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CHAPITRE 111 IMMUNITE

L'organisme humain ou animal est en lutle constante avec les nombreux agents morbigènes venus de l’extérieur qui y accèdent pour y pulluler et y déterminer l'infection : quand de cette lutte l'organisme sort victorieux, la maladie ne se produit pas; on dit qu'il est immunisé.

L’immunité peut donc être définie : cet état de l'organisme qui présente la faculté de s'opposer à l’action d’un agent pathogène quelconque, parasite ou poison.

Elle est innée ou acquise.

Immunité naturelle. — On connaît maints exemples d'immunilé naturelle : alors que le mouton de nos pays est si sensible au charbon, le mouton algérien y est réfractaire ; la poule est réfractaire au charbon et au tétanos, les bovidés et Les porcs à la morve, elc.

De même encore le hérisson est insensible à l’action du venin de vipère ; l’atropine est inoffensive pour le lapin, la nicotine pour la chèvre, etc.

Cette immunité innée peut être fonction de l'espèce, de la race, de l’âge.

L'esnèce humaine contracte des infections auxquelles les animaux restent réfractaires, et inversemert.

Certaines ruces sont naturellement insensibles à l’aclion de certains virus : la race noire est, en général, réfractaire à la fièvre jaune ; chez les nègres comme chez les Annamites, les Malgaches, les Hindous, la malaria est moins sévère que chez le blanc.

L'influence de l’âge entre en ligne de compte. Au cours des épidémies de rougeole, de scarlaline, les enfants de moins d'un an sont habituellement épargnés ; Le bacille typhique respecte aussi en général les jeunes enfants et les vieillards. En pathologie animale, on observe des exemples semblables.

Enfin, dans ces élats « iminuns », il faut distinguer les faits d'immunité ubsolue et d’inununité relative.

Dans les premiers, l'être vivant est réfractaire à un virus, quelle qu'en soit l’activité, et quelle que soit la déchéance organique; par exemple, l’état d’immunité du bœuf vis-à-vis de la morve.

Dans les secondes, l’immunité peut être vaincue en certaines cir= constances; il suffit parfois pour cela d'augmenter la virulence d'un germe ou d'accroître la réceptivité de l'organisme.

Immunité acquise. — L'immunité peut s’acquérir à la suite: de certaines infections : l’homme est ainsi vacciné contre la fièvre typhoïde, la variole, la rougeole, la scarlatine, les oreillons, la fièvre jaune, quand il en a subi une première atteinte. Les atteintes

. frustes, bénignes, confèrent l’immunité comme les atteintes graves.

Au cours d'épidémies, certains organismes jouissent d’une immunité, qui ne peut être expliquée que par de tels faits.

À côté de ces infections immunisantes pour une longue durée, d’autres se caractérisent par une immunité assez passagère; d’autres enfin, comme l'érysipèle, la pneumonie, etc., ne confèrent aucune immunité ; bien plus, elles sont plus sensibilisantes que vaccinantes.

L'immunité acquise peut être provoquée par des inoculations successives de virus vivants, atténués par la chaleur ou par le vieillissement de cultures, ou de virus morts. Le type de ces vaceinations microbiennes est fourni par la vaccination antityphique, antipesteuse, anticholérique, etc. Elles provoquent des réactions locales et générales amenant, au bout de quelques jours, limmunité cherchée. Rappelons encore la vaccination jennérienne contre la variole déterminée par la vaccine. Les inoculations de poisons, de toxines microbiennes peuvent provoquer ce même état réfractaire.

Cette immunité acquise par une infection antérieure, contractée spontanément ou provoquée par l'action de virus ou de poisons inoculés, est dite immunité active.

En regard, on connaît l’inmunilé passive, conférée par l’inoculation du sérum d'animaux ou d'individus immunisés; en ce cas, on introduit dans l'organisme des substances qui permettent à l'organisme de lutter efficacement contre l’envahisseur. C’est le principe général de la sérothérapie dont on reparlera à maintes reprises.

IL n’est pas de question qui ait soulevé autant de discussions que celle du mécanisme de l’immunité. Avant que les notions que l’on possède actuellement sur ce sujet soient bien admises, de nom-

breuses théories ont été émises. Nous signalerons les principales d’entre elles, intéressantes au point de vue historique.

Théorie de l'épuisement du milieu. — Cette théorie, d'ordre chimique, avait été soutenue par Pasteur, lors de ses recherches sur le choléra des poules. Il pensait que, chez la poule vaccinée contre cette infection, celle-ci ne se produisait pas parce que l’organisme ne fournissait plus au virus les substances nécessaires à son développement. D'ailleurs il avait remarqué que le germe spécifique ne pouvait pulluler dans le bouillon où il avait déjà vécu. Si cependant oaadditionnait ce bouillon filtré de bouillon neuf, une semence nouvelle pouvait y prospérer. Pour lui, ces phénomènesobservés in vitro et in vivo étaient du même ordre.

En réalité, cette théorie ne pouvaitexpliquer l’im nunité naturelle, et en particulier ce fait que le mouton d'Algérie, réfractaire au charbon, peut prendre l'infection si on lui injecte de très fortes doses.

Théorie de Chauveau. — Chauveau pensait que l’immunité était due à l'addition au milieu organique de substances nuisibles, dont la diffusion devait empêcher le développement ou la vie du microbe. |

L'immunilé n'est pas encore expliquée par cette théorie, puis ne sait-on pas que la bactéridie charbonneuse pullule dans le sang des animaux vaccinés contre elle? Il en est de même, au moins pendant quelques heures, dans l'humeur aqueuse des animaux réfractaires.

Théorie humorale.

Pour les partisans de la théorie humorale, l'immunité est due à des propriétés spéciales du sang et des autres humeurs de l’organisme, indépendantes de toute action cellulaire, nuisibles pour les bactéries contre lesquelles l'animal a été vacciné.

Théorie bactéricide des humeurs. — Fodor avait remarqué, en 1886, que les germes saprophytes, comme le B. subtilis, le B. megaterium, etc., injectés dans la circulation, disparaissaient rapidement du sang. Le sang devait doncavoir des propriétés bactéricides élevées.

En 1888, Nuttal, reconnaissant que les globules blancs jouent un rôle important dans la destruction des bactéries, estime néanmoins que cette action est préparée par une altération préalable des mêmes bactéries par les humeurs organiques ; il accorde à ces dernières une action prépondérante.

Buchner, en 188), répète etcomplète ces expériences, etil observe

que les bactéridies charbonneuses ensemencées en sang défibriné de lapinoudechien diminuent rapidement de nombre. Cette diminution existe déjà chez des animaux réceptifs; elle est beaucoup plus considérable chez les animaux vaccinés. Il attribue ces propriétés bactéricides à une substance qu'il nomme alexine.

C'est celte théorie bactéricide des humeurs que Pfeiffer invoquait pour expliquer la destruction du Vibrion cholérique, injecté dans le péritoine des animaux vaccinés contre ce germe. D’après lui, l'immobilité des Vibrions qui en résultait, de même encore leur transformation en granules, ne pouvaient relever que de cette propriété.

. Des travaux auxquels cette théorie a donné naissance, il résulle qu'elle ne saurait être généralisée. Certains faits se (trouvent d’ailleurs en contradiction formelle avec elle.

Par exemple : ensemençons de la bactéridie charbonneuse dans le sang d'animaux réfractaires au charbon, comme la poule, le chien : la bactéridie y pousse abondamment; de mème si la cullure est effectuée dans le sang de mouton vacciné contre cette infection.

D'autre part, le sang de lapin, très réceptif au charbon, est très bactéricide pour la bactéridie. Il en est de même pour le sang du cobaye vis-à-vis du Vibrio Metchnikowi, auquel il est très sensible. Kionka a montré en outre que le sérum d'un typhique prélevé avant la mort est très bactéricide pour Le bacille d'Eberth.

Enfin, Pfeiffer, Metchnikoff ont montré le défaut de parallélisme existant entre les résultats de l’expérimentation in vitro et in vivo. Ainsi, le sérum d’un animal vacciné contre Vibrio Metchnikowi est très bactéricide in vitro contre ce dernier (il le tue en quelques heures); par contre, ce même germe, introduit sous la peau de l'animal qui a fourni ce sérum si actif, y reste vivant et virulent après quatre jours.

Théorie du pouvoir atténuant des humeurs. — Bouchard, Charrin et Roger pensent que les bactéries, sous l'influence des humeurs de l'organisme, sont rendues inoffensives et incapables de produire une maladie grave.

Ils ensemencent du streptocoque, du pneumocoque. du pyocyanique dans le sérum d’animal vacciné contre ces germes. Ces derniers perdent alors leur virulence et deviennent difformes et granuleux.

A deux lapins, l'un neuf, l’autre vacciné, ils injectent du bacille pyocyanique ; après cinq à dix minutes, ils prélèvent du sang. Le sang du lapin neuf tue un autre animal; celui du lapin vacciné ne tue pas. Par conséquent, disaient Charrin et Roger, dans le premier cas le germe n'avait pas été atténué, dans le second il l'avait été.

Mais ce qui peut être vrai pour le pyocyanique ne l’est pas pour toutes les bactéries. Puis certaines, comme la bactéridie charbonneuse, loin de s’atténuer en passant par un organisme réfractaire, se renforcent : la bactéridie charbonneuse, injectée au lapin vacciné ou à un animal réfractaire, devient en effet plus virulente.

On sait encore que les spores tétaniques ne sont nullement atténuées par le séjour dans l'organisme d'un animal réfractaire.

Théorie antitoxique. — Cette nouvelle théorie prit naissance du jour où Behring et Kitasato découvrirent le pouvoir antitoxique du sérum d'animaux immunisés contre la toxine tétanique et la toxine diphtérique. Ces auteurs conçurent alors l’immunité de la facon suivante : le sérum de ces animaux devait contenir une substance neutralisant les toxines, capable de s'opposer à leurs effets nocifs, agissant comme un acide vis-à-vis d’une base. Et en effet, un tel sérum injecté à un animal neuf prévient l'infection diphtérique et tétanique, en neutralisant la toxine élaborée par les microbes.

Celte propriété neutralisante n'existerait pas que chez les animaux vaccinés : Wassermann à montré que le sérum d’enfants ou d'adultes n'ayant jamais contracté la diphtérie est antitoxique à un certain degré vis-à-vis de la toxine diphtérique. Il à obtenu l’immunité du cobaye avec 39 échantillons de sérum sur 51.

A cette conception on a fait de graves objections :

Tout d’abord la diphtérie et le tétanos sont des infections spéciales, où la toxine élaborée joue le principal rôle, et très différentes des autres infections connues.

Puis le sang d'animal réfractaire au tétanos ou à la diphtérie n’est pas antitoxique. Ainsi Vaillard a montré que le sérum de la poule, réfractaire au tétanos, ne neutralise pas la toxine tétanique; il en est de même du sang de rat réfractaire au charbon : Seraphini ct Enriquez l'ont injecté à des animaux réceptifs ; ils n’ont jamais pu les protéger contre l'infection charbonneuse. Il en est de même avec le sérum de rat, réfractaire à la diphtérie, vis-à-vis du bacilie de Lôffler.

Le sérum de ces animaux réfractaires peut acquérir des propriétés antitoxiques sous l'influence d’inoculations vaccinantes, mais le sang d'animaux neufs ne les possède pas.

La théorie ne saurait donc expliquer l’immunité naturelle. Tout au plus pourrait-elle s'appliquer à quelques cas particuliers d’immunité acquise, notamment ceux que Behring a envisagés pour la diphtérie et le tétanos. Et cependant une expérience de Roux devenue classique oblige à repousser cette action neutralisante et destructive des antitoxines sur les toxines correspondantes ; en effet :

des cobayes neufs qui reçoivent le mélange sérum et toxine restent bien indemnes ; mais, si l’on utilise des cobayes qui ontété antérieurement soumis à l'inoculation de cultures diverses (Colibacille, M. prodigiosus, Vibrion cholérique, etc.), ils succombent avec les lésions et les symptômes de l'intoxication diphtérique ou tétanique. Il en est de même des animaux qui, ayant résisté au mélange sérum antitélanique et toxine tétanique, reçoivent ultérieurement des produits d'autres microbes ; ils contractent le tétanos alors que les témoins restent indemnes.

Par conséquent, chez les cobayes neufs envisagés plus haut, la toxine inoculée n'avait pas été détruite par le sérum, ni neutra- lisée comme une base par un acide.

Il en est de même encore dans l'expérience de Calmette surle sérum antivenimeux et le venin des serpents. Chauffé à 689, le sérum perd son pouvoir antitoxique, alors que le venin conserve sa toxicité. On mélange in vitro sérum et venin, puis on chauffe ce mélange à 680 pendant trente minutes. Les animaux inoculés avec le mélange non chauffé résistent ; ceux quiont reçu le mélange chauffé succombent. Par conséquent, on ne saurait admettre une combinaison chimique entre le sérum et le venin pour former une substance inoffensive, ou bien, si elle existe, elle est bien instable.

Nous verrons ultérieurement que l’on peut interpréter le pouvoir antitoxique d’une autre facon : Roux, Metchnikoff pensent en effet que l’antitoxine pourrait agir en stimulant les éléments cellulaires de l'organisme pour les rendre capables de résister à l’action des {oxines.

Théorie cellulaire.

Pour Metchnikoff, dont le nom est étroitement lié à cette théorie, l'immunité est due à des réactions cellulaires; elle n’est qu'un cas particulier de la résorption des éléments figurés en général.

Résorption des éléments figurés. — Melchnikoff avait montré autrefois que, chez les Spongiaires, les substances alimentaires, après avoir pénétré par les ouvertures si nombreuses à la surface des éponges, élaient saisies par les cellules vibratiles ou amiboïdes qui englobaient ces substances et leur faisaient subir une digestion intracellulaire. Ces cellules, il les avait nommées phagocytes.

Ce phénomène peut être observé par l’expérimentateur qui introduit dans un organisme des cellules quelconques.

En effet, injectons dans le péritoine de cobaye du sang défibriné d'oie ; au Eout de deux à lois heures, il se produit dans da cavité

péritonéale une inflammation aseptique révélée par l'exode d’une foule de leucocytes (polynucléaires, mais surtout grands mononucléaires). Les mononucléaires, que Metchnikoff dénomme « macrophages » (par opposition aux polynucléaires dits « microphages ») poussent des prolongements qu'ils fixent sur la paroi des hématies. Saisie par ces pseudopodes, l'hématie pénètre dans le macrophage. où elle subit des modifications importantes : l'hémoglobine diffuse, le corps protoplasmique se digère ; le noyau persiste tout d’abord, puis se divise en fragments qui finissent par disparaître au bout de quelques jours. Après avoir séjourné dans le péritoine, les macrophages quittent cette séreuse et vont achever leur digestion dans l’épiploon, les ganglions mésentériques, le foie et la rate.

On peut répéter la même expérience avec des cellules de tissus divers : tissu hépatique, nerveux, etc. Les spermatozoïdes conviennent très bien pour la démonstration ; toutes ces cellules sont d’abord englobées, puis digérées par les macrophages.

Ces phénomènes de digestion intracellulaire sont dus à une action fermentative produite par un ferment, peut-être une diastase, que Buchner à nommée alexine; Ehrlich, complément, et Metchnikoff cytase. Ces faits traduisent l'effort naturel d’un organisme neuf pour résister à l'invasion des cellules étrangères et les éliminer; mais quand l'introduction des mêmes cellules est répétée, l'organisme envahi ainsi à plusieurs reprises acquiert vis-à-vis d'elles des propriétés nouvelles.

En effet, dans les expériences précédentes sur le cobaye, les macrophages seuls se chargeaient de digérer les hématies d’oie; le liquide péritonéal et le sérum n'avaient aucune action hémolytique. Mais, si l’on injecte une deuxième et une troisième fois le sang d'oie dans le périloine des mêmes cobayes, le plasma péritonéal devient hémolytique; de plus, le sérum mélangé in vitro avec les hématies d'oie les agelutine et les hémolyse.

C'est en effet une loi générale que Bordet a bien mise en évidence : l'injection de sang d'une espèce de Vertébrés dans le péri- {oine ou sous la peau d’un animal d'espèce différente confère toujours au sérum de celui-ci la propriété d’hémolyser les.globules rouges injectés. En outre, la substance hémolysante ne OSSQut que les hématies de l’espèce qui a fourni le sang injecté. re

L’explication du phénomène, donnée par Bordet, est la suivante

Le sérum des animaux traités par du :sang:d'espèce ‘étrangère renferme deux substances distinctes qui n'agissent sur les hématies pour les dissoudre que lorsqu'elles sont réunies. L'une est l’alexine (Bordet, Buchner), ou complément (Ehrlich), existan. dans tout Sérum, même

normal, et disparaissant par le chauffage à 56° pendant trente minutes; l’autre ne se trouve que dans les sérums d'animaux « préparés » par des injections répétées ; elle résiste au chauffage; on la nomme sensibilisatrice (Bordet), substance intermédiaire ou ambocepteur (Ehrlich), philocytase (Metchnikoff); ainsi par exemple :

Dans un tube à essai (fig. 14), on verse le sérum non chauffé, contenant par conséquent l’alexine et la sensibilisatrice, puis les hématies. La dissolution hémolvtique ne tarde pas à s'effectuer.

Dans un deuxième tube, on verse lemême sérum chauffé, dépourvu par conséquent d’alexine, mais contenant la sensibilisatrice. Les hématies s’agglutinent, mais restent intactes; l’hémolyse ne se produit pas. Si cependant on ajoute à ce mélange quelques gouttes de sérum neuf, la dissolution des hématies s'effectue (tube n°3).

Dans ces expériences on admet que la sensibilisatrice se fixe sur les hématies et qu'elle entraine la fixation de l'alexine sur les mêmes éléments, cette dernière fixation étant indispensable pour amener la dissolution des hématies.

Pour Bordet, l’alexine s’attacherait à l’hémati: « sensibilisée » comme une matière colorante s'attache à un élément mordané.

Immunité dans les maladies infectieuses.— Résorption des bactéries. — L'immunité dans les maladies infectieuses, naturelle ou acquise, s'explique, d’après Metchnikoff, par des phénomènes identiques, la résorption s'opérant cette fois sur les bactéries envahissant l’organisme.

Immunité naturelle. — Il avait déjà mis en évidence cette résorption phagocytaire chez les Daphnies.

Les Daphnies sont sujettes au parasitisme d’une levure (Monospora) dont les spores pénètrent dans leur tube digestif; elles traversent les parois intestinales pour se rendre dans l’intérieur du corps. Immédiatement après, les leucocytes entourent les spores et les englobent; la surface de la spore, lisse et régulière, devient échancrée et onduleuse; la spore se détruit, et il n'en reste plus dans le leucocyte que des débris iuformes ; elle a donc subi une digestion qui a abouti à sa destruction; la Daphnie qui a été ainsi infectée reste indemne et bien portante. En d'autres circonstances, si les leucocytes n'ont pas englobé la spore dès son invasion, la spore germe et sécrète un poison qui éloigne les phagocytes ; les parasites se mettent à pulluler, et l’animal succombe.

Cette expérience, devenue classique, a été le point de départ d'une foule de recherches : Metchnikoff et ses coliaborateurs injectèrent des bactéries diverses à l'animal et comparèrent l’évolution des

phénomènes chez les animaux sensibles et les animaux naturellement réfractaires.

Chez un animal réceptif au charbon, comme le lapin, on fait une injection sous-cutanée de culture charbonneuse; après quelques heures, l'examen de l'exsudat œdemateux qui s’est formé révèle une pullulation intense de bactéridies et la rareté des leucocytes contenus dans le liquide d'œdème ; les bactéridies sont libres; elles passent dans la circulation et entraînent la mort.

Chez un animal réfractaire (grenouille, poule, chien, etc.), voici ce qu'on observe :

l'examen de l’ex- Fig 14.

sudat qui suit Tube no t. Tube n° 2. Tube n° 3. > Le 1° Sérum hémoly- lo Sérum héinoly: 1° Sérum hémoly- Ca ootAUOn Dee tique antimouton tique antimouton tique antimouton tre qu apres un non chauyyé. chauffé à 509. chauffé à 559. . 2 smaties 29 Hé ies 2 smati

certain temps, tou- 29 Hématies Hématies ° Hématies

A MH de mouton, de mouton. de mouton.

tes les bactéridies 30 Alexine.

sont englobées Hémolyse. Pas d'hémolyse. Hémo |yse.

dans les cellules phagocytaires. Si, par contre, on diminue artiticiellement la résistance de l'animal (maintien de la grenouille à 37°; immersion des pattes d’une poule dans l’eau froide; chez le chien, ablation de la rate, riche en phagocytes), l’englobement leucocytaire ne se produit plus, la bactéridie pullule et l'animal succombe au charbon.

Les mêmes résultats s’observent quand on injecte au cobaye, par voie péritonéale, le spirille de la septicémie des oies (Metchnikoff), ou le spirille de la fièvre récurrente (Sawtchenko), à l’action pathogène desquels cet animal est réfractaire. Au bout de quelques heures, les spirilles sont englobés par les leucocytes faisant issue dans le péritoine.

Avec le bacille typhique, le Vibrion cholérique et une foule d’autres germes, les mêmes phénomènes ont été notés.

Il s'opère doncici, comme pour les hématies dans les expériences ci-dessus exposées, une résorption due à l’activité des Re EE appelés par fa présence de l’envahisseur.

Dorrer et SacQuÉPÉE. — Bactériologie, 2° édit. 4

50 TNA f; ‘IMMUNITÉ.

Quels sont les éléments cellulaires capables d'effectuer cet englo+ bement microbien ?

On a vu plus haut que les hématies et les cellules de l'organisme en général étaient englobées par les grands mononucléaires, dits macrophages. Metchnikoff a montré que c'étaient les polynucléaires ou microphages, de préférence aux précédents, qui se chargeaient d'englober et de digérer les bactéries. D'ailleurs, quand, au cours de l’expérimentation, on obtient un exsudat riche en polynucléaires (microphages), celui-ci a des propriétés bactéricides; si, au contraire, on arrive à provoquer un exsudat riche surtout en macrophages (ce qu’il est possible de réaliser en injectant dans la plèvre du chien du gluten-caséine, comme l'ont fait Gengou et Tarassevitch}), cet exsudat n'est pas bactéricide.

Ici encore, comme dans la résorption des éléments figurés, la digestion intracellulaire s'opère par un ferment, la cytase, et dans le Cas particulier la microcytase (Metchnikoff) issue des, microphages, par opposition à la macrocytase, issue des macrophages.

Pour Metchnikoff donc, l'immunité naturelle se résume dans une action phagocytaire qui s'exerce sans avoir besoin du concours, même préalable, des humeurs sur les microbes vivants et virulents. Le, pouvoir bactéricide du sérum, invoqué par nombre d’auteurs, n'intervient qu'à la suite du dégagement de la microcytase échappée des leucocytes, lors de la coagulation du sang.

Immunité acquise. — Injectons un germe donné sous la peau d’un lapin réceptif et d’un lapin vacciné contre ce même germe :

Chez le lapin réceptif, l'exsudat qui se développe montre une pullulation marquée des bactéries restées libres et Pabsence de leucocytes.

Chez. le lapin vacciné au contraire, après l’inoculation l'exsudat devient riche en leucocytes, et la phagocytose, suivie de la digestion intracellulaire du germe, s'exerce avec intensité.

Ces phénomènes sont donc calqués sur ceux que révèle l'expérience

sur un.animal réfractaire. Mais dans le sérum et les humeurs de l animal vaccinése développent des propriétés nouvelles, analogues à celles'qui ont été décrites chez les cobayes qui ont reçu à plusieurs reprises les hématies d'oie. Le sérum, en effet, devient agglutinant, bactériolytique ; de plus il devient préventif.

L'AGGUUTINATION ne présente aucune importance dans la production de l’immunité acquise: C'est une réaction d'infection et non d'immunité.

La BACTÉRIOLYSE, analogue à la cytolyse, qui amène la dissolution des hémalies dans les expériences précitées, s’effectuegrâce à l’action

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combinée d’une sensibilisatrice spécifique ou fitvateur spécifique qui prend naissance dans ce sérum, et de l’alexine ou cytase qui y préexiste. Bordet et Gengou ont mis ce phénomène en évidence de la même manière qu'avec les éléments cellulaires, les globules rouges notamment.

Pour Metchnikoff et ses collaborateurs, tous ces phénomènes de bactériolyse reconnaissent une origine leucocytaire. Cette opinion a été vivement combattue par Pfeiffer, qui a pensé pouvoir démontree que la destruction extracellulaire des Vibrions cholériques dans le péritoine de cobayes vaccinés contre ces germes s’effectuait en dehors de toute action phagocytaire. Voici l'expérience dite phénomène de Pfeiffer :

Dans le péritoine d'un cobaye neuf et d’un cobaye vacciné contre le Vibrion cholérique, on introduit une même dose d'une émulsion de ce germe. Dix minutes après, on prélève par ponction capillaire un peu d’exsudat péritonéal de chacun de ces animaux. Chez le cobaye neuf, les Vibrions sont perceptiblesen grand nombre ; ils ont conservé leur forme et leur mobilité: les animaux succombent ultérieurement. Chez le cobaye vacciné, ils ont subi des modifications profondes : leur mobilité a disparu ; de plus, la plupart sont agglutinés et ont perdu leur forme vibrionienne pour prendre l'aspect de granules fixant plus ou moins la couleur ; les animaux survivent.

Pfeiffer attribue ces altérations graves des Vibrions à l'action nocive pure et simple de l’exsudat péritonéal. Metchnikoff répond à cette interprétation par les observations suivantes :

Quand on mélange in vitro une goutte de sérum frais de cobaye vacciné avec une émulsion de Vibrions cholériques, la transformation en granules s'obtient, mais une fois chauffé, il perd cette propriété. C’est sans doute parce que ce chauffage a fait disparaître la microcytase; en effet, si on ajoute au mélange une goutte de lymphepéritonéale normale, contenant des leucocytes, incapable par elle-même de reproduire le phénomène, la transformation granuleuse s'opère : on obtient les mêmes résultats en ajoutant du sérum neuf (Bordet). Par conséquent, le phénomène de Pfeiffer est dû à l’action simultanée d'une substance fixatrice développée dans les humeurs de l'animal vacciné, et de l'alexine ou cytase. Metchni- koff a démontré que cette cytase était mise en liberté dans le péritoine par les leucocytes subissant une destruction intense (phagolyse) dès l’inoculation de l’émulsion microbienne (les leucocytes sont en effet très rares dans l’exsudat péritonéal). Ce qui le prouve, c'est qu'en supprimant cette phagolyse par injection préalable de

bouillon renforçant la résistance des leucocytes, la transformation en granules nese produit pas.

Par conséquent, dans ce phénomène de Pfeiffer, qui montre la destruction extracellulaire du Vibrion, celle-ci relève bien du pouvoir bactéricide de la lymphe péritonéale, maïs elle est encore en relation directe avec un acte cellulaire.

En dehors du pouvoir bactéricide attribué à sa véritable origine,

le sérum des animaux vaccinés présente encore des PROPRIÉTÉS

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