CARACTÈRES GÉNÉRAUX
Les pirop'asmes sont des Hémalozoaires endoglobulaires, responsables de diverses infections se développant chez les bovidés, les ovidés, les équidés, le chien, e‘c.
Ce sont en général de petits éléments arrondis, ou de préférence ovalaires, renfermant un noyau etun blépharoplaste. Ils siègent dans les hémalies des animaux qu'ils infectent; on les décèle en grand nombre daus la rate, où ils peuvent se trouveren dehors deshématies.
La coloration s'effectue par les procédés usilés pour la coloration de l'Hématozoaire du paludisme: les méthodes de Laveran, de Giemsa sont les procédés de choix. Le protoplasma présente une teinte bleutée; les éléments chromaliques de chaque parasite sont rouge violacé.
Leur reproduction s'effectue par schizogonie el sporogonie. Les schizontes, corps arrondis, situés dans les globules rouges ou à l’état libre dans le plasma, bourgeonnent pour donner naissance à un certain nombre de mérozoïtes. Les corps piriformes, intraglobulaires (sporontes) se reproduisent par division longitudinale. Cette reproduction est donc asexuée.
La reproduction sexuée ou sporogonie s'effectue dans l’organisme des tiques qui assurent la propagation des animaux malades aux animaux sains. Les sporontes se transforment en macrogamètes et microgamétocytes : les premiers sont sphériques, les derniers cunéiformes. Le zygole (microgamète fécondé) est vermiculaire.
Les piroplasmes sont cultivables dans du sang citraté à la température de 37°. Les parasites s'arrondissent et perdent leur chromatine ; on voit ensuite le noyau se relormer et se diviser en plusieurs corps arrondis s’entourant de protojlasma. Les corps arrondis, qui prennent l'aspect de spores, donnent dans la suite des piroplasmes sphériques, mais jamais piriformes.
La transmission de ces parasites s’effectue par l'intermédiaire des
PIROPLASMA BIGEMINUM. 997
tiques. Ces insectes absorbent, avec le sang, les piroplasmes qu'il conlient, mais l’infestation n’a lieu que par les filles des tiques qui ont sucé le sang des animaux malades.
PIROPLASMA BIGEMINUM.
Piroplasmi bigeminum est l'agent pathogène de la fièvre du Texas des bovidés (Smith et Kilborne), de l'hémoglobinurie du bœuf, qu’on a observée en Finlande et en Afrique australe, de la malaria bovine, de la tristeza des bovidés, sévissant en Argentine.
Celte piroplasmose se manifeste par de l'hémoglobinurie accompagnée de fièvre, d'inappétence, d'amaigrissement, de parésies diverses, d’anémie marquée avec fluidilé et pâleur du sang, tous ces symptômes aboutissant presque fatalement en quelques jours à la mort. L’autopsie montre des ecchymoses sous-cutanées, une rate hypertrophiée, des reins gros et congestionnés, parfois des foyers d'hépatisation pulmonaire.
Morphologie. — Dans le sang, Laveran et Nicolle ont décrit le parasite sous deux aspects:
On constate, en effet, dans les hématies, des parasites arrondis, de 1 & à 12,5 de diamètre; une hématie peut héberger plusieurs éléments semblables. Les plus volumineux subissent la schizogonie: le noyau s’allonge, puis se divise ainsi que le protoplasma.
En outre, on perçoit des éléments piriformes longs de 2,5 à3 u. Dans la portion renflée, se (trouve le noyau avec le blépharoplaste. Lignières a vu, dans certaines formes libres, l'extrémité pointue se continuer par une sorte de‘ilagelle.
Ces parasites piriformes (sporontes) se multiplient suivant le mode asexué, par division longitudinale. Introduits dans le tube digestif des tiques, ils subissent la sporogonie. |
Dans la rate, ce sont les éléments arrondis qui dominent; ils S'y multiplient activement en dehors des cellules et envahissent les hématies à la faveur de leurs mouvements amiboïdes.
Infection expérimentale. — A part le bœuf, tous Les animaux sont réfractaires à l'infection expérimentale. Chez lui, linoculation sous-cutanée, intraveineuse, de sang riche en Piroplasma bigeminum confère sûrement la maladie, qui évolue comme dans les conditions naturelles.
Transmission. — La transmission s'effectue par plusieurs variétés de tiques (Ixodus bovis, Rhipicephalus decoloratus, Boophilus bovis).
Immunité. — Une atteinte de piroplasmose confère l'immunité;
998 PIROPLASMES.
une inoculation virulente chez des animaux guéris de cette infection reste sans résullat. Mais leur sérum n’est doué d'aucune propriété préventive ni curative.
PIROPLASMA PARVUM.
Cet autre piroplasme infecte aussi les bœufs ; on le nomme encore piroplasme bacillforme, La maladie revêt tantôt une allure aiguë, provoquant de la fievre, de l’ictère, de la diarrhée sanglante, et se terminant fréquemuwment par la mort; ou bien elle présente une allure lente à forme cachectique avec ictère chronique.
Morphologie. — Le parasite se présente sous trois aspects :
Forme annulaire et forme bacillaire dans l'infection aiguë ; il est doué de mouvements amiboïdes ; son protoplasma contient un amas chromatique.
Aspect punctiforme dans le type cachectique ; il est alors constitué par des amas chromatiques immobiles.
Inoculation. — Les inoculations restent négatives chez tcus les animaux. l Transmission, — La transmission s'effectue par des tiques (Rhipice-
phalus appendiculatus).
PIROPLASMA OVIS.
La piroplasmose du mouton se présente sous deux formes : une forme grave, mortelle, caractérisée par de l’anémie, de l’hémoglobinurie avec prostration très marquée ; une forme légère, restant souvent méconnue à cause de son allure siiencieuse.
L'agent pithogène a été découvert en Roumanie par Babés. Il a été bien étudié par Bonome en Italie, par Laveran et Nicole à Constantinople ; on. Pa retrouvé dans l'Afrique australe, aux Indes, en France. j
Il diffère peu du Piroplasma bigeminum et est transmis par les tiques du mouton (Æhinocephalus bursa). Une atteinte guérie assure l’immunité.
PIROPLASMA EQUI.
Les chevaux du Transvaal sont souvent atteints d’une pirop'asmose analogue à celle du bœuf (Theiler) ; Thiroux l'a observée à Madagascar, Pallin dans l'Inde.
Piroplasma equi, son agent pathogène, découvert par Laveran, ressemble beaucoup à Piroplasma bigeminum, mais est plus petit. Ilse transmet par Rhipicephalus Evertsi.
Le sang infecté est inoculable au cheval sain.
PIROPLASMA CANIS.
La piroplasmose du chieu, fréquente en France, au Sénégal, en Afrique australe, au Tonkin, etc., est proiuite par P. canis. Elle présente une forme aiguë et une forme lente.
Dansla forme aiguë, la température s'élève à 400; l’anorexie est complète ;
PIROPLASMA CANIS. 999
l’ictère, l’'hémoglobinurie se déclarent, la rate s’hypertrophie ; le sang est pâle et fluide ; des parésies surviennent, puis l'animal devient hypothermique et succombe entre le troisième et le dixième jour de l'affection.
La {orme lente se traduit par de l’arémie, de la faiblesse musculaire, parfois de la fièvre, rarement de l’ictère et de l'hémoglobinurie.
Morphologie. — L'aspect du P. canis rappelle très étroitement celui de P. bigeminum. Dans le sang, on décéle en effet, en plus ou moins grande abondance, des parasit-s surtout endoglobulaires, constitués par une masse protop'asmique qui paraît condens'e à la périphérie de l'élément et figure ainsi une membrane d’envelo:i pe; elle est pourvue d'un noyau. Ce : oyau est allongé et excentrique, ou au contraire central,
Le parasite revêt la forme ronde ou l’aspect piriforme (fig. 348).
Coloration. — Les procédés dérivés de la méthode de Romanowski conviennent bien. Nocard prélère la coloration de Laveran au bleu Borrel et à l’éosine; il y ajoute de la thionine
phéniquée. Le protoplasima est bleu ; Fig. 348. — Piroplasma cani . le noyau prend une teinte carmin.
Reproduction. — Les figures de reproduction s’observent mieux dans
lesang des viscères que dans celui de la circulation générale. Elle s’rffectue suivant le mode connu de la division longitudinale (schizogonie). Dans le tube digestif des tiques, elle s'effectue par sporogonie avec formation de zygotes, comme P. bigeminum.
Cultures. — Nocard n'a jamais pu arriver à cultiver ce parasite. Kleine, dans du sang défibriné dilué, a signalé des modifications d’aspect, mais sans multiplication appréciable.
Transmission. — La transmission s'effectue ici encore par des tiques (Dermacentor reticulatus, Hæmaphysalis læchi).
Inoculations. — L'inoculation sous-cutanée, intramusculaire,intraveineuse, de sang ou de tissus vasculaires provoque chez le chien seul, quand ces tissus contiennent le parasite, une piroplasmose analogue à l'infection spontanée. Les parasites apparaiss nt dans le sang après deux jours ; les premiers symptômes prennent naissance après une incubation de cinq à six Jours; elle est plus courte en cas d’inoculation intraveineuse.
Immunité. — Une première atteinte confère l’immunité. Nocard a montré qu le sérum de chiens guéris possède une action préventive faible; pour la mettre en évidence, il faut inoculer au moins 10 centimètres cubes de sérum, et encore la mort n'est-elle pas toujours empêcuée; on n’observe le plus souvent qu’un retard dans l'évolution de l'affection.
Toutefois, si l’on renforce l’immunité des animaux guéris par des injections répétées de sang virulent, la propriété préventive du sérum devient plus ma quée. Un tel sérum est encore doué de propriétés curatives s'il est injecté vingt-quatre à quarante-huit heures après une inoculation de virus tuant les témoins en cinq jours. Il est inefficace s’il intervient après l'apparition des parasites dans le sang.