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RECHERCHE DE LA BACTÉRIDIE CHARBONNEUSE DANS LES MILIEUX EXTÉRIEURS

Employer la technique imaginée autrefois par Pasteur pour mettre la bactéridie charbonneuse en évidence dans la terre des « champs maudits » et l’isoler en culture pure:

Broyer dans un mortier une petite quantité de terre ; la mettre en suspension dans de l’eau stérile; quand la terre s’est déposée, décanter et verser dans un verre à pied le liquide surnageant, qui contient encore des particules très fines. Celles-ci se déposent d’elles-mêmes. Décanter le liquide et aspirer le dépôt dans des pipettes stériles, que l’on scelle au chalumeau.

Pour éliminer les microbes non sporulés, chauffer ces pipettes au bain-marie à 85° pendant quinze à vingt minutes. Puis ensemencer en boîtes de Petri aérobies où l’on a préalablement coulé de la gélatine. Porter à l’étuve à 209 et examiner les colonies ; ensemencer celles qui paraissent suspectes, et les identifier par la cul: ture et les inoculations.

La recherche dans la vase s'effectue d’une façon sensiblement analogue. Dans l’eau, elle est plus simple: elle ne comporte que l'ensemencement direct sur plaques de gélatine.

Nous avons vu que certaines races ou espèces animales sont plus ou moins sensibles à l'infection charbonneuse ; certaines sont réfractaires.

Il est fort probable que, chez l'homme, une atteinte de charbon confère l'immunité. Enlin Pasteur avait remarqué que les bovidés ayant résisté à l'infection charbonneuse supportaient sans dommage des inoculations de produits virulents; il avait conclu de cette observation que l’inoculation des cultures atténuées pourrait préserver l'animal des atteintes spontanées. De là la méthode des vaccinations pastoriennes.

Vaccination pastorienne.— La vaccination anticharbonneuse s'effectue à l’aide des cultures atténuées et dont la virulence minima a été fixée comme il a été indiqué plus haut (p. 396).

Toutefois, pour que l'immunité conférée soit solide, il faut que les phénomènes provoqués par l'inoculation de virus soient suffisamment intenses. Or, un virus trop actif, bien qu'atténué, peut provoquer l'infection charbonneuse. Aussi convient-il d’injecter tout d’abord un vaccin très faible, puis, une semaine après, un vaccin plus ésergique, que l’animal-supportera sans inconvénients.

Technique de là vaccination. — On commence par inoculer à l'animal, sous la peau, du premier vaccin (1/4 de centimètre cube pour la vache, 1/8 de centimètre cube pour le mouton). Ce premier vaccin est une culture charbonneuse dont la virulence est assez atténuée pour qu'elle soit inactive vis-à-vis du lapin et du cobaye et ne tue que la souris.

Douze jours après, on inocule le deuxième vaccin, dont la virulence est moins atténuée, et qui, épargnant le lapin, tue la souris et le cobaye.

Preuves de son efficacité. — Pasteur, Chamberland et Roux, en 1884, ont prouvé les premiers l'efficacité de la méthode. A Pouilly-le-Fort, 25 moutons. {furent vaccinés en deux séances à douze jours d'intervalle, suivant le procédé décrit ; quatorze jours après la deuxième vaccination, tous furent soumis, ainsi que 25 témoins, à l’inoculalion d’un virus fort, non atténué. Deux jours après, les 25 témoins avaient succombé, les 25 vaccinés résistèrent.

Depuis cette époque, la méthode pastorienne est entrée dans la pratique courante.

L'immunité est habituellement conférée quatorze à quinze jours après la deuxième vaccination ; sa durée est variable suivant les individus. D’après Chamberland, au bout d'un an, 60 p. 100 des vaccinés sont encore immunisés. Aussi, en pratique, dans les régions d'endémie charbonneuse, la vaccination des troupeaux doit-elle être renouvelée chaque année.

Symptômes et accidents dus à la vaccination. — En règle générale, la vaccination n'est suivie d'aucun trouble local ou général. Parfois cependant, chez le mouton; la vache, le cheval, au point d’inoculation, un léger œdème se forme, suivi d'engorgement ganglionnaire. Ces phénomènes rétrocèdent en quelques jours sans laisser d'autre trace qu un léger noyau induré.

Des accidents mortels peuvent cependant se produire dans 0,25 ou 0,50 p. 100 des cas. Ils s’observent chez les animaux jeunes ou déjà affaiblis par une affection étrangère ou une mauvaise alimentation. D’après Bigoteau, il se peut que ces accidents surviennent chez des sujets en état d'infection latente. Enfin un certain nombre de ces décès doivent être attribués à une contamination accidentelle, se produisant avant que l'animal n'ait acquis ’immunité.

408 BACTÉRIDIE CHARBONNEUSE.

Vaccination par la toxine charbonneuse. — Avant que Pasteur ait effectué ses premiers essais par les virus vivants atténués, Toussaint avait tenté de conférer l'immunité en injectant du sang charbonneux défibriné, chauffé pendant dix minutes à 55°; il injectait ainsi, en réalité, dés bactéridies tuées. Ce procédé ne donnait de résultat positif que si i Je virus avait conservé une partie de son activité.

Plus tard, Hankin essaya, mais en vain, de vacciner les animaux avec la toxine obtenue par son procédé.

Marmier, par contre, a pu immuniser des animaux de laboratoire en leur inoculant à doses répétées sa toxine préparée dans un milieu de peptone glycérinée. Mais l’immunité obtenue ne dure pas plus de cinq à six semaines après la dernière inoculation.

Vaccination par sérum-virus. — Cetle méthode, imaginée par Sobernheim, consiste à injecter simultanément à l'animal, sous la peau d'un des flancs, une culture atténuée, et sous la peau de l’autre flanc ou dans la veine 10 centimètres cubes de sérum anticharbonneux. Une telle vaccination unique conférerait une immunité plus solide et plus durable que les vaccinations pastoriennes. En Amérique du Sud, l’auteur a vacciné ainsi 200 000 bovidés; le déchet observé n’a atteint que 0,1 p. {1 000.

SÉROTHÉRAPIE.

Plusieurs auteurs ont préparé un sérum anticharbonneux en inoculant à l’animal des doses progressivement croissantes de cultures de bactéridie charbonneuse.

Préparation du sérum. — Sérum de Marchoux. — Marechoux a immunisé des lapins et des moutons. Les moutons sont tout d’abord inoculés avec le vaccin anticharbonneux, puis ils reçoivent chaque semaine par la voie cutanée des doses de cultures de plus en plus considérables, pouvant atteindre 200 et 300 centimètres cubes en une seule injection. La saignée destinée à recueillir le sérum est effectuée quinze à vingt jours après la dernière inoculation.

Ce sérum ne présente aucun pouvoir bactéricide ou antiloxique. Par contre, il est doué de propriétés préventives et curatives.

Injecté sous la peau d’un lapin de 2 kilogrammes, à la dose de 1 centimètre cube, vingt-quatre heures avant 0cc,25 de culture, dose sûrement mortelle, il empêche l'infection de se produire, Quand l'injection de ceultures est faite dans le péritoine, la dose de sérum capable de protection doit être élevée à 15 ce :timètres cubes. Si l'injection est intraveineuse, 20 centimètres cubes de sérum ne font qu'assurer une survie de trois jours sur le témoin.

Quand les injections de sérum et de virus sont simultanées, Marchoux n'a observé que 7 guérisons sur 24 animaux en expérience. Les animaux qui succombent présentent néanmoins une survie légère sur les témoins,

Enfin, quand le sérum (6 centimètres cubes) intervient quatre heures après l'injection de virus, la survie peut être obtenue.

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SÉROTHÉRAPIE. 409

Sérum de Sclavo: — Par le même procédé, Sclavo a immunisé des moutons et des ânes.

Le sérum de mouton à la dose de 2 centimètres cubes préserve le lapin contre la dose mortelle de culture. Mêmes propriétés pour le sérum d'âne.

Sérum de San Felice. — San Felice vaccine des chiens fournissant un sérum agissant préventivement contre Linfection charbonneuse du lapin, mais inefficace chez le cobaye. Il est curatif pour le lapin ; injecté à la dose de 7 centimètres cubes par kilogramme d'animal, quarante heures après l’inoculation du virus, il arrête les progrès de l'infection.

Mode d’action. — On ignore encore comment agit le sérum anticharbonneux. Il est dénué de toute propriété bactéricide et antitoxique. Le pouvoir agglutinatif est minime ; seul le pouvoir sensibilisateur a pu être mis en évidence (Bordet, Eller, Boidin).

Applications thérapeutiques. — L'application de la sérothérapie curative a été faite chez les grands animaux et chez l’homme.

Chez’ les grands animaux, l'injection de 50, 100, 150 centimètres cubes sous la peau, répétée plusieurs jours de suite, semble amener la rétrocession de la lésion locale, et la température s’abaisse.

Chez l'homme, des doses de 30 à 40 centimètres cubes injectées journellement ont amené, dans un certain nombre d’atteintes, une amélioration notable. D’après le pelit nombre d’observalions que : l’on possède, le sérum semble limiter la lésion locale et améliorer l’état général ; il est juste d'ajouter que la gravité de la pustule maligne humaine est peu accusée. Il parait peu efficace dans les cas d'œdème malin.

En réalité, les atteintes traitées par le sérum sont en nombre trop insuffisant et de caractère trop disparate pour qu’on puisse juger de son efficacité réelle.

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