CHAPITRE LXVITL
SPIROCHÆTA ICTEROHEMORRAGIÆ
On connaissait depuis longtemps l'existence d’un ictère se caractérisant par la fréquence des hémorragies et des rechutes, mais qui restait confondu dans le groupe assez imprécis des ictères infectieux. Des études bactériologiques nombreuses n'étaient jamais parvenues à dissocier ces derniers. En 1914, cependant, deux savants japonais, Imada et Ido, arrivèrent à déterminer la nature étiologique de cet ictère, que l’on désignait jusqu'alors sous le nom de maladie de Mathieu-Weill. |
Inada et Ido, en effet, constatèrent dans le foie d’un cobaye inoculé avec le sang d’un sujet atteint de cette affection, la présence d’un spirochète auquel leurs recherches leur permirent d'attribuer un rôle spécifique. [ls le dénommèrent : Spirochæta hemorragiæ, et désignèrent l'infection dont il était responsable sous le nom de Spirochétose ictéro-hémorragique. Peu de tempsaprès, Nishida constata ce parasite dans le sang d’un malade porteur de cette maladie.
Depuis Lors, les multiples travaux des auteurs précédents auxquels firent suite, au Japon, ceux de Hoki, Kanetto, Yto, Matzuzaki, confirmèrentetcomplétèrentces notions premières, issues des recherches pippones, n’en déplaise aux auteurs allemands qui prétendirent s'en attribuer la découverte.
Ce spirochète, différent des autres germes similaires connus, fut mis en évidence sur le territo‘re belge pendant la guerre par À. Stokes et J.-A. Ryle, puis en France par L. Marlin et A. Pettit, qui démontrèrent l'identité des parasites évoluant sur le sol japonais et sur le scl français, et vinrent apporter à l'étude biologique de ce germe une contribution des plus importantes. Ils furent suivis dans cette voie par un cerlain nombre d’auleurs, Costa et J. Troisier, Garnier et Reilly, Favre et Fiessinger, etc., qui, par leurs constata'ions multiples, enrichirent nos connaissances à ce sujet de données intéressantes concernant l’action pathogène de ce germe, dont la spécificité est devenue indiscutable.
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MORPHOLOGIE
Spirochæta icterohemorragiæ doit, au point de vue morphologique, être étudié à l’ultramicroscope qui permet de l'observer à l’état vivant, et dans les frottis.
A l’ultramicroscope. — Seul procédé capable de bien définir la structure de ce parasile à l’état vivant; le microscope seul est impuissant à donner d’utiles renseignements à cet égard.
À l’ultramicroscope, ce spirochète se montre sous la forme d’un filament assez trapu, rigide, comme teinté en bleu très pâle. Suivant la comparaison de L. Martin et A. Pettit, il ressemble à un « ressort à boudin très fin et très serré, dont la longueur serait habituellement de 6 à 9 y, ses dimensions extrêmes étant comprises entre 3, 20, 30 et exceptionnellement 40 v. L'hélice qu’il dessine offre une, deux, trois ondulations ou sinuosités, et ses extrémités sont le plus souvent recourbées ». Les spires se caractérisent par leur finesse et la petitesse du pas: « pour un spécimen de taille moyenne (soit 9 y), on compte une vingtaine de spires, séparées approximativement les unes des autres par un intervalle de 0 y, 5.»
En réalité, l’hélice est parfois difficile à percevoir ; elle peut ne se rencontrer que sous l’aspect d’une série de granulations placées bout à bout. L'ultramicroscope ne met pas en évidence les cils vibratiles que font voir d’autres procédés (Voy. p. 891).
Ce spirochète est généralement extracellulaire ; il reste longtemps immobile à la même place; quand il se meut, c’est lentement; il présente alors « des mouvements vermiculaires ou une sorte de rotation sur place ». Ces mouvements sont totalement différents des brusques déplacements dont le genre Treponema est l'objet. Le parasite s’écarte donc nettement des tréponèmes.
Il est facile à différencier des « faux spirilles » que l’on rencontre au cours des dissociations de foie frais, de même aussi dans les urines sanglantes. Ces derniers n’ont pas de mouvements propres ; ils sont tirebouchonnés irrégulièrement; pas d’hélice à proprement par.er ; d’ailleurs, lors de l'examen des frottis nitratés, ils ne sont pas visibles.
Frottis colorés. — Toutes les colorations en usage pour l'étude des protozoaires peuvent être utilisées pour l’élude de Sp. icterohemorragiæ: bleu à l'argent (Laveran-Borrel), panchrome de Laveran ; biéosinate de Tribondeau, coloration de Giemsa, de Leishman.
E. Renaux et Wilmaers ont obtenu des figures démonstratives par une coloration simple au bleu de toluidine ou au bleu de méthylène, ou à la fuchsine. Dans ce but: les frottis une fois secs, les
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plonger dans l'alcool absolu pendant trente à soixante secondes, les flamber sons avoir égoutté. Recouvrir la préparation d’une solution aqueuse de tanin à 5 p. 109; chauffer jusqu'à émission de vapeurs (maintenir celles-ci pendant trente secondes). Laver, puis, sans sécher, colorer à l’aide d’un des colorants précédents. Chauffer à nouveau jusqu'à l’apparition de vapeurs (trente secondes); laver à l’eau distillée et sécher.
Sur les frollis colorés, Sp. icterohemorragiæ se montre sous l'aspect de filaments réguliers, ténus et ondulés; ils sont isolés ou enchevêirés les uns dans les autres; les extrémités sont effilées et généralement incurvées ; la courbure peut n'être que terminale, ou
Fig. 313. — Quelques aspects du spirochète ictéro-hémorragique.
A, coloration par l'albuminate d'argent; B, cils terminés par des sphérules (L. Martin et A. Pettit).
bien le parasite présente une inflexion générale qui lui fait dessiner un G ou un S. Enfin on note la présence de spires dont l'aspect et le nombre varient sans doute suivant le fixaleur utilisé. Inada et Ido décrivent 2 à 3 grandes ondulations ou 4 à 5 petites. Legroux, L. Martin et Pettit en ont observé un plus grand nombre, soit avec le panchrome, soit à l’aide de l’albuminate d'argent.
Enfin, les méthodes de Van Ermenghem et surtout de Lôffler permettent de percevoir nettement la présence de cils vibratiles. D’après L. Martin, A. Pettit et Vaudremer, le parasite présente des alternances de coloration correspondant aux spires notées à l’uliramicroscope; il se termine par des extrémités renflées, sortes de sphérules (fig. 313) où viennent s'implanter deux flageiles de dimensions inégales.
Frottis nitratés. — Les frottis nitratés par les méthodes de Ravaut-Ponselle ou de Fontana-Tribondeau conviennent fort bien pour la recherche de Sp. icterohemorragiæ. Avec ces procédés, le parasite montre des spires assez nettes, et des cils se terminant parfois par des sphérules.
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Coupes de tissus nitratés. — Dans les coupes des tissus préalablements nitratés, les spirochètes « apparaissent avec une abondance que ne laissent souvent soupçonner ni l'observation des frottis, ni même l'examen ultramicroscopique » (L. Martin et A. Pettit); mais l'aspect de ces parasites se trouve alors modifié; ils prennent la forme d’un « bâlonnet empâté, courtaud, à peine spiralé, dans lequel presque rien ne rappelle plus l’élégante hélice qui
Fig. 314, — Spirochète ictéro-hémorragique dans le foie du cobaye (d'après une préparation de A. Pettit).
caractérise Le Sp. icterohemorragiæ » ; ils s’épaississent, et l'absence de spires, parfois constatée, leur donne la forme d'un « grand fragment de vermicelle ». Les cils'et les sphérules ne sont pas perceplibles.
La nitratation s'obtient soit par les procédés connus, soit par le procédé de Manouélian :
D's fragments d'organes de 1 millimètre d'épaisseur sont fixés pendant une à deux heures dans le formol à 10 p. 100, ou le formol-alcool (formol, 10 volumes : alcool à 909, 90 volumes) ou l'alcool à 960. Laver à trois reprises et à dix minutes d'intervalle dans l’alcool à 90°. Mettre les fragments dans un flacon à large goulot (contenance : 60 à 100 centimètres cubes)
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rempli à moitié d'eau distillée (ils tombent au fond au bout de quelques minutes). Renouveler l’eau distillée.
Imprégner en versant dans le flacon une solution de nitrate d'argent à 1 p. 100, dont la température ne doit pas dépasser celle du laboratoire ; porter le tout à l’étuve à 569 et l’y laisser séjourner de quarante à soixante minutes.
Retirer le flacon de l’étuve; saisir les pièces avec une pince en acier recouverte de parafiine, et laisser tomber les pièces dans le mélange suivant, fraichement préparé (réducteur de Van Ermenghem) :
Acide AALITUR.2ee eus dinars > grammes.
MR te Mi me ton du Us à o à — MEGTAlO RS OULe Ne RE ne RTS NET 10 — Eau distillée ..... Er PE DEP AP ARE CNE RE 350 —
Au bout de trente minutes, la réduction est effectuée.
Inclure alors dans la paraffine par la technique habituelle (deux heures suffisent).
Refroidir le bloc de paraffine sous un jet continu d’eau fraiche pendant dix minutes environ ; on peut immédiatement pratiquer les coupes.
Si l'on veut obtenir des coupes colorées, employer l’un des colorants suivants : Giemsa, bleu de toluidine, rouge neutre-bleu de méthyle (Manouélian).
Pour cette dernière coloration, traiter les coupes pendant deux minutes par du bleu de méthyle, en solution aqueuse à 1 p. 100; laver rapidement à l’eau ; colorer deux minutes par une solution aqueuse saturée de rouge neutre étendue de son volume d’eau ; différencier à l'alcool absolu auquel on peut ajouter de l'essence de bergamote ou de girofle. Xylol. Monter au baume.
Aspect dans les cultures. — Dans les cullures, Sp. icterohemorragiæ se montre encore sous la forme de filaments finement spiralés dont l’activité et la mobilité sont plus marquées que dans l'organisme infecté. D’après L. Martin et A. Pettit, l'aspect hélicoïdal s’observe déjà chez les éléments jeunes.
Outre cette forme spiralée, on observe, au fur et à mesure des progrès de la culture, des formes un peu différentes:
40 Des formes longues, de dimensions doubles des formes habituelles, présentant parfois en leur milieu l’image d’une sphère réfringente. L. Martin et Pettit ont observé la division transversale du parasite.
2° Des amas irrégulièrement sphériques, constilués par une foule de spirochètes enchevêtrés, confondus en une masse compacte d’où émergent, à la périphérie, des spirochètes partiellement libres et doués de mouvements très actifs.
30 Dans les cultures âgées, à ces éléments s’en ajoutent d’autres dont les spires sont relâchées et ressemblent à une « étroite bande
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de papier qu'on aurait frisée au couteau », formes de dégénérescence d’après L. Martin et A. Pettit.
40 Enfin, avant l'apparition des formes typiques et après leur disparition, on observe des corpuscules arrondis, des dimensions d'un grain de Staphylocoque, corpuscules globoïdes qui, d'après Reiter et Ramme, seraient peut-être des spores.
Sp. icterohemorragiæ peut cultiver dans certains milieux artificiels, mais à certaines conditions:
10 Il cultive aux températures comprises entre 10 et 37°. Au delà de 37°, il pousse difficilement; à 42°, il ne pousse plus. D’après Noguchi, la température oplima est comprise entre 30 et 37°. Pour L. Martin et A. Pettit, c’est à 29 et 300 que la pullulation est la plus régulière.
2° La réaction du milieu doit être, d’après Noguchi, faiblement alcaline ; l’alcalinité doit se rapprocher de celle du sérum sanguin; une acidité, même légère, est contraire au développement microbien.
Noguchi prétend que Sp. icterohemorragiæ est un aérobie strict, opinion que ne partagent pas {ous les auteurs. L. Martin et A. Pettit font justement remarquer que sa multiplication sous une couche d'huile de vaseline n’est pas en sa faveur.
Milieux de culture. — Les premiers essais sont dus à Inada et Ito qui, en 1915, purent conserver vivant le spirochète pendant treize et dix-sept jours; quelques mois après ils le cultivèrent en série (cinq générations) sur le milieu de Noguchi (rein de cobaye au lieu de rein de lapin), sous couche de vaseline. Plus tard des essais furent positifs avec l’agar ou la gélatine au sang, avec le sérum humain ou bovin dilué d’une égale quantité d’eau distillée, avec le liquide ascitique ou pleural, après tyndallisation pendant trente minutes, plusieurs jours de suite, entre 50 et 600.
Milieux de Noguchi. — Noguchi a utilisé plusieurs milieux, ainsi constitués :
Milieu A; Sérum:de lapin... SSP S Solution de Ringer{1}........ PR LE NN . 4,5 — llasmascitraléss "est ere ER. — Huilérde vaseline.... RE ee
(1) Le liquide de Ringer a la composition suivante : Chlorure desodmmie ARR UNre rreseRs 10 grammes p. 4000 d'eau. Me pOtASSIUNL- 6. eme O9 — — = dé CHACUN ER TEE MR eee 0,2 — — Bicarbonate de Soude.....4,..0:.10.4.. 0,1 — —
Glucose LES RAT TANIA MONDES en ee 1 gramme,
Men Sendmiude lapin, ed en ions. 1,5 vol.
SOMME RO ARS. eirenus afte - 4,5 — CIO SR ET AUD Re een eee Luce 1 — HUTGATB AV ASENRÉ Eee ee dirt ararrues
Mur Sérumidélapin../....... AA LES 4,5 vole SOON ONE IRE Cr 1e cscasaues 4,5 — CC IONCRE 2 DATE RE SRE, ten: RE NT ET
Après solidification on ajoute :
D RP DEL 2 Se dents ccm ve este ruuce 4,5 vol. RD AIUBE RENTE Se EU ue ddemess danse 4,5 — RE ED TAN 2 names srdemelre rene ee
Milieu au sérum de lapin-eau physiologique. — Du sérum de lapin est additionné d’eau physiologique à 8,5 p. 1 000 à raison de 4 partie de sérum pour 5 de solution saline; on filtre sur bougie Chamberland, puis on répartit en tubes renfermant de l'huile! vaseline stérilisée ; ces tubes sont soumis à la tyndallisation à 560 pendant trente minutes, trois jours de suite.
C'est ce milieu qui a donné à L. Martin et A. Pettit Les meilleurs résultats.
De tous les sérums d'animaux, ce sont les sérums de bœuf, de cheval et surtout de lapin qui sont les plus favorables pour ces cultures.
Matériel à ensemencer. — On arrive en général facilement à isoler Sp. icterohemorragiæ : déposer aseptiquement des fragments de foie ou de surrénale de cobaye ictérique dans une vingtaine de tubes contenant 10 centimètres cubes de milieu au sérum de lapin ; pour le sang, 2 à 4 tubes suffisent. Sur le nombre des tubes ensemencés, quelques-uns donnent lieu à une culture; quelques-uns de ces derniers où la pullulation s’est faite peuvent être repiqués avec résultats positifs. Pour ces repiquages. il convient d’ensemencer à l’aide de plusieurs grosses gouttes de culture; l’ensemencement classique avec une anse de platine est insuffisant.
Vitalité. — La vitalité du Sp. icterohemorragiæ tombé dans les milieux extérieurs est en général de peu de durée.
Si dans les conditions de vie artificielle on peut observer une survie assez importante, comme dans l’eau physiologique, le liquide de Ringer, le sang défibriné, maintenus à la température du labo-
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ratoire, il semble que, dans les conditions naturelles, cette survie soil assez limitée; ainsi, dans l'urine, le germe ne se conserve pas au delà de plusieurs heures. D’après les observations qui ont été recueillies sur le mode de contamination, ce sont l’eau potable, les eaux de rivière, d'égouts, la boue des mines qui sont le plus favorables à sa conservation.
La dessiccation est fatale au Sp. icterohemorragiæ: du foie farci de parasites, desséché dans le vide, est inoffensif pour l’animal auquel on l’injecte. La lumière n’est pas moins nocive; il en est de même de la température; du sang chauffé une heure à 55° est devenu inoffensif; il en est ainsi pour l'urine portée à 70° pendant une demi-heure, pour une culture portée à 56° pendant le même temps.
Il est très sensible aussi à l’action des substances chimiques.
On à vu plus haut l'influence nocive de l'acidité (p. 894); tousles antiseptiques, même légers, en ont rapidement raison; il en est de même de la bile et des sels biliaires, au moins in vitro. Par contre, on observe une résistance marquée à l’aclion de la saponine,
Enfin, par la concurrence vitale qu'ils exercent, Les Eu LE Lb anéantissent rapidement la vitalité de ce germe.
Passage à travers les filtres. — Utilisant les bougies Berkefeld V, N et W, Inada et Ido constatèrent l'absence de spirochètes dans le filtrat; ce dernier injecté reproduisit cependant lictère expérimental chez le cobaye.
L. Martin et A. Pettit ont observé des résultats semblables avec la bougie Chamberland L ; ils se demandent si le virus ne filtrerait pas sous une forme différente, et notamment sous la forme des corpuscules signalés dans les cultures.
Réactions humorales. — Sp. icterohemorragiæ se comporte : dans l’organisme qu’il a infecté comme un antigène très actif; il suscite dans le sang la production d'anticorps qu'il est RTE de mettre en évidence.
Production d'agglutinines. — L. Martin et Pettit ont constaté que chez les sujets infectés le sérum contient, à partir du dixième jour environ, des agglutinines. Le sérum, en effet, mis en présence d’une culture du parasite, détermine la production d'amas caractéristiques. Cette propriété peut être utilisée pour le sérodiagnostic de l'affection (Voy. plus loin).
Production d'une sensibilisatrice. — Le germe provenant d'une culture fixe le complément quand il est mis en présence d'un sérum de spirochétosique. Mais la sensibilisatrice ne paraît pas spécifique: Costa et J. Troisier, en effet, ont démontré que la fixa-
tion s'opère également quand le sérum de spirochétosique est remplacé par du sérum de syphilitique ; réciproquement la même réaction s'opère en utilisant un antigène syphilitique et un sérum de spirochétosique.
Ces faits démontrent la parenté étroile qui existe entre ce spirochète et le tréponème de la syphilis.
Proiuction d'une immunisine. — Le parasite développe dans le sang des spirochétosiques une substance manifestement immunisante (R. Hoki et H. Ito), que l’on peut déceler, vers la fin du deuxième septénaire, de la façon suivante :
1 à 2 centimètres cubes de sérum sanguin sont mélangés in vitro à une dose plusieurs fois mortelle de virus ; on laisse en contact pendant trente minutes ; le mélange est alors injecté au cobaye. Ce dernier résiste alors que les témoins succombent dans les délais habituels (Voy. page 898).
Cette immunisine peut persister de longues années (vingt-deux ans et demi), dans le sang des sujets guéris de spirochétose ictérohémorragique.
Production d'une lysine. — Le sérum de spirochétosiques contient des substances spirochétolytiques.
19 Daus les conditions naturelles. — Sp. icterohemorragiæ est incontestablement l'agent pathogène spécifique de cette infection qu'on observe chez | homme sous le nom d’ictère à rechutes, accompaoné d'hémorragies. On le retrouve à l’origine des diverses formes cliniques de cette affection, Voire même des formes sans ictère {Costa et J. Troisier).
Mais ce même germe peut provoquer chez l'animal, spécialement les rats (M. decumanus, M. alexandrinus), la souris des champs (Microtus montebelloi), non une maladie, mais une infection que ces espèces peuvent supporter sans trouble apparent. Il vit ainsi en commensal à l’intérieur d’un hôte qui se trouve être un véritable réservoir de virus. Ces faits éclairent d’ailleurs la genèse de la spirochétose chez l’homme.
20 Action pathogène expérimentale. — Un certain nombre d'animaux sont réfractaires: les singes, la poule, la grenouille, le chat, le pore, le cheval, le mouton, etc. sont du nombre.
D'autres sont réceptifs: le chien jeune, mais surtout le cobaye qui montre au virus une extrême sensibilité. Le lapin, la souris blanche, le rat blanc, tout en étant réceptifs, le sont infiniment moins; sur
Doprer et Sacouépée. — Bactériologie, 2 édit. 57
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-quatorze souris blanches, Ido, Hoki et Wani en infectèrent quatre seulement ; Kanetho renditictérique un seul rat blanc ; Uhlenhuth et Fromme inoculèrent avec succès deux jeunes lapins. Costa et Troisier réussirenttrois fois à conférer à ces animaux un ictère frame qui amena la mort rapide de l’un d'eux; mais ils injeetèrent des doses massives de virus.
Quand ces dernières ne sont suivies d'aucun effet pathologique, le spirochèle vitnéanmoins silencieusement dans l'organisme de ces animaux, qui se comportent alors comme des réservoirs naturels de virus ; leur sang acquiert en outre des propriétés neutralisantes vis-à-vis de plusieurs doses mortelles de virus.
Le cobaye est assurément l'animal de choix pour l’étude expérimentale de ce germe ; il présente des troubles presque superposables à ceux qu'on observe chez l'homme. Il est même surprenant de pouvoir provoquer expérimentalement chez l'animal une affection aussi analogue à l'affection humaine correspondante.
Les inoculations peuvent se faire, soit avec le sang ou l'urine de l'homme, soit avec les urines et le rein des animaux réservoirs de virus, soit avec les tissus parasités de cobaye, soit avec des cultures :
Après une incubation de durée assez variable, à la suite de l’inoculation sous-cutanée ou intrapéritonéale, la température s'élève pour atteindre assez rapidement 39 à 400; elle persiste ainsi plusieurs jours ; pendant ce temps l'animal maigrit, son poil se hérisse, il semble abattu, ses mouvements sont paresseux. Puis des hémorragies apparaissent, aux dépens notamment des fosses nasales, de l'anus, des organes génitaux chez les cobayes femelles. En même temps la muqueuse conjonctivale s’injecte. Après quelques jours la température décline pour atteindre la normale, voire même s'abaisser au-dessous de cette dernière (hypothermie). Enfin, tardivement apparaît un ictère intense, jaune safran, généralisé à l'ensemble des téguments, plus net chez les animaux de pelageclair, et perceptible au niveau des muqueuses et notamment de la cornée. L’urine présente des signes de cholurie, d’albuminurie, souvent d'hématurie ; on y constate des cylindres et des spirochètes en plus ou moins grande abondance.
L' apparition de l’ictère précède habiluellement fs mort de quelques heures à vingt-quatre. heures. En certains cas cependant, les animaux peuvent survivre. La mort survient généralement en huit à dix jours.
L'autopsie révèle les faits suivants :
La face interne des téguments montre une coloration jaune intense, les muscles sont parsemés d’un piqueté hémorragiqué, les
ganglions sont hypertrophiés et congestionnés. L’incision thoracoabdominale montre cette teinte jaune générale.
Les poumons sont le siège de taches hémorragiques, larges de quelques millimètres, à contours irréguliers.
Le foie est jaune, atteint soit de nécrose, soit de dégénérescence graisseuse, soit des deux simultanément. La vésicule biliaire est modérément remplie de bile.
Le rein, infiltré de bile, a une teinte verdâtre. Les capsules surrénales sont hémorragiques.
La muqueuse gastrique est verdâtre, parsemée de suffusions sanguines.
Ces lésions sont intenses à ce degré quand l’animal a reçu du virus adapté à l'organisme du cobaye. Mais en général, quand il a reçu du virus émanant directement de l'homme ou du rat, elles sont moins marquées; l’ictère est plus pâle et plus limité, les hémorragies sont plus discrètes; elles peuvent même faire défaut.
L'inoculation chez le cobaye ne réalise pas toujours en effet Ia maladie expérimentale telle qu’elle vient d’être décrite. Certains animaux peuvent même rester réfractaires; d'autres enfin, traités dans les mêmes conditions, et en même temps que ceux qui réagissent fortement, ne présentent qu'une infection légère, sans hémorragie ni même d’ictère ; on n’observe chez eux que de la fièvre et de l’amaigrissement, et l'animal finit par se rétablir complètement.
Siège du virus dans l’organisme.— Chez l’homme, Sp. icterohemorragiæ est réparti d'une façon un peu différente suivant la période de l'infection.
Pendant la première semaine, les germes se trouvent dans la circulation d'où ils envahissent divers viscères: foie, surrénales, reins, rate; la rate est l'organe qui en contient le moins.
Pendant la phase ictérique, les germes, subissant sans doute un certain degré de destruction au niveau des viscères, ne sont plus perceplibles qu’à l'état de débris dans le foie et les surrénales: ils sont alors atrophiés ou contractés, et prennent un aspect granuleux ; ils persistent en grand nombre dans les reins, le cœur, les muscles squelettiques, les parois de l'intestin, la vessie, l'épididyme, le testicule, la prostate, le thymus; mais c'est au niveau du cœur et du rein qu'ils sont en nombre nettement prédominant. On peut encore les déceler dans le liquide céphalo-rachidien où, d’après Costa et J. Troisier, ils se trouveraient dans la proportion de 60 p. 100 des cas, alors que dans le sang, la proportion n’atteindrait que 40 p. 100.
Quand, après la deuxième semaine, l’état du malade s'améliore,
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les germes ne se retrouvent plus que dans le muscle cardiaque, le rein et l'urine (spirochéturie intense), où il peutpersister assez longtemps après la guérison.
Chez le cobaye. — En général, deux jours après l’inoculation, les parasites, disparus du point où ils ont été portés expérimen{alement, apparaissent dans la circulation où ils déterminent une septicémie; mais il ne sont habituellement décelables (ultramicroscope surtout) qu'en très petit nombre.
D’après les recherches d’Inada et Ito, les Sp. icterohemorragiæ sont abondants dans le foie, les reins et les surrénales, mais surtout dans ces dernières (L. Martin et A. Pettit).
Vers le troisième ou quatrième jour, on retrouve les parasites dans les lobules hépatiques même, à l'exclusion du tissu conjonctivovasculaire, se disposant de préférence au niveau du pourtour des cellules.
Dans le rein, on les rencontre de préférence dans la zone corticale, mais ils siègent aussi bien dans le tissu conjonctif que dans les parois canaliculaires, d’où ils {tombent dans les canaux pour être évacués avec l’urine.
Dans la surrénale, ils se trouvent dans les substances médullaire et corticale, mais plus particulièrement dans la couche fasciculée où ils se disposent sous forme d’amas enchevêlrés dans le sens des travées.
Dans les autres viscères et tissus, leur abondance est infiniment moins marquée; le cœur notamment, contrairement à ce que l’on observe chez l’homme, en renferme généralement fort peu. Costa et J. Troisier ont démontré cependant leur présence dans les centres nerveux; d'ailleurs l’inoculation de tissu nerveux est plus souvent couronnée de succès que l’inoculation des autres tissus et humeurs.
Ces auteurs ont montré en outre que Sp. icterohemorragiæ peut traverser le placenta: l’inoculation du liquide amniotique a été positive entre leurs mains.
Chez les rats réservoirs de virus, le parasite se rencontre en abondance et presque exclusivement dans le rein et dans l'urine. D’après Ido, Hoki, etc., le fo'e, le gros inteslin n’en renferment pas ; enfin on observe parfois de la spirochéturie, bien que le rein semble rester indemne. .
On ne possède pas de données précises sur la persistance du virus chez ces animaux, qui semblent n’éprouver aucun dommage cependant de sa présence dans leur organisme. Toutefois Ch. Nicolle et Lebailly ont constaté, après inoculation expérimentale, une persistance de soixante-neuf et cent deux jours. Chez
DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE DE LA SPIROCHÉTOSE. 901
la sourisgrise, cette dernière pourrait atteindre cent jours, peut-être davantage.