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CHAPITRE LXX

SPIROCHÈTE DU SODOKU

Parmi les infections que peut causer la morsure des rats, il en est une qui présente des caractères bien définis, des symptômes qui lui sont propres, c’est le sodoku (en japonais : so : rat, doku : poison). Après une incubation d'assez longue durée, on observe, au niveau de la morsure elle-même, des réactions locales suivies de symplômes généraux ; ceux-ci consistent dans un état infectieux avec fièvre et une éruplion généralisée, procédant par poussés fébriles successives.

L'étude bactériologique de cette infection a suscité d'assez nombreux travaux qui attribuent à des germes très divers un rôle étiologique spécifique. En 1909, Shikami incrimine une télosporidie, Ogata une hémosporidie; en 1910, Middleton un diplocoque; en 1914, Schottmüller un streptothrix, résultat mis en doute par Futaki, pour qui l'infection observée était étrangère au sodoku.

La question en était à ce point lorsqu'en 1915 et 1916, des savants japonais (Futaki, Takaki, Taniguchi et Osumi, puis Ishiwara, Ohtawra et Tamura) firent connaître qu'ils avaient décelé des Spirochètes spéciaux dans le sang des malades, et en décrivirent la morphologie. Des expériences réalisées, il résulte que ce germe est pathogène pour le cobaye et peut être transmis directement à l'homme. Mêmes observations faites en 1917 par Kitawaya et Mukoyama, En 1918, Costa et J. Troisier retrouvent ce germe dans le sang d’un sujet atteint de la même infection.

Sans qu'on puisse actuellement sêtre définitivement éclairé sur le rôle spécifique de ce parasite, il semble bien qu'il doive intervenir dans l'étiologie du sodoku.

Morphologie. — Dans l'organisme infecté par Sp. japonica (dénomination donnée par Dujarric de la Rivière), ce dernier se montre habituellement sous deux formes de dimensions différentes : une forme courte de 2 à 6 u de long, épaisse, munie d'un flagelle à chaque extrémité, que l’on rencontre de préférence au niveau de la morsure et dans le sang des animaux en expérience ; une forme longue (9 à 10 y) siégeant plus particulièrement dans les ganglions Iymphatiques. Pour Kaneko, Okuda, [to, Ido et Wani, il s’agit d’une seule el mème espèce.

Examen à l'état frais. — Examiné à l’ultramicroscope, le parasite se montre sous l'aspect d’un spirochète dont la longueur varie delu,5 à 5 ou même 6 v. Il reste acquis que les échantillonsles plus

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courts se trouvent dans le sang périphérique, etles plus longs dans les ganglions. Dans les cultures, ils peuvent atteindre 12 à 19 u de longueur. Les spires sont au nombre de 2 à 6 ; ils possèdent deux flagelles : un à chaque extrémité.

Le parasite est animé de mouvements spasmodiques en spirale ;

les flagelles présentent des mouvements de torsion et « en coup de fouet ».

Examen après coloration. — Après fixation et coloration, on retrouve les mêmes caractères morphologiques. Coloration. — Sp. japonica se teinte facilement par toutes les

couleurs d’aniline ; le procédé de G'emsa le colore en rouge foncé et donne de belles préparations. Il en est de même de l’imprégnalion à l'argent qui lui donne un aspect trapu et colore les flagelles en jaune marron.

Cultures. — En milieu de Noguchi, on n'obtient que des résul- {ats négatifs. Takaki a observé des cultures nettes avec le milieu de Shimamine :

À 100 centimètres cubes de sérum de cheval, on ajoute 0,5 à 0%,75 de nucléinate de soude: après dissolution complète, on fait passer pendant trois ou quatre minutes, au travers de ce liquide, un courant d'anhydride carbonique jusqu’à ce que le sérum devienne transparent. Chauffer pendant une heure à 609, trois jours consécutifs; le quatrième jour on chauffe à 659, pendanttrente minutes jusqu’à séparation en deux parties, l’une solide, l'autre liquide que l’on utilise. Dujarric de la Rivière fait passer le courant d’anhydride carbonique pendant une heure, puis coagule le milieu, et exprime fortement l'éponge de sérum obtenue ; le liquide recueilli est stérilisé par la chaleur ou par filtration. |

Ensemencer, porter à l’étuve à 37° où la culture est laissée pendant environ deux semaines.

La culture est grêle ;on ne décèleque six à dix parasiles par champ de microscope.

Siège du parasite. — Chez l’homme atteint de sodoku, Sp. japonica se trouve au niveau de la morsure, puis dans le sang périphérique, mais seule rent au moment des poussées fébriles (il yest d’ailleurs très peu abondant) ; on le rencontre encore au niveau de l’éruption et dans le suc ganglionnaire. |

Chez l'animal en expérience, on Le décèle au point d’inocu'ation, dans la circulation, enfin dans la rate et les capsules surrénales.

Action pathogène ehez lesanimaux. — Infection dans les conditions naturelles. — Il est avéré actuellement que, dans les condilions naturelles, les rats hébergent Le parasite du sodoku, et

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le transmettent vraisemblablement à l’homme et aux animaux. Sur 43 rats examinés par Fukaki, un seul était parasité ; sur 80 examinés par Ishiwara, 10 véhiculaient le parasite dans leur sang.

Sp. japonica ne paraît pas se trouver dans la salive ; si cette dernière est infectante, c'est sans doute à la faveur de l’hémorragie gingivale qui se produit à l'occasion de la morsure.

D’autres animaux que le rat peuvent être parasités: le chat, le furet ‘Atkinson), la belette (Scheube).

Infection expérimentale. — L'inoculation de cultures ne donne aucun résultat. L'action pathogène expérimentale ne peut être réalisée qu'avec les produits pathologiques où siège le virus.

Le cobaye, la souris, le rat, le singe sont réceptifs. |

Le cobaye peut être infecté soit par injection sous-cutanée, soit après morsure par un rat infecté (Ishiwara).

Au point d’inoculation, on observe de l’ædème; le membre mordu ou injecté se cyanose, lesganglions se tuméfient. Le deuxième jour apparaît de la fièvre qui tombe presque aussitôt pour réapparaître sept à huit jours après; la température évolue par poussées successives, irrégulièrement ; l'animal ne présente aucun érythème ; il maigrit.

L'autopsie montre tout d’abord de Fœdème au point inoculé, puis de l’inflammation des ganglions inguinaux et axillaires; Le foie et les poumons sont congestionnés ; les veines présentent deshémorragies sous-capsulaires et de petites suffusions sanguines dans la zone corticale. Les capsules surrénales sont hypertrophiées et hémorragiques; le péritoine est parfois le siège d’un épanchement sanguin.

Les spirochètes sont décelables dans le suc des ganglions, dans les émulsions de substance cérébrale, de capsules surrénales et dans le sang du cœur; dans ce dernier, les parasites n'apparaissent qu’à la dernière période.

L'inoculation de ces tissus parasités reproduit l'infection, mais l’incubalion devient plus courte, et les parasites peuvent être décelés dans le sang de deux à quatre jours après l’inoculation ; ultérieurement, vers le huitième ou dixième jour, ils sont plus abondants que lors du premier passage.

Chez le rat et la souris, l’inoculation n'est suivie d'aucun signe d'infection, maisles parasites pullulent en assez grande abondance dans la circulation, bien qu’ils n’y apparaissent souvent qu'un à deux mois après l'injection.

Inoculé au cobaye, ce sang l'infecte et amène la mort avec les lésions caractéristiques, décrites plus haut.

Le singe paraît assez réceptif, témoin les expériences de Futaki,

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Ishiwara qui injectèrent des macaques (M. fuscatus et M. rhesus) : cinq jours après une injection de sang dans le péritoine, M. rhesus présenta une forte élévation thermique accompagnée d’érythème et d'hypertrophie ganglionnaire. Au troisième jour, apparurent au niveau de la région lombaire des taches rouges, dont le nombre augmenta progressivement jusqu’au douzième jour, pour s'étendre ensuite à l'abdomen. L'évolution de l'infection fut marquée tous les deux à trois jours par la production de poussées fébriles, analogues à celles qu’on observe en clinique humaine; on en compta six en vingt-cinq jours. Le sang et le suc ganglionnaire injectés à des souris et à des rats déterminèrent dans la circulation de ces rongeurs la pullulation de nombreux spirochètes.

Ces faits expérimentaux sont de nature à séparer Sp. japonica de Sp. muris que l’on rencontre parfois chez les souris sauvages ou domestiques, et qui ne détermine ni les effets pathogènes ni les lésions qui viennent d’être décrites.

Réactions humorales, — Ido, Ito, Okuda et Wani ont mis en évidence la présence d'anticorps spécifiques pour le parasite incriminé dans le sérum des sujets atteints de sodoku. [ls ont observé une lyse manifeste des spirochètes, en meltant en contact in vitro le sérum et les parasites. Mêmes constatations en réalisant dans le péritoine du cobaye un véritable phénomène de Pfeiffer.

Un mélange de sérum de convalescent et de sang de cobaye contenant des spirochètes est introduit dans le péritoine d’un cobaye neuf : une demi-heure à deux heures après l’injection, les spirochètes ont disparu.

Ceux-ci sont perceptibles au contraire après l’inoculation de sang spirochétifère seul, ou de ce dernier et de sérum de convalescent de spirochétose ictéro-hémorragique.

Ces faits témoignent des propriétés spirochétolytiques du sérum, et des différences spécifiques qui séparent Sp. japonica du Spirochète de l’ictère hémorragique.

Diagnostic bactériologique. — Le diagnostic bactériologique peut se faire :

19 Par l'examen direct (état frais et état sec après coloration) du sang et du suc ganglionnaire des sujets infectés.

20 Par l'inoculation au cobaye de ces produits spirochétifères.

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