AGENT PATHOGÈNE DE LA FIÈVRE JAUNE
Jusqu'à ces derniers temps, le virus de la fièvre jaune était considéré comme un virus invisible et passart à travers les filtres. Cette notion avait été m'se en évidence par la commission américaine, qui eut le mérite de poser les premières assises de l’étiologie du typhus amaril. Tout récemment Noguchi a fait connaître le résul- {at de ses recherches qui semb'ent avoir abouti à la découverte du parasite spécifique.
Expériences de la Commission américaine.
Cette commission (Reed, Carrol, Agramonte) avait fait les constatations suivantes :
Reproduction expérimentale. — Par ponction veineuse, on prélève du sang à un malade atteint de fièvre jaune depuis un à deux jours; on l’injecte sous la peau d’un sujet sain : ce dernier, après une incubation de trois à quatre jours, présente tous Les sym- -ptômes de la fièvre jaune. Le sang de ce deuxième malade est inoculé dans les mêmes conditions à un sujet sain, qui contracte encore la fièvre jaune.
De ces expériences il résulte donc que le virus réside dans le sang ; il en disparait au quatrième jour de la maladie.
Nature du virus. — Toutes les recherches microscopiques les plus minutieuses étaient restées sans résultat. L’hémoculture fut négative dans les milieux artificiels connus.
La Commission américaine a démontré que ce virus traversait les filtres; en effet, du sérum, même non dilué, provenant d’un malade atteint depuis vingt-quatre à quarante-huit heures, est filtré à la bougie Berkefeld ou à la bougie F. Chamberland; inoculé à un sujet sain, il reproduit le typhus amaril. Il peut traverser la bougie B, mais après dilution dans son volume d’eau. Ces conclusions ont été confirmées par les Commissions anglaise et française.
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Par conséquent, le virus amaril est un germe dit invisible.
Résistance du virus. — Le virus amaril est très fragile; ie sérum qui le contient, chauffé à 55° pendant cinq minutes, perd sa virulence. Il en est de même quand il a été conservé à l’air pendant quarante-huit heures entre 249 et 309; à l’abri de l’air, sous une couche d'huile de vaseline, il ne perd sa virulence qu'en six à huit jours.
Mode de transmission. — La fièvre jaune se transmet par l'intermédiaire d’un moustique : Culex fasciatus ou Stegomyia fasciata (expériences de la Commission américaine). Ce moustique s'infecte en piquant l’homme atteint de fièvre jaune, et inocule le virus qu'il a ingéré aux sujets sains, qu'il pique ultérieurement.
Celle transmission est soumise à deux conditions essentielles : 10 il faut que la piqüre du malade ait été faite pendant les deux premiers jours de la maladie; 2° il faut un intervalle de douze jours après la piqûre du malade pour que l’'insecte puisse inoculer le virus à un sujet sain. Le virus doit donc subir dans le corps du moustique certaines métamorphoses, qui lui confirent le pouvoir infectant.
Dans certaines condilions, l'infection peut se transmettre du moustique femelle à ses descendants. D'après Marchoux et Simond, le moustique, issu des œufs héréditairement infectés, n’estinfectant qu'aprèslequatorzième jour de son existence à l’état d’insecte parfait.
Immunité. — Une première atteinte, même bénigne, de fièvre jaune confère l'immunité. C'est ce qui explique l’état réfractaire des natifs des foyers endémiques, qui ont contracté dans l'enfance une atteinte restée fruste de fièvre amarile.
D'après Marchoux et Simond, une injection de sérum contenant le virus, chauffé à 55° pendant cinq minutes avec du sang défibriné, conservé huït jours sous huile de vaseline, confère une immunité relative contre une inoculation virulente ultérieure.
Le sérum prélevé chez un malade au huitième jour est doué de propriétés préventives; il en est de même du sérum des convalescents; ce dernier jouirait même d’un certain pouvoir curatil (Marre et Simond).
Recherches de Noguchi.
Les patientes recherches de Noguchi sont arrivées à lui faire constaler dans le sang des sujets atteints de fièvre jaune un spirochète ressemblant assez étroitement à celui de la
spirochétose ictéro-hémorragique, mais en différant par divers
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caractères, notamment les caractères biologiques. IL l'a désigné sous le nom Leptospira icteroides.
Morphologie. — Examiné à l’état frais à l’ultramicroscope ou sur les préparations fixées et colorées, Lept. icteroides se présente sous l’aspect d’un fin filament de # à 9 : de longueur, dont les extrémités sont effilées; il possède des spires courtes et régulières, mesurant chacune 0 y, 25.
Il est mobile : sa mobilité se manifeste par des mouvements de vibration, de rotation et de progression bipolaire.
Pour Noguchi,sa multiplication s'effectue par division transversale.
Coloration. — Ce parasite se colore difficilement par les couleurs d’aniline; mais, après fixation par l’acide osmique, puis coloration par la méthode de Giemsa, ou de préférence celle de Fontana- Tribondeau, on obtient de bonnes préparations, mais le parasite se montre sous un aspect différent de celui qu'il présente à l’état frais : il est légèrement ondulé, sans dentelures nettes. Les formes en G eten S sont fréquentes ; elles seraient caractéristiques.
Cultures. — Pour obtenir des cultures de Lept. icteroides, Noguchi a utilisé un milieu spécial combiné comme suit : tout d’abord un milieu liquide constitué par 1 partie de sérum d'homme n'ayant pas l'immunité contre la fièvre jaune, et 3 parties de solution de Ringer (p. 894); puis un milieu demi-solide constitué par le milieu liquide précédent additionné de 0,3 p. 100 de gélose.
Dans un long tube, il superpose les deux milieux, le semi-solide étant réservé pour le fond. Chacun d'eux est versé à raison de 8 centimètres cubes.
La mise en culture se pratique de la facon suivante : On commence par ensemencer le milieu semi-solide à 429, en faisant couler au fond du tube 0 ,5 à 1 centimètre cube de sang citraté que l’on veut cultiver; après refroidissement, on ajoute le milieu liquide ; on y ensemence de même 0°,5 à 1 centimètre cube de sang citraté, et l’on verse à la surface une couche de paralfine.
Le développement microbien s'effectue asez rapidement à 370, mais le gerne conserve peu de temps sa vitalité. À 250 il est plus lent, mais la vitalité peut se conserver plusieurs mois, sans que la virulence fléchisse.
Les cultures ainsi obtenues donnent, par inoculation aux animaux réceplifs, la fièvre jaune expérimentale.
: Propriétés biologiques.— Vitalité. — D'une facon générale, Leot. icteroides est ti ès fragile : le chauffage à 55° pendantdix minutes seulement a raison de sa vitalité. Il est rapidement tué par la congélation et la dessiccation.
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La bile, et lessels biliaires à la dilution de 10 p. 400 le dissolvent aisément; il résiste par contre à l’action de la saponine.
Il subit défavorablement l’action de la concurrence vitale microbienne, car la présence de bactéries étrangères entrave sa culture ou contribue à le faire disparaitre des milieux où il est cultivé.
Filtrabilité. — Les expériences de Noguchi montrent que Lept. icteroides traverse les bougies Berkefeld V. et N.
Siège du parasite dans l'organisme. — Chez l’homme, Lept. icteroides siège dans le sang périphérique; Noguchi a pu le déceler par l’examen direct et par l’expérimentation; toutefois les résultats posilifs obtenus par ces procédés sont assez rares : sur vingt-sept cas, l'examen direct le décela trois fois; dans quatre cas où ce dernier resta négatif, l'inoculation au cobaye fut couronnée de succès.
Dans les v scères, Noguchi ne put constater (ultramicroscope et frottis) la présence du parasite que dans un cas, au niveau du foie d'un sujet mort le quatrième jour de l'infection.
Chez treize sujets, les recherches directes dans l’urine et l’inoculation de ce produit restèrent négatives.
Une fois cependant, l’animal inoculé présenta une infection analogue à l'infection expérimentale, mais le parasite ne put être mis en évidence.
Chez l'animal en expérience, le sang devient infectieux quarantehuitheu'es ou mieuxsoixante-douze heures après l’inoculation ; mais l’ultramicroscope ne peut déceler le parasite avant le cinquième jour ; les spirochètes deviennent plus nombreux les sixième et septième jour; on peut alors les rencon(rer dans le foie et les reins, mais ils se raréfient ou même disparaissent quand lictère et les symptômes généraux s'aggravent ; à cette période, le sang et les viscères (foie notamment) sont dénués de spirochètes; les inoculations positives sont exceptionnelles.
Action pathogène expérimentale. — Les expériences de Noguchi ont porté sur le cobaye, qui parait être l’animal de choix : 6 fois sur 27 cas étudiés à ce point de vue, l'auteur obtint la fièvre jaune expérimentale à la suite de l'injection intrapéritonéale de sang frais, ou de préférence de sang enrichi par un séjour de trois jours à 25° dans un mélange de liquide de Ringer et de sérum humain, recouvert d'huile de vaseline ; il a inoculé avec succès les cultures artificielles.
Après une incubation de trois à six jours, l'animal présenteune vive élévation de température qui s'accompagne d’albuminurie, de cylindrurie, d’oligurie et d’une hyperémie considérable, se manifestant surtout au niveau des conjonctives, des oreilles et de la face plan-
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{aire des pattes, ét déterminant souvent des suffusions sanguines. Au bout de quelques jours, la fièvre tombe en lysis, et descend même au-dessous de la normale. À ce moment de l'évolution, l’ictère apparaît, s’accroissant progressivement :il siège au niveau des conjonctives, puis de la peau ; l'urine est chargée de pigments biliaires ; enfin il s'accompagne d'hémorragies diverses se développant au niveau des muqueuses nasale, gingivale, buccale, intestinale, de même aussi au niveau des téguments sous forme de pétéchies. L'animal ne tarde pas à succomber.
L’autopsie montre un ictère généralisé ; le foie est jaune et présente de la dégénérescence graisseuse, les reins sont congestionnés, souvent hémorragiques ; des sufrusions sanguines siègent au niveau des poumons et des muqueuses digestives ; l'estomac contient parfois un liquide noir, rappelant l'aspect du goudron et analogue à ce.ui qu’on observe dans le vomito negro.
Dans le sang, le foie etles reins, on décèle la présence du Lept. icteroides. L’ensemencement donne des cultures de ce parasite.
Touslescobayesnesontpaségalement réceplifs. Certains d’entreeux réagissent d’une façon moins complète, et ne présentent qu’une infection légère ou avortée, caractérisée par de la fièvre accompagnée d'un ictère léger ; l’ictère peut même être absent. Enfin certains de ces animaux paraissent réfractaires.
Avec le sang et les organes des cobayes nettement infectés, Noguchi a pu inoculer en série d'autres cobayes avec résultats positifs ; ces passages n'’affaiblissent nullement la virulence du parasite.
D'autres animaux sont réceptifs : tels le singe et le chien, bien que les symptômes soient moins accusés que chez le cobaye ; ils se rapprochent davantage cependant de ceux qu'on observe chez l’homme ; le chien notamment présen'e souvent pendant la vie du vomito negro.
Les singes à queue prenante, le chat, le lapin, l’agouti, la belette, les oiseaux sont réfractaires à Lept. icteroides.
Enfin Noguchi a démontré que la piqûre du cobaye par des Stegomyia calopus, ayant préalablement sucé du sang de malades atteints de fièvre jaune, déterminait chez cet animal la fièvre jaune expérimenta'e. Ilen est de même quand le moustique a été infecté par ‘le sang d’un cobaye atteint de cette infection ; en ce cas le pouvoir infectant se montre déjà au bout de huit jours(au lieu de douze jours avec du sang humain) ; cette différence est due sans doute au nombre des parasites, beaucoup plus élevé chez l'animal que chez l’homme.
Réactions humorales. — Le sérum des convalescents de fièvre
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jaune contient des anticorps vis-à-vis de Lept. icteroides. En effet la démonstration peut en être faite par la recherche du phénomène de Pfeiffer :
On mélange du sérum de convalescent à une culture de spirochètes recueillis chez un malade, ou à une émulsion d’organe d’ani mal inoculé.'Le mélange est injecté dans le péritoine du cobaye. Dans Ia plupart des cas (83 p. 100), on constate la lyse du parasite les résultats sont négatifs avec les {émoins.
D'autre part, ce sérum protège en général le cobaye contre l’infection expérimentale, alors que les cobayes témoins la contractent.
Ces propriétés du sérum semblent apparaître vers le dixième jour.
Dans une autre série de faits, Noguchi avait d’ailleurs constaté que des cobayes, avant présenté, à la suite d’une première inoculation, une infection légère, résistaient à l'injection ultérieure d'une dose massive de pulpe de viscères riches en L. icteroides.
Tous ces faits sembient bien prouver, d'une part la production d'anticorps dans l'organisme à la suite de l'infection par ce parasite, et d'autre part le rôle spécifique de ce dernier dans l’étivlogie de la fièvre jaune. Ces réactions ont servi à Noguchi pour déterminer notamment que le Spirochète, que l’on décèle dans 67 p. 100 des cas chez les rats et Les souris à Guayaquil et qui présente de grandes analogies avec Sp. icterohemorragiæ, n’est autre que ce dernier et diffère donc totalement de L. icteroides avec lequel on pourrait le confondre.
Ces données essentielles ont reçu pleine confirmation dans les expériences conduites avec les antisérums mis en présence des deux parasites :
En effet les sérums préparés par injections de L.-icteroides à des animaux réfractaires (cheval, lapin), sont doués de propriétés agglutinantes et bactéricides indiscutables vis-à-vis de ce germe.
L’agglutination s’observe non seulement avec les souches homologues, mais les souches les plus diverses du parasite. Elle est nulle avec Sp. icterohemorragiæ. Par contre un sérum anti-ictérohemorragiæ est inactif vis-à-vis de Lept. icleroides.
Le phénomène de Pfeiffer permet une différenciation encore plus nette entre les deux germes ; les constatations concordent avec celles de l’agglutination et les accentuent.
Les sérums anti-icteroides et anti-ictérohemorragiæ jouissent res- -pectivement, à faible dose, d’un pouvoir neutralisant élevé à l'égard de l'infection expérimentale déterminée par chacun de ces parasites. Avec de fortes doses, la spécificité paraît plus douteuse, car une
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quantité suffisante de sérum anti-icteroides empêche la mort des cobayes inoculés avec Sp. icterohemorragiæ et inversement.
La réaction de fixation donne des résultats moins probants, car elle ne s’est souvent montrée complète qu’ave:la souche ayantservi à préparer le sérum.
Malgré cela, les constatations précédentes semblent bien êlre en faveur de la spécificité du parasite décrit rar Noguchi et de sa distinction d'avec celui de la spirochétose ictérohémorragique.
Essais de sérothérapie. — Chez l'animal, l'antisérum est doué de propriétés curatives, se manifestant dans les conditions suivantes :
Injecté par voie péritonéa!e, pendant la période d’incubation, le sérum s'oppose complètement à l’éclosion de l'infection expérimentale du cobaye.
Pendant la première phase de l'infection (soixante-douze à quatrevingt-seize heures après l’inoculation du virus), il n'empêche pas l'infection (l'ictère peut même se déclarer a:rès la sérothérapie), mais il peut empêcher la mort à condition d'employer des doses élevées.
Injecté pendant la phase d’ictère et de néphrite, le sérum n'a plus aucune efficacité.
Doprer et SacquÈrée. — Bactériologie, 2° édit. 58