‹ Précis de bactériologieChapitre 167 sur 197 · VIRUS DE L'ENCÉPHALITE ÉPID IQUE · texte numérisé non relu

VIRUS DE L'ENCÉPHALITE ÉPID IQUE

Rosenow à vacciné des chevaux à l’aide de cultures du Streptocoque polymorphe qu’il suppose. être l’agent spécifique de la poliomyélite. Le sérum des chevaux s’est montré actif in vitro et in vivo à titre préventif chez le singe inoculé avec du filtrat de moelle virulente. Nuzum et Willy ont fait des essais analogues.

De nombreux auteurs ont cherché vainement par les procédés habituels (culture des centres nerveux, hémocultures, etc.) à mettre en évidence le virus de l’encéphalite épidémique.

Ce n’est qu’à la faveur de la reproduction expérimentale de l'infection, que la nature du virus put être soupçonnée.

Reproduction expérimentale. — En mai 1919, Strauss, Hirschfeld et Lœwe inoculent à un singe, par voie cérébrale, une émulsion de centres nerveux provenant d’un sujet mort d’encéphalite. Quelques jours plus tard, l’animal succombe, présentant, outre des lésions méningitiques, des hémorragies punctiformes ce l'écorce et une infiltration périarticulaire.

En octobre de la même année, les mêmes auteurs inocu'ent avec succès au lapin le filtrat de sécrélions naso-pharyngées de malades atteints d'encéphalite.

Les expériences de Levadili et Harvier sont arrivées à des résul- {ats définitifs plus intéressants :

Une émulsion de substance grise, prélevée au niveau de l'écorce cércbrale d'un sujet ayant succombé à l’encéphalile, est inoculée (0ce,2) dans le cerveau de deux lapins et d’un singe : un des lapins mourut le huitième jour; l'examen des centres nerveux décela des lésions caractéristiques d'encéphalite de l’écorce et du mésencéphale. Les deux autres animaux restèrent indemnes.

Le cerveau du lapin ayant contracté l'infection expérimentale put servir ensuite à effectuer des passages successifs chez le lapin. Les auteurs obtinrent ainsi un virus fixe, tuant le lapin le quatrième, le cinquième ou le sixième jour, après avoir présenté des symptômes de torp:ur, de myoclonie, d'irritation méningée et des lésions typiques.

Plus tard, ils établirent que le virus, après plusieurs passages sur le lapin, devient pathogène pour le singe et le cobaye.

Voies d'introduction expérimentale du virus. — En variant les voies d'inoculation, Levaditi et Harvier ont pu déterminer que le virus pouvait exercer son pouvoir pathogène quand il était introduit non seulement dans la substance cérébrale, mais

1046 MICROBES ULTRAMICROSCOPIQUES.

encore dans les nerfs périphériques (nerf sciatique), par voie oculaire, par voie testiculaire et enfin, fait plus intéressant au point de vue épidémiologique, par voie nasale ; toutefois, injecté par cette voie, la muqueuse restant saine, il est dénué d'efficacité ; l’expérience ne réussit que si la muqueuse est préalablement lésée par scarification ou une inflammation artificielle (badigeonnage à l'huile de croton, par exemple); les lésions sont identiques à celles qu’on oblient par la voie nerveuse directe.

Par les voies péritonéale, veineuse et trachéale, les résultats sont toujours restés négatifs. Il en est de même de la voie sous-cutanée.

On peut dès lors supposer avec Levaditi et Harvier que, chez l’homme, le virus pénètre par la muqueuse nasale préalablement irritée ou enflammée, puis gagne l’encéphale en suivant les filets nerveux du nerf olfactif, de même aussi le nerf optique : inversement il s’éliminerait en retour par la même voie, « La voie nerveuse serait donc la voie de pénétration et d'élimination du virus au niveau des fosses nasales. »

Siège du virus. — Le virus semble siéger uniquement dans les centres nerveux. Chez le lapin atteint d’encéphalite expérimentale, il en est de même; à retenir que le virus siège non seulement dans le cerveau, le mésencéphale, mais aussi dans la moelle ; les expériences de Levaditi et Harvier leur ont permis également de le déceler dans la rétine (rétine disséquée aseptiquement et inoculée dans le cerveau) et dans le nerf optique.

Par contre, le virus est absent dans le sang, la moelle osseuse, le poumon, le rein, la rate, le foie et les glandes salivaires.

Nature et propriéiés du virus. — Les observations microscopiques, de même que les multiples cultures effectuées sur le sang, les centres nerveux, le liquide céphalo-rachidien, les viscères, sur des milieux variés, n’ont donné que des résultats négatifs.

Il résulte des expériences de Levaditi et Harvier que le virus de l’encéphalite épidémique rentre dans la catégorie des virus filtrants. Il traverse assez aisément en effet les bougies Chamberland 1 et 3.

Ce virus conserve sa virulence après dessiccation dans le vide en présence d’acide sulfurique, et après dessiccation au contact de la potasse.

Ce virus ne paraît pas neutralisé par le sérum des convalescents d’encéphalite épidémique. :

Enfin, contrairement à ce qu'on a pu penser, il est totalement différent du virus de la poliomyélite. Les expériences de Levaditi et Harvier en ont apporté la démonstration la plus évidente :

Un singe ayant résisté à des inoculations intracérébrales succes-

sives (3 injections à six à sept jours d'intervalle) reçoit du virus poliomyélitique par voie cérébrale : il succombe neuf jours après avec des signes évidents de poliomyélite.

Dans une expérience inverse, deux lapins reçoivent sous la peau, à deux reprises, 5 centimètres cubes d’une émulsion virulente de moelle poliomyélitique; dix jours après, on leur inocule dans le cerveau une émulsion de virus d’encéphalite. Ils succombent tous deux, le quatrième et le cinquième jour, avec des lésions intenses d'encéphalite.

Il n'existe donc aucun rapport de spécificité entre les virus de la poliomyélite et de l’encéphalite. D'ailleurs les résultats de l’expérimentation parlaient déjà en ce sens puisque, à l'inverse de ce dernier, le virus de la poliomyélite est directement pathogène pour le singe et totalement dépourvu de virulence pour le lapin et le cobaye.

Maladie infectieuse, {transmissible par inoculation directe, la rage humaine provient de la rage des animaux et plus particulièrement du chien, du chat, du loup.

Siège du virus. — L'observation clinique, puis l’expérimentation ont fixé d’une façon précise le siège du virus rabique.

La rage survenant après morsure par un animal enragé, il était hors de doute qu'il était contenu dans la salive. Sa virulence fut démontrée expérimentalement en 1813 par Gruner et le comte de Salm, puis par Magendie et Breschet, qui, inoculant la salive buccale d’un homme atteint de rage à deux chiens, virent l’un d'eux devenir enragé. Hertwig démontra bientôt la virulence de la sa!ive parotidienne. Des expériences ultérieures confirmèrent cette donnée. Nocard et Roux établirent dans la suite que la salive était virulente trois jours avant l'apparition des symptômes initiaux, à une époque, par conséquent, où la maladie n’est révélée par aucun phénomène morbide appréciable.

Le siè2e électif du virus rabique est assurément le système nerveux (Gallier, Pasteur, Chamberland et Roux). L'expérience montre que l’inoculation de fragments d’encéphale, de bulbe, de protubérance, de moelle, de liquide céphalo-rachidien, est certainement suivie de rage; c’est le bulbe qui paraît le plus virulent. Que l’on recueille, en effet, Le bulbe d’un enragé, et qu’on en inocule une parcelle sous la dure-mère (Pasteur) d’un chien ou d’un lapin, ces animaux prendront la rage après une incubation variable de douze à quinze jours.

1048 MICROBES ULTRAMICROSCOPIQUES.

Roux à démontré la virulence des nerfs périphériques, mais elle serait inconstante.

Le virus rabique se trouve encore dans le mucus bronchique (Paul Bert). Le pancréas, les capsules surrénales, la glande lacrymule, la glande mammaire peuvent le contenir encore.

Le sang, la lymphe, les ganglions lymphatiques, le foie, la rate, l'urine ne sont pas virulents.

Inoculation aux animaux. — L'inoculation aux animaux peut s’effectuer suivant plusieurs procédés :

Nousavons déjà vu qu'introduitaprès trépanation sous ladure-mère, le virus rabique (virus des rues) conférait la rage après douze à quinze jours. Le bulbe d’un lapin ainsi enragé, inoculé de la même manière à de nouveaux lapins, donne des résultats identiques, mais, au fur et à mesure des divers passages effectués, la période d’incubation diminue pour n'’atteindre que six à sept jours, durée qui désormais devient fixe. C’est ce qu’on appelle le virus fite.

La rage peut être encore provoquée par inoculation dans la chambre antérieure de l'œil.

L'inoculation sous-cutanée semble moins constante dans les résultats obtenus : le tissu adipeux, en effet, d’après Hermann, nest guère favorable à l'absorption du virus : on admet d’ailleurs que les animaux gras, inoculés par cette voie, prennent moins souvent la rage que les animaux maigres. L’injection intramusculaire est plus sévère que l'injection sous-cutanée.

Résistance. — Le virus rabique, très sensible à la chaleur, est rapidement détruit par une température de 90 (Roux), en vingtquatre heures par une température de 450. Il résiste au contraire au froid : Gibier a conservé à — 109 pendantdix moisun cadavre de lapin rabique : son virus était encore doué de virulence.

La dessiccation anéantit rapidement cette propriété. Pasteur a obtenu l’atténuation du virus rabi que, voire mè ne sa destruction, en exposant à l'air sec à 230, pendant six jours, une moelle de japin : dans le vide, à la même temp:rature, la virulence est conservée pendant trente jours environ.

Nature du virus. — L’inoculabilité, la transmissibilité en sér.e du virus rabique prouvent indiscutablement qu'il s’agit d'un être animé et vraisemblablement d’un microbe. De nombreux auteurs l’ont recherché : Pasteur avait constaté dans le tissu nerveux central la présence de corpuscules arrondis, réfringents. |

Fol aurait pu iso'er et même cultiver des granulalions rondes observées dans les coupes de moelle. Babès aurait donné la rage après inoculation de cultures d’un microcoque venant de Ja sub-

stance nerveuse. Bruschettini découvre un Bacille; Memuro un Blastomycète; Negri, Guarnieri ont décrit des Protozoaires.

En 1903, Nescri découvre dans le cerveau de chiens, puis d'hommes morts de rage, des corps particuliers (corps de Negri), surtout dans les cellules nerveuses de la corne d’Ammon. Pour lui, il s'agissait du parasite de la rage ; pour Babès, ces corpuscules sont le résultat d’une réaction de la cellule, due à l'invasion du viris rabique.

P. Bert, Nocard, Roux avaient remarqué qu'en filtrant le virus

rabique sur bougie Chamberiand, le filtrat était dénué de virulence, alors que le résidu restant sur le filtre conférait la rage à l'animal inoculé.

- En 1903, Remlinger démontre que le filtre Berkefeld peut laisser passer le virus en question, car, avec le filtrat, il peut donner la rage aux animaux. D’après ces constatations, on était en droit de conclure qu'il s’agit d’un virus filtrant.

La filtration doit être effectuée sur un cerveau entier de lapin, broyé dans un mortier; à la pulpe très fine obtenue, on incorpore 300 à 400 ‘entimètres cubes d’eau. On inocule dans la dure-mère Occ,50 à 1 centimètre cube de filtrat. On obtient ainsi 30 p. 100 de résultats positifs. |

Récemment Noguchi, ensemençant du cerveau et de la moelle d'animaux (lapins, cobayes, chiens) atteints de rage expérimentale, a obtenu des corpuscules granulaires minuscules, à la limite de Ja visibité ; à côté d’eux, il a constaté l'existence de « corpuscules pléomorphiques chromatoïdes » un peu plus volumineux. Ces corpuscules se colorent bien par le Giemsa.

Le milieu de culture employé a été celui que Noguchi avait u ilisé pour la culture du Tréponème.

Enfin, l'inoculation des cultures au chien, au lapin, au cobaye, reproduit chez ces animaux la rage expérimentale. Les frottis de cerveau de ces derniers ont montré l'existence constante des corpuscules décrits. Ces faits semblent montrer le rôle pathogène spécifique des corps découverts par Noguchi. Il s'agirait alors d’un virus filtrant, mais non invisible. ” :

Vaccination. — Vaccination par virus attérué (Pasteur). — Pasteur avait observé que les rares chi:ns qui survivaient à la rage expérimentale étaient devenus réfractaires à de nouvelies inoculations. De tels faits lui faisaient entrevoir la possibilité d’une vaccination préventive, d'où l’idée d'obtenir un virus incapable de tuer le chien, mais capable de lui conférer l’immunité. 1l arriva au but cherché en atlénuant sa virulence. Voici comme il procéda tout d’abord :

Pasteur remarqua qu’en transportant la rage du chien au singe,

1050 MICROBES ULTRAMICROSCOPIQUES.

au fur el à mesure qu'on effectuait ces passages, la période d’incubation de la rage conférée au singe se prolongeait, et la virulence du tissu nerveux s’affaiblissait. Par contre, elle s’exaltait en passant du singe au lapin, et la pér:ode d'incubation pour ce dernier devenit de plus en plus courte, jusqu'à ce qu’elle eût atteint le chiffre minimum de six à sept jours, taux où elle reste alors invariable (virus fixe\. Il obtenait ainsi des virus d'activité différente.

En inoculant au chien, sous la peau, des moelles de virulence minime, pu's progressivement cro ssante, l'animal devenait réfractaire; il possédait l'iminuni'é contre un virus actif au maximum, introduit dans le cerveau,-après trépanation. Ce fut l’objet d'une communication retentissante à 1 Institut, en 1884; devant une commission de contrôle, il fit l'expérience suivante : 19 chien; vaccn s restèrent réfractaires aux inoculations virulentes, qui amenèrent la mort de 14 chiens témoins; de plus, 23 chiens vaccinés furent impunément soumis aux morsures de chiens enragés : les témoins contractèrent la rage dans la proportion de 66 p. 100.

La grande découverte était faite, il fallait rendre la méthode pratique. En 1885, Pasteur, Chamberland et Roux annoncent le résultat de nouvel'es recherches, au cours desquelles ils ont atténué le virus rabique en soumettant à la dessiccation la moelle de lapin mort du virus fixe. La technique était la suivante: dans un flacon fermé à la ouate et dont le fond renferme des fragments de potasse, on suspend les moelles; la virulence s’atténue de jour en jour ; elle est nulle vers Le treizième ou quatorzième jour. L’injection de ces moelles, en commençant parles moins virulentes eten continuant par celles dont la virulence est de plus en plus accusée, confère l’immunité aux animaux en expérience.

Il ne re:tait plus qu'à tenter la vaccination chez l’homme. Le premier essai fut tenté chez Joseph Meister, mordu par un chien enragé, et porteur de blessures multiples et profondes qui devaient entraîner fatalement la mort. J. Meister resta indemne.

Au début de ces essais, Pasteur injectait des moelles du quatorzième, puis du treizième, douzième jour, etc., jusqu’au cinquième ; le traitement durait donc dix jours. Il reco:.nut que cette méthode était insuffisante pour les cas graves, où il faut intervenir plus activement ; dans ce traitement intensif, il utilisait dès le troisième jour Les moelles du sixième our ; au quatrième, les moelles virulentes. C’est actutilement la méthode la plus employée : suivant la gravité des cas, le traitement dure ainsi de quinze à vingt-deux jours.

Les injecticns vaccinantes sont pratiquées sous la peau des hypocondres; elles sont à peine douloureuses. Souvent elles sont sui-

vies d’érythème local et de démangeaisons, mais d'aucune réaction générale.

Pour se rendre compte de l'efficacité des vaccinations pas'oriennes, il suffit de connaître le résultat des vacc nations opérées depuis l'origine du traitement sur des milliers d’individ s mordus : les statistiques de l’Institut Pasteur et des autres instituts antirabiques sont éloquentes à cet égard : en effet, la mortalité globale s'élève environ à { p. 109, alors que la moyenne des cas non vaccinés donnait une léthalité de 16 p.100. Mais de cette mortalité globale on peut défalquer les cas où la rage se déclare moins de quinze jours après Les dernières inoculations, et où la vaccination n’a pas eu le temps de déterniner des réactions rendant l'organisme réfractaire; dans ces conditions, la mortalité rectifiée s’elève en général à 0,30 p. 100. On voit par ces chiffres les immenses services qu'a rendus la découverte immortelle de Pasteur.

Vaccination par sérum-virus (A. Marie). — À. Marie a modifié le traitement préventif pastorien en addilionnant le virus rabique de sérum antirabique; Remlinger a effectué la même technique :

« On broie finement1 gramme de bulbe de lapin de passage, eton prépare ainsiune émulsion dans 10 centimètrescubesde bouillon faible ou d'eau physio'ogique : on la pa:seà traversunlinge. À 2 centimètres cubes de cette dilution décimale on ajoute # centimètres cubes de sérum antirabique de mouton, et on injecte ce mélange (6 centimètres cubes) sous la peau du ventre, en deux points » (A. Marie).

On répète la mêmeinjection les trois jourssuivants, puis le malade reçoit les émulsions de moelle désséchée à partir du sixième jour.

Alors que les vaccinations pastoriennes donnent l'immunité après quinze jours de traitement, ce procédé confère une immunité rapide. En effet, Remlinger a montré que 60 centimètres cubes de sérum-virus pouvaient préserver de la rage un mouton, inoculé par injection intra-oculaire trois jours auparavant.

Sérum antirabique. — Babès montra que le sérum des animaux vaccinés contre la rage neutralisait in vitro le virus rabique. A. Marie, Remlinger préparèrent un sérum antirabique.

A. Marie inocule dans les veines du mouton une émulsion fine de virus des rues 0 1 de virus fixe (cer veau de lapin). I répète L'iujection trois fois à huit jours d’interval'e; deux semaines après la dernière, il inocule d'emblée le virus fixe sous la peau à doses ciois:antes. Un mouton recoit ainsi en ha't ou neuf semaines 3 grammes de cerveau rabique.

Alors que le sérum normal de mouton n’a aucune action immunisante, le sérum de mouton vacciné présente des propriétés anti-

1052 MICROBES ULLRAMICROSCOPIQUES.

rabiqres manifestes, puisqu'il neutralise la virulence des émulsions rabiques.

Toutefois, son emploi à titre préventif et curatif n’a pas encore donné les résultats auxquels on pouvait s'attendre.

VIRUS GRIPPAL.

Les recherches bactériologiques suscitées par la pandémie grippale de 1918-1919 auront contribué à faire dénier toute spécificité aux germes qui étaient accusés d'en être les agents déterminants.

Au même titre que le Streptocoque, le Staphylocoque, le Pneumocoque, etc., rencontrés fréquemment dans les humeurs et exsudats des grippés, le bacille de Pfeiffer, dont la spécificité avait cependant rallié le plus de suffrages, fut détrôné de cette qualité, et ne fut plus considéré bientôt que comme un germe d'association secondaire,- ou un «microbe de sortie », suivant l’expression de M. Nicolle.

Il résulte des travaux de Ch. Nicolle et Lebailly que le germe pathogène serait un virus filtrant et invisible.

Voici la technique employée par ces auteurs et par ceux qui les ont suivis dans cette voie :

Les crachats des grippés sont recueillis stérilement, puis additionnés d’une certaine quantité d’eau physiologique (10 volumes, par exemple); on défibrine, on homogénéise, on agite le tout dans un flacon stérile contenant des billes de verre ; on peut, soit laisser décanter et recueillir Le liquide surnageant, soit centrifuger, à la condition de centrifuger à faible vitesse et pendant une minute et demie. Le liquide surnageant est filtré d’abord sur papier, puis sur bougie. Même technique pour le liquide pleural, ou pour le sang. Le sang doit être prélevé le premier ou le second jour de la maladie, et (EUIRUTE dans des cas très graves. Les crachats peuvent ètre pris jusqu'au sixième jour.

Les bougies employées sont, suivant les pays, des bougies CH berland L,, L, ou Berkefeld N.

L’expérimentation sur les petits animaux n’a donné aucun résultat ; chez le singe et chez l’homme, elle a pu réaliser une affection analogue à l'influenza contractée dans les conditions naturelles. Voici les faits :

Les crachats d'un malade atleint de grippe non compliquée sont filtrés et inoculés à deux sujets de bonne volonté : l’un (vingtdeux ans) en reçoit 4 centimètres cubes sous la peau; l’autre

VIRUS GRIPPAL. 4053

(trente ans) en recoit 6 centimètres cubes dans les veines : le premier tombe malade au sixième jour et présente les symptômes classiques de la grippe : début brusque, céphalée, courbature générale, catarrhe oculo-nasal. Les températures, prises seulement le matin, ont été le premier jour de 390, le second de 389, le troisième de 379,5; deux jours plus tard, le malade est entièrement rétabli.

Les auteurs prirent comme témoin un singe quirecuten injection sous-conjonctivale et par instillation nasale des crachats non filtrés. IL tomba malade, comme le sujet" précédent, le sixième jour après l’inoculation.

Une deuxième expérience effectuée dans les mêmes conditions donna les mêmes résultats.

Les inoculations intraveineuses restèrent sans résultat.

Dujarric de la Rivière fit des expériences analogues et obtint un résultat positif avec le sang de grippé.

Un sujet volontaire reçoit #4 centimètres cubes de sang filtré de quatre grippés très graves (l’un d’eux est mort) ; aucune réaction locale, ni immédiate, ni tardive. Au quatrième jour, après un début assez brusque, céphalée frontale, intense et persistante, douleurs généralisées, mais particulièrement marquées dans les membres inférieurs (tibialgie) et dans les muscles de la nuque; douleurs lombaires peu intenses ; #sthénie; tempéralure autour de 38°, 380,2. Le cinquième Jour, disparition des douleurs ; un certain degré d'asthénie persiste; le septième jour, troubles cardiaques qui ont persisté un certain temps : douleurs précordiales, irrégularités du pouls, essoufflement.

Cunha, Magalhaes, Fonseca, opérant dans l'ignorance complète des expériences des auteurs européens, obtinrent les mêmes résultats.

Deux singes (Cebus et Jacchus penicillatus) sont inoculés par voiesouscutanée avec le sang filtré de deux malades gravement atteints, tout au début de leur infection : les deux singes présentent une réaction intense et prolongée, avec fièvre élevée; le second meurt au bout de douze jours.

Quatre singes inoculés avec du filtrat de crachats de grippés réagissent très fortement; un Afeles, inoculé dans le péritoine, est particulièrement atteint avec réaction thermique nette et prolongée.

Yamanouchi, Ilvashina et Sakakami obtinrent des résultats semblables, avec le filtrat du sang et des crachats de grippés introduits dans le rhino-pharynx ou sous la peau. Bradford à Etaples, Bowmann et Connor à Abbeville obtinrent chez le singe des résultats identiques par injections sous-conjonctivales de filtrats de crachats. | |

Tels sont les résultats acquis actuellement; si les expériences n'ont pas permis une identification plus complète du virus grippal,

1054 MICROBES ULTRAMICROSCOPIQUES.

il semble bien que ce dernier doive rentrer dans la catégorie des virus filtrants.

Ces faits ont d'autre part servi de base à la démonstration expérimentale de l’irnmunité grippale.

Dujarric de la Rivière avait déjà observé qu'un badigeonnage de la gorge, du rhino-pharynx et d: la muqueuse nasale du sujet qu’il avait infecté expérimentalement quelque temps auparavant, n'avait provoqué aucun symptôme ; il avait pensé qu'il avait ainsi, lors de la première expérience, acquis l’immunité.

Plus tard, Yamanouchi et ses collaborateurs injectent dans le rhino-pharynx ce 12 sujets le filtrat d une émulsion de crachats ; 6 d'entre eux ayant eu la grippe un ou deux mois auparavant, n'épouvèrent aucun symptôme ; les 6 autres présentèrent, trois jours après, une alieinte grippale.

Ces faits expéiimentaux coucordent d’ailleurs avec cette notion nouvellement acquise, qu'une première atteinte de grippe confère généralement une certaine immun'té.

Page 1