PRODUCTION DE PIGMENTS
avec refiets métalliques ; l’Actynomyces bovis en culture présente une teinte jaune qui vire ensuite au vert, puis au noir.
Les colonies de Sarcina lutea, Micrococcus cereus flavus, Diplococcus pharyngis flavus sont teintées en jaune ou jaune-citron ; Staphylococcus aureus prend une couleur jaune d’or; les cultures de Micrococcus prodigiosus sont rouges. Les bacilles violets donnent une teinte violet noir. Le baciile du lait bleu (Bacillus syncyanus) colore le lait en bleu de ciel ou bleu grisâtre. Le Pyocyanique ou bacille du pus bleu * développe une teinte bleu verdâtre ; il peut produire en outre un pigment fluorescent et un pigment vert non fluorescent. On en connaît une variété à pigment noir.
D’autres bactéries produisent une fluorescence verte (Bacillus fluorescens liquefaciens, Bacillus fluorescens putridus).
On connaît assez mal la nature de ces pigments; Migula a observé pour certains la solubilité dans l’eau, mais la plupart y sont insolubles et sont solubles au contraire dans l'alcool, l’acétone, le chloroforme.
Certains peuvent être rangés dans la catégorie des pigments végétaux, nommés lipochromes, substances grasses, insolubles dansl'eau, mais solubles dans l’alcool. Il en est ainsi du pigment des staphylocoques, sarcines, etc. D’autres, comme la pyocyanine, la chlororaphine, se rapprochent assez étroitement des alcaloïdes, dont ils possèdent la plupart des réactions.
Leur élaboration semble être liée àla production de diastases et en particulier d’oxydases.
Ces pigments s’oxydent très facilement ; ils semblent fixer avidement l’oxygène. <
Conditions de la production du pigment. — Divers facteurs influent sur la production des pigments microbiens :
La lumière n’est pas indispensable, car le M. prodigiosus, le B. violaceus produisent leur pigment dans l'obscurité.
Par contre, l'oxygène est nécessaire; une bactérie très chromosène cesse de l’être quand elle est cultivée à l’abri de l'air.
La constitution chimique du milieu peut, en certains cas, présenter une grande importance. Pour le Pyocyanique, Gessard a montré que la fluorescence ne se produit pas en l'absence de phosphates, et que le pigment noir réclame la présence de tyrosine.
De même la réaction du milieu présente une certaine influence. En général, les pigments préfèrent un milieu neutre ; ainsi, dans un milieu alcalin, au bout de plusieurs générations, le M. proudiqiosus devient incolore. Par contre,le Pyocyanique, les fluorescents préfèrent une réaction basique. Les réactions influent encore sur la
teinte des pigments : ainsi le bacille du lait bleu, cultivé en milieu neutre, donne une teinte gris ardoisé; en milieu acide, il devient bleu ; en milieu alcalin, il devient rougeàtre. Un même pigment peut dès lors présenter des colorations successivement différentes suivant les réactions des milieux de culture.
La puissance chromogène paraît être encore en rapport avec la vitalité du germe ; elle diminue quand la vitalité s’atténue, soit spontanément, soit sous l'influence d’antiseptiques. C'estainsique Charrin et Roger ont pu graduer la production pigmentaire du Pyocyanique en additionnant les cultures de solutions de sublimé.
L'influence de la fempérature est indéniable. En moyenne, on peut considérer comme optima les températures comprises entre 200 et 250. Ainsi M. prodigiosus, Bacillus fluorescens putridus donnent un pigment abondant à 200 ou 22; cultivés à 259, leur cultureestincolore. Mais en habituant progressivement ces germes à des températures de 350 à 370, on peutarriver à leurfaire sécréter leur pigment.
SÉCRÉTION DE DIASTASE.
Les bactéries sont des agents producteurs de diastases ou enzymes, substances qui rendent assimilables les éléments non nutritifs; ou qui disloquent les composés fermentescibles pour engendrer la chaleur nécessaire à la vie de la bactérie. Ainsi l’amidon, la cellulose, l’albumine, la fibrine ne peuvent être assimilés qu'à la faveur de transformations opérées par les diastases. Le sucre de canne doit être interverti; les nitrates doivent être réduits. Ces substances diastasiques sont retenues dans le corps cellulaire ou bien diffusent dans le liquide ambiant. On ignore leur constitulion; on ne connait que leurs propriétés et leurs effets.
Les diastases sont solubles dans l'eau et la glycérine ; beaucoup d'entres elles sont retenues par les filtres : elles dialysent mal et adhèrent aux précipités que l’on produit dans les liquides qui les contiennent. Elles sont détruites par une chaleur relativement peu élevée, variable suivant la diastase envisagée (entre 550 et 80); cependant, quand elles ont été préalablement desséchées, leur résistance à la température est beaucoup plus accusée : elles peuvent alors supporter une température de 100°et mème davantage.
La lumière leur est nuisible : la sucrase de l’Aspergillus niger, l’invertine sont en effet détruites par une exposition de quelques heures au soleil
L'action nocive de la chaleur et de la lumière s'exerce de préférence en présence de l’air et de l'oxygène.
ACTIONS FERMENTATIVES. — FERMENTATIONS. 21
Les enzymes manifestent leurs propriétés soit en milieu acide, comme la sucrase, soit en milieu alcalin, comme la trypsine.
Enfin l’action de chaque diastase peut être empêchée ou favorisée par la présence de sels, dont l’action peut être diamétralement opposée suivant la nature de la diastase : ainsi l’action de la présure est favorisée par l’action des sels de chaux, qui au contraire empêchent celle de l’amylase.
Duclaux a divisé les diastases en plusieurs classes :
DrASTASES COAGULANTES ET DÉCOAGULANTES. — Îans ce groupe rentrent la présure, qui coagule le lait, et la caséase, qui redissout: la caséine; la {rypsine, qui contribue à assurer la liquéfaction de la gélatine et du sérum coagulé.
DIASTASES HYDROLYSANTES ET DÉSHYDROILYSANTES. — À Ce groupe appartiennent l’uréase, qui produit la fermentation ammoniacale, l'amylase et la dextrinase, sucrase, maltase, inulase, etc.
L’amylase convertit l’amidon en dextrine; la dextrinase transforme la dextrine en maltase.
DIASTASES OXYDANTES ET DÉSOXYPANTES. — Tels les oxydases à qui l’on attribue les changements de coloration des milieux de cultures (pomme de terre notamment); le philothion, qui possède des propriétés réductrices et provoque la formation de sulfure d'hydrogène avec la fleur de soufre.
DrASTASES DE DÉCOMPOSITION. — La zymase, découverte par Buchner, est seule à réprésenter ce groupe.
ACTIONS FERMENTATIVES. — FERMENTATIONS.
On nommait autrefois « fermentation » les phénomènesde décomposition accompagnés de bouillonnement de la masse liquide, de boursouflement et de dégagement de gaz : telle, par exemple, la fermentation du moût de raisin. Mais on fut obligé de reconnaître que des fermentations pouvaient s’opérer sans aucun dégagement gazeux perceptible : tel le cas de la fermentation acétique.
D'après M. Nicolle, la fermentation « est un phénomène vitil, dans lequel il y a une disproportion énorme entre le poids de l’organisme actif et celui du corps transformé ». En effet, les microbes sont capables de transformer sous un poids extrêmement réduit des quantités énormes de matière fermentescible. La fermentation se rapproche assez étroitement des «actions diastasiques dues à ce qu'on appelait autrefois les ferments chimiques ».
Pour que l’action fermentative puisse s'opérer, cerlains microbes ont besoin du secours de l'oxygène (fermentations par oxydation);
d'autres peuvents’en passer, ou exigent même son absence (fermentation par réduction). |
On connaît de nombreuses variétés de fermentations.
Fermentation alcoolique. — C’est la transformation des sucres en alcool et acide carbonique. Découverte par Lavoisier, elle a été étudiée surtout par Pasteur, qui l’a attribuée à l’action vitale des levures.
Ces levures (levures hautes fonctionnant à 16° à 20°, et les levures basses, à 60à 80)agissentsur lessaccharides. Parmi les monosaccharides, la glucose, la mannose, lagalactose sontfermentescibles directement sous leur influence. Les disaccharides (saccharose, lactose, maltose, etc.) doivent préalablement être transformées en monosaccharides par action diastasique. Ainsi la levure de bière (par l’invertine) dédouble la saccharose en glucose et lévulose, puis disloque ces derniers en donnant de l’alcool et de lacide carbonique. Il en estde mème des polysaccharides (inuline, amidon, dextrine).
Outre l'alcool et l’acide carbonique, la fermentation alcoolique s'accompagne de la formation de glycérine, d'acide suceinique, d'aldéhyde, d'acides volatiis et de diverséthers. |
Cette action fermentative des levures est due à la zymase. Elle s'opère en anaérobiose, mais Pasteur a démontré qu'au bout d’un certain temps l'oxygène devient nécessaire; il en suffit de traces pour réactiver une fermentation disparue.
Fermentation lactique. — Elle s'opère par la précipitation de la caséine, effectuée par le dédoublement de la lactose en acide lactique. Divers éléments microbiens peuvent la produire : le bacille de Pasteur et Hüppe, et divers fermentscontenus dans l'air et l’eau (Miquel). En outre de ces ferments proprement dits, des bactéries diverses : bacilles typhique etparatyphique, colibacille, vibrions,'etc., sont capables de l’assurer. Cette fermentation par les microbes pathogènes intéresse au plus haut point le bactériologiste au point de vue de l'identification des espèces (Voy. à cet égard l'étude de chaque bactérie en particulier).
Ilexiste encore des fermentations sucrées voisines de la fermentation lactique : on connaît ainsi les fermentations des sucres suivants : glucose, lévulose, mannine, dextrine, maltose, galactose, saccharose, que nous aurons souvent l’occasion d'étudier.
Ces fermentations spéciales s’opèrent de préférence à 30-359 en milieu légèrement alcalin, et en contact avec l'oxygène.
Dans les milieux de cultures où elles s'effectuent, elles s'arrêtent en général quand la quantité d’acide formée atteint0,6 à 0,8 p. 100.
Fermentation butyrique. — La fermentation butyrique s’ob-
ACTIONS FERMENTATIVES. — FERMENTATIONS, 29
serve avec l’amidon, la dextrine, certaines celluloses , la saccharose, la glucose, la lactose. Mais, comme dans les fermentations alcoolique et lactique, les disaccharides et polysaccharides doivent être attaqués préalablement par 1 hydrolyse.
Les agents microbienscapables de la produire sontasseznombhreux. On connaît notamment le bacille butyrique de Hüppe, qui leffectue en présence d'oxygène : Le Vibrion de Pasteur, l'Amylobacter de Van Tieghem, etc., qui agissent sans le secours d'oxygène. La fermentation butyrique se produit parfois après la fermentation lactique.
En dehors de l'acide butyrique, on trouve, après la fermentation, de l'hydrogène, des acides : carbonique, acétique, formique, de l’alcool butylique, etc.
Fermentation acétique. — La fermentation acétique s'observe sur les boissons alcooliques en général et le vin en particulier. Qu'on les abandonne à l'air, on voit se développer à la surface un voile mince, velouté,; une odeur aïigrelette de vinaigre apparait.
Pasteur a montré que l’agent fermentatif est un microbe très petit, disposé en diplobacilles, mais en réalité très polymorphe; il l'a nommé Bacterium aceli. |
La fermentation acétique se produit au maximum entre 20 et 30e, à la faveur d’une aération énergique; sans cette aération, l'alcool se transforme en aldéhyde; c'est ce qui se produit encore quand la teneur en alcool est inférieure à 10 p. 100.
Fermentation ammoniacale. — Elle est le plus habituelleement due à l’action d’un microcoque étudié par Pasteur et Van Tieghem. Miquel en à isolé d’autres qui proviennent de l'air, des eaux, etc. Leur action fermentative est due à la production d’une diastase qu'on a nommée uréase. Sous soninfluence, l’urinese trouble et devient alcaline, en même temps que les phosphates et les matières organiques se déposent; l'urée est transformée en carbonate d'ammoniaque qui ne tarde pas à se convertir en sesqui, puis en bicarbonate d’ammoniaque : l’ammoniaque se dégage. Les mêmes ferments peuvent dédoubler le glycocolle et l’asparagine.
Enfin cette fermentation ammoniacale s'opère strictement en présence de l’air et de préférence à la température de 30 à 330.
Elle est favorisée par la lumière et empêchée par l'acidité.
Nitrifcation. — La nitrification est la transformation des sels ammoniacaux en azotates. Elle s'effectue en permanence, et d’une façon pour ainsi dire insensible, dans le ‘ol où les nitrates sont l'aliment azoté principal que consomment les végétaux.
Schlæsing et Müntz ont montré que les agents de cette nitritication sont des êtres vivants.
On remplit un cylindre de terre arable; à sa partie supérieure, on verse du sulfate d’ammoniaque; à sa partie inférieure, on recueille du nitrate d'ammoniaque. Toutefois, si on chauffe la terre à 1000, ou si on l’imprègne de chloroforme, le sulfite passe en nature, et la nitrification ne se fait plus. Celle-ci devait donc être produite par un organisme vivant. C’est Winogradsky qui eut le mérite de faire connaître le mécanisme de celte fermentation spéciale et les. bactéries qui contribuent à l’assurer.
Elle s'effectue en deux temps, par deux sortes d'agents microbiens ayant chacun leur fonction.
Dans une première phase, les ferments nitreux : Nitrosomonas d'Europe, de Java, et Nitrosococcus du Mexique et du Brésil, microcoques mobiles, pourvus d’un eil, transforment les sels ammoniacaux en nitrites; dans une deuxième, ces nitrites sont transformés en nitrates par le ferment nitrique, le Nitrobacter, bacille immobile, découvert par Winogradskv.
Ces ferments nitreux et nitrique, qui ne peuvent se développer en présence de matières organiques, puisent leur alimentation dans les carbonates, dont ils absorbent le carbone.
La nitrification réclame une bonne aération, de l'humidité, une température de 5° à 560, une alcalinité légère et de l'obscurité.
Ces phénomènes de nitrification ont reçu plusieurs applications intéressantes :
Müntz a pu reproduire des nitrières artificielles par l’action des microbes nitrifiants; c’est d’ailleurs par cette action que se sont produits dans la nature les vastes gisements de nitrate, et que se produisent en réduction, sur les murs humides, les dépôts de salpêtre qu'on y rencontre.
La nitrification a été utilisée pour assurer l'épuration biologique des eaux. Cette dernière s'effectue, on le sait, en deux phases : dans les fosses septiques où s'opèrent les fermentations anaérobhies, puis dans les lits bactériens, siège des fermentations aérobies.
Dans les fosses septiques, les diastases microbiennes attaquent et décomposent les substances Lertiaires et quaternaires. Les matières organiques qu'elles contiennent se dissolvent pour aboutir à la transformation en sels ammoniacaux.
Dans les lits baclériens où le contact de l'air est assuré par des agencements spéciaux, les ferments nitrobactériens assurent la transformation des sels ammoniacaux en nitrites, puis nitrates.
Dénitrification. — L'action des agents nitrificateurs est parfois anéantie par l’action des agents dits dénitrificateurs, qui ramènent les nitrates et les nitrites à l’état d'ammoniaque, en dégageant
ACTIONS FERMENTATIVES. — FERMENTATIONS. 31
du protoxyde d'azote, du bioxyde d’azote ou de l'azote seul. On trouve de ces bactéries dénitrifiantes dans la paille, la luzerne, les tourteaux, la bouse de vache. Elles agissent en présence de l'excès de matières organiques qui, on l’a vu plus haut, empêche la nitrification. On estime que la nitrification et la dénitrification se régularisent mutuellement et se font équilibre.
Putréfaction. — Ce sont encore des bactéries qui déterminent les phénomènes de putréfaction, consistant en une série de dédoublements des matières hydrocarbonées, azotées et sutout des albuminoides. Ces dédoublements aboutissent à la libération des éléments simples, oxygène, hydrogène, carbone, azote, sous forme d’acide carbonique et d’ammoniaque, qui sont ainsi restitués aux milieux d'où provenaient les matériaux ayant subi ces transformalions.
Dans la putréfaction, on observe la dislocation des différentes substances, contenues dans le milieu.
Les hydrates de carbone se transforment, comme on l’a vu dans l'étude des diverses fermentations, après tu sans hydrolyse préalable, suivant leur qualité.
Les matières grasses sont dédoublées tout d’abord en glycérine et en acides gras : la glycérine fermente, les acides gras disparaissent, brûlés par l’action des moisissures.
Les matières azotées sont ou simplement solubilisées, ou disloquées ; de ces phénomènes résulte le dégagement de produits gazeux, dont les uns, comme l'hydrogène et l’acide carbonique, restent inodores, dont les autres dégagent une odeur infecte : acides gras volatils, ammoniaques composées, mercaptan, hydrogène sulfuré, phosphoré, indol, scatol.
La putréfaction s'effectue en général en deux phases : la première due aux aérobies, la seconde aux anaérobies.
Soit un liquide qui se putréfie : sa masse est {out d’abord envahie par les aérobies qui y trouvent des aliments et de l'oxygène : ils s’y développent abondamment, brüûlent les aliments qui y sont contenus, et dégagent des produits simples et inodores; au fur et à mesure que l'oxygène du milieu s'épuise, ils viennent se cantonner à la surface pour y absorber l'oxygène de l'air. Quand tout l'oxygène de la masse est épuisé, les anaérobies, protégés contre l’action de l’oxygène de l'air par le voile qui s’est formé, peuvent se développer en toute liberté; c'est alors qu’intervient la transformation spéciale d’où se dégagent les produits volatils d’odeur repoussante.
Il en est de même pour la putréfaction de la viande, où les aérobies s’attaquent surtout aux substances hydrocarbonées et un peu aux albuminoïdes, grâce à la présence des ferments peptolytiques et
protéolytiques mixtes. Après trois ou quatre jours, les anaérobies apparaissent; après une semaine environ, les sucres ont disparu, la glycérine est brûlée, les graisses sont devenues des savons ammoniacaux. Sous l'influence des ferments protéolytiques purs, le dégagement des produits volatils d’odeur infecte s'effectue. Après trois à quatre semaines, la décomposition s’avance davantage, et l’ammoniaque augmente de plus en plus, sous forme d’ammoniaques composées.
Ces phénomènes durent plus ou moins 1énete tite mais finissent par aboutir à la disparition complète de la matière organique et à la nitrification.
Toxines proprement dites. — Les bactéries sont capables de sécréter des substances toxiques qui interviennent énergiquement dans la production des phénomènes morbides de l'infection qu’elles provoquent. On les a nommées « toxines ».
On classe les toxines en deux grands groupes : toxines solubles et endotoxines.
Toxines solubles. — Par leurs caractères généraux, elles se rapprochent assez étroitement des diastases.
Solubles dans l’eau et la giycérine, elles sont insolubles dans l'alcool; elles adhèrent fortement aux précipités et coagula que l’on provoque dans les liquides où elles ont pris naissance. Elles dialysent lentement, sont retenues en partie sur les filtres; comme les -diastases encore, elles agissent à dose très minime. Elles sont sensibles à la nf à la chaleur, à l'oxydation.
Les toxines ab bien différentes des ptomaiïnes avec lesquelles on à voulu les assimiler ; elles diffèrent aussi des protéines bactériennes de Buchner, qui ne sont que des résidus de nutrition des bactéries, dénuées, contrairement aux toxines, de tout caractère de spécificité.
Les toxines diphtérique, tétanique, botulinique sont des types de toxines solubles.
Divers facteurs interviennent pour conditionner leur sécrétion :
Leur formation dépend tout d’abord du microbe producteur. Parmi les espèces virulentes, certaines sont toxigènes, d’autres ne le sont pas.
Elle dépend encore de la constitution des milieux de culture, variables d’ailleurs avec le microbe étudié. C’est ainsi que, pour donner une toxine active, le bacille tétanique a besoin de chlorures,
le bacille diphtérique de phosphates. Les sucres, en déterminant de l'acidité, sont nuisibles à la toxine diphtérique; par contre, ils n'influent en rien sur la toxine botulinique, dont le germe producteur ne souffre aucunement de cette acidité. — Enfin, dans la plupart des cas, la réaction du milieu doit être alcaline.
La température requise pour l'obtention des toxines est en général de’ 379.
La résistance des toxines solubles à la chaleur est assez variable. À cet égard, on a classé un peu trop schématiquement les toxines en thermolabiles et thermostabiles. Ainsi les toxines diphtérique et tétanique sont atténuées par un chauffage à 55° et sont détruites à des températures inférieures à 1000.
Par contre les toxines cholérique et pyocyanique supportent impunément la température de l’ébullition.
Ces substances toxiques élaborées et sécrétées par les bactéries sont spécifiques. Ainsi les symptômes spasmodiques provoqués par la toxine tétanique sont bien différents de ceux que produit la toxine diphtérique, qui donne des troubles paralytiques.
Cette spécificité semble être due à l’affinité élective de chaque toxine, pour des éléments spéciaux de l'organisme. Les toxines en effet se fixent électivementsur certaines cellules; c’est la raison pour laquelle une dose infime de toxine peut être mortelle en se fixant sur des cellules dont le rôle physiologique est considérable : la cellule nerveuse, par exemple, dans le cas de la toxine tétanique. On a depuis longtemps comparé cette fixation à une véritable teinture ; c'est sans doute un phénomène d'adhésion moléculaire.
Chez l’homme ou l'animal infecté par le microbe qui les produit, les toxines solubles agissent surtout à distance ; l'exemple le plus typique est celui de la diphtérie et du tétanos où la lésion locale est infime, mais où les troubles toxiques prédominent, dus à la toxine lancée et diffusée dans la circulation.
Enfin ces toxines bactériennes, injectées à des animaux à doses progressivement croissantes, vaccinent ces derniers contre leur action nocive et déterminent la formation d'’antitoxines spécifiques, dont nous parlerons dans des chapitres ultérieurs.
A cet égard, il faut établir un rapprochement entre ces toxines bactériennes et certaines foxines végétales comme l’abrine (jequirity), la ricine (graines de ricin), la crotine (croton tiglium). On a reconnu que ces substances, par leur nature et leurs propriétés, doivent être assimilées non pas aux albuminoïdes ni aux glucosides, mais aux toxines. Comme ces dernières d'ailleurs, elles peuvent provoquer la |
Doprter et SACQUÉPÉE. — Bcctériologie, 2e édit. 3
formation d’antitoxines spécifiques, alors que les albuminoïdes et les glucosides en sont incapables,
Endotoxines. — Il est des microbes qui, dans les milieux de culture, ne libèrent pas de poison toxique tant qu’ils sont vivants, mais les retiennent dans le corps microbien.Ces endotoxines, comme on les a nommées, ne possèdent donc pas la propriété des toxines dites solubles. C'est à ce caractère es:entiel qu'est due la distinction, peut-être artificielle, entre les unes et les autres.
Les principales: endo toxines connues sont l’endotoxine pesteuse, typhique, dysentérique.
Leur existence peut être démontrée de la facon suivante : soit une cullure jeune en bouillon de bacilles dysentériques de Shiga ; on la centrifuge ; après dépôt des microbes au fond du tube, on injecte à l'animal le bouillon devenu clair : il est inoffensif; on recueille le dépôt microbien que l’on tue par la chaleur à 580 pendant une heure; les microbes tués, injectés sous la peau d’un lapin, déterminent l’intoxication dysentérique expérimentale, comme les microbes vivants; le corps microbien retient donc la toxine sans la laisser diffuser.
ILest vrai que cette endoloxine peut être mise en liberté dans une culture en bouillon, mais elle n’est décelable par ses effets pathogènes et ses réactions qu'après quinze à vingt jours de séjour à l’étuve à 370, quand la plupart des bactéries sont mortes. Les corps microbiens, qui, à l’élat vivant, retiennent leur poison, le laissent dégorger et diffuser après la mort et la destruction de la cellule bactérienne.
Avec des cultures solides, on peut obtenir la mise enliberté de ces endotoxines par les procédés produisant l'autolyse (macération aqueuse, congélation à l’air liquide par la méthode de Macfadyen et Rowland à — 90° F., procédé de Besredka avec une solution concentrée de chlorure de sodium, etc.).
De par leurs caractères généraux, elles ne semblent pas différer essentiellement des toxines solubles. Elles sont assimilables, comme ces dernières, aux diastases. Elles sont sensibles à la chaleur, mais avec des différences, suivant chacune d'elles, ccmme on l’a observé pour les toxines solubles.
Néanmoins, il est assez difficile d'établir une démarcation nette entre ces entodoxines et les toxines solubles. Pour certains auteurs, le fait que la toxine est diffusée dans le milieu ambiant ou retenue dansle corps microbien ne constitue pas un caractère suffisant pour faire admettre cette différenciation. La question de savoir s’il ya ou non identité de nature entre ces deux poisons n’est pas encore tranchée,
Lo à
Enfin ces endotoxines peuvent fournir de l’anti-endotoxine quand elles sont injectées à doses progressives à l'animal ; mais alors qu'avec les.toxines l'antitoxine est obtenue par injections sous-culanées, les endotoxines ne peuvent donner d’anti-endotoxine qu'après injection intraveineuse (Besredka). -
Tuberculine et malléine.— La tuberculine et la malléine sont des toxines qui méritent d’être classées dans une catégorie spéciale. Ce ne sont pas à proprement parler des toxines vraies, mais des extraits microbiens. On les extrait des corps bactériens par action de la glycérine.
Elles sont très résistantes à la chaleur. Enfin ieur toxicité ne se manifeste que chez les sujets malades respectivement detuberculose et de morve, en provoquant une réaction locale et une réaction générale.
Hémolysines. — En dehors des toxines proprement dites, les bactéries sécrètent des produits toxiques particuliers, exerçant leur action nocive sur les globules rouges ; on les nomme hémolysines. Elle possèdent la propriété de dissoudre les hématies, dissolution suivie de la diffusion de l'hémoglobine. On en connaît plusieurs variétés :
Une des mieux connues, la première qui ait été étudiée, est la tétanolysine, hémolysine sécrétée par le bacille du tétanos (Ehrlich ct Madsen). Elle dissout les hématies de la plupart des animaux, surtout celles du lapin et du cheval.
Un chauffage à 50° pendant vingt minutes la détruit complètement. Substance très instable, elle est donc différente de la toxine télanique vraie ou tétanospasmine. D'ailleurs, limmunisation des animaux avec des cultures fillrées, contenant l'hémolysine et la toxine vraie, donne un sérumantitétanique et antihémolytique, mais ces antitoxines sont élaborées en quantités différentes : certains sérums en effet sont très antitoxiques et à peine antihémolytiques.
On connaît aussi une staphylolysine. À une culture de staphylo-
coque en bouillon, âgée de trois à quatre jours, on ajoute une goutte
de sang défibriné de lapin ; après deux heures de séjour à l’étuve, puis dix-huit heures à la glacière, le sang est complètement dissous. Îl en est de même quand on ajoute ce sang à une culture filtrée de staphylocoque. La staphylolysine injectée par voie souscutanée confère au sérum de l'animal des propriétés anti-hémolytiques ; par voie veineuse, celles-ci sont à peine marquées; elles sont nulles quand on prend la voie péritonéale.
On a décrit encore et étudié la pyocyanolysine, la colilysine, la typholysine, qui sont thermostabiles et ne se détruisent qu'à des températures fort élevées.
Besredka a fait connaitre Les propriétés de la streptocolysine, qui exerce son action non seulement in vitro, mais in vivo. Puis, contrairement aux hémolysines précédentes, qui n'apparaissent que dans les cultures déjà anciennes, la streptocolysine ne se manileste que quand le streptocoque est en pleine activité ; elle diminue d'intensité quand la culture vieillit. :
Kraus a fait connaître encore des vibriolysines qu'on observe avec des Vibrions voisins du Vibrion cholérique. L'expérience montre que certains Vibrions cholériques authentiques peuvent en sécréter.
Leucocidines. — Ce sont des produits toxiques pour les leucocytes. Van der Velde les a mises en évidence de la façon suivante : on injecte dans la plèvre d'un lapin du Staphylocoque doré; un exsudatse forme, riche en leucocytes, mais dégénérés. Ces leucocytes, mis en présence de leucocytes normaux, altèrent ces derniers, en dissolvant le protoplasma tout d'abord, puis leur noyau. Un chauffage à 589 pendant dix à quinze minutes détruit cette leucocidine.