‹ Précis de bactériologie (volume 2)Chapitre 26 sur 164 · VIE SAPROPHYTIQUE ET RÔLE PATHOGÈNE DES BACTÉRIES · texte numérisé non relu

VIE SAPROPHYTIQUE ET RÔLE PATHOGÈNE DES BACTÉRIES

avec d’autres, favoriser le pouvoir infectant de ces ! dernières.

En regard de ces bactéries saprophytes, se trouvent les bactéries capables d'infecter les organismes vivants qu'elles ont envahis, où elles pullulent, se développent et y produisent des désordres caractéristiques de l'infection et des toxi-infections. Ce sont les bactéries pathogènes.

De ces dernières il est plusieurs catégories : les unes semblent ne pouvoir vivre que dans les organismes vivants. Tombées d’un organisme vivant dans les milieux extérieurs, elles y restent à l’état de latence pendant un certain temps, puis succombent si elles n’ont pas l’occasion de pénétrer à nouveau chez un hôte où elles puissent reprendreleur vie active. Ce sont des parasites obligés. D’autres, au contraire, vivent de la vie saprophytique en dehors de l'être vivant, dans le sol, les eaux, où elles peuvent se multiplier, se diviser ou prendre une forme de résistance qui leur permet d'attendre souvent des mois et des années l’occasion favorable à une nouvelle vie infectante. Ce sont les parasites facultatifs.

Ces derniers exemples montrent qu'un seul et même microbe peut, à l’occasion, se comporter en saprophyte ou en pathogène. Il est vraisemblable d’ailleurs que certains saprophytes se transforment en pathogènes; n'’admet-on pas aujourd'hui que beaucoup de pathogènes ont été élevés à cette dignité, de saprophytes qu'ils étaient primitivement, par adaptations successives aux milieux vivants dans lesquels ils ont été appelés à pénétrer progressivement ? D'ailleurs, H. Vincent a, par des moyens spéciaux, pu conférer le pouvoir pathogène à des bactéries saprophytes, le Bacillus subtilis, le B. mesenter.cus vulgalus.

Les bactéries pathogènes engendrent donc l'infection; mais pour que celle-ci puisse se produire, diverses conditions relevant du microbe et de l'organisme qui l'héberge doivent être réalisées.

Conditions relevant du microbe. — La virulence des germes est un facteur de haute importance. Elle peut être définie : « L’aptitude des microbes à se développer dans le corps des animaux et à y sécréter des substances toxiques » (Roux).

Cette virulence est variable suivant diverses conditions naturelles et expérimentales.

Elle diminue sous l'influence de l’air, de la lumière, de la dessiccation, des antiseptiques, de la chaleur, du vieillissement dans les cultures. Elle augmente quand on fournit à un germe les aliments qui lui conviennent le mieux, quand on l’habitue, par adaptation progressive. à un organisme déterminé, par exemple en le faisant vivre à l'abri des défenses de cet organisme, dans les saës de collo-

dion introduits dans le péritoine. Ces passages successifs exallent le pouvoir pathogène, mais seulement pour l'espèce à laquelle il a été habitué. Ces conditions expérimentales sont parfois réalisées naturellement au cours des épidémies. Il est de règle qu’au début de certaines épidémies, de choléra par exemple, les premiers cas sont bénins, puis surviennent des atteintes bien caractérisées, des formes graves et enfin des formes foudroyantes. Au fur el à mesure des pas-. sages, la virulence s’est accrue.

Dans le déterminisme des infections, la quantité de microbes pénétrant dans l'organisme doit entrer encore en ligne de compte. Avec certaines espèces de germes, il suffit d’un microbe pour réaliser l'infection, avec d’autres, une grande quantité est nécessaire. Le fait a été remarquablement mis en lumière par Chauveau dans ses expériences sur le mouton algérien; bien que réfractaire au charbon dans les conditions naturelles, s’il reçoit cependant une forte dose de cultures, il contracte l'infection.

En médecine expérimentale, on sait aussi que l'injection d'une dose infime de germes peut n'être suivie d'aucun effet; une dose plus forte peut provoquer une infection locale, un abcès, et une dose beaucoup plus forte produire une septicémie. La quantité influe encore sur la gravité de l'infection et sur la durée de l’incubation.

Le rôle joué par les associations microbiennes est indiscutable : si on inocule à un animal des spores tétaniques sans toxine, il ne contracte pas le tétanos; si à ces spores on associe certains germes saprophytes, le tétanos se déclare; dans le premier cas, la spore a été phagocytée; dans le second, les leucocytes se sont emparés de la bactérie banale et ont laissé libre la Spore, qui a eu le temps de germer et de lancer la toxine dans la circulation. Cet exemple n’est pas le seul ; on connaît le pouvoir favorisant du Streptocoque sur le bacille de Lôffler, le bacille d'Eberth, dont la virulence est accrue par ce fait; il en est de même du choléra : Metchnikoff a montré le rôle des bactéries favorisantes ou au contraire empêchantes sur son éclosion. ;

Le rôle de la porte d'entrée des microbes pathogènes n'est pas négligeable. Le même germe, suivant sa voie d'introduction, produira des effets différents et de gravité variable; la pénétration du bacille tuberculeux par les voies respiratoires est plus sûrement tuberculisante que par les voies digestives : le chancre syphilitique extragénital donne une syphilis plus grave que s'il se développe sur les organes génitaux; la variole congénitale est très grave, car elle résulte d’une inoculation sanguine, etc. Inoculé au niveau de la

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