CHAPITRE XXXI
BACILLE TYPHIQUE
Le Bacille typhique doit son nom à ce qu’il provoque chez l’homme la fièvre typhoïde. IL a été vu tout d'abord (1880) par Eberth (simple examen microscopique) dans les organes des
Fig. 199. — Bacille typhique. Culture sur gélose (vingt-quatre heures).
typhiques; aussi l’appelle-t-on souvent Bacille d'Eberth. À Gaffky revient le mérite d'avoir obtenu les premières cultures. Dans la suite, nombre d'auteurs, spécialement Chantemesse et Widal, H. Vincent, ont poursuivi son étude.
MORPHOLOGIE
Caractères microscopiques. — Dans l'organisme humain (rate surtout), le Bacille typhique est un bâtonnet, mesurant 2 à 3 0 sur 0 y, 6 à Ou, 7, droit, à bouts arrondis.
Doprer et SAcQUÉPÉE. — Bactériologie, 2e édit, 30
En culture, son aspect est plus variable (fig. 499). C’est toujours un bâtonnet, à bouts arrondis, le plus souvent rectiligne, parfois un peu incurvé, plus effilé en bouillon, plus trapu sur gélose.
Dans les cultures jeunes, les bâtonnets sont presque toujours isolés, rarement bout à bout, par deux.
Des formes d’involution apparaissent dans certaines circonstances : aspéct en navette (Artaud) avec espace clair central, sur culture âgée en bouillon; formes filamenteuses dans les vieilles
Fig. 200. — Cils du Bacille typhique. Coloration. par le procédé de Zettnov.
cultures sur gélatine et pomme de terre ; renflements terminaux, sur pomme de terre (acide) à 38° ou 40° (Chantemesse et Widal).
Quelques échantillons donnent beaucoup de formes filamenteuses, même en bouillon jeune.
Mobilité. — Le Bacille typhique est généralement très mobile; on le voit traverser avec une extrême rapidité le champ du microscope. Sa motilité est due aux cils vibratiles. Exceptionnellement on peut rencontrer des échantillons peu mobiles ou même complètement immobiles.
Coloration. — Le Bacille Éodte se colore facilement par les couleurs d’aniline. 1! ne prend pas le Gram.
Cils. — Les cils sont nombreux, en moyenne neuf à douze, sou-
vent moins et souvent plus; insérés sur tout le pourtour, non ramifiés, ils sont flexueux, grèles et assez longs (souvent plus de 8 p, Rémy et Sugg). Colorables par les méthodes habituelles (fig. 200).
Spores. — Le Bacille typhique ne donne pas de spores, Propriétés genérales. —- Anaérobie facultatif, le Bacille
typhique se développe mieux en présence de l’air.
La température optima est 300 à 370. Les limites extrêmes com-
patibles avec la culture sont + 4° et + 460, il cultive sur les diversbns/ione d'usage courant)
En raison de ses analogies avec certains autres microbes, B. coli et Bacilles paratyphiques surtout, on est obligé d'employer pour le spécifier des milieux spéciaux (milieux différentiels).
D’autres milieux de culture (milieux de recherche) sont nécessaires pour la recherche du Bacille typhique dans le sang, les excréta, l'eau, etc.
Nous verrons successivement les trois catégories précédentes de milieux. |
ÎL. Milieux d'usage courant. — Bouillon. — A 370, la culture devient perceptible vers la dixième ou douzième heure, pour être abondante après vingt à vingt-quatre heures. Le milieu est uniformément trouble; en agitant le liquide, on y provoque l'apparition d'ondes moirées, visibles surtout par transparence.
Plus tard, après plusieurs jours, apparaissent dans la masse des flocons blanchâtres qui se déposent au fond. Dans la suite, le liquide brunit, s'éclaircit et le dépôt augmente.
Jamais de voile net, mais parfois une légère collerette à la surface.
Pas d'odeur spéciale (quelques exceptions).
Eau peptonée. — Mêmes caractères qu’en bouillon.
Gélose inclinée. — La culture est abondante, mais peu caractéristique : en strie, (traînée blanchâtre, parfois un peu irisée, d'aspect crémeux. |
Sérum coagulé. — Comme sur gélose, moins abondante.
Gélatine. — Développement abondant, sans liquéfaction du milieu. Les caractères sont acquis après deux jours à 16°-220.
SUR PLAQUE. — Les colonies superficielles forment le plus souvent un disque de 3 à 4 millimètres, transparent, bleuté, très mince à la périphérie, plus épais au centre; le bord est irrégulier; la surface est vallonnée par des sillons irréguliers rayonnant à partir du centre ; c’est l'aspect diten montagne de glace (Hig. 201). — Sinon
472 BACILLE TYPHIQUE.
elles sont constituées par un simple disque blanchâtre, sans les détails de structure précédents. — Les colonies profondes sont plus petites, plus opaques, rondes ou ovalaires.
Ex piqures. — A la surface, disque peu étendu, 3 à 5 millimètres, mince, tantôt transparent, tantôt un peu opaque.— Le long de la piqüre, colonies petites, arrondies ou ovalaires, opaques.
EN srRie. — D'ordinaire, la culture est transparente, à reflets irisés, très mince aux bords, un peu surélevée au centre. Parfois, simple trait blanc, opa-
Fig. 201. — Bacille typhique, colonie isolée sur plaque de gélatine (d'après Macé). que.
Pomme de terre
— Après quarante-huit heures, la culture est à peine visible ; en regardant attentivement, on voit une sorte de nappe incolore, brillante, donnant l’impression d’une traînée de limaçon.
Plus tard apparaît souvent une teinte légèrement brunâtre.
Quelques échantillons donnent d'emblée cette teinte brunâtre, avec une culture plus épaisse.
Naguère, avant la connaissance des milieux différentiels et des propriétés des sérums, on attachait aux cultures sur pomme de terre une importance de premier ordre pour la diagnose du Bacille typhique. En réalité, l'intensité et l'aspect de ces cultures varient beaucoup suivant les qualités du tubercule; les variétés grasses sont les plus propices, ou bien les pommes de terre alcalinisées per le carbonate de soude (Buchner). Aussi, pour conserver à ce caractère la valeur qu’il mérite, est-il toujours néccssaire de procéder par comparaison avec un échantillon connu de Bacille typhique, ensemencé sur un autre fragment du même tubercule.
Lait. — La végétation est abondante, mais sans aucune modification appréciable du milieu ; pas de coagulation.
Il. Milieux de recherche. — Voy. Procédés de recherche du Bacille typhique (p. 492).
Ill. Milieux différentiels. — Pour l'appréciation des résul-
tats donnés par cultures sur milieux differentiels, voir le tableau page 478 et 479, et la figure 213. Certains milieux d'usage courant (lait, pomme de terre) de même que les milieux de recherche donnent également des indications différentielles précieuses.
Milieux sucrés. — a. Milieux lactosés. — Il n’y a pas de fermentation apparente; il n’y a pas de dégagement gazeux; la réaction n’est pas changée ou devient très légèrement acide.
BOUILLON LACTOSÉ CARBONATÉ. — La culture est abondante, comme en bouillon ordinaire, mais on n’observe pas de dégagement gazeux.
Mêmes résultats sur eau peptonée lactosée, gélose lactosée, etc.
b. Milieux glucosés. — La réaction du milieu est modifiée, devient acide, mais il n'y a pas de dégagement gazeux appréciable.
BOUILLON GLUCOSÉ CARBONATÉ. — Cullure abondante sans dégagement gazeux (certains échantillons donnent pourtant quelques bulles).
Les résultats sont les mêmes en eau peptonée glucosée carbonatée, en gélose glucosée.
EAU PEPTONÉE GLUCOSÉE EN TUBE EN Ü. — Le Bacille typhique ne donne iamais de gaz dans la branche anaérobie.
Le tube en U, ou tube à fermentation, comporte
une branche aérobie et b r ss Fig. 202. — Culture en eau peptonée glucosée en tube unEppranene, anaeropie. à fermentation (vingt-quatre heures). : be On remplit comme lin- A, Bacille typhique ; B, Bacille paratyphique B.
dique la figure 202 (A), en veillant à ce qu'il ne persiste pas de bulles gazeuses au sommet de la branche anaérobie, avant l’ensemencement. Ce procédé est extrêmement sensible.
MILIEUX GLUCOSÉS TOURNESOLÉS (bouillon, gélose, etc.). — Ces milieux virent nettement au rouge en vingt-quatre heures.
Miureu DE BarstEkoW GLucosé. — Rougit en vingt-quatre heures; ‘la coagulation a lieu en un à quatre jours.
Le milieu de Barsieksw comporte :
LUE SON ORAN TER ER nee ou :.... io Parrite. M ln ne More au da ose 1 — Mineur rsodinm 12412 .5e.. 0er,50 DOMIDPedeltournesol EL AE, Qce,5
DOI O en de ae ue si Dalaers QU QuS p.400:
474 | BACILLE TYPHIQUÉ.
Au tube à fermentation, on peut substituer le dispositif suivant !
Remplir de bouillon, à moitié hauteur, un grand et large tube, de diamètre de 22 millimètres au moins; remplir d'autre part, du même bouillon, un petit tube (tube à hémolyse ou tube à agglutination). Renverser le petit tube orifice en bas, l’introduire tel quel dans le grand tube. Boucher le grand tube et stériliser. — Si, après ensemencement, le milieu dégage des bulles gazeuses, ces bulles viendront s’accumuler au fond du petit tube, en refoulant le liquide.
Lait tournesolé. — Le développement est abondant, mais la. teinte ne varie pas sensiblement. Souvent un peu — très peu — plusrouge les premiers jours ; légèrement bleue dans la suite.
Petit-lait tournesolé. — Le développement est à peine appréciable. Les variations de teinte sont les mêmes que sur lait tournesolé, mais plus accusées.
Milieux au rouge neutre. — On utilisera de préférence une gélose faible, glucosée, au rouge neutre.
Gélose au rouge neutre. — Préparer là gélose ordinaire, en employant seulement 0,4 p. 100 de gélose, de manière que le milieu soit à peine solide. Le reste de la préparation, comme d'habitude. Ajouter à la fin 2 grammes de glucose par litre, et la quantité de rouge neutre juste suflisante pour teinter le milieu en rose très clair, soit environ
Occ,75 de la solution au centième pour 100 centimètres cubes. Répartir en tubes droits.
Sur ce milieu, le Bacille typhique ensemencé soit en piqüre, soit dans la gélose fondue (vers 459), se développe sans aucune modification appréciable : ni décoloration, ni fluorescence.
Milieux vaccinés. — Le Bacille typhique est inapte à se développer à nouveau sur un milieu où il a été cultivé antérieurement (Chantemesse et Widal\. On peut employer la gélose ou le bouillon.
Gélose vaccinée. — Ensemencer avec le bacille typhique une série de tubes de gélose inclinée; après quelques jours d’incubation, racler la culture.
Bouillon vacciné. — Ensemencer du bouillon ordinaire avec le Bacille typhique: filtrer après quinze jours à un mois ; recueillir le filtrat et répartir en tubes. On peut employer le bouillon Martin (chap. VIL) fabriqué avec la pulpe de rate (Émery).
Ensemencé sur les milieux précédents, gélose ou bouillon, débarrassés des corps microbiens comme il vient d'être dit, le Bacille typhique ne donne pas de culture appréciable.
Milieux métalliques. — Sur gélose additionnée de sous-acétate de plomb (1 p. 500), la culture est noire (Sacquépée). |
Pour préparer ce milieu : faire fondre un tube de gélose, 5 centimètres cubes; au milieu très chaud, ajouter Oce,1. d’acétate de plomb en solution au dixième, mélanger; laisser refroidir, ensemencer avant solidification, vers 450.
Variante. — Au milieu précédent, ajouter pour 10 centimètres cubes, IV gouttes de glucose à 30 p. 100. Le Bacille typhique noircit le milieu, sans donner de bulles gazeuses (Lévy et Pasteur-Vallery- Radot).
Artichaut. — Culture imperceptible. Pas de verdissement (Roger).
Bouillon arsenical. — Le Bacille typhique ne pousse pas dans un bouillon renfermant 08r,02 d’acide arsénieux par litre (Thoinot et G. Brouardel).
Milieux minéraux. — Peu employés aujourd’hui, ils n’apportent au diagnostic aucun élément nouveau. En général, le Bacille typhique n'offre qu’un développement faible ou nul dans la plupart des milieux préconisés (milieux de Nægeli, de Frænkel, d'Ouchinsky, etc.).
Autres milieux colorés. — En dehors du rouge neutre, on a proposé un très grand nombre d’autres milieux colorés, dont l'usage ne s’est pas répandu. Citons ceux de Ramond et de Robin.
Milieu de Ramond. — Préparer de la gélose lactosée à 4 p. 100; ajouter de la rubine acide jusqu'à teinte rouge-cerise ; additionner enfin de carbonate de soude, jusqu’à décoloration. Filtrer, répartir, etc.
La rubine se recolore sous l’influence des acides.
Sur ce milieu, le Bacille typhique pousse sans modifier la couleur.
Milieu de Robin. — Formule :
GUIDEG ES fe Ro EURE 32 granmes.
MODES POIL RS Re à, 20 — PHOSDRALE dessouterss ts MAR... …. 08r,40 bloutébiubléta tp t00 ere... 4 cent. cubes.
A de UT et ne Ets ve à à 0 1000 — Potasse (solution décinormale)........ 140 —
Dissoudre le tout à 1150. Le milieu doit être gris, sinon on ajoutera un peu de potasse.
Ajouter 40 grammes de lactose. Terminer suivant la technique habituelle.
Le Bacille typhique se développe sur ce milieu sans modifier la teinte.
Vitalité. — En cultures, Le Bacille typhique présente une assez grande vitalité ; les repiquages sont généralement fertiles avec des cultures de deux à quatre mois.
Le Bacille d'Eberth est peu résistant vis-à-vis de la chaleur. Un chauffage de vingt minutes à 60° (Pfuhl) ou d’une heure à 539 (Leishmann) le tue sûrement.
476 BACILLE TYPHIQUE.
Il est moins sensible au froid. Si les alternatives de gel et de dégel lui sont funestes (Prudden), par contre il survit à une congélation maintenue pendant cent trois jours (Mitchell). |
La lumière solaire lui est très nocive. Dans l’eau claire, l’insolation le tue au bout de quatre heures et demie à cinq heures, et après huit ou neuf heures dans l’eau trouble ; l’action bactéricide est exercée surtout par les rayons bleus, violets et ultra-violets (H. Vincent).
Il résiste pendant un à deux mois à la dessiccation sur la terre, le sable, etc. (Uffelmann).
Les antiseptiques usuels le tuent facilement : le sublimé au 1 000e en trente minutes (Frænkel), l’aldéhyde formique à 2 p. 1 000 en quinze à vingt minutes (Pottevin).
Résistance à certains agents chimiques. — Diverses substances modérément antiseptiques sont moins nocives pour le Bacille d'Eberth que pour la plupart des autres microbes :’ainsi la caféine (Roth), le kristall-violet (Drigalsky et Conradi), le vert brillant et l'acide picrique (Conradi), la fuchsine décolorée par la sulfite de soude (Endo), l'iode (Elsner), le vert malachite (Læffler), ete. Cette résistance relative est mise à profit dans les formules des milieux pour la recherche de l'espèce (Voy. p. 494 et suiv.).
Résistance dans les milieux naturels. — Dans l'eau. — Le Bacille typhique résiste longtemps dans l’eau ordinaire stérilisée ; on peutle retrouver vivant après trois mois (Chantemesse).
Mais sa résistance paraît moindre dans l’eau brute, non stérilisée, où il doit compter avec la concurrence de bactéries diverses On comprend que les résultats obtenus à ce sujet soient des plus variables suivant la composition chimique et bactériologique de l’eau en expérience : dans la plupart des observations, la survie ne dépasse pas quinze jours (Kraus, Hueppe, etc.). Certaincs eaux sont moins défavorables, telle celle de la Tamise, où il persiste plus de vingt-cinq jours (Frankland et Applayard).
Dans le sol. — En pleine terre, le bacille typhique, très résistant, est encore vivant après cinq mois (Grancher et Deschamps).
Réactions biochimiques.
Action sur les sucres. — Ensemencé sur milieux glucosés, galactosés ou lévulosés, le Bacille typhique acidifie, sans provoquer de dégagement de gaz.
Il n’attaque pas du tout la lactose et Ia saccharose.
Enréalité, le Bacille typhique fermente très nettement la glucose, de même que la lévulose, là maltose, la galactose, la mannite ; toutefois la fermen-
tation est peu active. Il y a production d'acides, mais sans dégagement gazeux. La production d’acides est mise en évidence très simplement par cultures sur milieux additionnés d'un sucre fermentescible (glucose, eet.) et, additionnés de tournesol : ces milieux virent au rouge en vingt-quatre heures. Mais on n’observe pas de dégegement gazeux appréciable, ni en bouillon carbonaté, ni en gélose profonde (piqûre), ni surtout dans les tubes à fermentation. Pour différencier le Bacille typhique de certains Bacilles voisins qui fermentent plus énergiquement la glucose (Bacilles paratyphiques surtout), il faut rechercher la fermentation gazeuse, que le Bacille typhique est inapte à provoquer, et non l’acidification des milieux, propriété qui lui est commune avec les microbes les plus rapprochés de lui.
Action dénitrifiante. — En bouillon additionné de nitrate de potasse (1,5 p. 100), le Bacille typhique provoque un dégagement d'azote (Hugouneneq et Doyon). Il dégage de même de l’azote aux dépens des nitrites {Grimbert).
L'action dénitrifiante est commune avec le Colibacille ; elle n’a pas de valeur différentielle.
Absence de production d’indol. — Le Bacille typhique ne produit pas d’indol.
RECHERCHE DE L'INDOL. — Les cultures seront faites en eau peptonée. On cherchera l’indol après deux jours de culture, à l’aide de l’une des réactions suivantes :
a. À 15 centimètres cubes de culture, ajouter d’abord XXX gouttes d’une solution de nitrite de potassium à 1 p. 1 000, puis X gouttes d'acide sulfurique chimiquement pur; mélanger. S'il existe de l’indol, il apparaît une teinte rosée,
C'est la réaction de Salkowsky.
b. Procédé recommandé. — A 10 centimètres cubes de culture, ajouter volume égal d’une solution alcoolique de furfurol à 1 p. 50 ; puis, goutte à goutte, de l'acide chlorhydrique pur. La présence d’indol se traduit par une teinte jaune. . |
C'est la réaction de Fleig et Sicre.
Certaines peptones renferment des traces d’indol. Il est donc prudent de faire la même réaction sur un tube témoin, non ensemencé (Sicre).
Milieux vaccinés. — Voy. ci-dessus (p. 474).
Action des sels biliaires. — La bile et les sels biliaires (taurocholate de soude surtout), hostiles à la plupart des microbes, favorisent au contraire la culture du Bacille typhique, d’après Conradi, Dunschmann, etc.; tout au moins ces substances ne gènent pas son développement.
BACILLE TYPHIQUE.
Tableau indiquant les caractères essentiels d
du Bacille paratyphic
Caractères communs : Bacilles ou Coccobacilles, ne prenant pas le Gram avec ondes moirées; poussent bien su
Caractères différentiels.
Mobilité.
Cultivé sur pomme de terre.
Cultivé en lait.
Cultivé en petit-lait tournesolé.
Cultivé en milieux lactosés.
Cultivé en milieux glucosés.
Cultivé sur milieux d'Endo ou de Drigalski.
Cullivé sur milieux au rouge|
neutre.
Cultivé sur milieux au plomb.
Formation d’indol.
À dose limite, un Eberth — sérum :
un Para À — sérum :
un Para B — sérum :
Bacille typhique.
Très mobile ; quelques exceptions.
Donne culture minime (Cf.
traînée de limaçon).
Ne modifie pas le milieu.
Rougit légèrement.
Ne donne pas de gaz.
Ne donne pas de gaz.
Donne des colonies incolores.
Ne modifie pas.
Noircit.
Ne donne pas d’indol.
Agglutine.
N’agglutine pas.
N’agglutine pas.
Bacille par
Très mobile.
Culture min typhique).
Ne modifie pe
Rougit francl
Ne donne pas Dégage des g Donne des co Provoque la
la fluoresce
Ne noircit pa
Ne donne pa:
N’agglutine p Agglutine.
N’agglutine p
en
acille typhique, du Bacille paratyphique A,
B et du Colibacille.
n sporulés; se développent en bouillon en donnant un trouble uniforme
gélatine, sans la liquéfier.
phique A. Bacille paratyphique B.
Très mobile.
(CF. Bacille| Enduit brun ou jaune, épais:
exceptions.
> milieu. Ne coagule pas; éclaircit tardivement.
ent. Rougit très vite, puis bleuil (caméléonage).
gaz. Ne donne pas de gaz.
Dégage des gaz.
les incolores.! Donne des colonies incolores.
oloration et} Provoque la décoloration et : la fluorescence.
Noircit.
mdol. Donne peu {traces) ou pas
d'indol.
N'agglutine pas.
N’agglutine pas.
Agglutine; exception :
Gärtner (p. 529).
Colibacille.
Peu mobile, parfois immobile.
Enduitbrun ou jaune, épais.
Coagule, parfois tardivement.
Rougit très fortement.
Dégage des gaz.
Dégage des gaz.
Ponne des colonies rouges.
Provoque la décoloration et la fluorescence.
Ne noircit pas; quelques | exceptions.
Donne de l’indol.
N'agglutine pas ’ - ds N’agglutine pas.
N'agglutiñe pas.
480 BACILLE TYPHIQUE.
Réactions à l’égard des sérums.
Agglutination. — Le Bacille typhique possède la propriété, très importante, d'être agglutiné par les sérums antityphiques, c’est-àdire par les sérums provenant soit d'individus infectés par le Bacille typhique (malades atteints de fièvre typhoïde), soit d'individus vaccinés ou d'animaux inoculés avec ce Bacille.
Widal a montré que cette réaction apparaît au cours même de l'infection.
D'autre part, l'agylutination du Bacille typhique est spécifique. En effet, d’une part, un sérum antityphique n’agglutine pas, ou agglutine peu les espèces microbiennes autres que le Bacille typhique; d’autre part, et sauf de rares exceptions, les sérums autres que les sérums antityphiques n'ont pas d'action agglutinante appréciable sur le Bacille d'Eberth.
Ces diverses raisons permettent d'appliquer la séro-réaction au diagnostic de la fièvre typhoïde chez l’homme (Voy. p. 502) et également au diagnostic différentiel des espèces microbiennes.
I. Spécificité de la réaction d’agglutination. — En ce qui concerne les maladies humaines, les milliers d'observations accumulées depuis 1896 confirment les premières conclusions de Widal l'existence de propriétés agglutinantes dans Le sérum sanguin indique une infection de l'organisme par le Bacille typhique; l’infeetion est le plus souvent actuelle, mais elle peut remonter à une époque antérieure plus ou moins éloignée.
Il va sans dire que cette proposition est exclusivement applicable aux réactions faites correctement, suivant les techniques indiquées: plus loin.
Le fait de rencontrer des sérums agglutinants en dehors de la fièvre typhoïde, spécialement dans certains ictères, avait tout d'abord fait mettre en doute la spécificité de la réaction; mais d’autres méthodes ont établi depuis que ces ictères sont en réalité d’origine typhique (Sacquépée et Fras).
Quelques exceptions sont actuellement connues : le sérum de malades atteints d’'empoisonnements alimentaires, spécialement par le Bacille de Gärtner, peut agglutiner assez fortement le Bacille typhique (en même temps que le Bacille infectant). Mais l'allure clinique très particulière de ces accidents ne prête pas à confusion avec la fièvre typhoïde. On peut de même observer au cours de la granulie une agglutination peu intense (4 p. 60) à l'égard du Bacille d'Eberth.
Enfin, le Bacille typhique est parfois agglutiné par le sérum de malades
atteints d'infections paratyphoïdes A ou B ; ces faits seront discutés plus loin.
En ce qui concerne les sérumsexpérimentaus, obtenus parinoculation à l'animal de cultures microbiennes, il est établi que :
Les sérums antityphiques agglutinent les Bacilles typhiques, tous sensiblement au même taux (sauf exception), sans exercer d'action bien appréciable sur les espèces les plus voisines.
Inversement, les sérums spécifiques pour les espèces les plus voisines, comme les Bacilles paratyphiques, n’ont que peu ou pas de pouvoir agglutinant à l'égard du Bacille d'Eberth.
Au point de vue clinique, comme au point de vue expérimental, la réaction d’agglutination des sérums antityphiques à l'égard du Bacille typhique doit donc être considérée comme spécifique.
Il. Aptitude agglutinative du Bacille d’'Eberth. — La grande majorité des Bacilles typhiques sont agglutinables au même degré par un même sérum spécifique.
Mais toute règle comporte des exceptions. De rares Bacilles typhiques, spécialement parmi ceux qui viennent d’être isolés de l'organisme humain ou des eaux typhogènes, tout en possédant par ailleurs l’ensemble des attributs de l'espèce, ne se laissent pas agglutiner par les sérums spécifiques {Sacquépée, Rodet, J. Courmont, etc.). L’aptitude agglutinative réapparaît dans la suite, après un nombre variable de repiquages sur milieux artificiels.
Il semble y avoir quelque parallélisme entre le défaut d'aptitude agglutinative et l'absence de mobilité, comme l'ont indiqué Ch. Nicolle et Trénel,
ll est bon de connaître l’existence de ces échantillons peu ou pas agglutinables : en premier lieu, pour les rejeter quand on veut pratiquer un sérodiagnostic ; en deuxième lieu, pour ne pas se hâter de considérer comme étranger à l'espèce Bacille typhique un microbe qui par ailleurs présente les caractères de cette espèce. En pareil cas, il faut attendre, faire des repiquages, et s'adresser à d’autres moyens de vérification (déviation du complément en particulier).
IT. La substance agglutinante chez l’homme. — «. À l'état normal, le sérum sanguin de l’homme ne possède pas de pouvoir agelutinent au delà de 1 p. 10 ou 1 p. 20.
A l’état pathologique, le pouvoir agglutinant apparaît au cours des infections diverses provoquées par le Bacille typhique : en premier lieu, la fièvre typhoïde classique; puis, les formes anormales de cette dernière : embarras gastrique fébrile, méningo-typhus, etc.; enfin dans les ictères provoqués parle Bacille typhique.
Chez l'homme, expérimentalement, le pouvoir agglutinant apparaît après la vaccination antityphique .
b.Ilest nécessaire de suivre un peu l'évolution du pouvoir aggluee au cours de la fièvre typhoïde.
DoprrTEenr et SACQUÉPÉE, — Bactériologie, 2e édit. 31
482 BACILLE TYPHIQUE.
Dans cette maladie, le sérum acquiert presque toujours des propriétés spécifiques. Elles sont d'ordinaire nettement développées aux environs du sixième jour, un peu plus tôt ou un peu plus tard; persistent pendant toute la durée de l'infection ; diminuent ensuite, pour disparaître dans les premières semaines de la convalescence.
A cette évolution habituelle il y a quelques exceptions :
Le pouvoir agglutinant peut faire défaut (1 fois sur 177 observations de Widal) ; il peut être retardé, ce qui est moins exceptionnel, et n’apparaître que dans la deuxième ou la troisième semaine ; il peut persister pendant longtemps, trois ans et même sept ans après la guérison (Widal).
ce. Outre le sérum sanguin, d’autres sérosités peuvent être douées du pouvoir agglulinant. NX on l’a constaté dans le lait d'une nourrice typhique (Achard et Bensaude), dans l'urine, dans les larmes, dans l’exsudat pleural.
Il peut se transmettre de la mère au fœtus.
IV. Application au diagnostic du Bacille d'Eberth. — Malgré les exceptions signalées plus haut (Bacilles peu ou pas agglutinables), la réaction à l'égard des sérums spécifiques constitue un des meilleurs critériums de l'espèce. On ne doit jamais identifier un Bacille typhique sans l'avoir soumis au préalable à l'épreuve du sérum.
On emploie de préférence dans ce but des sérums expérimentaux d'intensité moyenne, 1 p. 1000 à 4 p. 10000. Plus faibles, ils ont parfois une action relativement marquée (coagglutination) sur d’autres espèces; l'usage de sérums plus forts n’a aucun intérêt.
Le Bacille présentant par ailleurs tous les attributs nécessaires, on procédera à la recherche du taux limite d’agglutination, comparativement avec d’autres échantillons connus de Bacille typhique.
Sile microbe à l'étude est agglutiné par le sérum spécifique sensiblement au même taux que les témoins, on conclura : Bacille typhique. Au cas contraire, on procédera comme il a été déjà indiqué ci-dessus, IL.
V. Préparation de sérums expérimentaux agglutinants. — Entre autres procédés, nous recommandons le suivant : émulsionner dans 10 centimètres cubes d'eau physiologique une culture de vingt-quatre ou quarante-huit heures sur gélose inclinée ; stériliser par chauffage à 60° pendant une demi-heure ou par agitation avec de l’éthcr, en maintenant le contact pendant douze heures, et décantant ensuite. Éliminer les amas miciobiens (filtration sur papier, ou centrifugalion rapide, ou sédimen-
POUVOIR PATHOGÈNE. 483
tation pendant quelques heures). Inoculer 1 à 1cc,5 d'émulsion dans les veines du lapin.
Saigner au septième jour. Le sérum obtenu agglutine généralement au delà de 1 p. 300.
Pour préparer des sérums très forts, pratiquer trois ou quatre injections à doses croissantes, à intervalles de huit ‘jours. Inoculer ensuite 1 centimètre cube d’émulsion de bacilles vivants; saigner au septième jour après la dernière injection.
Sensibilisatrice. — Widal et Le Sourd ont appliqué au Bacille typhique la méthode de la déviation du complément, suivant Ja technique habituelle. Les résultats obtenus indiquent en général l'existence d’une sensibilisatrice spécifique dans le sérum des typhiques. La méthode est assez fidèle pour servir au diagnostic.
La déviation du complément est un appoint très utile quand le sérodiagnostic est peu net ou faible.
Elle peut être positive chez d'anciens malades porteurs de Bacilles (Schôüne).
La sensibilisatrice spécifique existe de même dans les sérums expérimentaux.
Précipitines. — Les précipitines existent dans les sérums spécifiques (Kraus). |
Opsonines. — Un indice opsonique supérieur à 1,70 constitue une présomption en faveur du diagnostic de fièvre typhoïde (Milhit). L'indice est souvent élevé chez les anciens malades porteurs de bacilles (Gæthgens).
POUVOIR PATHOGÈNE
Le Bacille typhique peut se montrer pathogène : 1° pour l'homme, dans les conditions naturelles ; 2°pour l'animal, expérimentalement.
Action pathogène dans les conditions naturelles, chez l’homme. — Le Bacille typhique est l'agent constant de la fièvre typhoiïde.
Il provoque non seulement la fièvre typhoïde classique, mais encore les complications habituelles de cette dernière et les formes anormales. Complications : ostéite, bronchopneumonie, abeès, etc. Formes anormales : méningo-lyphus, pneumo-typhus, fièvre typhoïde sans lésions intestinales, etc.
Au même titre que d’autres germes, il peut provoquer l'embarras gastrique fébrile et des ictères essentiels.
Chez l'animal, on ne connaît aucune maladie provoquée par le Bacille typhique.
48% BACILLE TYPHIQUE.
Action pathogène expérimentale. — Expérimentalement, le pouvoir pathogène peut être mis en évidence par inoculation; mais c'est seulement par ingestion qu'on a pu réaliser chez l'animal une maladie rappelant la fièvre typhoïde humaine.
Inoculations. — On utilise surtout la souris et le : obaye.
A. Le virus habituel, tel qu'on l'extrait des organes des typhoïdiques, est généralement peu actif.
Injecté dans le péritoine à dose forte (0cc,5), il provoque une péritonite mortelle.
L'injection sous-cutanée donne lieu soit à un simple abcès (G. Roux, Gasser, Chantemesse et Widal), fait intéressant en ce qu'il montre l'aptitude pyogène du Bacille chez l'animal (comme dans certaines ostéites ou certains abcès chez l’homme); soit à une infection quitue en un ou quelques jours, parintoxication, sans pullulation appréciable des microbes et sans lésions apparentes.
L'inoculation intracérébrale d’une culture de quinze jours tue le cobayeet le lapin à dose de1/10 ou 1/20 decentimètrecube(H. Vincent).
B. Le virus exalté permet de réaliser une infection généralisée avec seplicémie.
1 OEXALTATION DE LA VIRULENCE. — Plusieurs procédés sontapplicables :
a. Chantemesse et Widal utilisent la constatation, faite par H. Vincent, que l’action concomitante du Streptocoque pyogène exalte la virulence du Bacille typhique. Ils inoculent en même temps sous la peau #4 centimètres cubes de culture de Bacille typhique, et dans le péritoine 8 ou 10 centimètres cubes de culture de Streptocoque stérilisée par la chaleur. L'animal succombe le plus souvent en moins de vingt-quatre heures, présentant une infection généralisée (Bacillesdans le sang, le péritoine, etc.). — Avec la culture obtenue de ce premier animal, on inocule un deuxième animal : 4 centimètres cubes de Bacille typhique sous la peau, 5 centimètres cubes de culture stérilisée de Streptocoque dans le péritoine. On continue ainsi, en diminuant peu à peu la dose adjuvante de Streptocoque tué. Finalement on obtient un virus très actif, capable de tuer le cobaye à dose de 3 centimètres cubes sous la peau, ou de quelques gouttes dans le péritoine.
b. Sanarelli emploie une technique analogue. Partant d’une culture de laboratoire tout à fait avirulente, ilen injecte sous la peau du cobaye 0,5; en même temps, il inocule dans le péritoine 10 à 12 centimètres cubes d’une culture vieille et stérilisée de Colibacille. L'animal meurt en quatorze à vingt heures, présentant un exsudat péritonéal riche en Bacilles Cyphiques (parfois aussi des Bacilles dans la rate et le sang). On ensemence en bouillon la sérosité
POUVOIR PATHOGÈNE. 485
péritonéale; de cette culture de premier passage, on inocule 5 centimètres cubes sous la peau, et en même temps dans le péritoine 7 à 8 centimètres cubes de culture stérilisée de Colibacille. L'animal meurt, comme le premier. On continue ainsi les passages, en diminuant chaque fois la dose de Colibacille, jusqu’à ce que finalement on obtienneun Bacille suffisamment exalté pour tuer, sans aucun adjuvant, par injection intrapéritonéale (quelques gouttes) ou sous la peau (3 à 4 centimètres cubes).
Sanarelli a réussi de même en substituantau Colibacille des cultures stérilisées de Proteus vulgaris ou des selles filtrées et stérilisées.
c. Le simple passage de péritoine à péritoine exalte également ja virulence. Après le premier passage, on inoculera la sérosité péritonéale elle-même (non la culture qui en provient).
d. Chantemesse et Balthazard ont recours aux cultures successives en sacs de collodion, placés dans le péritoine du cobaye.
e. Ces virus exaltés perdent rapidement leur virulence dans les cultures in vitro. Pour la conserver plus longtemps, Rodet et Lagriffoul conseillent de faire les cultures en bouillon alcalin, additionné de sang de cobaye au moment de l'usage.
20 INOCULATION DU VIRUS EXALTÉ. — L'animal de choix est le cobaye.
En inoculant dans le péritoine quelques gouttes d’une culture du virus exalté, les symptômes se succèdent dans l'ordre suivant : deux à quatre heures après l’inoculation, la température s'élève à 400 et 419; l'animal est abattu. Puis, entre la sixième et la douzième heure, la température descend peu à peu, jusqu’à 34° et même 320 (hypothermie): à ce moment, l'animal est immobile, pelolonné sur lui-même; l'abdomen est devenu très sensible, etla moindre pression provoque des cris. Mort en un temps variable, douze à vingt-quatre heures si la virulence est suffisante.
A l’autopsie, sérosité louche dans le périloine; congestion des viscères ct de l'intestin; contenu intestinal diarrhéique ; tuméfaction des follicules clos et des plaques de Peyer. Bacilles typhiques dans la sérosilté péritonéa'e, dans le san ; et dan; les organes,
Reproduction expérimentale de la fièvre typhoïde par ingestion. — L’ingestion a réussi jusqu'ici chez le singe et le lapin.
Singe. — Chantemesse et Ramond, expérimentant sur le singe macaque, soumettent d’abord l'animal au régime lacté pendant quinze jours. Ils font ingérer ensuite le Bacille typhique (produit d’une culture sur gélose) mélangé à de la confiture. Au troisième jour, fièvre, anorexie, diarrhée ; dans la suite, fièvre persistante, mauvais élat général. Mort au huitième jour. A lautopsie, lésions caractéristiques (en particulier, uicérations des plaques de Peyer).
La sensibilité du singe est confirmée par Grünbaum (chimpanzé). Weinberg, Metchnikoff et Besredka.
Lapin. — Remlinger à pu infecter quelques animaux en leur faisant ingérer des légumes largement arrosés de culture. Chantemesse et Ramond diminuent la résistance de l'animal en injectant d’abord dans le péritoine L gouttes de laudanum ; un quart d'heure après, à l’aide de la sonde, on
porte dans l'estomac 3 à 5 centimètres cubes de culture typhique. Les mêmes auteurs rendent le lapin encore plus sensible en « l’humanisant » au préalable par injection quotidienne de sérum ou d'urine humains pendant vingt jours. Dans ces divers essais, les animaux ont présenté les symplômes essentiels et les lésions les plus caractéristique: de Ja fièvre typhoïde humaine.
Inocul tion intradigestive. — Lépine et Lyonnet, ayant inoeulé le Bacille typhique dans une anse intestinale isolée (procédé de Thiry), ont reproduit des ulcéralions localisées à l’anse infectée.
Cliniquement, il parait manifeste que la fièvre typhoïde est le résultat d’une intoxi'ation subaiguë; on doit donc admettre que le Bacille typhique sécrète une toxine.
On a beaucoup cherché cette toxine ; on a présenté sous Le nom de «toxine typhique » des poisons de nature complexe, ne présentant pas les caractères essentiels des vraies toxines.
Certains auteurs s'adressent aux cultures en milieux liquides, dont ils séparent une toxine soluble; d'autres utilisent les corps microbiens, débarrassés de leur substratum nourricier.
À. Toxines solubles. — Les premiers essais de Brieger, de BriegeretFränkel, etc., ne réussirent à isoler sous le nom de «toxalbumine » qu'une impureté des milieux.
Toxine de Sanarelli. — Le virus exalté (p. 484) est cultivé en bouillon glycériné à 2 p. 109 pendant un mois à 37%; on tue alors les microbes par chauffage ; les cultures sont abandonnées pendant huit mois à la température ambiante, après quoi les ballons sont scellés et portés quelques jours à 60°. On laisse déposer les corps microbiens; le liquide clair surnageant constitue la toxine. |
Ces manipulations ont pour but de permettre une macération prononcée, de façon à libérer les poisons intramicrobiens.
Action pathogène. — La toxine de Sanarelli, mélange de poisons solubles, de poisons intramicrobiens, auxquels s'ajoutent (Gautier et Balthazard) les substances provenant des albuminoïdes altérées du milieu, n'est pas très pathogène.
Doses mortelles, sous la peau ; pour le cobaye, 1cc,5 par 100 grammes du poids du corps; pour le lapin, 10 centimètres cubes par kilogramme : pour la s uris, À centimètre cube.
C'est chez le cobaye que les symptômes et les lésions se présentent avec le plus de netteté. A la suite de l’inoculation dans le péritoine d’une dose sûrement mortelle, l'hypothermie apparaît d'emblée it s’accentue dans la suite ; après une heure, météorisation abdominale avec sensibilité du ventre, hyperesthésie généralisée ; après quatre à cinq heures, prostration avec tremblement. Plus tard, dyspnée et mort en asphyxie. |
À l’autopsie : exsudat péritonéal abondant, avec nombreux globules blancs, flocons fibrino-purulents; rate friable, hypertrophiée : congestion de l'intestin, des capsules surrénales, de l’utérus; congestion et infilt ation des follicules lymphatiques de l'intestin. Dans le contenu di .rrhéique de l'intestin, Bacterium coli très abondant (plus que normalement) et virulent.
Toxine de Chantemesse. — Un virus exalté est ensemencé sur milieux spéciaux : au début, le milieu était un mélange de macération à froid de rate et de moelle osseuse avec du sang humain; plus tard, Chantemesse s’est adressé à la peptone de rate (préparée suivant le procédé de L. Martin,). Les cultures sont faites à 370, en large surface ; la toxicité est au maximum du quatrième au sixième jour ; elle diminue ensuite. On stérilise par chauffage vers
le sixième jour, on centrifuge : le liquide décanté constitue la toxine.
La toxine de Chantemesse est fragile ; elle craint la lumière et l'oxygène de l'air ; l'acide tartrique la rend inoffensive, mais l’addition ultérieure de soude lui rend ses propriétés toxiques ; elle résiste une heure à + 58°, et le chauffage à 1000 l’atténue, s ns la détruire.
Assez active, la toxine de Chantemesse tue le cobaye à la dose de 1 centimètre cube par 80 grammes du poids du corps, en douze à vingt-quatre heures (injection intrapéritonéale). La souris, le cheval sont proportionnellement plus sensibles que le cobaye.
Toxine de Rodet, Lagriffoul et Wahly; toxine de M. et Me Al. Werner. — D’après ces auteurs, l’oxygène exerce sur la toxicité des cultures une influence contradictoire : la toxine soluble n’est élaborée qu’en milieux largement aérés ; mais, d'autre part, elle s’altère au contact de l’oxyène. Elle est en outre très sensible à la chaleur, même modérée.
Pour obtenir leur toxine, Rodet, Lagriffoul et Wahly ensemencent en bouillon, en faisant barboter de l’air dans le milieu ; on filtre au troisième jour. Le filtrat est peu toxique : dose mortelle dans le péritoine, 4 p. 100 du poids du corps.
M. et Mme Werner cultivent en eau peptonisée, légèrement alcaline ; pendant les deux ou trois premiers jours. le milieu est aéré par barbotage d'air, à 37° ou à 25° (période d’oxydation); les deux jours suivants,on maintient à 2,° en ballons scellés (période d’asphyxie). On filtre ensuite. La toxine ainsi obtenue est assez active : les doses mortelles sont de 1 centimètre cube pour un cobaye de 300 grammes (dans le péritoine),
2 centimètres cubes pour un lapin de 1 800 à 2000 grammes (injection intraveineuse),
Toxine de Moreschi. — Le milieu employ: par Moresch est du bouillon (de viande et de rate) peptonisé et salé, additionné de 8 p. 100 de sang de bœuf et de 1 p. 100 de plasmon, et alcalinisé.
En repiquant le Bacille de jour en jour, la culture, d’abord homogène, se fait ensuite exclusivement en surface (voile, sans trouble du DUR C’est à ce moment que la toxine s’élabore.
On ensemence le Bacille ainsi adapté; on filtre au sixième jour.
Le filtrat est toxique ; il tue le cobaye, par injection intrapéritonéale, à la dose de 0ce,2.
Toxine de Shaw. — Ensemencer dans le sang défibriné, filtrer DprÉS trois semaines.
Toxine de H. Vincent. — Le Bacille typhique est cultivé en série en sacs de collodion, dans le péritoine (cobaye ou l:pin). L'activité du virus s'accroît à partir du troisième ou quatrième passage. Après un certain nombre de passages, le liquide du sac est centrifugé, et le liquide surnageant, après stérilisation par l’éther, est inoculé aux animaux; celiquide, toxique, tue la souris en vingt-quatre heures à la dose de 3 à 5 gouttes, et le cobaye par voie péritonéale, en trente heures, à dose de 15 à 20 gouttes. Transporté ensuite en milieux usuels et mis à l’étuve, le Bacille perd rapidement une partie de son activité; on ne peut donc obtenir un virus de toxicité fixe en dehors de l'organisme.
B. Toxines des corps microbiens. — On a supposé que la vraie toxine typhique est adhérente au corps microbien et ne diffuse que peu ou pas dans les milieux. Divers procédés ont été mis en œuvre pour obtenir cette toxine intraprotoplasmique, ou endotoxine.
Toxine de Conradi. — C’est un autolysat de bacilles. Une culture sur gélose est raclée, émulsionnée dans l’eau physiologique, abandonnée à 37° pendant vingt-quatre heures, puis filtrée ; le filtrat est concentré par évaporation dans le vide jusqu’à 1 p. 10 ou 1 p. 50.
Le filtrat concentré, très toxique, tuerait le cobaye à la dose de 0cc,2 (injection intrapéritonéale).
Toxine de Mac Fadyen et Rowland. — Le produit de raclage de cultures sur gélose est congelé et broyé dans un appareil à congélation par l'air liquide (— 1900); on méiange la pâte obtenue avec un peu d’eau physiologique ; on broie à nouveau et on centrifuge. Il ne persiste pas de bacilles vivants. Le liquide surnageant constitue un véritable « jus de cellules ». Il tue le cobaye à la dose de 0c,1 (dans le péritoine).
Toxine de Balthazard. — On part d’un virus exalté par passages en sacs de collodion. La culture est faite sur peptone Defresne (solution à 3 p. 100)gélosée, sans a ldition de viande, On racle et on émulsionne dans l'eau physiologique après un ou deux jours d’étuve ; l’'émulsion est centriiugée, puis décantée ; on additionne le culot d’eau physiologique, et on centrifuge une dernière fois ; on décante, ne laissant que leculot de bacilles. Ces diverses opérations lavent complètement les corps microbiens,.
Pour donner issue aux toxines intracellutuires, on s'efforce de rompre le corps bacillaire par des moyens physiques. Les bailles lavés sont délayés dans une solution hypotonique, qui doit les gonfler et les faire éclater : urée à 2 p. 100 ou chlorhydrate d’ammoniaque à 4 p. 100. Puis les microbes sont soumis à des alternatives de congélation et de dégel : répartis en tubes scellés, ils sont congelés tous les jours pendant deux heures (appareil utilisant l’'évaporation du chlorure de méthyle),et placés le reste du temps dans une étuve à + 58°. Après huit jours de ce traitement, on centrifuge ; le liquide surnageant est la toxine.
Cette toxine, assez active, tue le cobaye à la dose de 1 centimètre cube pour 100 grammes de poids, sous la peau.
Endotoxine de Besredka. — Les cultures de seize à dix-huit heures sur gélose sont délayées dans l’eau physiologique, stérilisées par chauffage à 609 pendant une heure, et desséchées dans le vide. On mélange 1 gramme de la poudre microbienne obtenue avec 0sr,30 de chlorure de sodium sec; on triture pendant une heure ; on ajoute ensuite, en continuant à triturer, 1 à 2 centimètres cubes d’eau distillée ; les RBacilles s’agglutinent. On additionne alors d’eau distillée en quantité suffisante pour ramener la solution à 0,75 p. 100 de chlorure de sodium; après vingt-quatre heures de repos, le mélange est porté deux heures à 60°; on laisse reposer à nouveau douze heures; on décante enfin le apte qui renferme l’endotoxine.
L'endotoxine de Besredka coagule par chauffage prolongé à 65° et au delà. Elle est toxique pour le cobaye, le lapin, le cheval ; la la dose mortelle pour le cobaye est 1,5 (dans le péritoine).
Typholysine, — Les cultures en bouillon un peu âgées renferment une hémolysine, éludiée par E. et P. Lévy et par Rodet. Cette typho'ysine apparait seulement après quatre à six jours de culture, pour être au maximum vers le quinzième jour. Le filtrat est hémolytique au même titre que la culture. La tvpholysine dissout les hématies de chien, de cheval, de cobaye. Elle n’est pas détruite par chauffage à 56°, Chez le chien inoculé avec des filtrats hémolysants, le sérum acquiert des propriétés antihémolytiques.
Le Bacille typhiqne peut être rencontré : 4° chez l'homme ; 20 dans les milieux extérieurs.
. Bacille typhique chez l'homme. — A. Au cours de la fièvre typhoïde. — Agent de la fièvre typhoïde, le Bacille d’Eberth se rencontre chez l’homme pendant toute la durée de la maladie.
Contrairement à ce qu’on pensait naguère, {out le monde accepte
490 BACILLE TYPHIQUE.
aujourd’hui que l'infection typhoïde est le résultat d’une véritable septicémie, avec localisation élective sur certains organes.
Aussi rencontre-t-on le Bacille d'Eberth dans lesang d'une manière à peu près constante (Castellani, Busquet, Courmont, Widal, Sacquépée et Perquis, Ruediger, etc.), en faisant usage de procédés de cullure appropriés (Voy. Hémoculture). Les exceptions à cette règle sont infiniment rares, tellement raresque l'hémoculture constitue notre meilleur procédé de diagnostic. Le Bacille est présent
Fig. 203. — Rate typhoïde. Amas de Bacilles typhiques.
dans le sang dès les premiers jours; il a été signalé au deuxième jour; il persiste ensuite pendant toute la période d'état, pour disparaître vers la troisième semaine le plus souvent; mais on le: rencontre parfois encore plus tard, même pendant la convalescence (Lesieur).
Le sang étant répandu dans tous les organes, on peut trouver le Bacille d'Eberth, amené par le sang, dans tous les points de l’organisme. Mais il se localise et se multiplie de préférence dans la rate, les voies biliaires et le foie, la moelle osseuse, les ganglions mésentériques. A l’autopsie, on le rencontre le plus fréquemment dans le sang, les voies biliaires et la rate: cette dernière est parsemée d’amas considérables de bacilles (fig. 203).
Au niveau des taches rosées, on trouve également le Bacille d'Eberth en abondance (Neuhauss).
Le Bacille typhique s'élimine par Les excreta ‘es plus importants: outre la bile, il faut citer à ce point de vue l'infestinet l'urine.
Dans l'intestin, on peut trouver le Bacille dès les premiers jours de maladie (Rémy et même plusieurs jours avant l'apparition des tout premiers symptômes (Simon). Il devient ensuite plus abondant, pour disparaître le plus souvent pendant la convalescence; mis on peut le retrouver beaucoup plus tard (Voy. ci-dessous). Il est inégalement r'parti dans le tube digestif : sur 8 autopsies, Forster et Kayser le rencontrent 6 fois dans le haut du jéjunum 5 fois à la terminaison du grè e, à 10 centimètres de la valvule ; 2 fois dans le côlon descendant, d'autant moins souvent qu’on s'éloigne plus des voies biliaires.
Le Bicille passe assez souvent dans l’urine{Bouchard), dans un cinquième 1c5 cas environ (H. Vincent\, qu’il existe ou non des troubles urinaires.
La plupart des complications habituelles de la fièvre typhoïde sont ou peuvent être l’œuvre du Bacille typhique : c’est ainsi qu’on le trouve dans les ostéites, les pleurésies, les pneumonies, le laryngo-typhus, les angines, les péricardites, les abcès, etc.
B. Persistance chez les typhiques guéris. — Le Bacille peut persister quelque temps dans Les excreta des typhiques guéris ; le plus souvent dans l’intestin, parfois dans les urines.
Sa persistance dans l'intestin est généralement due à une lésion chronique des voies biliaires (cholécystite), l‘sion qui est souven!: bien tolérée et passe inaperçue de là, le Bacille est évacu dans l'intestin.
Les sujets qui éliminent ainsi des Bacilles sont dits porteurs de Bacilles.
L'élimination des Barilles chez les mal des guéris peut cesser mins de trois mois après Le début de l’affection ‘porteurs convalescents) ou persister au delà de trois mois (porteurs chroniques).
Le nombre ‘ies porteurs chroniques peut être estimé en moyenne à 4 ou 5 p. 100. L’élimination de Bacilles est généralement intermittente, On l’a vue persister pendant quatre ans (Conradi).
C. Présence chez les sujets sains. — Le Bacille typhique a été signalé chez des sujets sains par Remlinger et Schneider. D'après Rémy et Minelli. on le trouverait seu ement chez les personnes en contact avec des malades. Il est tertain que le fait est en tout cas exceptionnel.
Bacille typhique dans les milieux extérieurs. — Le Bacille d’Eberth, issu de l'organisme malade, peut contaminer les milieux extérieurs. Si les circonstances s’y prêtent, ces milieux pourront devenir typhogènes.
On sait le rôle considéraole attribué à juste titre à l’eau de boisson dans la genèse de la fièvre typhoïde: à maintes reprises on a pu déceler le Bacille typhique dans les eaux suspectes.
Le lait (nombreuses épidémies), les huîtres, les légumes, les fruits
492 BACILLE TYPIHIQUE.
à ras de terre, etc., peuvent de même se trouver contaminés par les excreta.
On a également constaté quelquefois la présence du Bacille d’Eberth dans de la terre, des poussières, des engrais desséchés, accusés d’avoir provoqué des épidémies de fièvre typhoïde.
Nous envisagerons successivement la recherche dans les selles, puis dans l’eau. Les procédés indiqués rour le Bacille typhique seront également utilisés pour la recherche des Bacilles paratyphiques.
Recherche du Bacille typhique dans les selles. — [La recherche du Baciile typhique dans les fèces se heurte à de sérieuses difficultés provenant de la présence constante de gérmes très nombreux, particulièrement du Colibacille ; les deux microbes, eneffet, présentent sensiblement les mêmes caractères généraux de culture sur les milieux habituels, et d'autre part le Colibacille est plus résistant que le Bacille typhique à l'égard de presque tous les agents physiques ou chimiques. En outre, la présence du Colibacille dns les cultures gêne à un tel point ledéveloppement du Pacille d’Eberth qu'on avait même pensé, à un moment donné, qu'il l’étouffait complètement ; cette conception était d’ailleurs inexacte.
1° On peut s'opposer au développement dela plupart des microbes intestinaux en additionnant les m lieux de certaines substances, à doses telles qu'elles soient antiseptiques pour ces microbes sansgêner la culture du Bacille typhique. Parmi ces substances, la plupart, acide phénique (Chantemesse), kristall-violet (Drigalski-Conradi), fuchsine (Endo) ou fuchsine acide (Kindborg), laissent se développer librement le Colibacille aussi bien que le Bacille d'Eberth. D’autres substances, caféine (Roth), vert-malachite (Lôüffler), vert brillant et acide picrique (Conradi), vert de Chine, azobleu, etc., ont été données comme susceptibles d’'entraver le développement du Colibacille luimème, sans gêner le Bacille typhique; le fait n’est qu’en partie exact et l'extrême variabilité de l'espèce Colibacille explique facilement qu'on ne puisse aboutir dans cette voie à des conclusions absolues : certains Colibacilles se développent comme le Bacille typhique.
L'emploi du vert-malachite demande que ques explications. Lôffler avait d'abord avarcé qu'à dose de 1 p. 4000, il ne génait pas le développement du Bacille typhique, mais, par contre, mettait obstacle à la culture du Colibacille. On s'aperçut immédiatement que la dose optima de vert-ma'achite est très variable suivant les échantil'ons de cette substance. Depuis lors,
PROCÉDÉS DE RECHERCIIE DU BACILLE TYPHIQUE. 493
la préparation commerciale du vert-malachite à fait de grands progrès : il est beaucoup plus antiseptique, de telle sorte que les indications données ces dernières années correspondent à des duses relativement très faibles, Jusque 1 p. 38 000 environ (Gäethgens). Toutefois, même à l'heure actuelle, le vert-malachite demeure variable d’un échantillon à l’autre ; il appartient à chacun de déterminer la dose optima pour chaque flacon employé. Aussi les formules données ci-dessous, en ce qui concerne le vert-malachite, n'ont-elles qu’une valeur d'indication.
2° Le Colibacille et le Bacille typhique s’accommodent également bien des diverses substances nutritives habi uellement présentes dans les milieux. Mais il semble que la bile (Conradi) et plus spécialement le {taurocholate de soude (Dunschmann) favorisent plus le Bacille d’'Eberth que le Colibacille.
3° De toute manière, on n'arrive jamais à empêcher qu’un certain nombre de Colibacilles ne se développent en même temps que le Bacille typhique.
Pour différencier les deux microbes, on s'adresse presque toujours à des procédés imités de Würtz : on additionne les milieux de lactose ; Le Bacille coli seul donne des acides, qu'on met en évidence par un indicateur variable (tournesol, substances colorantes); le Bacille typhique ne donne pas d'acides et ne change pas la teinte des milieux.
Milieux d'isolement et milieux d’enrichissement. — Au point de vue pratique, il y a lieu d'étudier des milieux d'isolement et des milieux d’enrichissement.
Sur les milieux d'isolement, le Bacille typhique donne des colonies assez bien différenciées ; mais ces milieux ne mettent généralement pas obstacle au développement du Bacille coli, de telle sorte qu’on ne peut y ensemencer que peu de fèces.
Les milieux d'enrichissement, au contraire, sont plus favorables pour le Bacille typhique que pour le Bacille coli; ils permettent parfois d'isoler directement le Bacille d’Eberth, mais le fait est assez rare, parce que les colonies sont le plus souvent mal différenciées. Leur avantage est surtout de permettre une multiplication proportionnellement prédominante’ du Bacille typhique; on pourra ensuite rechercher ce dernier par réensemencements sur les milieux d’isolement.
Marche générale des recherches. — A. Dans la pratique courante, et pour les besoins de la clinique, il suffit d'ensemencer les fèces sur milieux d'isolement. Les milieux seront répartis en grandes boîtes de Petri et séchés avant usage par un séjour de quinze à trente minutes à l’étuve, couvercle en partie enlevé. On dilue le
49% pe BACILLE TYPHIQUE.
selles dans l’eau ordinaire stérilisée, de manière à obtenir une. émulsion bien homogène et nettement trouble ; on dépose une ou deux gouttes de l'émulsion en bordure de la boîte, et on élale progressivement, à l’aide d’une spatule d’élalement Avec un peu d’habitude, une ou deux grandes boîtes suffisent.
Les boiles sont ensuite placées à l’étuve, couvercle en bas. Après seize ou vingt-quatre heures, on examine ; les colonies suspectessont soumises à un premier contrôle (morphologie, coloration simple et au Gram,mobilité) et réensemencées ensuite sur les divers milieux de différenciation. On ne doit considérer comme Bacilles typhiques que les microbes présentant d'une manière incontestable tous les attributs de l'espèce (morphologie, cultures, propriétés biologiques, agglutination spécifique).
B. Le procédé précédent donne toujours un résultat positif quand les Bacilles sont assez abondants. Spécialement pour la prophylaxie, il peut être utile de chercher à les déceler quand ils sont moins nombreux. On opérerera alors comme suit :
Ensemencer en milieu d'isolement, comme ci-dessus.
En outre, ensemencer VI à X gouttes de l’émulsion en milieu d'enrichissement.
Après Le temps voulu de séjour à l’étuve (vingt-quatre heures en général), examiner les deux plaques. S'il n’y a pas de colonies nettement suspectes etisolées, sur l’une ou l’autre, le produit de la culture sur milieux d’enrichissement est émulsionné dans l’eau stérile, et l’'émulsion ainsi obtenue est réensemencée sur milieux d'’isolement. Ces boîes de milieux d'isolement seront traitées ensuite comme ci-dessus.
Parmi les milieux d'isolement, nous re:ommandons surtout le milieu d'Endo. Celui de Fawcus est également très bon, mais sa préparation est un peu compliquée.
Comme milieux d’enrichissement, le milieu de Lentz et Tietz et celui de Ficker et Hoffmann ont à peu près la même valeur.
Milieux d’isolement. — Milieu d'Endo. — Au milieu nutritif, on ajoute comme antiseptique la fuchsine (fuchsine basique), que l’on réduit ensuiteà l’état de rosaniline, incolore, par le sulfite de soude. Le milieu renferme en outre dela lactose, que le Bacille coli attaque en donnant des acides; ces acides, en se combinant à la rosaniline, font apparaître une teinte rouge; au contraire, le Bacille typhique el les Bacilles paratyphiques n'’attaquent pas la lactose et ne recolorent pas. ù
À. On prépare les solutions suivantes :
&. Dans un litre d’eau, faire macérer 500 grammes de viande de
bœuf, traiter comme d'ordinaire. Ajouter à la macération exprimée 10 grammes de peptone et 5 grammes de sel marin, puis30 grammes | de gélose; faire fondre à 100° {autoclave ouvert), filtrer.
b. Lactose, 10 grammes, dans 100 centimètres cubes d’eau ; sté- | riliser.
ce. Soude, solution à 10 p. 100; stériliser.
d. Fuchsine, 1 gramme dans 10 centimètres cubes d'alcool à 950; broyer au mortier, laisser reposer vingt-quatre heures, filtrer.
e. Sulfite de sodium anhydre, 28°,50 dans 25 centimètres cubes d’eau; stériliser.
B. Sitôt la solution «à filtrée, la neutraliser; ajouter ensuite 10 centimètres cubes de soude stérile à 10 p.100, puis la solution de 10 grammes de lactose; puis 5 centimètres cubes de la solution de fuchsine, enfin les 25 centimètres cubes de sulfite de soude à 10 p. 100. Avoir soin de mélanger très soigneusement après chaque opération.
Répartir ensuite en flacons de 50 à 200 centimètres cubes; stériliser. Conserver au froid et à l'obscurité. Le milieu peut être conservé plusieurs semaines. Au moment de l'usage, faire fondre au bain-marie et couler en boites de Petri.
C. On peut éviter de renouveler fréquemment toutes les manipulations. Dans ce but, on prépare la solution a comme cidessus ; on neutralise, alcalinise et ajoute la lactose; répartir à ce moment par fractions de 100 centimètres cubes (exactement).
Au moment de lemploi, faire fondre le contenu d'un flacon. de 100 centimètres cubes; à la gélose fondue ajouter :
NU EN RME SE TO PR ERP PRE RE AIG SH SES SOU MAMeD l0 6e, 0... s dose, 266,5
Le Bacille typhique donne des colonies incolores, de 3 millimètres de diamètre environ en vingt-quatre heures ; le Bacille coli donne des colonies rouges, opaques.
Milieu de Gäüäethgens. — Identique au précédent, sauf deux modi:fications. Après neutralisation (à la phtaléine du phénol), ajouttr par litre :.15 centimètres cubes de lessive normale de soude ; :8r,3 de caféine.
Milieu de Drigalski-Conradi. — Antiseptique : le kristall-violet.
A. On prépare les trois solutions suivantes :
a. Faire macérer pendant vingt-quatre heures 1 500 grammes de viande dans 2 lires d’eau, puis exprimer, faire bouillir une heure; ajouter 20 grammes de peptone de Witte, 20 grammes de nutrose et 10 g'ammes de sel marin; faire bouillir une heure, ajouter 60 grammes de gelose, porter une heure à l’autoclave, dans un ballon.
On peut remplacer la macéralion de viande par 20 grammes d'ex{rait Liebig.
b. Dissoudre 30 grammes de lactose dans 300 centimètres cubes de teinture de tournesol; faire bouillir quinze minutes.
c. Stériliser une solution de soude à 10 p. 100.
d. Dissoudre 08.40 de kristall-violet (marque Hôchst) dans 100 centimètres cubes d’eau distillée chaude. :
B. La solution a encore chaude et liquide, y verser la solution lactosetournesol; puis agiter pour faire mousse et incliner pour porter la mousse dans le col ; ajouter de la soude jusqu’à ce que la mousse soit légèrement bleue. À ce moment, ajouter encore 4 centimètres cubes de soude à
Fig. 204. — Isolement du Bacille typhique venant des matières fécales sur milieu d'Endo. Colonies rouges : Colibacille ; Colonies incolores : Bacille typhique.
10 p. 100. Verser enfin 20 centimètres cubes de la solution de kristall violet. Répartir en flacons ou en boîtes de Petri.
Le Bacille d’Eberth et les Bacilles paratyphiques donnent des colonies incolores. Les colonies du Bacille coli sont rouges.
Milieu de Chantemesse. — Antiseptique : acide phénique.
Le milieu nutritif renferme : peptone, 3 gammes; lactose, 2 grammes; gélose, 2 grammes ; eau, 100 grammes.
Au moment de l'emploi, on ajoute au milieu liquéfié, pour 10 centimètres cubes : 10 IV vouttes d'acide phénique à 3 p. 100 ; 20 1 centimètre cube de teinture de tournesol. Répartir en boîtes de Petri.
Les colonies de Bacille typhique sont in:olores ; celles du Bacille coli sont rouges.
Milieu de Kindborg. — Antiseptiques : fuchsine acide et vert-malachite.
Préparer 1 litre de bouillon gélosé à 3 p. 100 ; neutraliser, ajouter successivement :
PROCÉNÉS DE RECHERCHE DU BACILLE TYPHIQUE. 497
Lessive normale de soude, 3ce,73.
Lactose, 50 grammes.
Fuchsine acide, solution aqueuse saturée, 50 centimètres cubes,
Vert-malachite, solution aqueuse à 4 p. 120, 40 centimètres cubes.
Les colonies de Bacille typhique décolorent le milieu; les colonies de Bacille coli sont rouges.
Milieu de Conradi. — Antisep'iques : vert brillant et acide picrique.
a. Dans 900 grammes d’eau, faire fondre 20 grammes d'extrait Liebig et 30 grammes de gélose ; stériliser, filtrer sur coton. Ajouter 100 centimètres cubes d’une s Ilution stérilisée de peptone de Witte à 11 p. 100.
Fig. 205. — Isolement du Bacille typhique venant des matières fécales sur milieu de Drigalski- Conradi. — Colonies rouges : Colibacille ; colonies incolores :: Bacille typhique..
b. Acidifier le milieu à 3 p.100 (de telle sorte que 100 centimètres cubes soient neutralisés à la phtaléine du phénol, par l’addition de 3 centimètres cubes de lessive normale de soude). Dans ce but, on prélève un échantillon de milieu; on cherche combien il faut y ajouter d’alcali (lessive normale de soude) ou d'acide (soiution normale d'acide phosphorique), pour obtenir le degré vou u d’acidité. Un calcul très simple fera connaître combien il faut ajouter d'acide ou d’alcali à la masse restante,
c. À 1 500 centimètres cubes du mi ieu acidifié, ajouter :
Vert brillant cristallisé, extra pur (Grübler),
sOINMOHaqueuse à 1 p. 1 000...:...... . 410 centimètres cubes. Acide picrique, solution aqueuse à 1 p. 100. 10 — — d: Répartir.
Le Bacille coli pousse très peu ou pas du tout. Les colonies de Bacille DopTer et SAcQuÉPÉE, — Bactériologie, 2e édit. 32
typhique sont d'un vert clair, transparentes; celles des Bacilles paratyphiques sont vert jaunûâtre.
Milieu de Fawcus. — Antiseptiques : comme le précédent, Le milieu est analogue au milieu de Conradi, sauf les modifications suivantes :
Au temps a, ajouter en plus 5 grammes de taurocholate de soude «t £0 grammes de sel marin.
Au temps à, porter l'acidité à 4,5 p. 100, avec les solutions normales de soude ou d'acide lactique. Ajouter 10 grammes de lactose, dissous dans 100 centimètres cubes d’eau.
Répartir en flacons de 150 centimètres cubes.
ce, Au moment de l'emploi, faire fondre ; ajouter par flacon :
Vert:brillant,/s0M On -2"4 TD A 00D RE se: 0 CENT TOME Acide picrique. solution à Jp 1005 — Couler en boîtes de Petri.
Les acides formés par le Clibacille précipitent Ie taurocholate (teinte. noire).
Le Bacille d'Eberth et les Bacilles paralyphiques donnent des colonies transparentes ou vert pâle ; les colonies du Colibacille sont opaques et le plus souvent vert très foncé, parfois blanches.
Milieu de Dünschmann, — Ce milieu ne renferme aucun antiseptique susceptible de gèner le développement de la plupart des germes.
On emploie, pour 109 grammes d'eau : peptone, 3 grammes ; lactose, 3 grammes; gélatine, À gramme : taurocholate de soude, 1 gramme: gélose, 3 grammes. Faire dissoudre, chauffer à 1200 ; filtrer, répartir par 10 centimètres cubes et stériliser. Ajouter après stérilisation 1 centimètre cube de teinture de tournesol par tube.
Pour l'emploi : répartir en boites de Petri; ensemencer quatre à cinq boîtes, sans recharger la spatule.
Milieux d’enrichissement. de Lüffler et de Lentz et Tietz. — Antiseptique : le vert-malachite. Préparer du bouillon gélosé à 3 ou % p. 100; alcaliniser à 1 p. 100 suivant les indicalions données ci-dessus, procédé de Conradi, temps b; ajouter enfin la proportion optima de vert-malachite, proportion très variab'e, comme nous l'avons dit plus haut.
On utilisera ce milieu comme il est indiqué ci-dessus (p. 49%).
Milieu de Padlewsky. — À 1 litre de bouillon gélosé à # p. 100, ajouter 3 p.100 de bile de bœuf et 1 p. 100 de lactose; alcaliniser légèrement; répartir et stériliser. Avant l'emploi, ajouter.pour 100 centimètres cubes de milieu :
5 centimètres cubes de solution aqueuse de vert-malachite à L'p100:
5 centimètres cubes de bile;
1 centimètre cube de sulfite de soude à 10 p. 100.
Milieu de Werbitzki, — Antiseptique : le vert de Chine. Préparer 1 litre de bouillon peptoné (peptone de Witte, 1 p. 100), et
gélosé à 3 p. 100, alcaliniser à 1,3 p. 100, chauffer à l’autoclave, filtrer, répartir par 100 centimètres cubes et stériliser.
Au moment de l'emploi, ajouter, pour 100 centimètres cubes de milieu, 1cc,4 à 10,5 de vert de Chine en solution aqueuse à 2 p. 4000.
Procédé de sélection basé sur la mobilité. — Carnotet Weill- Hallé utilisent les tubes à sable : un tube en Ude 5 à 6 centimètres de diamètre est rempli de sable sur une hauteur de 10 centimètres (pour chaque branche); on verse ensuite du bouillon, qui doit déborder un peu.le sable. Après stérilisation, on dilue la semence suspecte dans la couche supérieure de bouillon d’une des branches; on porte à l’étuve à 370 pendant dix-huit heures ; après quoi, on examine et on ensemence la couche superficielle de bouilion de la branche non ensemencée. Le Bacille typhique, très mobile, passe généralement plus vite que les autres germes.
Recherche du Bacille typhique dans l'eau. — L'épidémiologie démontre à l'évidence que le Bacille typhique existe souvent dans l’eau ; mais l'analyse bactériologique est presque toujours impuissante à le déceler, pour des raisons diverses.
10 On pratique généralement l'analyse à propos d’une épidémie : or, celle-ci apparaît en moyenne qüinze jours au moins après la date decontamination de l'eau, et pendant ce laps de temps le Bacille typhique a le plus souvent disparu.
29 Le Bacille typhique provenant presque toujours des fèces est falalement accompagné d’un nombre considérable de Colibacilles : ces derniers, plus résistants dans l’eau et plus vivaces dans les cultures, gènent beaucoup la recherche. Il en est de même d’un très grand nombre d'autres microbes.
On a également avancé que le Bacille typhique modifie ses caractères quand il vit en présence de Colibacille, mais le fait nous parait improbable, car ilest en contradiction absolue avec les constatations faites tous les jours dans la fièvre typhoïde humaine : le Bacille typhique de l'intestin conserve en effet ses attributs, malgré la présence concomitante du Colibacille.
Conduite de l'expertise. — Le mieux est d’ensemencer sur l’un ou l’autre des milieux d'isolement étudiés ci-dessus (p. 494). Mais, le Bacille typhique étant toujours peu abondant dans les eaux, il est presque constamment nécessaire d’user d’un artifice : on concentre les microbes, ou bien on favorise la pullulation du Bacille d'Eberth, ou bien on le sépare par mobilité.
Certains auteurs se contentent de simples cultures sur plaques de gélatinc; mais ce procédé est tout à fait insuffisant, la quantité d’eau examine dans ces conditions étant forcément très restreinte,
Concentration par précipitation. — Procédés de Vallet et de Schueder. — À 1 litre d'eau à analyser, ajouter 10 centimètres cubes d'hyposuifite de soude à 7,75 p, 100 (stérilisé), puis 10 centimètres cubes d’azotate de plomb à 10 p. 109; on centrifuge, ou bien on laisse reposer pendant vingt-quatre heures. Le liquide surnageant est décanté; on ajoute au dépôt 7 centimètres cubes d'hyposulfite de soude à 40 p. 100; on agite, laisse reposer et décante. Le liquide clair est ensemencé sur milieux d'isolement, à raison de Ccc,5 à 2 centimètres cubes par boîte.
Procédé de Ficker. — A un litre d’eau, ajouter 4 centimètres cubes de soude à 10 p. 100, puis 3°°,5 de sulfate de fer à 10 p. 100. Centrifuger après précipitation, dissoudre le dépôt dans son demi-volume de tartrate de potasse à 25 p. 100; ensemencer sur milieux d'isolement.
l’rocédé de Müller. — Pour 3 litres d’eau, ajouter 10 centimètres cubes de soude à 10 p. 100, puis 5 centimètres cubes d'oxychlorure de fer ; enrichir le dépôt par cultures dans la bile; ensemencer sur milieux d'isolement la culture obtenue.
Concentration par dépôt sur bougie filtrante. — On fait filtrer l’eau par aspiration à travers une bougie filtrante ; un enduit se dépose sur la paroi externe de la bougie. Cet enduit renferme la majeuré partie des microbes. On le détache avec un tampon d’ouate stérile qu’on émulsionne ensuite dans une peüle quantité d’eau; l'émulsion obtenue est ensemencée sur milieux d'isolement. Ce procédé, très simple, est l’un des meilleurs. :
Concentration par agglutination. — Procédé de Chantemesse. — Chantemesse fait justement observer que le Bacille typhique végète mal dans l’eau; pour le rajeunir, on fait tout d’abord une culture totale de l’eau, en l’additionnant de 3 p. 100 de peptone Defresne et plaçant vinot heures à l’étuve à 24°. On filtre ensuite sur papier stérile; on additionne le filtrat dé sérum antityphique. Les Bacilles typhiques s'agglutinent en grumeaux. On centrifuge ; le dépôt obtenu est additionné de bouillon, émulsionné, et filtré sur papier stérile : les amas restent sur le filtre, On tamponne le filtre avec un bouchon de verre; le bouchon est essuyé sur des plaques de gélose lactosée phéniquée.
Les procédés de Windelbandt et d’Altscher sont identiques au précédent dans leurs points essentiels.
Séparation basée sur la mobilité. — /’rocédé de Cambier. — Le Bacille typhique, très mobile, traverse les bougies filtrantes plus rapidement que les autres microbes.
a. On filtre l’eau sur bougie filtrante et on recueille le dépôt (comme ci-dessus, concentration par dépot); le tampon d’ouate est placé dans quelques centimètres cubes de la solution suivante ‘ peptone Defresne, 100 grammes; soude à 1 p. 10), 2 centimètres cubes; sel marin (solution saturée), 12 centimètres cubes. On met à l'étuve à 37°, pendant trois heures.
b. D'autre part, on place une bougie Chamberland F dans un grand tube à essais; on stérilise le tout; au moment de l'emploi, on introduit dans la bougie 20 centimètres cubes de la solution pepto-salée indiquée plus haut. On porte à 37°; le liquide filtre à travers la paroi et se répand dans le tube, |
c. On ensemence l’émulsion microbienne, préparée en a, dans le liquide nutritif placé à l’intérieur de la bougie. On porte à »7°. On surveille le liquide extérieur; dès qu'il se trouble, on en prélève une partie pour ensemencer sur les milieux habituels.
DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE DE L'INFECTION. 50f
Dans les épreuves faites avec des Bacilles de laboratoire, le Bacille typhique passe généralement plus vite que le Bacille coli ; mais en pratique, il en va tout autrement. Ce procédé, ingénieux, n’est guère utilisé.
Enrichissement dans un milieu électif. — On additionne l’eau à analyser des éléments d'un des milieux d’enrichissement étudiés plus haut (p. :98). La ormule la plus employée est celle de Ficker et Hoffmann,
Procédé de Ficker et Hoffmann. — A 900 centimètres cubes d’eau, on ajoute successivement :
Solution de nutrose à 10 DA OUEST Re EL : 80 cent. cubes, ÉOHIHADDNUECalemerà.25 p.100. 3... 20 — Solution de kristall-violet à 0,1 p. 100,.... 10
Placer douze heures à l’étuve à 370, Ensemencer la culture obtenue sur les milieux d'isolement.
Pour le clinicien, il est d’une importance capitale de pouvoir baser sur les procédés bactériologiques un diagnostic d'infection typhoïdique.
Les procédés susceptibles d'applications cliniques essayent de déceler chez le malade l'existence soit du Bacille typhique luimême, soit des anticorps spécifiques.
De beaucoup les plus importants sont l'hémoculture (recherche du Bacille dans le sang) et le sérodiagnostic (réaction de Widal).
|. Recherche du Bacile dans le sang (hémoculture). — Le Bacille (yphique est présent dans le sang pendant toute la maladie (Voy. p. 490). On peut le déceler en pratiquant des cultures du sang.
Les procédés à mettre en œuvre seront Un plus loin (V. Hémoculture).
On trouve le Bacille d'autant plus facilement que l'affection est moins avancée. C’est ce qui ressort de la statistique de Coleman et Buxton, basée sur 581 cas empruntés à la littérature médicale,
Dans la 1'° semaine.. . ... 93 p. 10) résuitats positifs. Le. 79 — — — 3e AR Me cidre 56 — — 4e RAT PRE TE 32 -- —
Dans tous les cas, une fois la culture obtenue, il est toujours indispensable de procéder à un isolement et de vérifier les caractères du microbe sur des colonies bien isolées. L’oubli de cette précaution élémentaire entraine à des erreurs grossières.. L'isolement est
toujours nécessaire, au moins toutes les fois que les cultures donnent lieu à quelque hésitation au point de vue de l’identification du microbe, et même si l'aspect microscopique ne décèle que des Bacilles de morphologie uniforme (il y a assez souvent infection mixte par le Bacille typhique et les Bacilles paratyphiques).
L'isolement s'obtient -facilement par dilulions sur tubes de gélose. On peut d’ailleurs utiliser tout autre procédé (isolement sur un milieu différentiel, par exemple).
Une ou plusieurs colonies isolées seront ensuite identifiées. Dans cette recherche, on s’assurera que le Bacille possède bien l’ensemble des attributs du Bacille typhique, spécialement en ce qui concerne la morphologie, les caractères culluraux et les réactions à l’égard des sérums.
On se souviendra que les cultures provenant directement du malade sont parfois peu agglutinables dans les premières générations (Sacquépée et Perquis). L’aptitude agglutinative réapparaît dans les cultures ultérieures (J. Courmont).
I]. La réaction de Widal, ou application de la séro-réaction au diagnostic des infections typhoïdes humaines. — Nous avons vu plus haut que le sérum des malades infectés par le Bacille d'Eberth acquiert la propriété d’agglutiner ce Bacille ; cette réaction, ou réaction de Widal, peut être utilisée pour le diagnostic.
La réaction de Widal est aujourd'hui d'usage courant. Elle ne présente aucune difficulté; certaines variantes permettent de la pratiquer en dehors même des laboratoires.
La réaction de Widal a pour but de permettre un diagnostic clinique, basé sur les propriétés agglutinantes du sérum du malade. Or le groupe des infections typhoïdes comprend trois maladies différentes, provoquées respectivement par le Baciile typhique ou par les Bacilles paratyphiques À où B; et ces trois maladies sont tellement voisines dans leur aspect symptomatique, qu’elles ne peuvent être distinguées l’une de l'autre que par les épreuves de laboratoire. Aussi, en pratique, un séro-diagnostic pourinfection à forme typhoïde doit-il toujours porter sur les {rois germes ci-dessus: Bacille typhique (T), bacille paratyphique A (A), Bacille paratyphique B (B), et c’est sous cette forme que nous l’étudierons, en envisageant successivement le pouvoir agglutinant du sérum des malades, la technique de la réaction, l'interprétation des résultats.
A. Le pouvoir agglutinant du sérum chez les malades. — Li: faut tout d'abord résumer les faits actueliement établis en matièr
d'agglutination, d’une part cuez 1es sujets non vaccinés, d’autre par
chez les sujets vaccinés contre les Bacilles T, À et B (vaccination mixte, Voy. plus loin).
19 Chez les sujets non vaccinés, atteints d’une infection par l’un des trois Bacilles T, À ou B, le sérum acquiert généralement des propriétés agglutinantes pour le Bacille infectant (agglutinines spécifiques), parfois aussi pour l’un ou l’autre des deux Bacilles non infectants (coagglutinines).
Dans la très grande majorité des cas, l’agglutination la plus forte correspond au Bacille infectant.
Cette loi générale comporte cependant de rares exceptions; dans 2 à 3p. 100 des cas, la coagglutination peut être plus élevée que l'agglutination spécifique. Mais d'autre part, le taux des coagglutinines ne peut pas s'élever indéfiniment ; au maximum, elles peuvent atteindre cinq fois le taux de l’agglutination (Sacquépée et Chevrel).
En raison du pouvoir agglutinant de certains sérums normaux, on considérera comme « valables », c’est-à-dire susceptibles de faire présumer une infeclion, des agglutinations positives au minumum au taux de :
1 p. 100 pour le B; À p. 50 pour le T et le A.
20 Chez les sujets vaccinés contre T, À et B, les propriétés agglutinantes (provoquées par l'injection vaccinale) sont très marquées pendant les deux premiers mois, persistent encore pendant le troisième mois; après le troisième mois, le sérum n’agglutine presque jamais aucun des {rois Bacilles au delà de, { p. 200 (Gautier et Weissenbach, P.-P. Lévy, Sacquépée).
Inutilisable pendant les trois premiers mois qui suivent la vaccination, l’agglutination peut par contre dansla suite être étudiée avec profit, si les circonstances cliniques le demandent.
Môme dans ce cas, les taux valables seront au minimum :
M12p2300 pour T:
1 p. 150 pour A et B.
B. Technique. — Précautions d’ordre général. — Pour les trois germes, T, A et B, on fera usage de souches bien vérifiées, de spécificité certaine, et douées d’une aptitude agglutinative normale. Ne pas oublier que certaines souches sont spontanément agglutinables, et surtout que d’autres se laissent difficilement agglutiner.
Procédé recommandé.—Onutilisera de préférence le procédé ma-
604 BACILLE TYPHIQUE.
croscopique, procédé simple, commode, et peu sujet aux erreurs d'interprétation.
a. Préparer d’abord une émulsion des trois espèces à étudier. Dans ce but, ensemencer chacun des Bacilles sur gélose inclinée ; après dix-huit à vingt-quitre heures, émulsionner la culture dans l’eau physiologique, de manière que le trouble obtenu soit comparable à celui d’une cullure de Bacille T ving -quatre heures en bouillon diluée au demi (soit environ 500 millions de Bacilles par centimètre cube). Cette émulsion peut être employée fraiche; elle est utili sable pendant plusieurs jours. |
b. Recueillir le sérum sanguin (Voy. chap. XI).
c. Pour l'épreuve, disposer 12 petits tubes (à hémolyse ou à agglutination). Répartir dans chaque tube un centimètre cube d'émulsion, dans l’ordre suivant : 1 à 4, émulsion de T ; 5 à 8, émulsion de A; 9 à 12, émulsion de B.
d. Diviser Le sérum en quatre parts :
Une part est conservée telle quelle;
Une deuxième est diluée au tiers, dans l’eau physiologique ;
Une troisième est diluée au sixième, dans l’eau physiologique ;
Une quatrième est diluée au douzième, dans l’eau physiologique.
e. À l’aide d’une pipette donnant 50 gouttes au centimètre cube, ajouter respectivement:
Aux tubes 4, 8 et 12, une goutte de sérum pur (non dilué); — 3, 6 et 11, — — dilué au tiers:
— 2, 6 et 40, — — — sixième ; — 17061 0 — — — douzième,
Agiter fortement, pour bien assurer le mélange. Porter à 37°.
Un calcul simple montre qué, pour chacune des trois séries de Bacilles, les réactions sont faites approximativement aux taux de À p. 50, 1 p. 150, 300, 600 (exactement 1 p.51, 10 M0 EAU: 1 p. 612).
f. Surveiller de temps à autre. Dans les tubes où la réaction est positive, on voit se former des flocons (amas de Bacilles) qui grossissent peu à peu et finalement se précipitent au fond du tube, en même temps que le liquide s’écaircit.
Durée optima de contact : quatre à six heures (à 370).
Après ce laps de temps, seront considérées comme indiquant un résultat positif, toutes les réactions ayant donné des flocons bien nets. Transerire immédiatement les résultats, avec tous leurs détails.
Remarques. — 1° Ainsi faite, l'épreuve donne le plus souvent une réponse décisive; mais elle peut aussi laisser quelque incerti-
tude pour l'interprétation, On recommencera alors de nouvelles épreuves en utilisant les espèces microbiennes et les faux d’agglutination qui paraissent nécessaires pour amener une décision.
- On trouvera plus loin, à l'article Interprétation des résultats, les indications nécessaires à cet égard.
20 IL est toujours utile de déterminer le faux limite a fe Si donc l’ün des germes est encore agglutiné à 1 p. 600, on poursuivra à des taux plus élevés.
Variantes. — CONCERNANT LA TEMPÉRATURE. — - Les réactions précé-
Fig. 206. — Culture de Bacille typhique (témoin) examiné à l’état frais,
dentes peuvent être faites à latempérature ambiante ; elles sont alors plus lentes. Durée optima de contact : d'uze à vingt-quatre heures. CONCERNANT LA MÉTHODE D'EXAMEN. — Au procédé décrit ci-dessus,
macroscopique, on peut substituer le procédé microscopique, très
employé au début, lorsqu'on se contentait d’une ou de deux dilutions de T, mais qui exige des manipulations plus longues et multipliées, peu compatibles avec Les nombreuses épreuves RE hui exigées pour toute séro-réaction. Technique :
a. Comme ci-dessus. S'assurer, par un examen microscopique, que l'émulsion ne renferme pas d’amas spontanés.
506 BACILLE TYPHIQUE.
b. Comme ci-dessus.
c. Pour l'épreuve, disposer 12 tubes, ou 12 verres de montre.
d,e. Comme ci-dessus.
f. Au bout d’une demi-heure, — plus tôt, si l'examen macroscopique en donne l'indication, — on procédera à l'examen microscopique.
Agiter les mélanges (fil de platine) pour répartir uniformément. Porter entre lame et lamelle une anse de chaque mélange.
Examiner à l’état frais, sans coloration : objectif 7 ou 8.
On reconnaitra une agglutination positive aux caractères suivants :
Les Bacilles isolés sont rares ou presque absents. La préparation renferme surtout des amas plus ou moins volumineux, nettement séparés les uns des autres: les uns petits, formés de 4 à 5 Bacilles à peine déformés ; d’autres énormes, masses indistinctes de Bacilles agglomérés et comme fondus ensemble; d’autres de volume intermédiaire (fig. 207).
Pour être toujours prêt à pratiquer un sérodiagnoslic, on peut conserver la cullure. Le meilleur procédé est celui décrit dans le paragraphe précédent (a). À défaut, on peut utiliser des cultures « fixées » par le formol, I goutte de formol par CL gouttes de culture (Widal et Sicard). P. Courmont préfère cultiver et conserver dans le milieu suivant, réparti en grands tubes remplis aux deux tiers (les amas tombent au fond) : eau, 400 ; peptone, 2; glucose 1.
CONCERNANT LE SANG DESSÉCHÉ. — f. On a constaté que le sang desséché sur papier (Widal et Sicard) ou sur lame de verre (Besson) conserve ses propriétés agglutinantes pendant plusieurs mois. Ce fait est intéressant mais peu applicable en clinique, car on ne peut faire de dosages sérieux. Pour l'emploi, on dissout d’abord le sang sec dans un peu d’eau; cette solution sanglante est utilisée comme le sérum.
C. Interprétation des résultats. — Chez les sujets non vaccinés. — Lorsque le sérum n’agglutine à dose valable qu'une seule des trois espèces, les deux autres espèces n'étant pas agglutinées à un taux six fois moindre, l’agglutinine trouvée doit ètre considérée comme spécifique.
De même si, plusieurs espèces étant agglutinées à dose valable, le taux d’agglutination de l’une d'elles est au moins six fois plus élevé que celui des autres. L'agglutinine la plus forte sera considérée comme spécifique.
Les taux d’agglutinalion recommandés plus haut, permettront dans la majorité des cas d'obtenir d'emblée une réponse décisive. S'il n’en est pas ainsi, il faut pratiquer de nouvelles épreuves, pour arriver à vérifier si la règle est ou n'est pas applicable.
Dans cette dernière alternative on pourra :
Ou procéder à la saturation des agglutinines (chap. LV );
Ou répéter l'épreuve avec un sérum prélevé ultérieurement.
Un résultat négatif pour les trois espèces n’a pas de grande signification. Tout au plus peut-on dire que la constatation à plusieurs reprises.de l'absence d’agglutination, chez un sujet sûrement atteint d'infection typhoïde, constitue une présomption en faveur de l'infection paratyphoïde A (P. Courmont, Chattot et Pierret).
Chez les sujets vaccinés contre T A B. — À partir du quatrième mois qui suit la vaccination, on appliquera les mêmes règles que
Fes
Fig. 207. — Culture du Bacille typhique agglutiné.
ci-dessus, en se souvenant toutefois que pour mériter crédit, les taux d’agglutination doivent être sensiblement plus élevés.
D. Séropronostic, — D'après P. Courmont, la courbe d’agglutination est régulière, d’abord ascendante, puis descendante, dans la lièvre typhoïde normale. Elle demeure basse ou irrégulière dans les formes graves.
Ill. Autres méthodes de diagnostic. — Recherche du bacille dans les excreta. — La présence du bacille dans les selles estinconstante ; on le trouve dans la moitié ou le tiers descasenviron, suivant les estimations. Sans être difficile, l'examen bactériologique des fèces demande beaucoup d'application et d'habitude.
Le praticien du laboratoire fera bien de s'exercer au préalable en ensemençant un mélange de B. coli et de B. typhique, puis des selles de typhiques avérés. ES
La méthode est utile surtout quand l’hémoculture est impossible ou négative (particulièrement dans les formes légères) et que les résultats du sérodiagnostice ne sont pas suffisamment probants. Elle est nécessaire pour la recherche des porteurs de bacilles. On ne devrait pas rendre un typhique à la vie. courante avant de s'assurer s’il excrète ou non dés bacilles. :
: Au point de vue technique, on emploiera l’une ou l’autre des méthodes. décrites ailleurs (Voy. p. 494); il est bon de s’habituer à l’une d’elles.
Ne pas oublier que toute colonie suspecte doit être identifiée avec le plus grand soin. Les microbes qui prêtent le plus à confusion avec le Bacille typhique sont: Bacilles paratyphiques, B. fœcalis alcaligenes, certaines races peu ou pas chromogènes de pyocyanique.
Biliculture (recherche du bacille dans la bile). — Carnot et Weill-Hallé préconisent deux procédés pour prélever la bile chezles malades ou les suspects.
a. Faire ingérer à jeun 150 grammes d'huile d'olive; une heure après, pratiquer un tubage de l'estomac. Lasonde ramène un mélange de mucus, d'huile et de bile. La bile se décante.
b. Ou bien, pratiquer un tubage dans le duodénum.
Dans les deux cas, ensemencer la bile sur milieux appropriés. On obtient souvent des cultures presque pures. Procédés indiqués spécialement chez les porteurs de germes, et chez les malades dont l’hémoculture est négative et la séro-réaction inutilisable.
Recherche du bacille dans les urines. — La présence du bacille étant très inconstante, cette méthode ne saurait être généralisée. Mais on peut d'autant mieux l'utiliser que la recherche du Bacille typhique est beaucoup plus facile que dans les selles, en raison du nombre moins élevé de saprophytes (B. coli surtout).
Chez la femme, prélever l'urine par sondage. Chez l'homme. il suffit de laver le méat et de recueillir l'urine dans un verre stérile. Employer les milieux de recherche.
Recherche du bacille dans la rate. — Préconisée naguère par Philippowitzet Lucatello. Dangereuse (rupture de larate, hémorragie, etc.), elle ne peut être recommandée, surtout depuis que l’hémoculture nous donne les mêmes renseignements.
VACCINATION
Il est connu que, chez l'homme, une première atteinte de fièvre
typhoïde confère en général l’immunité. Aussi pouvait-on songer à vacciner les espèces sensibles. Les premiers essais ontété fails expé-
VACCINATION. 509
rimentalement sur l'animal. Depuis quelques années, la vaccination antityphique est appliquée à l'homme.
Vaccination chez es animaux. — [0 Chantemesse et Widal (1888) ont démontré que des animaux (souris), injectés à plusieurs reprises à l’aide’ de cultures atténuées (tuées par la chaleur), sont vaccinés contre l’inoculation ultérieure de Bacilles virulents.
20 Dans la suite on a vacciné les animaux à l’aide des méthodes les plus diverses.
En particulier, toute les méthodes appliquées à l’homme (Voy. ci-dessous) ont été d’abord expérimentées, avec succès, sur l'animal.
39 Quelques auteurs ont obtenu accessoirement la vaccination des animaux inoculés dans le but de fournir un sérum antityphique (chevaux, chèvres, moutons). Le produit injecté consiste alors soit en cultures vivantes (Chantemesse, Besredka, Rodet), en toxine (Chantemesse), en cultures tuées, ete.
Vaccination chez l'homme. — Vaccin antityphiqueet vaccin mixte (vaccin T A B). — Chez l’homme, on a tout d'abord utilisé un vaccin préparé exclusivement contre le Bacille typhique. Des applications en grand en furent faites par Wright, H. Vincent, etc.
Une telle méthode, très efficace pour lutter contre les infections dues au Bacille typhique, ne pouvait évidemment avoir aucune efficacité à l'égard des infections paratyphoïdes. L'un de nous avait déjà établi depuis longtemps que ces dernières ne sont pas rares sous nos climats; et dans la première période de la guerre, elles se sont montrées remarquablement fréquentes. Nous y reviendrons plus loin (Voy. Résultats pratiques).
Aussi, depuis lors, s’est-on efforcé de réaliser des vaccinations mixtes, en inoculant un vaccin trivalent, actif à la fois contre T, A et B (vaccin T A B). Les vaccins mixtes sont pratiquement seuls employés à l'heure actuelle, et c'est à leur étude que sera consacré ce chapitre.
. État dela substance vaccinante. — Fe base des vaccins est toujours la culture des Bacilles, mais cette culture peut être utilisée sous différentes formes. | AU ù
a. Bacilles vivants. — Castellani a: préconisé l'injection de Bacilles typhiques vivants, atténués par chauffage à 500, Procédé éventuellement dangereux, vu la possibilité de disséminer le germe. de
b. Autolysats. — Les autolysats ont été employés sous diverses formes. Dans son premier procédé, H. Vincent cultive. sur gélose, émulsionné en eau physiologique, laisse l'émulsion à. l'étuve -pendant deux à quatre jours. Après quoi on centrifuge ; le liquide : sur-
510 " BACILLE TYPHIQUE.
nageant est stérilisé par l’éther ; on soutire enfin le liquide, qui constitue lautolysat.
Wassermann, puis Shiga et Neisser stérilisent les cultures à 600, puis abandonnent à l’autolyse à 37° pendant trois à cinq jours; on filtre ensuite sur bougie. C’est le filtrat, tel quel (Shiga) ou concentré ({Wassermann), qui est utitisé comme vacein.
Bassenge et Meyer emploient le filtrat de cultures vivantes, soumises au préalable à l'agitation pendant trois jours.
©. Cultures tuées. — La plupart des auteurs emploient des cultures stérilisées. Les procédés employés pour obtenir la stérilisation sont variables : c’est Le plus souvent la chaleur, à la suite de Chantemesse et Widal; ou l’éther (H. Vincent), l’irradiation par les rayons ultra-violets (M. Renaud), etc. Nous retrouverons plus loin les procédés les plus répandus.
Voies d'introduction. -— Presque tous les vaccins sont inoculés par voie sous-cutanée.
L'inoculation intraveineuse (bacille T) a été préconisée par Friedberger et Moreschi.
La voie digestive, généralement considérée comme inefficace, a été étudiée de nouveau récemment par Besredka. On sait que le lapin est normalement insensible à l’ingestion de Bacille paratyphique. Mais si on lui fait ingérer au préalable de la bile, il devient sensible à l’ingestion ultérieure de Bacille paratyphique. Inversement, l'ingestion d’une culture de Bacille typhique ou paratyphique, à la condition qu'elle soit assaissonnée de bile, suffit à conférer une immunité solide. Il résulte de ces expériences la perspective de pouvoir, dans des conditions à préciser, utiliser la voie digestive pour la vaccination. |
J. Courmont et Rochaix ont d'autre part utilisé Ia voie rectale (lavement vaccinal additionné de laudanum).
Étude des principaux procédés employés. — ProcéDé be Wriçur-LEisnman. — Les cultures sont faites en bouillon peptonisé; après vingt-quatre à quarante-huit heures, elles sont stérilisées par la chaleur, puis additionnées de lysol (2,5 p. 100) pour maintenir ultérieurement la stérilité du produit.
Procépé DE H. VinceNT. — On utilise pour la préparation du vaccin dix souches de T, cinq de À, cinq de B, les souches étant de provenance variée. Des cultures de vingt-quatre heures sur gélose sont émulsionnées dans l’eau physiologique ; les émulsions, amenées à la concentration et aux proportions voulues, sont ensuite additionnées d’éther ; on agite et laisse vingt-quatre heures au contact, pour assurer la stérilisation. On soutire ensuite le liquide. On fait
VACCINATION. ol
disparaître les traces d'éther en solution, soit par simple séjour à l'air, soit par action du vide avant le remplissage des ampoules. Le vaccin mixte renferme, par centimètre cube, 2 500 000000 de germes, dont 1/2T, 1/4 Aet 1/1 B.
IL est pratiqué actuellement une seule inoculaltion de 2 centimètres cubes, chez les hommes normaux. Deux inoculations sont prévues pour les sujets malingres.
Procébé DE Wipaz ET SALIMBENT, — On utilise des souches de bacille T, A et B, sélectionnées d'après leur pouvoir antigène. Les cultures obtenues après dix-huit heures sont émulsionnées dans l'eau physiologique, stérilisées pondant une heure dans un appareil à agitation continue, à 57° pour B, à 56° pour T et A. Le mélange esl constitué de manière à renfermer finalement, par centimètre cube, 4 200 000 000 de germes, dont 3/7 de T, 2/7 de A et 2/7 de B.
IL est pratiqué, suivant les circonstances, soit une seule inoculation de 1,5 centimètre cube, soit deux inoculations de 1 et 2 cenlimètres cubes.
PROCÉDÉ DE SENEZ ET RANQUE. — Des émulsions de cultures sur gélose sont stérilisées par addition de 1 p. 100 de solution iodoiodurée à 2 p. 100. On neutralise ensuite l'iode par l'hyposulfite de soude.
Liro-vaccix (Le MorGnic, PINOY ET SÉézauy). — Des cultures de dix-neuf heures sur gélose sont émulsionnées dans l’eau physiologique, puis centrifugées à fond ; le culotest additionné d’une préparation huileuse spéciale, stérilisé après vingt-quatre heures (57° pour T; 60° avec addition d’eugénol, pour A et D); le tout est enfin dilué dans un mélange huileux définitif, dont la composition n'est pas précisée. L'opération est menée de telle sorte qu'un centimètre cube de vacein renferme 2 milligrammes de T, 1,75 milligramme de A et autant de B. Il est pratiqué une seule inoculation de 1 centim. cube.
BACILLES SENSIBILISÉS (BESREDKA), — On s'adresse à un mélange de vaccin (immunisation active) et de sérum {immunisation passive) : émulsionner dans l’eau physiologique une cullure sur gélose ; ajouter du sérum agglutinant ; laver à l'eau physiologique et centrifuger plusieurs fois de suite ; recueillir le culot. Stériliser par chauffage à 56° pendant une heure.
Technique. — La technique n’a rien de spécial ; on pratique les inoculations sous la peau dans presque tous les procédés (sauf exceptions indiquées ci-dessus).
Réactions symptomatiques consécutives. — Ces réactions sonttrès variables comme intensité, parfois extrêmement marquées, le plus souvent tolérables, sinon presque imperceptibles.
512 BACILLE TYPHIQUE.
Les procédés de Pfeiffer et Kolle, de Neisser ct Shiga, de Wassermann provoquent des réactions très vives.
La plupart des autres méthodes, au contraire, ne provoquent le plus souvent pas d’incommodité sérieuse.
Les réactions constatées, de même ordre dans toutes les méthodes, sont essentiellement les suivantes : Localement, au point inoculé, trois à douze heures après l'injection, apparaît une tuméfaction rouge et sensible à la pression : elle persiste trente-six à quarante-huit heures pour disparaître ensuite. |
Il peut exister, en outre, des réactions générales: frissons, fièvre, céphalée, fatigue générale, parfois vomissements, diarrhée, dyspnée, etc.
Réactions humorales: apparition des anticorps. — Comme il était facile de le prévoir, on a constaté que l’organisme humain, vacciné, réagit en produisant les anticorps qui accompagnent habituellement l'infection oul’immunité : agzlutinines, opsonines, subslances bactéricides, etc.
Phase négative. — Pendant les quelques jours (trois ou quatre jours) qui suivent les inoculations, on constate parfois une diminution du pouvoir bactéricide, qui précède l'augmentation ultérieure. Cela est dû à ce que les microbes injectés se combinent à une certaine quantité de substance bactéricide et « saturent » partiellement cette dernière. — Parallèlement, Wright a constaté qu'à ce même moment de la vaccination, les sujets inoculés se trouvent parfois en état de moindre résistance et contractent plus facilement la fièvre typhoïdeque les sujets non inoculés. Cest ce qu'on à appelé la phase négative. — Avec les doses relativement faibles employées à l'heure actuelle, on ne constate plus ni phase négative, ni diminution du pouvoir bactéricide.
Résultats pratiques des vaccinations. — L'effet utile des vaccinations antityphiques est bien démontré.
C'est dans l’armée anglaise des Indes que la vaccination antityphique a été le plus largement appliquée (procédé de Wright-Leishman). Au total, 216 811 hommes non vaccinés ont présenté une morbidité typhique de 21,5 p. 1000 avec une mortalité de 4,08; les vaccinés ont été moins éprouvés: morbidité 7,29 p. 4 000, avec une mortalité de 1,20 (H. Vincent), soit environ trois fois moins de décès parmi les hommes vaccinés.
Les résultats favorables obtenus dans les troupes allemandes de l'Afrique du Sud (procédé de Pfeiffer-Kolle), ceux plus heureux encore enregistrés par Russell aux Etats-Unis, par H. Vincent et par Chantemesse parmi les troupes des confins algéro-marocains, permirent de confirmer l'efficacité de la vaccination antityphoïdique.
H. Vincent applique ensuite un vaccin mixte TAB, avec les mêmes résultats favorables,
L'histoire épidémiologique de la grande guerre a démontré la haute valeur de la vaccination, en même temps qu’elle a affirmé la nécessité d'employer un vaccin préparé simultanément avec des souches de Bacille typhique et de paratyphiques,
VACCINOTHÉRAPIE. 513
Au début des hostilités (fin 1914 et début de 1915), les états typhoïdes donnaient une morbidité et une mortalité très élevées, menaçant nos effectifs d’une fonte) extrêmement rapide qui eût entraîné un désastre.
L'emploi systématique de la vaccination antityphique, commencée en novembre 1914, mais mise régulièrement en pratique en janvier 1945, fit baisser considérablement la morbidité, qui déclina progressivement en avril, mai et juin suivants. Pendant cette période, les examens de laboratoire (Sacquépée, Burnet, Weissenbach) démontrèrent que si les atteintes typhoïdiques proprement dites étaient en diminution, par contre les atteintes paratyphiques A se trouvaient en augmentation progressive depuis mars. D'ailleurs la morbidité se releva en juillet, et les divers laboratoires répondirent à cette époque que les atteintes paratyphoiïdes B augmentaient à leur tour (Lebœuf et Braun).
Il était ainsi évident que la vaccination antityphique, efficace contre le Bacille typhique, ne l'était pas contre les infections paratyphoïdes. Et du même coup apparaissait la nécessité de vacciner les hommes, non seulement contre la fièvre typhoïde, mais encore contre les infections paratyphoïdes ; autrement dit, il fallait mettre en œuvre trois vaccinations différentes.
Restait à régler la modalité d'application ; Widal, se basant sur des recherches personnellés et sur des recherches antérieures, estima qu'il fallait employer « un vaccin mixte, anlityphoïdique et antiparatyphoïdique », procédé qui avait l'avantage, sur la méthode des vaccinations successives de limiter au minimum le nombre des injections. Cette suggestion de Widal fut mise en pratique.
En septembre 1915, on commença à employer sur tout le front les vaccinations antityphoparatyphoïidiques (vaccin TAB), et en octobre suivant, morbidité recommençait à décroître.
Ce fléchissement ne fit que s’accentuer dans la suite, et à part quelques épisodes ayant montré la nécessité de revacciner les troupes un an après la première vaccination (16 mai 1916), on assista à cette observation encore inédite dans l’histoire des guerres, et surtout des guerres de longue durée, à savoir la disparition presque totale des états typhoïdes les armées en campagne.
En même temps, vu les nécessités militaires, les efforts tendaient à restreindre le nombre des injections ; de 4 à 5 au début, elles passaient progressivement à 3, puis à 2 (Widak et Salimbeni, H. Vincent). Nous avons vu qu'actuellement, on tend de plus en plus à vacciner en une seule injection, à moins de contre-indication.
L'efficacité incontestable de la vaccination pendant la guerre peut être considérée comme le triomphe de cette méthode prophylactique.
VACCINOTHÉRAPIE.
Divers auteurs ont essayé de traiter l'homme atteint de fièvre typhoïde par des produits analogues ou identiques aux vaccins que nous venons d'étudier. La fièvre typhoïde présentant d'ordinaire une évolution relativement lente, on pouvait supposer que le bénéfice de la vaccination — très appréciable d'ordinaire vers le septième jour après l'injection — serait acquis assez tôt pour aider l'organisme à se défendre.
C'est dans cette idée qu'ont été injectés au malade, sous la peau:
Doprer ct SAGQUÉPÉE. — Bactériologie, 2e édit. 33
914 BACILLE TYPHIQUE.
1° Des cultures rendues au préalable inoffensives par l’action d’un courant électrique puissant (Krüger) :
2° Des filtrats de vieille culture en bouillon (Richardson);
3° Des cultures tuées par la chaleur. A ce groupe appartiennent la typhoïne de Petruschki et les vaccins actuels, employés plus récemment par Smallman, Hollis, Thiroloix, Sacquépée et Chevrel, etc.
Les résultats thérapeutiques paraissent irréguliers; en moyenne, la mortalité et la gravité semblent amoindries. Mais la vaccinothérapie paraît être pour le moment une méthode thérapeutique un peu aveugle.
SÉROTHÉRAPIE.
L. Il est démontré que le sérum des sujets guéris de fièvre typhoïde présente des propriétés préventives et curatives, d’ailleurs peu développées (Chantemesse et Widal).
Divers auteurs, Hammerschalg, Pollack, etc., mettant à profit cette remarque, ont injecté au malade (yphoïdique le sérum de convalescents. Les résultats n’ont pas été encourageants.
IL. On obtient facilement des sérums doués de propriétés préventives el curatives plus marquées. Il suffit pour cela de vacciner les animaux ; le sérum des animaux vaccinés se montre assez actif.
Le sérum antityphique expérimental, à la dose de 0,5, mélangé à une dose mortelle de culture virulente, suffit à préserver la souris. Il est donc préventif. Injecté à plus forte dose (6 centimètres cubes), plusieurs heures après l’inoculation du virus, il se montre curatif (Brieger, Kitasato et Wassermann). Ges faits ont été confirmés maintes fois dans la suite (Beuiner et Peiper, Chantenresse et Widal, etc.).
LT. Mais quand on à voulu appliquer à l'homme les premiers sérums antityphiques expérimentaux, on a rapidement constaté que la plupart d’entre eux n'avaient pas grande valeur thérapeutique (sérums de Klemperer et Levy, de Beumer et Peiper, etc.). D'après Pfeiffer et Kolle, les sérums étaient trop bactéricides ; détruisant les microbes dans l'organisme, ils mettaient en liberté des toxines et risquaient d'aggraver l'intoxication. Aussi essaya-t-on alors d'obtenir des sérums purement antitoxiques, par inoculation de toxines (essais de Shaw, de Meyer et Bergell, etc.).
Dans la suite, Besredka ayant démontré l'existence d'une endotoxine, il parut indiqué de chercher à produire un sérum antiendotoxique, par inoculation de corps microbiens. Par suite de considérations diverses, les sérums sont donc préparés les uns par inoculation de toxine, d’autres par inoculation de microbes.
IV. Sérum de Chantemesse. — Le sérum est obtenu en injectant au cheval d’abord la toxine soluble sous la peau, puis des cultures virulentes dans les veines. La préparation est longue.
SÉROTHÉRAPIE. 515
D'après Balthazard, le sérum de Chantemesse possède des propriétés anti-infectieuses et antitoxiques.
Injecté préventivement (vingt-quatre heures avant) dans le péritoine du cobaye, il protège l’animal contre l’inoculation ultérieure du Bacille d'Eberth dans le péritoine (action anti-infectieuse).
Il est antitoxique, surtout préventivement : inoculé deux à vingt-quatre heures d'avance, il protège le lapin contre l’inoculation de quatre doses : mortelles de toxine. Mais l’action curative est peu marquée.
v. Sérum de Besredka. — Obtenu par inoculation à l'animal de cultures d'abord tuées, puis vivantes.
Expérimentalement, le sérum protège les petits animaux contre l’injection d’endotoxine. Cliniquement, le sérum a été essayé chez l’homme par Montefusco; l’action paraît avoir été favorable.
VI. Sérum de Rodet et Lagriffoul. — Obtenu par injections dans les veines de cultures vivantes.
Expérimentalement, le sérum de Rodet et Lagriffoul se montre antiinfectieux et antitoxique. Cliniquement, il a été appliqué à 65 malades, aux doses de 5 à 10 centimètres cubes, qui peuvent être répétées. On a souvent noté une chute rapide de la température. La mortalité chez les sujets traités est de 6,5 p. 100.