CHAPITRE LXXI
SPIROCHÆTA BRONCHIALIS
Castellani a décrit en 1905 et 1906, dans certains cas de bronchite sanglante observés aux Indes, un spirochète nouveau auquel il à attribué un rôle spécifique dans l’étiologie de cette affection, dont les symptômes peuvent donner le change avec ceux de la tuberculose pulmonaire.
Ces recherches furent confirmées, en 1907 aux Antilles britanniques par Branch, aux Philippines en 1914 par Jackson, Phalen, Kilborne et Chamberlain, en 1913 au Soudan par Chalmers et O’Ferral, etc. Cettebronchite et son agent pathogène furent retrouvés par plusieurs auteurs en Amérique du Nord, en Angleterre, en suisse, en Serbie, etc.
En France, aucun cas n'était encore signalé en 1914. Pendant la guerre, Castellani les observa dans un sanatorium de la côte adriatico-balkanique ; en 1918, Violle les rencontra sur la côte méditerranéenne, chez des Chinois et Indo-Chinois, puis des Sénégalais et Malgaches, enfin chez des Français n'ayant jamais quitté le sol de la France, et ayant été contaminés sans doute par les sujets précédents. Mêmes faits rapportés par Beau, Dide et Ribéreau; par Barbary, Simon et Raditsch dans la région de Nancy; Pringault et Mercier à Marseille.
Il résulte des observations connues jusqu'alors que ce germe paraît bien être l’agent spécitique de cette « bronchite sanglante », témoin, à défaut d’ autres preuves, sa présence constante et sa grande abondance dans l’expectoration des sujets qui en sont porteurs.
Morphologie. — Examen à l'état frais. — L'examen à l’état frais, entre lameetlamelle, d’un fragmentde crachatsanglant montre, outre des éléments cellulaires (hématies, leucocytes, cellules d'origine pulmonaire, etc.), la présence de nombreux spirochètes, dont le caractère polymorphe est déjà manifeste, mais sera plus perceptible sur les préparations colorées. Ils se montrent tantôt à l’état isolé, tantôt sous l'aspect d’amas épais. Ceux qui sont libres sont doués demouvementsrapides, donnant l'impression «d’une corde qui vibre » (Violle) ; quandils se ralentissent, les ondulations deviennent plus amples et leur donnent l'aspect d’une anguille se jouant au milieu des éléments cellulaires qu'ils bousculent.
Examen sur préparations colorées.— Aspect microscopique. — Sur les préparations colorées, on constate le polymorphisme extraordinaire de ce spirochète, et tel que l’on croit tout d’abord être en
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présence d'éléments spirillaires tout différents; Fantham affirme qu'il ne s’agit que d’un seul et même parasite.
Ilse montre en effet (fig. 316) « sous la forme d'éléments grêles ou trapus, longs ou courts, tantôt délicats et nombreux, tantôt grossiers et rares, ressemblant ici à un {rait imperceptiblement tremblé, à un fil tordu et vrillé, là à des fibres läches, à des bâtons grossièrement arqués » (Violle). Les dimensions fixées par Castellani varient en effet de # à 30 y de longueur sur 0u,2 à 0u,6 d'épaisseur; les
Fig. 316. — Spirochæta bronchialis.
ondulations sont au nombre de 2 à 8. Les extrémités sont assez souvent en pointe ; il n'existe pas de flagelles. Fantham a décrit dans certains spirochètes une membrane très délicate qu'il dénomme « crista » ; il les déclare morphologiquement différents des spirochètes habituels de la bouche.
Si la préparation est épaisse, les parasites sont agglomérés, mais intriqués et mêlés les uns aux autres pour former un feutrage dense «comme un écheveau de fils embrouillés et de grosseur différente ».
Coloration. — Ce spirochète se colore facilement par les couleurs basiques d’aniline : violet de gentiane, kristall-violet, bleu de méthylène, etc., plus aisément encore quand on emploie les procédés
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connus d'imprégnalion par les sels d'argent, et notamment par la méthode de Fontana-Tribondeau. Il se montre alors teinté en noir, tranchart sur le fond mordoré de la préparation.
Siège du parasite. — Sp. bronchialis se trouve avec l’abondance décrite plus haut dans le mucus bronchique ; Castellani l’a décelé cependant dans le mucus nasal des sujets atteints de cette « bronchite sanglante ». On ne le rencontre ni dans le sang, ni dans aucun autre viscère. Il détermine donc une infection locale des voies respiratoires.
Action pathogène expérimentale. — Sp. bronchialis n’a pu être obtenu en culture pure. Par conséquent l’expérimentation n’a pu porter sur ce germe à l’état d'isolement.
L'inoculation intratrachéale de crachats provenant de bronchospirochétose pratiquée chez le singe par Chalmers et O’Ferra reproduit l'affection humaine avec sa symptomatologie, Le caractère spécial de l’expectoration et l'abondance des Sp. bronchialis.
Diagnostic bactériologique. — L'examen cliniqueainsiquel’examen macroscopique de l’expectoration ne renseignent guère sur la nature spéciale de la bronchite dont les malades sont atteints : ce sont des crachats abondants (un quart de litre en vingt-quatre heures), d’abord muqueux, gommeux, puis Sanglants, sous forme de crachats hémoptoïques ou teintés en rose d’une façon homogène. Certains auteurs cependant ont observé des caractères de l’expectoration qui pourraient, d'après eux, suffire à un diagnostic macroscopique.
En réalité cel aspect macroscopique ne peut donner une certitude que seul l’examen bactériologique est capable de fournir.
Dans ce but, il convient d'effectuer l’examen sur des crachats récemment émis; on à alors sous les yeux l'aspect précédemment décrit montrant une grande abondance des éléments parasitaires avec leur polymorphisme caractéristique. Si, au lieu d’être précoce, l'examen n’est pratiqué qu'après plus'eurs heures, il se produit une véritable « sputolyse » (Dalimier) portant à la fois sur les hématies et sur les spirochètes qui finissent par ne plus être perceptibles. Ces derniers se trouvent en plus grand nombre dans les parties cruoriques des crachats; ce sont donc ces dernières qu'il faut de préférence soumettre à l'examen. Enfin, dernière précaution indispensable : faire des préparations minces pour éviter une trop grande épaisseur de gangue gommeuse, dont la coloration risquerait de masquer les parasites.