‹ Précis de bactériologie (volume 2)Chapitre 37 sur 164 · É ARR TRES · texte numérisé non relu

É ARR TRES

POUVOIR OPSONISANT, OPSONINES, BACTÉRIOTROPINE. 79

: Nombre d'auteurs assimilent la sensibilisatrice et l’opsonine spécifique. Les sensibilisatrices, d’après cette conception, non seulement auraient.la fonction de sensibiliser et de bactériolyser l’antigene, mais encore séraient capables de provoquer la phagocytose quand elles se trouvent en présence des leucocytes frais et des bactéries ayant servi à sa préparation.

Neufeld, cependant, établit une distinction entre la sensibilisatrice et l’opsonine spécifique, qu'il a baptisée bactériotropine. Pour lui, des sérums spécifiques peuvent être riches en ambocepteurs et pauvres en bactériotropines, et inversement. Il est vrai d'ajouter qu'un sérum peut ne pas posséder ces caractères au même degré.

Recherche &es opsonines. — Préparation du matériel nécessaire. — Toute recherche d’opsonines exige la préparation : 1° de sérum : 29 de leucocytes ; 30 d’'émulsion microbienne.

Récolte du sérum. — On recueille le sérum à examiner en piquant simplement !l’extrémité du doigt ou le lobule de l’orcille, de préférence en dehors de la période digestive. On le laisse s'écouler dans un petit tube où il secoagule; on aspirele sérum dans une pipette fine.

Recueillir de la même façon et au même moment du sérum de sujet normal,

Ces deux sérums doivent être mis à l'étude le plus tôt possible, car l'activité des opsonines qu'ils contiennent baisse rapidement,

Préparation des leucocytes. — Pour avoir des leucocytes normaux, on recueille du sa ig de préférence chez l’homme sain. Serrer la racine du pouce à l’aide d’une bande ; désinfecter, puis pratiquer sur la face dorsale une série de piqüres; les piqûres seront faites de préférence avec une pointe de verre effilée à la lampe. Laisser le sang s’écouler goutte à goutte däns un tube à centrifugation, où l’on a préalablement versé environ 10 centimètres cubes d'eau salée à 8 p. 1 000 et citratée (2 p.100 de citrate de soude) pour empêcher la coagulation,

Bien mélanger et centrifuger pendant un quart d'heure. Quand la centrifugation est terminée, décanter et ajouter un même volume du liquide

Fig. 20. — Pipette de Wright.

précédent. Recentrifuger, redécanter, et laisser reposer le tube un peu incliné ; on perçoit à la surface une couche blanchâtre constituée en grande partie par des leucocytes ; c'est dans cette couche qu’à l’aide d'une pipette spéciale (fig 20) on puisera pour recueillir ces éléments. Prép:ration de l’émulsion microbienne., — A l’aide d'une anse de platine, prélever une parcelle d’une culture jeune sur gélose inclinée, âgée de vingt-quatre heures au plus; délayer cette parcelle dans un petit tube contenant 1 à 2 centimètres cubes d’eau physiologique et l'émulsionner d’une façon tres homogène en évitant les grumeaux. L'émulsion ainsi

se

ent LATE As à CES DRPOAEE.. er 7 A à LR ”

obtenue devra être légèrément louche ; une émulsion trop épaisse contient trop de microbes, et le résultat final est difficilement appréciable.

Quand on opère sur le bacille tuberculeux, il faut choisir une culture en bouillon de quatre à six semaines. Stériliser à 1100, filtrer sur papier, et laver dans l’eau physiologique. Broyer le dépôt dans un mortier et émulsionner dans de l’eau salée à 1,5 p. 100, ajoutée goutte à goutte. Répartir en tubes et stériliser à 115°. Dans la réaction, éviter de prélever les grumeaux qui se déposent d’ailleurs dans la partie inférieure des tubes.

Technique delarecherche. — Avoir à sa disposition un tube de verre de.

4 à 9 millimètres de diamètre, effilé à la flamme, et pourvu à sa large

ok

Fig. 21, — Etuve opsonique de Hearson.

extrémité d'une téline de caoutchouc pour assurer laspiration (fig. 20). Tracer un trait au crayon gras à 2 centimètres de l'extrémité fine, coupée au couteau à verre.

19 Tremper l'extrémité de cette pipette dans la couche blanche de leucocytes, et aspirer jusqu’à ce que la colonne leucocytaire ainsi puisée s'arrête au trait marqué ; laisser pénétrer une petite bulle d'air. Puis aspirer de la même façon une quantité égale du sérum à l'étude; laisser pénétrer une petite bulle d'air ; enfin introduire toujours jusqu’au trait une troi-

sième colonne d’émulsion microbienne.

20 Par pressionde la tétine, chasser ensuite surunelame de verre où elles se mélangent, les trois colonnes obtenues, et aspirer à nouveau ce mélange dans la pipette. Sceller à la flamme l'extrémité fine de cette dernière.

On répète cette technique point par point, en remplaçant le sérum à expertiser par du sérum normal.

3° Porterles tubes ainsi préparés àl’étuve à 389, On sesert avec avantage

d’une étuve dite « étuve opsonique » de Hearson (fig. 21). On les y laisse pendant quinze minutes.

49 Après brisure del'extrémité dela pipette, mélanger à nouveau sur une lame le contenu de chaque pipette et faire des frottis surlame comme on pratique habituellement les étalements de sang.

POUVOIR OPSONISANT, OPSONINES, BACTÉRIOTROPINES. 81

5° Fixer les frottis par l'alcool! ou la chaleur. Colorer.

Observer ensuite au microscope avec l'objectif à immersion ; quand le sérum est doué de propriétés opsonisantes, on constate qu'un grand nombre de germes sont phagocytés (fig. 23) ; avec le sérum normal, la plupart sont libres et perceptibles entre les leucocytes (fig. 22). |

Détermination de l'indice opsonique. — L'indice opsonique ne peut être déterminé qu'en comparant le pouvoir opsonisant ou

Fig 22, — Phagocytose absente (-érum normal).

phagocytaire du sérum supposé spécifique et du sérum normal. C'est, en somme, le rapportexistant entre les deux. Voici comment

on procède :

On compte tout d’abord le nombre des bactéries incluses dans 100 leucocytes. On en trouve par exemple 182. Le pouvoir opsonique de ce sérum

É 182 | est par conséquent égal à ESS 1,82.

On répète le même calcul avec le sérum normal. Supposons que le pouvoir opsonique de ce dernier soit égal à 1,10. PACE Le rapport entre ces deux chiffres sera l'index opsonique, soit : 1,82

Dans cet essai, l'indice opsonique égale 1,50, Dopter et SACQUÉPÉE. — Bactériologie, 29 édit. 6

Variantes. — Pour oblenir des globules blancs humains en grande quantilé : prélever le sang dans les veines, le recueillir et le traiter comme ci-dessus.

On peut se servir indifféremment des globules blancs de n'importe quelle espèce animale. On obtiendra facilement des globules blancs de cobaye par le procédé suivant: inoculer dans le péritoine 5 à 10 centimètres cubes de bouillon ordinaire ; un exsudat, riche en leucocytes, se produit rapidement. Prélever cet exsudat 24 heures après l'injection, soit par

Fig. 23. — Phagocytose de streptocoques obtenue avec un sérum pourvu d'opsonines.

ponction du péritoine, soit, après avoir sacrifié l'an:mal, par lavage du péritoine, Diluer dans l'eau physiologique, centrifuger,

Recherche des opsonines spécifiques (bactériotropines). — Pour rechercher les opsonines spécifiques, il faut tout d’abord se débarrasser des opsonines normales. Dans ce but, le sérum sera inactivé par chauffage à 569 pendant 30 minutes.

Pour doser les opsonines spécifiques : diluer le sérum à destaux variés dans l’eau physiologique, au 10€, au 50€, au 100€, au 3008, etc. Mélanger 0, cc. 1 de chaque dilution avec 0 ce. 1 d’émulsion microbienne et Occ.2 d’émulsion leucocytaire. Comme témoin : mélan e de sérum normal, de leucocytes et d’émulsion microbienne. Porter à l’étuve 1 heure 1/2 à 2 heures. £Etaler, colorer, examiner. Le titre du pouvoir bactériotropique est indiqué par le titre de la dilution qui amène une phagocytose nette, par rapport au tube témoin.

Applications pratiques. — Indications diagnostiques. — Les données précédentes permettent de comprendre comment la

POUVOIR OPSONISANT, OPSONINES, BACTÉRIOTROPINES. 83

détermination de l'index opsonique d'un sérum de malade peut aider au diagnostic de certaines maladies infectieuses. On sait que, suivant telle ou telle infection, l'index opsonique est supérieur ou inférieur à la normale.

Ainsi, le sérum des sujets non luberculeux présente pour le bacille de Koch un indice opsonique variant de 0,90 à 1. Chez un sujet atteint de tuberculose circonscrite, l'index Ss’abaisse à 0,8 à 0,3; s’il s’agit d'une tuberculose aiguë, il monte à 1,20 à 2. Ce sont des bases qui peuvent assurément faire établir un diagnostic hésitant (Wright, Bulloch, Sauerbeck).

Milhit a montré qu’il en était de même pour la fièvre typhoïde : un indice opsonique pour le bacille d'Eberth supérieur à 1,70 chez un sujet suspect, etn’ayant pas eu de fièvre typhoïde antérieure, est un élément de probabilité dans le sens de l'infection typhoïde. Inférieur à 1 ou à 1,20, il permet de rejeter ce diagnostic.

Taylor, Houston et Rankin ônt tiré parti de l'élévation de cet indice pour diagnostiquer en certains cas la méningite méningococcique.

Indications pronostiques. — Les indications pronostiques que peut donner l'indice opsonique sont assez limitées, car il ne reflète que l'élévation du pouvoir phagocytaire d'un sérum. Or, dans le pronostic des maladies infectieuses, tout ne se résume pas dans la phagocytose ; il faut tenir compte encore de l'intoxication pour laquelle la méthode ne donne aucune indication.

Néanmoins, Milhit a montréque, dansla fièvre typLoïde, un abaissement brusque de l'indice opsonique au cours de la maladie peut venir confirmer un diagnostic hésilant de perforation inteslinale. De même, pendant la défervescence ou la convalescence, une chute analogue peut indiquer une reprise ou une rechute imminente.

De même encore, au cours de la tuberculose, un index stable prouverait que l'affection se circonscrit; s’il présente des oscillations, on peut penser à la possibilité d'une généralisation.

Indications thérapeutiques. — Wright a utilisé la réaction te opsonines pour contrôler les effets de sa méthode vaccinothérapique et permettre de la diriger à bon escient.

On sait que, pour lutter contre les infections staphylococciques, tuberculeuses, gonococciques, etc., Wright a imaginé d'injecter au malade des émulsions progressivement concentrées des germes correspondants, tués par la chaleur. Mais, pour juger de la quantité de microbes à utiliser pour chaque injection, il fallait se rendre compte des réactions humorales provoquées par ces vaccins ; la recherche de l'indice opsonique lui a permis d'apprécier l’activité phagocytaire du sérum du malade en traitement.

“IL a constaté ainsi que la première vaccination était suivie d’une phase ditenégative,au cours de laquelle l'indice opsonique était notablement abaissé, puis d’une phase positive, où il était plus élevé, pour diminuer ensuite à nouveau. Or il remarqua qu’une deuxième vaccination pendant la phase positiveaugmentait notablement la valeur de l'indice; une vaccination trop énergique au contraire pouvait provoquer une phase négative prononcée, mettant Le sujet en état de moindre résistance. La recherche de l'indice opsonique était donc utile, indispensable même, pour doser la quantité de vaccin à employer et choisir le moment propice de l'intervention. Indications pour le dosage de certains sérums thérapeutiques. — Certains auteurs se sont servis de l'indice opsonique de certains sérums thérapeutiques pour doser leur activité curative. Flexner etJobling, Kraus et Bæcher en ont fait l'essai pour le sérum antiméningococcique. La recherche et le dosage des opsonines ne donnent cependant en ce cas que des indications limitées uniquement au pouvoir phagocytairé de ce sérum ; il faut tenir compte | aussi de son pouvoir antitoxique, que ne révèle pas l'épreuve en question.

POUVOIR ANTITOXIQUE.

Behring et Kitasato ont montré qu'on peut immuniser un animal contre un grand nombre de doses mortelles de toxines diphtérique et tétanique, injectées en quantité progressivement croissante. Le sérum decetanimal ainsi vacciné présente des propriétés antitoxiques incontestables. Ces faits constituèrent les premières bases de la sérothérapie antidiphtérique et antitétanique.

Pour obtenir ces propriétés antitoxiques du sérum, l'injection de toxine n'est pas toujours nécessaire : les vaccinations effectuées à l’aide de microbes seuls, tués ou à l’état vivant, développent des propriétés identiques ; c'est le cas du Bacille dysentérique, du Méningocoque, du Gonocoque, dont le poison élaboré est retenu dans le corps microbien lui-même (endotoxine) ; le sérum des animaux ainsi traités acquiert alors en même temps des propriétés antimicrobiennes et anti-endotoxiques.

| Enfin on peut faire naître dans le sérum des propriétés antitoxiques avec des toxines étrangères aux toxines microbiennes : l’abrine, la ricine (Ehrlich), le venin de serpent (Calmette), le sérum d’anguille (Richet et Héricourt), etc. 4

Comme les toxines, les antitoxines sont sensibles à la température ; elles sont précipitées par l'alcool et ont été assimilées à des diastases dont elles présenteraient les propriétés essentielles.

Page 1