CARACTÈRES DIFFÉRENTIELS DES SPIROCHÈTES VOISINS
Treponema pallidum doit être, sous peine d’erreurs diagnostiques, différencié d’autres parasites (fig. 307) qui s’en rapprochent, d’autant que certains d’entre eux sontles hôtes de lésions ulcéreuses, qu’on peut confondre avec les lésions syphilitiques.
Spirochæta refringens. — C’est celui qui lui ressemble le plus ; il est d’ailleurs le plus souvent associé au Tréponème. Il est plus volumineux et plus trapu que ce dernier; ses ondulations, ses spires sont moins serrées
Fig. 307. — Différents Spirochètes.
À, Tréponème ; B, refringens ; C, Spirille du cancer ulcéré ; D, S'p.plcatilis; E, Sp. den tium ; F, Sp. Vincenti (d'après Krzystalowiez et Siedlecki).
et moins régulières. Très mobile, il présente des oscillations et des déplacements brusques. Une fois coloré à l'encre de Lôffler, il ne possède pas de cils, mais une membrane ondulante nette. Enfin il se colore par les moyens usuels, et le Giemsa le teinte en bleu.
Spirochæta dentium.— I! pullule dans les dents cariées : il ressemble beaucoup à Tr. pallidum ; ilest cependant plus court, plus mince; ses tours de spire sont plus lâches et moins nombreux. Sa mobilité est moins grande ; il n’a p1s d'ondes de contraction et d’étirement (Gasto 1}.
Spirochæta buccalis.—1Ilse trouve surtoutdansletartre dentaire. Ses spires sont mo.ns serrtes et moins nombreuses. Il se présente sous l'aspect d’un double trait avec, de temps à autre, des parties claires et des espèces de nœuds. Il présente des mouvements sinueux de reptation; deux cils terminaux; coloration facile par les moyens usuels.
Spirochæta plicatilis. — Ce dernier est gros, trapu ; ses spires sont larges et rares; il présente une membrane ondulante et pas de cils.
Spirochæta Vincenti. — Il se rapproche beaucoup du Spirochæta buccalis. Les spires sont en nombre très irrégulier, parfois même à peine indiquées. Se colore faiblement par les moyens ordinaires. Siège dans les ulcérations de l'angine fuso-spirillaire de Vincent et dans la pourriture d'hôpital (Voy. ces mots).
Spirille de la balanite érosive. — Plus volumineux que le Tréponème. Ondulations peu marquées. Il est moin; mobile. Quelquefois pourvu de cils à ses extrémités.
Spirochètes des cancers ulcérés. — Les cancers ulcérés donnent * asile à plusieurs variétés de spirilles, décrites par Læwenthal : l’une d’elles
di
est constituée par un Spirochète plus volumineux que le Tréponème, pourvu d’une membrane ondulante : ses ondulations sont irrégulières ; ses extrémités sont mousses et tronquées. L'autre est un Spiro hèle très fin à ondulations nombreuses, très rapprochées. Il se colore par le bleu de méthylène boraté.
Spirille d'Obermeier. — Gros filament à spires irrégulières. Agent pathogène de la fièvre récurrente. Se colore par les moyens usuels. Il ne peut être confondu avec le Tréponème.
Spirochæta pallidula ou pertenuis, — C'est l'agent pathogène du pian, donnant dans les pays chauds des lésions papillomateuses. Élément très fin, très long, de 18 à 20 y, ondulations irrégulières, souvent spiralé sur une partie de son étendue, déroulé sur l’autre. Se recourbe parfois en V ou en $S (Castellani, Levaditi et Nattan-Larrier); extrémités eflilées, ou mousses, parfois terminées en boucle. Quelques auteurs ont décrit un flagelle.
Le diagnostic bactériologique de la syphilis peut s'effectuer de plusieurs façons. On procède à la recherche directe du Tréponème au niveau de lésions accessibles à un prélèvement de matériel, ou dans le sang. Si les résultats de l'épreuve restent négatifs, ou bien si, au moment de l'examen, les altérations ne peuvent convenir à une recherche directe, on procède à une série de procédés indirects ; ces derniers ont pour but de mettre en évidence les réactions causées par le virus qu’on n’a pas pu déceler; il s’agit dans ce casd'un véritable sérodiagnostic.
Toutes ces épreuves doivenf être effectuées avec une grande rigueur, car rien n'est plus variable que le nombre des Tréponèmes dans une lésion syphilitique. Celle-ci, quand elle e t ulcétée, peut contenir des germes analogues au Treponema pallidum, et cependant complètement étrangers à ce dernier. C’est en pareil cas surtout qu'il ne faut affirmer sa présence qu'avec la plus grande circonspection.
Recherche du Tréponème.
Prélèvement des produits à examiner. — S'il s'agit d’un CHANCRE, nettoyer soigneusement la lésion à l'aide d’un tampon d'ouate imbibé d'eau physiologique stérile, puis d’un lampon sec pour enlever les souillures superficielles. La derme est ainsi mis à nu. Faire sourdre un peu de sérosité, en comprimant le pourtour entre les doigts, ou mieux, comme le conseillent Thibierge, Ravaut et Le SourJ, gratter avec un vaccinostyle stérile, ce qui provoque l'exsudation d’une rosée séreuse, où les Tréponèmes se retrouveront.
RECHERCHE DU TRÉPONÈME. 853
Tribondeau conseille de scarifier (bistouri ou vaccinostyle). Avec la pointe de l'instrument, pratiquer à l'endroit choisi, sur les confins de l’ulcération (en pleine zone d’accroissement de la lésion), quelques petites scarifications parallèles entre elles, courtes (2 ou 3 millimètres environ) et juste assez profondes pour faire saigner (fig. 308).
Faire sourdre le suc chancreux en pinçant, quand c’est possible, le chancre entre le pouce et l’index gauches. Si, au début, du sang pur s'écoule en abondance, arrêter l’hémorragie par une courte compression à l’aide d’un tampon de coton.
Recueillir la sérosité sanglante qui suinte, par raclage au niveau des scarifications, avec le tranchant de l'instrument qui a servi à
Fig. 308. — Prélvement du suc chancreux, Les scarifications viennent d'être faites, on v recueillir le suc par raclage avec le tranchant de l'instrument.
les pratiquer. Déposer le suc sur lames de verre porte-objets et, toujours à l’aide du même instrument, l’étaler en couche mince et uniforme. :
Laisser sécher. On peut hâter la dessiccation du frottis par agitation de la lame à l'air, mais ne pas chauffer.
En présence d’une parue, d’une tache de roséole, scarifier légèrementles lésions, recueillir l’exsudat et en faire un frottis comme précédemment. Zabolotny conseille l'application d’une petite ventouse de Bier pour faciliter l’exsudation.
Le suc GANGLIONNAIRE se recueille par ponction à l’aide d’une aiguille et d’une seringue de Pravaz.
Pour les comes, Le prélèvement doit s'effectuer au niveau de la paroi par grattage.
Le prélèvement du sanc demande une technique un peu spéciale : après ponction d'une veine du bras, on peut le traiter de diverses facons :
Nattan-Larrier et Bergeron en répartissent 10 centimètres cubes dans deux ballons contenant chacun 100 centimètres cubes d’eau distillée. L'hémolyse une fois produite, on centrifuge. On étale ensuite sur lames le culot de centrifugation. Sécher, fixer par l’alcool-éther.
Ravaut et Ponselle font tomber le sang dans 30 centimètres cubes d’eau distillée. On recueille le caillot ; le laver, le durcir, le colorer comme une pièce anatomique par le procédé d'imprégnation argentique de Levaditi (Voy. p. 860) et le débiter en coupes.
Recherche à l'état frais par l'ultramicroscope. — L'examen à l’état frais dans les conditions ordinaires, sansle secours de l’ultramicroscope, est difficile et infidèle. IL faut recourir à l'examen ultramicroscopique (fig. 304), qui, d’après Gastou et d’autres, constitue Le procédé le plus sûr pour la découverte et le diagnostic différentiel du Tréponème.
Quand l'appareil cst bien réglé, on dépose entre lame et lamelle une gouttelette de Ia sérosité recueillie. L'examen effectué avec toutes les précautions requises (p. 841) met en évidence le Tréponème avec tous les caractères morphologiques et de mobilité qui lui ont été assignés. Il faut néanmoins le différencier rigoureusement des autres parasites analogues, qui se rencontrent dans les lésions ulcéreuses de diverse nature, où ils vivent en saprophytes.
Recherche du Tréponème par la méthode de l'encre de Chine. — Le procédé est dû à Burri. Les Tréponèmes ressortent en blanc sur le fond noir ou brunâtre de la préparation; les images sont analogues à celles que donne l'éclairage sur fond noir.
L’encre est préparée à l'aide de noir de fumée très fin, que l’on met en suspension dans un liquide gommeux; en raison de l’extrême finesse et de la densité des particules charbonneuses, le fond noir est uniforme, même aux plus forts grossissements.
L'encre de Chine doit être stérile pour éviter dans son sein le développement de microorganismes dont la présence peut occasionner des causes d'erreur. Une trace de formol suffit pour en assurer la conservation.
La recherche des Tréponèmes s'effectue de la façon suivante :
1° Déposer sur une lame une goutte d’eau distillée à laquelle on ajoute une gouttelette de la sérosité à examiner.
2° Ajouter une gouttelette d'encre de Chine ; mélanger.
39 Étaler en couche mince comme pour le sang, à l’aide d'une lamelle ou d’une effilure de verre.
RECHERCHE DU TRÉPONÈME. 853
49 Sécher par agitation sans chauffer. .
59 Examiner à l'immersion.
Sur le fond noir, on voit apparaître en blanc des hématies, sous forme de taches claires circulaires, des bactéries, des débris cellulaires de forme variable ; enfin des Tréponèmes faciles à reconnaître ; on perçoit nettement les spires qu’on peut compter aisément, et les extrémités qui s’effilent.
Recherche du Tréponème dans les frottis après coloration. — Bien des procédés de coloration ont été préconisés; nous indiquerons ici les plus usités et ceux qui donnent les meilleurs résultats.
Méthode de Giemsa. — 1° Fixer le frottis par immersion de dix à trente minutes dans l’alcoo! absolu.
Fig. 309. — Frottis de chancre syphilitique. Coloration par le Giemsa. OR PR LS De M RAT dde ca nas iu ss 3 grammes. PRO CR AS MERE RP Ogr,8 EST En POSE RARE EN R 250 grammes, Alooolméthylique.., 7, Mo ee Ce ve 2 :0 —
Verser dans un tube de Borrel ce colorant dilu' dans les propo:tions suivantes :
Dinde dé Giemisn, 7.22 resp cernene . XXXV gouttes. HŒuidistiilées en 2 sus rss css De COTlti ClIDes,
Y plonger la lame à colorer et laisser séjourner pendaut vingt-quatre heures.
29 Colorer par le colorant de Giemsa.
3° Laver à l’eau propre. Sécher. Eximiner à l'immersion. Les Tréponèmes sont colorés en violet clair.
Cette recherche demande une grande at'ention car les Tréponèmes sont souvent peu abondants et, par leur teinte pâle, passent facilement inaperçus.
Tel est le p'océdé lent. I existe un procédé rapide ; c'est le suivant :
Même fixation.Co'oration pendant deux heures dans le mélange ci dessou
Liquide d0/GIeMEn CR US ER RER X gouttes.
Solution de carbonate d soude 1 p. 100, X — Eaudistillée,. see Re i0 cent. cubes.
Après lavage à l'eau et stchage, on peut observer.
Enfin, Preiss, Giemsa préconisent encore un autre procédé rendu rapide par l'action de la chaleur. Voici celui que conseille G'emsa :
49 Fixer par la chaleur (flamme d’un bec Bunsen).
20 Verser sur la lame la solution du procédé rapide.
3° Chauffer la lame jusqu’à émission de vapeurs (éviter l'ébullition).
49 Verser le liquide usagé ; le remplacer par du liquide neuf. Répéter cette opération trois fois ; à la dernière, prolonger la co'oration pendant trente à soixante secondes.
59 Laver, sécher, examiner.
Méthode de Marino. — Ce procédé n’est qu'un dérivé de celui de Giemsa. Préparer deux solutions :
Solution À. — Alcool méthylique........ 100 grammes.
Poudre de Marino.,..... 3 Oer,25 Solution BB: — Kau'distillée.:.... 7 200 grammes. Eosine de Hôchst....,..... 08,01
1° Laisser sécher le frottis. Ne pas fixer.
20 Verser sur la préparation plusieurs gouttes de solution A. Laisser en contact cinq à dix minutes.
3° Rejeter le colorant; sans laver, déposer quelques gouttes de solution B ; laisser agir trois à cinq minutes.
49 Laver, sécher, observer.
Les Tréponèmes présentent une teinte violet pâle.
Cette méthode a l'inconvénient de déterminer des précipités qui masquent p'us ou moins les détails de la préparation.
Méthodes au violet de gentiane. — Oppenheim et Sachs font agir sur des frottis séchés, mais non fixés, la solution de violet de gentiane. On chauffe jusqu'à émission de vapeurs.
RECHERCHE DU TRÉPONÈME. 851
Herscheimer emploie la fixation à l'alcool et la coloration avec une solution de violet de gentiane saturée à chaud et filtrée. La coloration dure quinze minutes. Laver à l’eau, sécher et observer.
Méthodes basées sur un mordançage préalable. — Avec ce: méthodes, la coloration s'effectue après l’action d’un mordant.
Méthode de Proca et Vasilescu. — 10 Fixer par l'alcool. 2° Mordancer par la solution À pendant dix minutes à froid.
Solution À. — Acide phénique pur., ., 50 grammes. TAG: RO RE ET 40 — RU ee cn means ue 100 — Fuchsine basique... .... 27,50 dissoute dans AICDOPA DOI cer ne 100 grammes.
Laver, puis colorer avec :
Solution B. — Violet de gentiane en solution alcoolique saturée, 10 cent. cubes.
Acide phénique liquide... ù — Haute" .,.....:...: 100 —
Laver à l’eau, sécher, observer.
Procédé de Lôffler. — Il consiste dans le mordançage à l'aide d'une solution arsenicale, avant la coloration par le Giemsa.
On prépare :
19 Une solution à 0,5 p. 100 de malakitgrünkrystallchlorzink ;
29 Une solution à 0,5 p. 100 d’arséniate de soude ;
3° Une solution à 0,5 p. 100 de glycérine pure.
Fixer par l’alcool-éther.
Mordancer avec le mélange formé de :
IIT gouttes de la solution arsemicaie (B).
I goutte de la solution de vert-malachite (A).
En verser quelques gouttes sur la lame que l'on maintient sur la veil leuse jusqu à production de légères vapeurs.
Laver avec un jet d’eau assez fort.
Colorer en versant sur la lame un mélange bouillant formé de :
Holinoneslycérinée (C)..,....4..,,. 5 cent. cubes. DAMON Giéinsat. 0... V à X gouttes.
Ghauffer ce mélange à ébullition, le verser à chaud sur la préparation. Laisser agir cinq minutes, puis laver à l’eau.
Méthode de Borrel et Burnet. — Le procélésuivant donneune excellente coloration du Spirochète et même de ses cils :
Exciser un petit fragment de tissu pathologique (chancre, papule, etc.), Le porter successivement sur plusieurs lames où l'on a déposé une goutte
d’eau distillée. Gratter le tissu avec une pointe de bistouri : le produit de raclage se répand dans la goutte. Laisser sécher.
Mordancer en versant sur la lame quelques gouttes du mordant de Lôffler.
Solution aqueuse de tanin à l'éther à 1 p 5.. 10 cent. cubes. — — de sulfate ferreux saturte à
LOUER at ae RR 5 ne — — saturée de fuchsine dans l'alcool'absolu 4 cent. cube.
Chauffer doucement jusqu‘à production de vapeurs. On répète ce mordançage trois à quatre fois de suite. Laver à l’eau.
Verser quelques gouttes de fuchsine de Zichl et chauffer de nouveau jusqu’à émission de vapeurs. Laver, sécher, olserver.
Procédé de nitratation de Fontana-Tribondeau. — Le procédé de Fontana, modifié par Tribondeau, est basé sur l'emploi du nitrate d'argent ammoniacal. Procédé simple, rapide, donnant d'excellents résultats.
RÉACTIFS NÉCESSAIRES. — {1° Une solution de formol acélique liquide de Ruge), ainsi composée :
Acide -acétiqué DUT Se -. 1 cent. cube, Formol du commerce à 40 p. 10)...... 2 cent. cubes. Eau distillée, AO En —
2° Une solution de mordançage :
Tanin’à l'alcool ou°à l'éÉther ee . | gramme. Hausse Re RE PR PRES .. 20 cent. cubes.
Pour la préparer : faire dissoudre le tanin dans l’eau très chaude (après refroidissement, ajouter un morceau de camphre pour empêcher le développement des moisissures).
3° La solution de Fontana :
Nitrate/d'argenticris aisé ete .… Terme Hauts HLÉEr eee RE
Faire d ssoudre le nitrate d'argent àfroid. Verser la presque totalité de la solution dans un verre à pied. (Réserver le peu qui reste.) Ajouter peu à peu de l’ammoniaque pure avec une pipette, en agitant constamment à l’aide d’une baguette de verre ; il se forme un précipité brunâtre qui fonce progressivement, puis se décolore assez vite. À partir du moment où la décoloration comuence, ne plus verser l’ammoniaque que très lentement, et s’arrêler quand la solution est encore très légèrement opalescente : si elle devient eau de roche, a'outer lentement un peu de solution réservée, jusqu’à production de la faible opalescence désirée.
NirRaTaTION. — Premier temps : Déshémoglobinisation. — Arroser la préparation avec du liquide de Ruge; renouveler plusieurs fois jusqu'à ce qu'il s'écoule incolore (insister assez pour que le frottis soit bier blanc, car l'hémoglobine accaparerait l'argent, masquerait les Spirochètes et £ênerait leur coloration). Egoutter en secouant.
RECHERCHE DU TRÉPONÈME. 859
Deuxième temps : Lavage. Fixation. — Laver en versant sur la lame tenue penchée de l'alcool fort (80° à 1000). Sécher en mettant le feu à ce qui reste d'alcool sur la lame, et en éteignant presque aussitôt après (en soufflant sur la lame, de son talon vers son extrémité); on réalise en même temps, de cette façon, un chauffage modéré qui parfait la fixation.
Troisième temps : Mordançage. — Recouvrir d’une épaisse couche de solution mordançante. Puis, promener la préparation sur la veilleuse d’un bec Bunsen (ou sur toute source de chaleur équivalente), jusqu'à dégagement abondant de vapeurs, mais sans faire bouillir, et en évitant que le liquide laisse des parties à découvert. Retirer alors la préparation de la flamme, et ne rejeter la solution mordançante que trente secondes après.
Quatrième temps : Lavage. — Bien laver à l’eau ordinaire sous mince jet de robinet (trente secondes environ). Rincer rapidement à l’eau distillée. Egoutter en secouant ; inutile de sécher.
Cinquième temps : Imprégnation par l'argent. — Recouvrir d’une bonne couche de liquide de Fontana. Laisser agir pendant quelques instants à froid, jusqu'à ce que la coloration soit bien amorcée (teinte marron clair).
Rejeter le liquide de Fontana ; le renouveler ; chauffer comme il a été dit au 3° temps, mais retirer de la flamme dès les premières vapeurs. Laisser agir ensuite pendant quinze secondes (le frottis doit avoir à ce moment un: teinte marron à reflets métalliques). Rejeter le Fontana.
Sixième temps : Dernier lavage et séchage. — Laver à l’eau distillée pendant quelques secondes (éviter l’eau ordinaire qui fait pâlir la teinte).
Sécher en épongeant sous papier-filtre, ou bien passer à deux ou trois reprises rapides la lame toute mouillée sur la flamme du Bunsen, et souffler aussitôt fortement depuis son talon vers son extrémité libre.
Examiner la préparation à l'immersion.
Les Spirochètes, colorés en brun jaunâtre ou noirâtre, sont d’une netteté parfaite.
Méthode de Ravaut. — Elle est basée sur l'emploi de l’albuminate d'argent ou largine :
1° Fixer par l'alcool méthylique, ou encore par les vapeurs d’acide osmique.
20 Immerger la lame dans un tube de Borrel fermé, contenant la so. lution suivante :
Lareime.de Lilenfeld. 7.7.7, Ferme 2 grammes. PET PEN PT AMP RIDE ER RER 100 cent. cubes.
Mettre le tout à l’étuve à 55° pendant deux heures.
3° Retirer la lame, sans la laver ; la plonger dans une solution d'acide pyrogallique à 5 p. 100 pour obtenir une réduction qui s'effectue instantanément.
49 Laver à l’eau, immerger à nouveau dans la solution de largine portée pendant trente minutes à 559, puis dans le bain d’acide pyrogallique.
59 Laver, sécher, observer.
Le Spirochète de la syphilis est teinté en brun foncé.
Recherche et coloration dans les coupes, — Dans les coupes, la différenciation du Tréponème s'obtient difficilement; elle
860 SPIROCHÊTE DE LA SYPIHILIS.
ne s'opère que grâce aux méthodes d’imprégnation argentique que Van Ermenghen avait utilisées pour la mise en évidence des cils microbiens. Bertarelli, Volpino et Bovero ont montré que, dans ces conditions, les Spirochètes se colorent en brun ou en noir dans les tissus. Peu après, Levaditi obtint des résultats meilleurs par l'emploi de la méthode d’imprégnation indiquée par Ramon y Cajal pour la © coloration des fibrilles nerveuses.
Technique de Levaditi. — 1° Des fragments d'organes ayant environ 4 millimètre d'épaisseur sont fixés dans du formol à 10 p. 400 pendant vingtquatre heures.
20 Lavage et durcissement dans l'alcool à 96° pendant vingt-quatre heures.
39 Lavage à l’eau distillée pendant quelques minutes jusqu'à ce que les fragments tombent au fond du récipient.
40 Imprégnation à l’aide d’une solution de nitrate d'argent à 1,5 ou 3 p. 100 (cette dernière concentration est préférable pour les tissus prélevés sur le vivant). Placer les flacons à l’étuve à 389 pendant trois à cinq Jours.
50 Lavage à l’eau distillée pendant quelques minutes, puis réduction à la température de la chambre, pendant vingt-quatre à quarante-huit heures, avec la solution réductrice suivante (développateur) :
Acide pyrogallique, APT 2 à 4 p. 100 Formol (solution à 40 p. 100). ete ER CS 5 cent. cubes, Eau distillée teeses 500.4. oser resees 100 AS
6o Lavage à l'eau distillée, puis déshydratation à r'aleooEs puis au xylol ; inclusion dans la paraffine. Coupes.
On peut examiner les coupes directement. Les Spirochètes se détachent en noir ou en brun foncé sur le fond jaune des tissus (fig. 306). La coloration des cellules par un colorant d’aniline donne un contraste plus parfait ; on aura recours à l’un des procédés suivants :
19 Colorer pendant quelques minutes avec le mélange de Giemsa.
Laver à l’eau. Différencier par l'alcool absolu additionné de quelques gouttes d'essence de girofle, essence de bergamote, xylol, baume du Canada.
20 Colorer pendant quelques minutes avec une solution concentrée de bleu de toluidine. Différencier à l’alcool additionné de quelques gouttes du mélange EAN (Unna), essence de bergamote, xylol, baume du Canada.
Par ces colorations complémentaires, les noyaux cellulaires se colorent en bleu, et le protoplasma prend une coloration brun verdâtre clair, sur laquelle les Spirochètes se détachentplus nettement.
Levaditi et Manouélian ont encore perfectionné la méthode d’imprégnation, et préconisent actuellement la technique suivante :
SÉRODIAGNOSTIC. | 861
19, 20, 39 Comme ci-dessus.
4° Imprégnation dans le bain suivant:
Solution de nitrate d'argent à 1 p. 100... 100 grammes. RO TE D Re then ee ruse e 10 —
La pyridine est ajoutée au moment de l'emploi. C’est un produit d’odeur pénétrante qui ne doit être manipulé que sous la hotte.
Le bain d'imprégnation est disposé avec la pièce dans un flacon bouché à l'émeri et pendant quatre à six heures à l'étuve à 400 à 500.
Ces indications s'appliquent en particulier à la recherche des Spirochètes dans les parois du chancre.
On lave rapidement dans une solution de pyridine à 10 p. 100.
On réduit dans le bain suivant :
Solution d'acide pyrogalliqu: à # p. 100. 100 grammes, D RL sa desc r couts 10 — et ne mt noces ve 15 —
La réduction s'opère au bout de quelques heures.
Monter dans la paraffine ou la celloïdine.
Couper et monter après coloration au bleu de Unna ou au bleu de toluidine.
La coloration des Spirochètes et des tissus est la même que dans la méthode précédente, mais le nombre des Spirochètes imprégnés est plus grand.
Inoculation à l'animal.
Dans les cas où le diagnostic reste en suspens, cas où l'observation microscopique ne donne pas de résultat définitif, on peut recourir à l'inoculation à l’animal.
Utiliser de préférence, en raison de leur prix peu élevé, les singes inférieurs, macaques notamment. On les inoculera suivant la méthode de Thibierge et Ravaut, au niveau du bord libre de la paupière supérieure. En cas de syphilis, on observera les lésions décrites plus haut (p. 846).
Ou bien on aura recours à l’inoculation intra-oculaire chez le lapin, suivant le procédé de Bertarelli (Voy. p. 847).
Ces méthodes ont toutefois l'inconvénient de donner desrésultats tardifs, car il faut attendre la fin de la période d’incubation.
Les épreuves de sérodiagnostic semblent préférables à cet égard, car elles sont susceptibles de renseigner plus rapidement.
Sérodiagnostic.
Le sérodiagnostic de la syphilis est né du jour où Wassermann, Neisser et Brück, utilisant la méthode de Bordet-Gengou, ont mon-
tré que l’antigène syphilitique pouvait fixer le complément en présence de sérum de syphilitiques.
Réaction de fixation de Bordet-Wassermann.— Technique. — On prépare tout d'abord le matériel suivant :
Préparation de l’antigène. — L'antigène syphilitique peut êtré” obtenu de plusieurs façons :
a. Extrait de foie de nouveau-né hérédo-syphilitique. — On sait qu'un tel foie ést très riche en Tréponèmes. Pour le préparer, on coupe le tissu en petits fragments, que l’on broie dans un mortier ou dans le broyeur Latapie. |
On en met à macérer À partie pour # parties d'eau physiologique phéniquée à 5 p. 1 000 ; puis on soumet la macération pendant vingt-quatre heures à l’action d'un agitateur mécanique.
Décanter, centrifuger.
Le liquide clair obtenu est l’extrait qui servira d'antigène.
Certains auteurs recueillent la bouillie obtenue après broyage, la dessèchent dans le vide ; on obtient ainsi une poudre brunâtre, que l’on peut conserver et qui garde longtemps ses propriétés d’antigène.
Pour s’en servir, on émulsionne 4 gramme de cette poudre dans 30 centimètres cubes d’eau physiologique.
Après vingt-quatre heures de contact, on centrifuge; le liquide obtenu sert d’antigène.
b. Extrait alcoolique. — Landsteiner à préparé un extrait alcoolique ; on émulsionne 1 partie de la poudre précédente dans 30 parties d'alcool absolu ; l’émulsion est abandonnée pendant quarante-huit heures dans un flacon bouché à l'émeri (on doit agiter fréquemment), puis filtrée sur papier.
Quand on veut s’en servir, on ajoute à cet extrait alcoolique dix fois son volume d’eau.
c. Extrait d'organes non syphilitiques. — L'expérience montre qu'on peut utiliser comme antigène l'extrait d'organes non syphilitiques.
On emploie de préférence l'extrait de foie, de cœur de cobaye, etc.
d. Antigène de Desmoulières. — Il est constitué par de la cholestérine pure dissoute dans une macération alcoolique de poudre de foie épuisée par l’éther :
Gholestérime purée. 0 een en 1 gramme.
Solution de lécithine (0er, 50) dans OS:
d’alcoolabsolu pour faire 10) cent. cubes. 10 cent. cubes. Solution de 37 gr. de savon de soude sec dans 1 000 cent. cubes d'alcool à 60e... 3 —— Alcool absolue Q. S. pour faire 4100 —
Préparation de l’anticorps. — L’anticorps à préparer est le sérum du sujet suspect de syphilis.
Après prélèvement (ponction de veine ou ventouse) et coagulation, on le chauffe à 56° pendant trente minutes.
On peut se servir aussi, en certaines circonstances (paralysie générale), du liquide céphalo-rachidien, dont le chauffage est inutile, puisqu'il ne contient pas d'alexine.
Préparation du complément ou alexine. — L’alexine est du sérum de cobaye, recueilli la veille et dosé comme il a été dit (p. 73).
SÉRODIAGNOSTIC. 863
Préparation du système hémolytique. — On utilise du sérum mouton-lapin, chauffé à 56° pendant trente minutes et bien dosé, et des globules de moutons lavés à l’eau physiologique.
Dispositif de la réaction. — Dans un porte-tubes, on dispose plusieurs séries de tubes (fig. 310), où l’on verse successivement les divers produits précédents en quantité optima, déterminée par un dosage préalable.
Pour effectuer la réaction dans toutes les conditions de rigueur possibles, on utilisera :
19 Une série de tubes pour le sérum à expertiser.
29 Une série de tubes pour du sérum normal.
39 Une série de tubes pour du sérum syphilitique déjà éprouvé par une réaction antérieure, cette série devant servir de témoin.
40 Une série de tubes témoins, tous sans sérum, l’un avec, l’autre sans alexine.
La réaelion étant ainsi préparée, on mélange alors soigneusement le contenu de chaque tube, et l’on portele tout à l’étuve à 37° pendant deux heures.
Après ce séjour, on ajoute dans chaque tube le système hémolytique (sérum mouton-lapin et hématies lavées de mouton).
Nouveau séjour à l’étuve pendant une heure, puis à la glacière jusqu’au lendemain, où l’on observe les résultats.
La figure 310 et le tableau suivant indiquent mieux que toute description la disposition de l'expérience, les doses à employer et les résultats qu'on doit obtenir en général.
D'après les données générales établies plus haut (p. 75), la réaction est positive quand l’antigène a fixé Le complément et que l'hémolyse, empêchée, est nulle. Mais pour pouvoir affirmer ce résultat, il faut que dans les autres séries de tubes les résultats soient corrects, montrant par les « témoins » que la réaction a été bien effectuée.
Valeur diagnostique. — Des innombrables recherches effectuées avec cette réaction pour le diagnostic de la syphilis, on a déduit les données suivantes :
Dans les cas de syphilis avérée, la réaction est positive dans 10 à 90 p. 100 des cas; chez les sujets non syphilitiques, la réaction est nulle (réserve doit être faite cependant pour la lèpre et la scarlatine, où l’on peut observer 6 à 8 p. 100 de résultats positifs).
Dans la syphilis primaire, avant l’apparition de la roséole, la proportion des cas positifs ne s'élève qu'à 40 à 45 p. 100.
Dans la période secondaire, après l'apparition de la roséole, le taux s'élève à 80 p. 100 en moyenne.
Dans la syphilis tertiaire, il atteint encore 80 à 85 p. 100. C’est dire tout l'intérêt et toute l'importance pratique qui s’attachent à
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SÉRODIAGNOSTIC. 865
SYSTÈME hémolytique