MODE D'INFECTION: ROLE DES ECTOPARASITES
On admet actuellement que la fièvre récurrente se propage par les piqüres d'insectes cuticoles.
Ticktin avait observé que des punaises (Acanthi lectularia) recueillies dans le lit de malades atteints de typhus récurrent étaient gorgées de sang véhiculant le spirille d'Obermeier ; placées sur des singes, elles ne tardaient pas à leur inoculer, par leurs piqüres, une fièvre récurrente expérimentale. Des punaises témoins prises dans des milieux non infectés élaient indemnes de spirilles, et leur piqüre était inoffensive.
De nombreux auteurs (Karlinski Breinl, Todd, Mathis, Klodnitzky, Nultal, Schellack, etc.) ont repris ces expériences, dont les résultats ont été positifs ou négatifs, suivant les conditions dans lesquelles les recherches ont été poursuivies.
En 1907, Mackie, sans vouloir diminuer le rôle de véhicule attribué à la punaise, a surtout incriminé le pou (Pediculus vestimenti) dans la transmission du spirille. À Nasik (Inde), il a recueilli dans un pensionnat, où sévissait la fièvre récurrente, 400 poux qu'il a disséqués :: 44 étaient infectés. Il n'arriva cependant pas à contaminer des singes piqués par ces insectes.
En 1908, Edm. Sergent et Foley réalisèrent les premiers la transmission expérimentale du typhus récurrent par l'intermédiaire de Pediculus vestimenti: un macaque inoculé sous la peau avec le corps broyé d’un seul pou présente, après huit jours d'incubation, des spirilles dans son sang; il succombe trois jours plus tard, le nombre des germes n’ayant pas cessé d'augmenter jusqu’à la mort. [ls constatèrent en outre que ni les punaises, ni les argas traités de la même façon, n'étaient capables de transmettre l'infection.
Edm. Sergent et Foley réussirent encore à conférer la spirillose à deux sujets isolés dans de bonnes conditions, et qu'ils avaient enveloppés d’une couverture provenant d'un sujet atteint de typhus récurrent et véhiculant des poux ayant piqué ce dernier.
En 1913, Ch. Nicolle, Blaizot et Conseil précisèrent le rôle vecteur du pou; ils démontrèrent que la piqüre de cet insecte est inefficace, car les spirilles, localisés à la cavité lacunaire, n’envahissent pas l'appareil buccal piqueur ni ses dépendances. C'est, dans les conditions naturelies, à la suite de l’écrasement des poux survenant à la faveur des démangeaisons et des grattages, que les spiriHles de la cavité lacunaire sont mis en liberté, souillent les ongles, puis les excoriations cutanées ; ou bien ils sont déposés sur la conjonctive ; comme l'ont démontré Ch. Nicolle, puis Sergent et Foley, le produit de broyage de poux infectés, déposé sur la conjonctive de singes sains, détermine chez eux l’apparition de spirilles dans le sang et la fièvre récurrente expérimentale. C’est chez l'homme, d'ailleurs, que Ch. Nicolle réalisa cette-expérience.
Les mêmes auteurs ont complété leurs recherches par l’observation de l'évolution du spirille chez le pou infecté. Quand le pou vient de sucer le sang d'un sujet atteint de typhus récurrent, les spirilles qu’il contient présentent rapidement un ralentissement de leurs mouvements, au bout d’une à deux heures ils sont immobiles ; ils disparaissent vers la cinquième ou sixième heure. Les jours suivants, on continue à noter leur absence; ils reparaissent sous forme de spirilles très fins, vers le huitième jour, mais le plus souvent vers le douzième jour où, en prenant leur aspect adulte, ils sont alors très abondants. Après le dix-neuvième jour, ils disparaissent à nouveau.
DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE. 887
Ch. Nicolle et Lebailly, en 1917, eurent la curiosité de suivre sur des coupes de pou, imprégnées au nitrate d'argent, les divers stades d'évolution des spirilles.
Une heure après un repas infectant, les coupes leur ont montré de nombreux parasites dans toute l'étendue de la cavité digestive, mais se réunissant en amas au centre de la lumière du tube digestif, De plus, au niveau de l'estomac et des diverticules stomacaux de la région œsophagienne, :ls s’orientent vers les cellules du revêtement épithélial de ces organes; certains sont perceptibles dans leurs interstices ou même dans les cellules, embrassant le noyau de celles-ci dans leur concavité.
Six heures après, même aspect; à noter que les cellules de l’intestin moyen et postérieur n’en contiennent jamais.
À la quarantième heure, les spirochètes ont partout disparu; ils demeurent invisibles jusqu'au sixième jour.
Le sixième jour, des spirilles nouveaux apparaissent, mais siégeant exclusivement dans les espaces sanguins baignant les organes; ils sont particulièrement abondants dans les pattes, et surtout au niveau des interlignes articulaires ; on les perçoit aussi dans les espaces lacunaires des antennes.
Il semble donc que ce soit dans les cellules de l'intestin antérieur que se transforment les parasites ; mais Nicolle et Lebailly n’ont pu suivre leurs modifications, ni saisir le passage des parasites nouveaux des cellules digestives dans les lacunes circulatoires. Leur abondance dans les pattes du pou permet de comprendre comment le moindre traumatisme qui les brise peut extérioriser les spirilles qui se répandent alors sur la peau, et comment l'inoculation peut s'effectuer.
D'après Edm. Sergent et Foley, pendant l'intervalle marqué parla disparition des spirilles ou leur invisibilité, ces derniers n’en existent pas moins, car, à cette période, le pou est infectant; ils estiment que le germe se montre alors sous une forme très petite, virulente néanmoins, analogue, sans doute, à celle dont ils supposent l’existence dans les intervalles d’apyrexie chez l’homme. Cette virulence s’accuse davantage à [a phase qui précède leur réapparition, et dans les premiers jours de celle-ci.
DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE.
Le diagnostic bactériologique de la fièvre récurrente ?s’effectue par deux procédés:
À. Recherche directe du spirille. — 1° Prélever pendant un
accès fébrile une gouttelette de sang par les procédés usuels, par piqüre d’un doigt ou du lobule de l'oreille.
a. Examiner entre lame et lamelle, à l’état frais. On constate l'existence de spirillesavec leurs caractères décrits plus haut et leur mobilité particulière.
b. Étaler sur lame une autre goutte de sang. Fixer par l’alcooléther, colorer par le violet aniliné d'Ehrlich ou le Giemsa.
20 Sur le cadavre, prélever des petits morceaux de rate, fixer par l'alcool. Colorer les coupes par le procédé de Nikirof (Voy. p. 882).
B. Séroréaction. — Rechercher le pouvoir agglutinant du sérum du malade vis-à-vis d'un virus homologue. Cette épreuve n'a lieu d'être appliquée que pendant l’apyrexie intercalaire entre deux accès ou pendant la convalescence, à des phases par conséquent où l'examen direct du sang ne fait constater aucun spirille. Se rappeler les différences habituelles du pouvoir agglutinant du sérum suivant le moment de l’apyrexie.
IMMUNITÉ. — SÉROTHÉRAPIE.
Chez l'homme, une première atteinte de fièvre récurrente confère limmunité. D’après Sergent et Foley, l'immunité ainsi acquise ne persiste pas au delà de quelques années; mais les récidives, même lointaines, ne comportent le plus souvent qu'un seul accès.
Chez le singe, l’immunité est plus réduite ; elle persiste au moins quatre mois, mais le pouvoir spirillicide du sérum a disparu.
Si l'atteinte expérimentale a été bénigne, l'immunité n'existe presque plus après quatre mois, et ne se manifeste que par l’atténualion de l'infection lors de la récidive.
Les recherches de Gabritchewsky, de Novy et Knapp ont montré que le sérum d'animaux guéris et vaccinés était doué de propriétés agglutinantes et bactéricides.
Il possède un certain pouvoir préventif. D'après Novy et Knapp, le sérum d'un rat guéri, injecté préventivement à un rat sain qu'on inocule ensuite avec du virus récurrent, n’est pas préservé de l’infection, mais la période d’incubation est prolongée. Si, cependant, l'animal esthypervacciné par des injections multiples dans le péri- {oine, son sérum protège le rat; il est pourvu, de plus, de propriétés curatives manifestes ; dansle sang de rats déjà infectés, l'injection de sérum amène, en une heure, la disparition complète des spirilles.
Gabritchewsky avait d'ailleurs observé antérieurement une défervescence brusque chez un singe traité par l'injection de sérum d’un autre singe, guéri d’une atteinte expérimentale,