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CHAPITRE XXXVII

Ce Bacille a été découvert en 1890 par Pfeiffer dans les produits d'expectoration pulmonaire des malades atteints d'influenza ; ayant constaté son absence chez les sujets non grippés, il lui accorda un caractère despéeificité telqu’il le dénomma « Bacille de l'influenza ». Aussitôt après la publication de son travail, de nombreux auteurs confirmérent cette découverte (Kitasato, Weichselbaum, Huber, Klein, etc.). ;

Depuis quelques années cependant, cette spécificité grippale est contestée. En effet, le Bacille a été retrouvé tout d’abord en de nombreux cas où la grippe n’était pas en cause; on l’a rencontré dans les bronchopneumoniesoubronchites banales, dans les crachats de coqueluche, de rougeole, bref dans de multiples atteintes étrangères à l’influenza. De plus, en plusieurs épidémies de grippe, il a été décelé rarement; en d’autres, comme en 1904-1905 (Bezançon et Israels de Jong) il était absent.

Dans ces conditions, il est difficile d'attribuer à ce Coccobacille particulier la spécificité à laquelle Pfeiffer l'avait élevé. Il est néanmoins intéressant et utile à étudier, car à lui seul il peut provoquer des états infectieux qui ne semblent relever que de son action pathogène.

MORPHOLOGIE

Aspect microscopique.— Cegerme est un bâlonnet très court, très grêle (fig. 218), le plus petit des microbes pathogènes perceptibles au microscope ; ses extrémités sont arrondies; deux fois plus long que large, prenant par conséquent la forme d’un Coccobacille. Ses éléments sont isolés ou groupés deux à deux; il forme parfois des chainettes. A l'état frais, il est dénué de mobilité et ne sporule pas.

Dans les crachats, il se trouve parfois en amas et est parfois inclus dans les leucocytes ; on ne lui connaît pas de capsules.

Dans les cultures, il est un peu plus long ; il se montre parfois, d'après Klein, sous l'aspect de filaments strepto-bacillaires ; enfin,

dans les vieilles cultures, il subit des phénomènes d’involution (formes ovoïdes, en massue, ou allongées et sinueuses).

Coloration. — Le Bacille de Pfeiffer se colore faiblement par les couleurs d’aniline usuelles. Pour le bien percevoir, il faut recourir de préférence à l'emploi de la fuchsine de Ziehl diluée, ou de la thionine phéniquée, en ayant soin de prolonger la coloration pendant dix à quinze minutes. 1! ne prend pas le Gram.

Dans les coupes, il est en général assez peu perceptible. Pour le -

Fig. 218. — Bacille de Pfeiffer dans les crachats.

bien mettre en évidence, il faut, d’après Pfeiffer, laisser la coupe en. contact avecune solution de fuchsine diluée pendant trente minutes; décolorer et déshydrater par l'alcool absolu légèrement acétisé; arrêter la décoloration quand la teinte devient rose violacé; éclaircirau xylol et monter. Le Bacille de Pfeiffer se détache alors en rouge vif, tranchant sur le fond faiblement teinté en rose. |

Strictement aérobie, le Bacille de Pfeiffer ne donne aucune culture sur les milieux usuels (1). Celle-ci ne se produit que si on les addi-

(1) Toutefois il n'est pas rare d'observer une culture quand une parcelle de crachats a été ensemencée sur gélose ordinaire ; elle ne s’effectue qu'à la faveur des matières albuminoïdes

tionne de sang ou d'hémoglobine, ce qui lui a fait donner le qualificatif d'hémoglobinophile. Sur les milieux ainsi préparés, il pousse entre 25° et 42 ; 37° est la température optima.

Bouillon-sang. — En bouillon additionné de sang de pigeon, le Bacille de Pfeiffer pousse assez bien ; un trouble général apparait tout d’abord, puis des flocons blanchâtres se déposent au fond du tube, et le milieu s’éclaircit.

Gélose sang. — À la surface d’un tube de gélose ordinaire ou d’une boîte de Petri contenant ce milieu, on verse une ou deux grosses gouttes de sang que l’on étale (sang de lapin, de pigeon, sang humain). On ensemence une émulsion de crachals contenant le germe à l’étude. Après trente-six heures environ d’étuve à 37, se développent de très fines colonies transparentes, plus ténues encore que celles du pneumocoque, n'étant perceptibles presque qu'à la loupe: elles sont toujours isolées, jamais confluentes.

Sur sang gélosé, la culture présente le même aspect.

Les cultures provenant de l’ensemencement d’un crachat ne sont jamais pures; en même temps que le Bacille de Pfeiffer, on perçoit des colonies de Streptocoques, Staphylocoques, etc., provenant de la flore banale des voies respiratoires. Fait curieux, Grossberger a constaté qu’autour de ces colonies, celles qui appartiennent au Coccobacille sont beaucoup plus volumineuses, et, en vingt-quatre heures, sont perceptibles à l'œil nu ; Meunier, Rosenthal ont fait des constatations identiques.

Cette action favorisante peut d’ailleurs être prouvée par l’ensemencement des cultures.

Sur un tube de gélose-sang, on ensemence en surface une culture pure de Coccobacille. Après trois heures de séjour à l'étuve, permettant l'évaporation du liquide, on effectue desensemencements punctiformes à l’aide de sta hylocoques ; des colonies géantes de Coccobacille poussent en satellites autour des colonies de staphylocoque.

Rosenthal pense que cette action favorisante est due à une modification du milieu, produite par la sécrétion de substances par les germes surajoutés. Si, en effet, on coule dans une boîte de Petri une culture de staphylocoques tuée par la chaleur, et qu'on l’additionne de sang, on obtient un inilieu où le Coccobacille pousse sous forme de co'onies géantes.

Pour Neisser, cette action favorisante peut être mise en évidence dans les tubes de gélose ordinaire Ensemencé seul, le Coccobacille de Pfeiffer n’y pousse pas; en symbiose avec les bactéries précédentes, il y donne une culture.

Gélose-hémoglobine. — Les études de Pfeiffer ont montré que la substance qui, dans le sang, permettait la culture de son Coccobacille était l’hémoglobine. Huber a additionné la gélose d’hémo-

nutritives du crachat lui-même apporté avec l’anse de platine. Mais, si on repique sur gélose ordinaire les colonies qui y ont poussé, cette culture reste stérile,

globine cristallisée. La culture présente le même aspect que sur gélose sang.

Sérum liquide. — En sérum liquide où se trouve dissoute une cerlaine quantité d'hémoglobine, le Bacille de Pfeiffer pousse assez abondamment. |

Milieux vitaminés. — On sait par des travaux récents que l'influence favorisante des liquides naturels (sang, sérum, ascite, etc.) sur les cultures s'explique par la présence dans ces humeurs de vitamines de croissance.

Agulhon et Legroux ont appliqué cette notion à la préparation de

milieux très favorables au développement artificiél du bacille de Pfeiffer.

Méthode A. — On précipite du sang défibriné par quatre volumes d'alcool absolu ; après avortr laissé le contact s'établir pendant trente minutes on centrifuge pour éliminer l'alcool. On reprend alors le précipité par le même volume d’eau physiologique ; laisser en contact pendant uneheure, en agitant. Filtrer sur bougie Chamberland F. Leliquide ainsi obtenu est riche en vilamines.

Méthode B (recommandée), — Chauffer pendant quinze minutes au bainmarie à 80° du sang défibriné étendu de 4 volumes d’eau physio.ogique. Agiter fréquemment pendant cette opération. Filtrer à la bougie Chamberland F.

On obtient ainsi une solution aqueuse de teinte brunâtre, un peu opa- Jescente, plus active que la solution obtenue par le procédé précédent.

Ces solutions ajoutées aux milieux usuels à la dose de 5 ou 10 p. 100, permettent d'obtenir des cultures abondantes de Bacille de Pfeiffer.

Les expériences ultérieures montrèrent aux auteurs que les vitamines se trouvent fixées dans le stroma globulaire.

Vitalité, résistance. — Le Bacille de Pfeiffer, dans les cultures, est très fragile ; conservé à la température du laboratoire, il succombe en cinq ou six jours (Rosenthal). D'après Bezancçon, la vitalité est plus grande dans les milieux additionnés d'hémoglobine, surtout en sang gélosé; il y vivrait dix à quinze jours et pourrait èlre conservé par des repiquages successifs.

La dessiccation le tue en deux heures à 37°, en un jour à La température du laboratoire. La chaleur (température de 56°) Le fait rapidement succomber.

Dans les crachats sa résistance est plus forte ; il peut y rester vivant pendant deux semaines environ.

Production de toxine. — Plusieurs auteurs ont constaté que les cultures tuées (chaleurouchloroforme) étaient douées de toxicité pour l'animal {L. Martin et Dujardin-Beaumetz).

Les expériences de Slatinéano tendent à prouver qu'il s'agit d'une toxine retenue par le corps microbien, en un mot une endotoxine. On tue par chauffage à 56° une émulsion de bacilles obtenus par raclage de culture sur gélose-sang; on centrifuge, puis on dessèche. Additionner 0*,25 de la poudre obtenue de 10 centimètres cubes d’eau distillée et de sérum normai de cheval à parties égales ; conserver à la glacière pendant douze heures et centrifuger à nouveau ; le liquide décanté est toxique pour le cobaye en injection intrapéritonéale (5 centimètres cubes) et intracérébrale (1/20 de centimètre cube).

Agglutinabilité. — L'agglutination, nulle avec le sérum de l’homme grippé, est au contraire positive avec le sérum des animaux vaccinés contre ce germe.

Chez l'homme. — Le Bacille de Pfeiffer se rencontre dans la muqueuse des voies respiratoires à l’état saprophytique; mais, à l’occasion, il peut devenir virulent et pathogène, et déterminer, seul ou associé à d’autres germes d'ordre banal, des infections graves de l'arbre respiratoire, el même exercer au loin son action nocive.

Il se localise de préférence, et avec une certaineélectivité, sur Les muqueuses respiratoires, depuis les fosses nasales jusqu'aux plus fines bronchioles. Il détermine des bronchopneumonies, des pleurésies surulentes. En pathologie infantile, il n’est pas rare de le voir s'associer aux virus des fièvres éruptives, notamment de la rougeole. Des méningites purulentes mortelles à Bacilles de Pfeiffer ont été signalées.

On a cru qu'il n’envahissait jamais la circulation sanguine. Cependant Cornil et Chantemesse, puis récemment Rosenthal, l'ont décelé dans le sang du cœur. Entre les mains de Ghedini, l'hémoculture, pratiquée pendant la vie, aurait donné 18 résullats positifs UF 20:

D'ailleurs, on le rencontre dans certaines ostéopériostites, qu'il ne peut provoquer qu'après envahissement de la circulation.

Action pathogène expérimentale. — La plupart des animaux sont peu sensibles à l’action du Bacille de Pfeiffer ; certains même sont réfractaires, tels Le porc, le rat, le pigeon, le chien.

Lapin. — Le lapin est peu sensible.

En injection sous-cutanée, le Coccobacille de Pfeiffer détermine des abcès et l'animal résiste.

- En injection intrapéritonéale, une péritonite purulentese déclare.

En injection intraveineuse, de fortes doses de culture (deux à trois tubes de gélose-sang) peuvent amenerla mort(Meunier, Elmassian); en certains Cas, l'animal meurt intoxiqué, car le sang reste stérile. En d’autres, on observe une véritable septicémie avec déterminalions broncho-pulmonaires et rénales.

En injection intracérébrale (Cantani, Slatinéano), la mort est rapide. Il en est de même quand l'injection est faite par la voie rachidienne (L. Martin et Dujardin-Beaumetz). ;

Cobaye. — Chez le cobaye, Delius et Kolle, Elmassian ont réaiisé une péritonite mortelle par injection intrapéritonéale. Infecté par les autres voies, le cobaye est très résistant.

Singe. — Pfeiffer a infecté des singes en leur inoculant directement dans la érachée des cultures de Coccobacille ou des crachats de sujets atteints d’influenza. Mêmes résultats par inoculation dars les fosses nasales où dans le parenchyme pulmonuire. D'après lui, les animaux présentent les symptômes de l’influenza humaine, mais ils survivent. Quand l'inoculation est mortelle, il se produit des lésions bronchopneumoniques semblables à celles de l’homme.

Associations secondaires. — Dans les cultures, on a vu l'action favorisante, in vitro, des colonies de germes banaux (Streptocoque, Colibacille, Staphylocoque doré) sur le développement des colonies du Coccobacille.

Cette influence s'exerce aussi in vivo. Rosenthal a inoculé dans le poumon du lapin une culture de Coccobacille et de Staphylocoque doré non virulent ; il détermina ainsi une congestion pulmonaire accompagnée de septicémie. Un résultat analogue fut obtenu par Jacobson, qui injecta dans les veines le Bacille et du Streptocoque; il obtint une septicémie due au Bacille de Pfeiffer. |

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