IDENTITÉ DES VIRUS MURIN ET HUMAIN
Il était important de déterminer, en vue de la relation possible des cas observés chez l'homme et de l'infection naturelle du rat, si les deux virus étaient identiques.
Leur identité était vraisemblable en raison de la similitude des lésions ; les recherches relatives à l'étude des réactions humorales devaient confirmer l'hypothèse. En effet Miyajima a montré que le sérum obtenuavec un virus humain neutralisait le spirochète du Microtus (souris des champs) dont ïl est le commensal naturel. D'autre part, L. Martin et A. Pettit ont constaté que le sérum obtenu avec du virus murin rendait le cobaye réfractaire au virus humain. Mêmes faits observés par Ido, Hoki, etc., à la faveur de la spirochétolyse; Noguchi a confirmé tous ces résultats et a pu affirmer l'identité des spirochètes de provenances diverses : américaine, asiatique et européenne, recueillis chez l’homme comme chez le ral.
DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE DE LA SPIROCHÉTOSE ICTÉRO-HÉMORRAGIQUE.
Chez un malade atteint de spirochétose ictéro-hémorragique, le diagnostic bactériologique peut être effectué par plusieurs méthodes :
L. Recherche directe du spirochète. — Cette recherche peut se pratiquer, par l'examen direct, dans l’urine et le liquide céphalorachidien ; dans le sang, elle reste le plus souvent infructueuse en raison de la rareté des parasites contenus dans la circulation.
Dans l'urine. — Le prélèvement de l’urine doit êlre exécuté avec les précautions aseptiques usuelles, de préférence par sondage pour éviter Les spirochètes saprophytes du gland et de l’urêtre antérieur. L. Martin et A. Pettit conseillent de recueillir 259 à 500 centimètres cubes d'urine, de centrifuger en plusieurstubes, et d’additionner les culots obtenus en vue d’une recherche plus fructueuse.
L'examen peut être pratiqué de plusieurs façons :
1° À l’ultramicroscope, entre lame et lamelle. La recherche y est longue et fastidieuse en raison du petit nombre habituel de parasites ; de plus, dans certaines urines sanglantes, on perçoit des filaments spiralés, mobiles, ressemblant étrangement aux spirochètes ; un examen délaillé permet à la vérité de les distinguer de
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ces derniers (ces figures ne sont que le résultat de l’hémolyse des hématies), mais 1l expose à des causes d'erreurs.
29 Par le procédé à l’encre de Burri (microscope) ; procédé simple permettant de percevoir les parasites qui apparaissent en blanc sur le fond noir; mais d’après L. Martin et A. Pettit, les spires sont peu nettes; aussi expose-t-il à des confusions.
39 Par les colorations appropriées : Procédés de Giemsa, de Pappenheim ; panchiome Laveran; biéosinale de Tribondiau, mais de préférence procédés de Fontana et Tribondeau, de Ravaut et Ponselle (p. 855 à 858). Ces deux derniers sont à recommander. lis permettent de bien observer Sp. icterohemorragiæ (fig. 315) et, notamment, de le différencier de Sp. Pettiti que Cristau et Maline ont observé à Lorient dans une spirochétose voisine, et qui, d’après Pettit, s’écarte de son congénère, par plusieurs détails morphologiques : Sp. Pettiti est plus long, moins trapu, ses ondulations sont plus accusées, plus larges et plus irrégulières.
Signalons ici un procédé imaginé par P. P. Lévy et Léobardy pour le cas où une centrifugeuse ferait défaut :
Il consiste à ligroïner l'urine et à recueillir les spirochètes à la partie supérieure des tubes dans lesquels l'urine aura été MÉrACe
19 Formoler préalablement l’urine, pour éviter la fragmentation des spirochètes pendant la manipulation. Verser dans l'urine fraîche 5 à 6 centimètres cubes de formol pur à 40 p. 100 pour 100 centimètres cubes d'urine. Agiter.
20 Dans de grands tubes (22 >< 22) verser 6 centimètres cubes d'alcool à 950, ajouter 40 à 50 centimètres cubes d'urine formolée ; mélanger en . renversant le tube trois fois.
30 Verser à la surface de la ligroïnesur une épaisseur de 2 à 3 millimètres ; boucher au liège (il doit rester un espace d’air de 2 à 3 centimètres de hauteur). Agiter violemment pendant une minute; abandonner verticalement le tube sur la table pendant trente à soixante minutes.
40 Prélever l’émulsion. Opérer avec une pipette de gros calibre seclionnée nettement au couteau à verre, montée sur tube de caoutchouc muni d’un embout de verre que lon tient entre.les dents. Procéder par aspiralions mesurées, faibles et courtes, de l’émulsion, le tube restant bien vertical, et la pointe de la pipette en contact avec la surface interne du tube. L'émulsion, recueillie sans aspirer le liquide sous-jacent, est versée dans un verre de montre.
59 Étaler sur lames dont la surface aura été flambée à haule température et refroidie. Déposer III gouttes de l’émulsion sur lesquelles on verse II à IIT gouttes d'alcool absolu. Avec la partie effilée de la pipette, posée . à plat sur la lame, élaler régulièrement par va-et-vient le mélange où les sphérules de l’émulsion se détruisent instantanément. Sécher à l’étuve et colorer par le procédé de Fontana-Tribondeau.
DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE DE LA SPIROCHÉTOSE. 903
Dans le liquide céphalo-rachidien, la recherche s'effectue sur les mêmes bases que dans l'urine, mais elle est plus simple, en raison de la pureté habituelle du produit. Il faut savoir toutefois qu'un examen négatif ne doit pas faire écarter Le diagnostic de spirochétose.
IL. Inoculationau cobaye. — Injectersous la peau deux cobayes avec : soit 5 centimètres cubes du sang prélevé chez le malade, soil 0,5 à 1 centimètre cube du culot de centrifugation de l'urine repris
Fig. 315, — Sp. icterohemorragiæ dans l'urine,
dans 4 centimètres cubes de ce milieu, soit la totalité du culotobtenu par centrifugation du liquide céphalo-rachidien et mis en suspension dans 5 centimètres cubes de ce liquide.
L'animal présente, si le résultat est posilif, les symptômes décrits plus haut, etsuccombe avecleslésions connues (Voy. p.898): on décèle le spirochète à l’ultra-microscope dans les produits provenant des surrénales, du foie et du rein. L'observation des cobayes en expérience doit durer un mois. Si l’examen des organes reste négatif, faire un passage sur deux autres cobayes.
Rappelons que, dansles cinq premiers jours, si le sang est virulent, l’inoculation est toujours positive; à partir de ce moment, les chances de réussite diminuent; après le dixième jour, elles cessent.
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Les délais sont les mêmes avec le liquide céphalo-rachidien.
Avec l'urine, les résultats ne peuvent être positifs qu'après le dixième Jour.
IIl. Réaction des immunisines. — Mettre en contact in vitro, pendant quinze minutes, une dose de virus plusieurs fois mortelie avec 1 ou 2 centimètres cubes du sérum prélevé sur le malade; inoculer les mélanges à deux cobayes. Faire un témoin sans addition de sérum. Suivre les animaux pendant au moins vingt jours : le témoin succombe avec leslésions caractéristiques de l’ictère hémorragique; les deux cobayes inoculés avec le mélange survivent, si le sérum provient de malades atteints de cette spirochétose depuis au moins une quinzaine de jours.
IV. Sérodiagnostic. — Dans cinq petits tubes à essais, déposer 4 centimètre cube d’une dilution desérum à expérimenter à 1/25,1/50, 1/125,1/250, 1/500, puis 1 centimètre cube d’une culture de spirochètes âgée de six à huit jours; faire un témoin avec un mélangede1 centimètre cube de culture et de 1 centimètre cube d’eau physiologique.
Si le sérum provient d’une spirochétose ictéro-hémorragique datant de huità dix jours, on constate, après une heure deséjour entre 45 et 180, une agglutination nette que l’on peut observer à l'œil nu si les cultures sont abondantes, ou à l’ultramicroscope si elles le sont peu; des amas se forment sous l'aspect de sphéroïdes irréguliers, granuleux, d’où émergent des spirochètes altérés et animés de mouvements de contorsion ; ces éléments sont en même temps en état de lyse, ce qui permet une différenciation d'avec Les amas qui ont pu se former naturellement dans la culture avant l’action du sérum.
Valeur comparée de ces diverses épreuves. — Les épreuves ci-dessus exposées sont de valeur pratique inégale :
La recherche du spirochète dans l’urine à une portée diagnostique un peu aléatoire; tout d'abord elle peut rester négative; d'autre part elle ne permet pas toujours de déterminer exactement si le spirochète décelé est spécifique ou simplement saprophyte ; enfin l'apparition du parasite dans l'urine est assez tardive.
L'inoculation au cobaye donne des résultats tardifs. Outre le temps nécessaire à l'apparition du germe dans la circulation ou dans l'urine, il faut compter encore avec la dure moyenne de évolution de l'infection chez cet animal (dix à trente jours), ce qui retarde d'autant la signature du diagnostic. Enfin, l’inoculation peut rester négalive malgré la nature ictéro-hémorragique spécifique de liufection humaine.
L'épreuve des immunisines ne peut être pratiquée que deux
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semaines au moins après le début de la maladie; elle ne peut donc renseigner rapidement, d'autant qu'elle emprunte aux inoculations les inconvénients signalés plus haut.
Aussi L. Marlin et A. Pettit estiment-ils que, au point de vue pralique, c'est encore le sérodiagnostic qui, malgré l'apparition habituellement tardive du pouvoir agglutinant du sérum des malades, doit être recommandé. Cependant ils l’ont vu se manifester Je sixième jour de l'affection, en général il apparaît vers le dixième jour,etse mesure à cette époque par des taux oscillantentre 1/500 et 1/1000. Au:si doit-on procéder de la façon suivante : si le premier résultet est négatif, renouveler l'épreuve tous les deux à trois jours, au moins jusque vers le troisième septénaire.
Ce pouvoir agglutinant continue à se manifester longtemps après la guérison, puisque les auteurs précédents l’ont constaté après vingt-deux mois au taux de 1/1000.
Conduite à tenir suivant les périodes de l'infection. — L. Martin et Pettit, synthétisant les données précédentes, conseillent de se comporter comme suit, selon la période de l'infection qu'on est appelé à observer :
19 Quelle que soit l’époque de la maladie, prélever du sang en vue du sérodiagnostic. En cas de résultat négatif, renouveler l'épreuve tous les deux à trois jours jusqu'à la fin de lalroisième semaine.
20 Si l’infection n’a pas dépassé la première semaine, inoculation du sang au cobaye.
39 Du début de Ia deuxième à la fin de la quatrième semaine : inoculation des urines. Recherche du spirochète dans l'urine, notamment du quinzième au vingt-troisième jour.
49 Depuis le quinzième jour, et indéfiniment ensuite : réaclion desimmunisines.
5° En cas de réaction méningée, rechercher le para-ite directement dans le liquide céphalo-rachidien (ultramicroscope et frottis), aiasi que par inoculation au cobaye.
IMMUNITÉ
La spirochétose ictéro-hémorragique, spontanée ou expérimentale, confère l’immunité. La présence dans le sang et la persistance de l’immunisine pendant nombre d'années (vingt-deux ans dans un cas d’Uhlenhuth et Fromme) le démontre indiscutablement.
Chez le cobaye infecté expérimentalement, l’immunité est conférée « pendant quelques jours tout au moins » (L. Marlin et
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A. Pettit). La preuve en est dans la phagocytose que l'on observe dans le péritoine d'un cobaye neuf qui a reçu préventivement la veil'e 1 à 2 centimètres cubes de sérum d’animal immunisé. |
Vaccination. — Ido, Hoki, Ito et Wani, puis L. Martin et Pettit, Uhlenhuth et Fromme ont pu, par la vaccination active, conférer l’immunité à des animaux réceptifs tels que le cobaye.
Les auteurs japonais l'ont réalisée en injectant le liquide clair surnageant d'émulsions hépatiques additionnées de 0,5 p. 100 d'acide phénique : trois injections (2 à 3, puis 2 à 4 centimètres cubes) sont pratiquées dans le péritoine ; certains animaux succombent, maisceux quirésistentsubis:entimpunément Les doses mortelles. Même résultat avec les cultures, traitées de la même façon.
Ito et Matnizoki ont utilisé les cultures sur gélatine au sang tuées par chauffage à 60° pendant une demi-heure, trois jours de suite, ou bien des cultures desséchées.
L. Martin et A. Petlit ont vacciné des cobayes à l’aide de cullures atténuées par des repiquages en série : deux injections de 1 et 2 centimètres cubes à cinq jours d'intervalle confèrent l’immunité aux animaux ayant résisté à cette épreuve. Leursérumcontient des anticorps, et l’immunité persiste au moins pendant trois mois.
Des essais de vaccination humaine ont été tentés par les Japonais. On ignore le degré de protection ainsi oblenu.
Sérothérapie. — La sérothérapie appliquée à titre préventif ou curatif donne chez l’animal d’heureux résultats :
Des recherches que L. Martin et À. Pettit ont pratiquées à l’aide du sérum de chevaux vaccinés contre Sp. icterohemorragiæ, il résu.te que : Le sérum, injecté sous la peau à la dose de 1 à 2 centimè!res cubes, immunise temporairement le cobaye contre plusieurs doses mortelles de virus ; la même quantité de sérum administrée pendant les premiers jours qui suivent l'injection amène la guérison ; quand l'ictère est apparu, le sérum prolonge la maladie, mais il n’assure que très rarement la guérison.
Les essais de sérothérapie tentés chez l’homme avec le sérum de L. Martin et A. Pettit ont été très encourageants. L'expérience montre dès à présent que la sérothérapie spécifique n’est efficace que pendant les premiers jours quela maladie ; aussi doit-elle être appliquée sans délai; « en amenant l’immunité passive chez l’homme, elle s'oppose, par son action spirochéticide et spirochétolytique au développement des parasites ; en trois heures, une dose de 20 c. cubes de sérum rend le sang incapable d’infecter le cobaye ; d’autre part, la date d'apparition des anticorps spécifiques est avancée de plusieurs jours (huitième ou neuvième jour) » (L. Maïtin et A. Pettit).