Malte est avant tout une infection des chèvres, surtout des chèvres maltaises. Elle peut se propager à tous les animaux domestiques (mulets, vaches, brebis, moutons) et à l'homme.
L'homme s infecte directement par ingestion du lait ou de ses dérivés, Le fromage notamment ; par contact direct avec ces animaux (c'est Le cas des bergers et des laitiers); la contamination peut être encore indirecte par ingeslion d'aliments (salades, légumes crus) souillés par l'urine infectée.
Enfin, la contagion interhumaine est indéniable, l’urine des malades pouvant souiller les milieux extérieurs où l'entourage prend le contact.
Voies d'infection. — L’infection prend accès par les voies digestives, respiratoires (inhalation de poussières bacillifères), muqueuses (conjonctive et peut-être muqueuse génitale). Enfin l'infection cutanée est possible, à la faveur des excoriations sur lesquelles se répandent des liquides contaminés.
IL est facile de conférer l'infection mélitococcique au singe et à la chèvre, tous deux très réceptifs.
Chez le singe, elle est réalisée à la suite de l'injection souscutanée d'une minime quantité de culture. Il la contracte encore à la suite de l’ingestion de lait de chèvre infectée, ou d'aliments arrosés d'une culture vivante, ou d'urine renfermant le coccus de Bruce. L’inhalation de poussières virulentes donne les mêmes résultats (Shaw). Enfin le seul contact d’une culture avec les muqueuses conjonctivale, rectale, génitale, peut infecter cet animal.
Deux à cinq ou six jours après l’inoculation, la température s'élève, présentant des rémissions quotidiennes, comme dans l'infection humaine. La fièvre peut ainsi durer plusieurs mois, pour évoluer vers la guérison ou la mort; cette dernière se produit habituellement vers le quinzième jour. L’autopsie montre l’absence de plaques de Peyer, mais le foie et la rate sont congestionnés et hypertrophiés. On y décèle le M. melitensis.
Pendant la vie, le sérum est agglutinant pendant la première semaine.
La chèvre présente des symptômes atténués, à la suite des mêmes inoculations. Le coccus de Bruce se retrouve dans les viscères, le sang, l’urine, le lait.
À la suite de l’ingestion de produits virulents, elle peut ne pré-
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senter aucun symptôme morbide; l'infection ne s'en déclare pas moins, ainsi que les examens bactériologiques le font constater; une chèvre infectée, et saine on apparence, peut éliminer le germe par le lait et les urines pendant un temps fort long. Cette notion est de la plus haute importance au point de vue épidémiologique et prophylactique. |
Le cheval, le mulet, la vache, le mouton sont très réceptifs.
Les animaux de laboratoire, lapin etcobaye, sont plus résistants. L'inoculation sous-cutanée n'est suivie d’aucun trouble. Cependant on peut les infecter et même les tuer par les injections intrapéritonéales, intraveineuses (Carbone), intracérébrales (Durham et Eyre). L'injection péritonéale détermine une orchite.
Le rat et la souris seraient réfractaires.
La poule succombe après un amaigrissement marqué quand elle a reçu une culture sous la peau ou par ingestion (Conor).
L'homme enfin peut s’infecter expérimentalement à la faveur des contaminations de laboratoire. Widal, Kindberg et Cotoni, J. Courmont ont rapporté des faits indiscutables de ces infections accidentelles. Carbone, Mac Fadyen ont succombé dans ces conditions.
DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE DE LA MÉLITOCOCCIE.
Recherche du germe spécifique. — Hémoculture. — Prélever 5 à 10 centimètres cubes de sang dans une veine du pli du coude, de préférence le soir, quand la température atteint 39»; au-dessous de 380, le coccus n’a jamais pu être isolé.
Ensemencer la totalité du prélèvement dans 200 à 250 centimètres cubes de bouillon. Porter à l’étuve à 370. Si, après trois à cinq jours, un trouble se produit, examiner directement, et réensemencer en gélose pour l'identification.
L'hémoculture aboutit à l'isolement du germe dans 65 à 80 p. 100 des cas (Shaw). La présence du coccus peut être révélée parfois dans les premiers jours de l'infection.
Ponction de la rate. — Cette épreuve donne d'excellents résultats, plus constants que ceux de l’hémoculture, maiselle peut amener des hémorragies mortelles. Après piqûre de la rate, pendant que le malade suspend sa respiration, aspirer. Ensemencer en bouillon ou gélose le suc splénique obtenu.
Recherche dans l'urine. — Centrifuger, ensemencer le culot comme précédemment. Le diagnostic, par ce procédé, est assez aléatoire, en raison de l'irrégularité de l'élimination microbienne par cette voie.
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Identification. — Se baser sur les caractères décrits, notamment: la’ morphologie, l'absence de coloration par le Gram, et l’agglutination à un taux élevé par le sérum des animaux vaccinés (1 p. 1000). Au besoin, inoculer des animaux sensibles, le singe de préférence.
Séro-diagnostie. — Le séro-réaction a permis à Wright, Birt et Lamb d'établir le diagnostic de mélitococcie en maints cas où l'isolement du germe n'avait pu être effectué.
Technique.— D’après Ch. Nicolle, utiliser une culture sur gélose âgée de trois à cinq jours ; l'émulsionner dans quelques centimètres cubes d’eau physiologique ; vérifier son homogénéité.
Wright conseille le procédé macroscopique : verser dans de petits tubes quantité égale d'émulsion et de sérum dilué à des taux divers; observer au bout de vingt-quatre heures. L'agglutination est déclarée positive quand, comparativement à un tube témoin renfermant l’émulsion seule, le liquide s’est éclairci, et qu’un dépôt s'est formé au fond du tube. Gardon emploie le procédé microscopique en additionnant IX, XIX, XXIX,etc., gouttes d'émulsion d’une goutte de sérum.
L'observation se fait au microscope sur une goutte du mélange placée entre lame et lamelle.
Au lieu du sérum, on peut se servir du lait, de l’urine (Zammit), de la salive (Pollaci et Ceraulo) ; ces derniers auteurs auraient utilisé avec succès la sérosité du vésicatoire. |
Appréciation des résultats. — Appliquée par de nombreux auteurs, la méthode du séro-diagnostic a donné parfois des résultats contradictoires. Actuellement même, tous ne s'entendent pas sur sa valeur. Ces discordances doivent dépendre d’une technique défectueuse ou d’interprétations erronées.
On a été frappé, en effet, de voir des agglutinations paraissant nettement positives avec le sérum de sujets atteints d'infections étrangères à la mélitococcie: fièvre typhoïde, septicémies tuberculeuses et autres, typhus exanthématique, kala-azar, etc. Certains sérums normaux mêmes sont agglutinants à 1 p. 30, 1 p. 60.
D’après Nègre et Raynaud, ces résultats discordants tiennent à la: présence, dans certains sérums, d’agglutinines non spécifiques, qu'ils opposent aux agglutinines spécifiques, seules contenues dans le sérum des mélitococciques. En chauffant préalablement à 56° pendant une demi-heure le sérum à expertiser, on fait disparaitre les coagglutinines. [ls en concluent que tout sérum doitsubir cechauffage avant d’être mis en contact avec les cultures.
De plus, d’après les mêmes auteurs, puis Manceaux, certains
DoptEr et SACQUÉPÉE. — Bactériologie, 2° édit. 24
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échantillons de M. melitensis sont agglutinables par des sérums normaux ; d’autres ne présentent pas ce pouvoir; ce sont ne ces derniers qu’il faut utiliser pour cette recherche. |
L'agglutination apparaît le plus souvent en moyenne vers le cinquième ou sixième jour; elle est parfois retardée. Il faut savoir aussi que le pouvoir agglutinant d’un sérum varie dans des proportions importantes et même peut disparaître d’un jour à l'autre. Si donc on le trouve négatif, il est essentiel de recommencer l’expérience le lendemain ou les jours suivants.
Une autre cause de réaction négative a été mise en lumière par Nègre et Raynaud: à côté de la mélitococcie, il existe une infection (paramélilococcie) produite par un germe très voisin: M. param: litensis. Ce dernier, inagglutinable par les sérums de mélitensiques, est agglutiné uniquement par les sérums paramélitensiques.
En cas de réaction négative avec une culture de M. melitensis, il y a donc lieu de rechercher l'agglutination avec son congénère.
Fixation du complément. — Le diagnostic peut être encore fait par la recherche des ambocepteurs dans le sérum des malades (Sicre, Gouget, Agasse-Lafont, etc.).
VACCINATION. — SÉROTHÉRAPIE,
Une première atteinte de mélitocoecie semble conférer l’immunité. Eyre a montré que les chèvres supportent facilement les injections de cultures tuées, mais ce procédé ne paraît pas conférer l’immunité contre les cultures vivantes.
H. Vincent et Collignon ont réalisé la vaccination active à , l'aide
d'autolysats provenant de cultures sur gélose.
Rey a utilisé les injections vaccinales de cultures tuées pour.
le traitement de la fièvre de Malte: en injectant sous la peau tous les huit jours 0ce,25 de cultures mortes, il aurait obtenu des résultats favorables. Basset Smilh a fait les mêmes tentatives thérapeutiques : il inoculait 0ce,5 à 4 centimètre cube de culture sur gélose, tuée par un chauffage à 60° pendant trente minutes. Les formes aiguës traitées par ce procédé furent aggravées; les atteintes à allure chronique furent améliorées, et leur durée fut réduite.
En 1895, Wright traita des malades avec du sérum de chèvres vaccinées. Ces essais répétés par Neusser, Fonstanos, ne furent guère encourageants ; il en fut de même des tentatives faites par Shaw, Eyre, Ewald avec du sérum de cheval immunisé. Plus heureux sont les résultats obtenus par Ed. Sergent et Lhéritier avec le AE de chevaux préparés par des injections d’endotoxine.
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