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CHAPITRE LXXX

L'analyse bactériologique des eaux constitue l'une des plus importantes et des plus délicates des applications de la bactériologie à l'hygiène.

Nous dirons quelques mots du prélèvement et du transport des échantillons avant d'exposer l’analyse bactériologique.

Opérations préliminaires. — Prélèvement; transport ; renseignements. — L'analyse doit porter sur l’eau telle qu'elle est réellement constituée, sans que les manœuvres nécessaires pour le prélèvement et pour le transport amènent des modifications d'aucune sorte, par suite de contaminations accidentelles.

Tout le matériel nécessaire pour les prélèvements et le transport doit être fourni, sur demande, par les laboratoires de bactériologie

l. Prélèvement des échantillons. — Prélèvement à une canalisation. — On prépare des récipients convenables.

Des bouteilles à goulot étroit, de 125 à 250 centimètres cubes, conviennent parfaitement. Le flacon est lavé soigneusement à plusieurs reprises, séché, bouché à la ouate, entouré de papier et stérilisé au four Pasteur; on stérilise en même temps un bouchon, entouré de papier. Après stérilisation, le tout est placé dans un étui métallique.

Au moment voulu, faire couler l’eau pendant quelques minutes, pour vider les conduites où elle a pu demeurer stagnante. Déboucher ensuite le flacon, sans toucher à son orifice ; flamber rapidement l’orifice, laisser refroidir, remplir jusque près de la racine du col. Saisir le bouchon de liège par son extrémité large, obturer l'orifice, Couvrir le bouchon de cire à cacheter, pour assurer l’étanchéité. On place enfin sur le flacon une étiquette, indiquant la provenance de l'échantillon, son numéro et le jour du prélèvement.

IL est préférable de prélever deux flacons différents pour chaque échantillon.

Prélèvement dans une rivière. — Il faut éviter de recueillir la vase du fond, la terre du bord et les poussières de la surface.

On utilisera le même flacon que ci-dessus ; le saisir avec une longue pince à mors coudés, plonger en plein courant un peu au-dessous de la surface. Si la pince est trop courte, amarrer le flacon sur une perche.

Prélèvement dans les réservoirs profonds ou lespuits. — Quand il s'agit d'ouvrages récents, il faut tout d’abord se débarrasser des débris de maçonnerie et des détritus divers en laissant se remplir et épuisant plusieurs fois de suite le puits ou le réservoir.

Le prélèvement peut être opéré comme ci-dessous (Voy. Prélèvement en profondeur). Il suffit, en pratique, de fixer le flacon par son goulot à une corde stérilisée, de longueur convenable : le descendre débouché, laisser remplir, remonter, et opérer ensuite comme plus haut.

Prélèvement en profondeur. — a. Pour des profondeurs modérées (2 à 8 mètres environ), on peut se contenter d’un dispositif très simple : amarrer le flacon, muni de son bouchon, à l'extrémité d’une perche: passer à travers la partie libre du bouchon l'extrémité d’unlong fil métal. — lique. Faire plonger la perche ; une fois arrivé à la profondeur voulue, tirer le fil d’un coup sec; le bouchon saute et le flacon se remplit.

b. Quand la profondeur est plus grande, il est préférable de s'adresser à des appareils spéciaux. Les modèles sont nombreux. Citons celui de Miquel (fig. 362). On effile et coude l’extrémité M d'un matras d’essayeur, on flambe fortement tout l'appareil, et on ferme l’extrémité libre avant refroidissement; il se fait ainsi un vide partiel. Le matras est fixé dans un encadrement métallique portant un poids en plomb P à sa partie inférieure; une corde A soutient l’ensemble, pendant qu’un fil métallique B est passé en col- Fig. 362. — Appareil de lier autour du coude du matras. Pour l'usage :

Miquel pour prélever les faire plonger en tenant par la corde; à la profon-

Dr oct deur voulue, casser l’effilure en tirant sur le fil.

IL Transport. — Quand la chose est possible, il. vaut mieux faire les ensemencements sur place. Dans la pratique, on est presque toujours obligé d’expédier les échantillons à un laboratoire. A la condition d’être bien compris, ce transport n'a d ailleurs pas d’inconvénient sérieux.

Le transport doit être exécuté le plus rapidement possible, à basse température.

IL est démontré qu'aux environs de 0° la composition bactérienne de l’eau demeure à peu près stationnaire, au moins pendant le laps de temps habituellement nécessaire pour les transports les plus éloignés. Au contraire, à la température ambiante, les germes pul-

luient avec une très grande rapidité. Ainsi, Miquel trouve dans l’eau de la Vanne 48 microbes par centimètre cube sitôt après le prélèvement; 38000 après séjour de vingt-quatre heures sur la table du laboratoire ; 425000 après deux jours.

Lorsqu'un échantillon d'eau arrive au laboratoire à une températur élevée, supérieure à 89, les résultats de l'analyse ont donc toutes chances d'être faussés, par suite de la multiplication accidentelle des germes.

En pratique, on opère généralement ainsi: on remplit à moitié de sciure de bois, S, des caisses en bois, carrées - (fig. 363); on place au milieu les échantillons, enveloppés de leur étui; on entoure les étuis de glace, G, en gros morceaux (8 à 15 kilogrammes en moyenne); la caisse est enfin remplie complètement de sciure de bois. Expédier par les voies les plus rapides, avec une étiquette très apparente : Échantidlon d'eau destiné à l'analyse Lbactériologique.

Ill. Renseignements. — A tout envoi d’échantillon sera jointe une feuille de renseignements ; on y consignera exac!ement et en détail toutes les observations épidémiologiques ou autres qui peuvent intéresser l'expertise. Nous conseillons de suivre le questionnaire ci-dessous, rédigé pour les expertises de l’armée :

Fig. 363. — Dispositif pour le transport des échantillons d’eaux.

(Lieu et date du prélèvement.) le 19 Feuilles de renseigenments

pour l’analyse bactériologique de l’eau de

Le médecin chargé de prélever les échantillons doit répondre de la manière la plus précise à toutes les questions ci-après :

1° Autorité qui a prescrit l’'anaiyse ;

29 Localité ou établissement alimentés par l'eau ; ;

3° Jour et heure du prélèvement ; |

49 Causes qui motivent l’analyse : épidémie de , Source à capter, appréciation de l’eau de boisson, etc ;

5° Origine de l’eau : source, émergence ou résurgence, puits, forage, rivière, lac, citerne, réservoir, eau de drainage, galerie filtrante ;

60 Point où l'échantillon a été prélevé. S'il s’agit d’une rivière, d’un puits, d’un lac, d'un réservoir, d’une citerne, indiquer la profondeur à laquelle l’eau a été puisée;

7° Faire connaître s’il existe des dépôts vaseux dans le puits, la citerne ou le réservoir ;

8° Influence des pluies, des fontes de neige ou de la sécheresse sur la

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limpidité de l’eau, sur son niveau et son débit habituels. Oscillations thermiques de l’eau, en été et en hiver;

99 Existe-t-il un périmètre de protection de la source ou du puits et quelle est son étendue ?

10° Le terrain avoisinanta-t-il des fissures ou des effrondrements? Quelle est sa nature? L'épreuve de la fluorescéine a-t-elle été faite?

119 Autres causes de souillure permanentes ou accidentelles de l’eau ; habitations, fosses fixes, fumiers, étables, lavoirs, abreuvoirs, égouts, cimetières, usines, etc. ;

12° Mode d'épuration auquel l'eau est soumise ;

139 Usage de l’eau : boisson, cuisines, lavabo, abreuvage des chevaux ;

1° Température ambiante au moment du prélèvement ;

Température de l’eau au même moment ;

15° Observations diverses.

Principes généraux de l'analyse bactériologique des eaux.

10 Sauf quelques exceptions (eau de sources profondes bien filtrées), les eaux renferment toujours des microbes ; elles les empruntent au sol qu’elles traversent, aux surfaces qu’elles lavent, aux poussières, etc. Le nombre des microbes contenus dans les eaux est, d’ailleurs, extrêmement variable, suivant une infinité de circonstances; mais il est établi que les eaux impures sont très riches en microbes, tandis que Les eaux pures en renferment généralement beaucoup moins. Aussi la simple numération constitue-telle un premier procédé d'appréciation.

2° Toutefois, la numération ne suffit pas à elle seule pour apprécier le degré de pureté des eaux; il est possible que parmi les microbes contenus dans une eau, et quelle que soit leur abondance, se trouvent des espèces pathogènes, spécialement le Bacille typhique et le Vibrion cholérique, agents de maladies ordinairement véhiculées par les eaux. Il faut donc chercher ces microbes: la recherche des microbes pathogènes constitue un deuxième procédé d'appréciation.

39 Mais il est avéré que la recherche du Bacille typhique dans les eaux est très dificile, pour ne pas dire illusoire, car les divers procédés d'isolement aboutissent à peu près uniquement à la découverte du Colibacille, à l'exclusion du Bacille typhique, même dans les eaux notoirement typhogènes. D'autre part, il ne suffirait pas de constater la présence ou l'absence du Bacille typhique ou du Vibrion cholérique ; il faut, en outre, s'assurer si l’eau est exposée à se trouver contaminée par ces microbes. Or, ces deux germes proviennent des excreta ou des cadavres; on conçoit, par suite, difficilement qu'ils puissent passer dans les eaux sans être accompagnés des microbes coastamment présents dans les exereta et les cadavres ; ces microbes constituent, en quelque sorte, leurs satel-

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