RECHERCHE ET IDENTIFICATION DES VIBRIONS CHOLÉRIQUES DANS LES EAUX
La recherche du Vibrion cholérique dans les eaux est plus délicate que la recherche dans les matières fécales, en raison del’abondance et de la multiplicité des vibrions non cholériques qu’elles peuvent véhiculer.
Le Vibrion cholérique pouvant être peu abondant dans l’eau incriminée, il est indispensable de faire la recherche sur une assez grande quantité d'eau, sur 100 centimètres cubes au moins ; quelques-uns conseillent même de la faire sur1 litre. Voici la technique habituel!e : p
Dans des fioles de Vivien jaugées à 200 centimètres cubes, om verse 20 centimètres cubes d’une solution de peptone dix fois plus concentrée que l’eau peptonisée habituelle (pour que, l’eau suspecte une fois ajoutée, le taux de concentration soit ramené à la normale), et on ajoute l’eau à analyser jusqu’au trait jaugeant 200 centimètres cubes. Après un séjour de huit à dix heures à l’étuve à 37, si l’eau contient des vibrions, un trouble se produit à la partie supérieure du milieu, et un voile léger à sa surface. Si l'examen microscopique de ce voile montre la présence de vi-
Le
VACCINATION. 631
brions, on pratique un ou deux passages sur eau peptonée, ‘à huit à dix heures d'intervalle et on pratique l'isolement sur milieux solides.
Pour cet isolement, d’aucuns préfèrent la gélose ordinaire au milieu de Dieudonné, car, dans ce dernier, les vibrions non cholériques poussent avec une abondance telle que leur culture exubérante masque ou empêche celle du Vibrion cholérique, La méthode de Dieudonné nous a cependant donné, pour les analyses d’eaux, d'excellents résultats.
Si l’on se méfie de la faible teneur de l’eau en Vibrions cholériques, il ne faut pas hésiter à faire la recherche sur une quantité plus grande, 1 litre par exemple. Pour opérer sur des volumes plus considérables, on pourrait filtrer l’eau sur bougies collodionnées ; on opérerait alors sur le résidu restant sur la bougie, émulsionné dans une petite quantité d’eau stérile.
On peut encore employer la méthode de Metchnikoff avec les solutions au pepto-gélo-sel.
L'identification s’opère sur les colonies isolées comme dans le cas des vibrions recueillis dans les matières fécales.
VACCINATION
Après les premiers essais de vaccination anticholérique tentés par Ferran en 1885, de nombreux procédés furent étudiés et proposés pour leur application à la vaccination humaine.
Méthodes de vaccination. —— Procédé de Ferran. — Le vaccin de Ferraa n’est autre qu'une culture en bouillon du Vibrion cholérique, dont il entretient la virulence et les propriétés vaccinantes par des cultures en gélatine à la température de 20°. Les cultures en bouillon fraichement préparé sont laissées à l’étuve à 37° pendant deux jours; puis il peut être utilisé pour la vaccination.
Procédé de Haïfkine. — Haffkine cherche avant tout à obtenir un virus exalté et fixe, en pratiquant plusieurs passages dans la cavité péritonéale du cobaye. Il ensemence alors le Vibrion cholérique ainsi traité dans du bouillon à la température de 39°, et dans une atmosphère constamment aérée, avec le dispositif connu de Roux et Yersin pour la préparation de la toxine diphtérique,
Procédé de Kolle. — Le vaccin de Kolle consiste simplement en une émulsion provenant de cultures sur gélose, chauffées à 569 pendant une heure.
Procédé de Wassermann. — Wassermann précipite par l'alcool absolu des cultures en bouillon âgées de trois jours, après les avoir évaporées au bain-marie à 80° jusqu à consistance sirupeuse. Il obtient ainsi une substance toxique pour le cobaye, qui, à dose minime, possède des propriétés vaccinantes.
632 VIBRION CHOLÉRIQUE.
Procédé de Strong. — On racle une culture sur gélose: on l’émulsionne dans de l’eau stérile à raison de 4 centimètre cube d’eau pour 20 milligrammes de culture humide : l'émulsion est chauffée à 60° pendant une heure, puis abandonnée à l’étuve à 37° pendant deux jours. On filtre au filtre Reichel, et le liquide obtenu, l'autolysat, constitue le vaccin anticholérique.
Procédé de Besredka. — Besredka a utilisé pour le choléra les vaccins sensibilisés qu'il a imaginés pour la peste et la fièvre typhoïde.
Tétra-vaccin de Castellani. — Castellani a préparé un vaccin quadruple dans la composition duquel entrent du Bacille typhique, des paratyphiques A et B, enfin du Vibrion cholérique dans les proportions suivantes : |
TYDRIQUE; 4,56 veu see CI AN EE TRE 2 parts Para AE SRE TR ET TEE 4 part ParasB7.,,,:4 2008 NN ONE . À part Vibrion Cholérique JR 2 parts
Ce vaccin est chauffé et additionné de 0,5 p. 100 de phénol,
Des expériences réalisées, il résulte que les animaux inoculés à l’aide de ce vaccin possèdent un sérum qui contient des agglutinines et des anticorps pour le Vibrion cholérique comme pour les autres germes.
Vaccin de Salimbeni. — Le vaccin préparé par Salimbeni à l'Institut Pasteur est constitué par des cultures sur agar âgées de vingt-quatre heures et chauffées à 57° pendant une heure ; il détermine chez les organismes vaccinés la production d'anticorps, témoins de l’immunité conférée. Cette agglutination apparait le cinquième jour après la dernière injection, pour atteindre son maximum vers le quinzième jour et décliner lentement à partir du deuxième mois. |
Vaccin de H. Vincent. — H. Vincent a préparé un vaccin anticholérique à l’éther : une culture sur gélose âgée de vingt-quatre heures est émulsionnée dans l’eau physiologique et agitée avec de l'éther. La masse liquide sedivise en deux couches dont l’inférieure seule est utilisée comme vaccin.
Des essais expérimentaux ont été réalisés sur le cobaye vacciné à l’aide de 0c,5 sous la peau ou dans le péritoine, puis 1 centimètre cube et enfin 1 centimètre cube ; dix à douze jours après la deuxième ou la troisième injection, les animaux reçoivent dans le péritoine 2 centimètres cubes d'une culture vivante âgée de vingt-quatreheures qui tue les témoins en quatorze à seize heures. Les cobayes vaccinés résistent,
Action de ces vaccins sur les animaux. — Tous les vaccins
préparés par les méthodes précédentes donnent chez l’animal des résultats sensiblement identiques ; l'injection sous-cutanée du vaccin, à dose telle-que la survie soit assurée, provoque une réaction locale et générale. Une fois que l’animal est revenu à la santé, il peut supporter impunément une ou plusieurs doses mortelles, alors que les témoins injectés dans les mêmes conditions succombent rapidement.
Le vaccin sensibilisé de Besredka ne provoque aucune action locale ou générale, et l’immunité qu'il confère est obtenue au bout de vingt-quatre heures; elle dure au moins six mois.
Les injections sous-cutanées préservent de la septicémie vibrionienne. Pour prévenir la péritonite cholérique, il est préférable d'injecter le vaccin dans le péritoine. Par contre, ces divers vaccins ne semblent posséder aucune action préventive contre le choléra intestinal des jeunes lapins à la mamelle (Zabolotny, Metchnikoff).
Effets de la vaccination sur l'organisme humain. —
1° Essais de vaccination par les voies digestives. — Hasterlik fit sur lui-même les premières tentatives. Il ingéra tout d’abord des cultures Sur gélatine, sans alcalinisation préalable de l'estomac. Aucun trouble ne s’ensuivit. Plus tard, il avala avec un de ses collaborateurs, pris comme témoin, une culture du même Vibrion, mais après avoir ingéré À gramme de bicarbonate de soude: Hasterlik resta indemne, tandis que son aide souffrit pendant p'usieurs jours d’une diarrhée de moyenne intensité.
Ces essais furent repris par Klemperer, qui, après avoir avalé en douze jours un demi-litre de culture en bouillon stérilisé à 70° pendant deux heures, limita ses recherches à la constatation des propriétés préventives développées dans son sérum sur la péritonite vibrionienne du cobaye.
Sawtchenko et Zabolotny firent des expériences comparables, sans éprouver le moindre trouble intestinal, mais l’absence de témoins enlève à leur expérience une grande partie de sa valeur.
Metchnikoff les reprit avec ses collaborateurs sur des bases plus rigoureuses; en certains cas, la vaceination paraissait efficace, en d’autres elle semblait négative. Metchnikoff en concluait que l’ingestion de cultures de Vibrions cholériques ne protégeait pas sûrement contre le choléra.
20 Essais de vaccination préventive par la voie sous-Cutanée. — La vaccination fut tentée tout d'abord sur un grand nombre de sujets par Ferran, puis Haffkine. ;
Ferran injectait son vaccin au niveau de la partie moyenne de la région brachiale postérieure : 1 centimètre cube à chaque bras, puis cinq à six jours après 1ec,5. 11 pensait avantageux, pour obtenir plus sûrement l’immunité, de pratiquer dans les mêmes conditions une troisième injection de 2 centimètres cubes.
Ces inoculations produisaient une réaction intense au point
634 VIBRION CHOLÉRIQUE.
d'inoculation : rougeur et chaleur; on observait en même temps de la fièvre avec courbature, sensation de malaise et parfois une diarrhée légère. La durée de ces (LOUBIES n’excédait habituellement pas trois jours.
La technique d’'Haffkine est la suivante : on pratique sous la peau du flanc une première injection de 1/10 à 1/20 de culture de virus atténué, puis, huit jours après, de virus fixe exalté. Les troubles locaux et généraux qui en résultent sont identiques à ceux qui précèdent.
Les slalistiques comparées des atteintes de choléra, observées par cet auteur chez les vaccinés et les non-vaccinés, paraissaient bien en faveur de l'activité immunisante du vaccin. Mais de nouvelles expériences étaient nécessaires pour juger définitivement la valeur de ces procédés :
Les vaccinations pratiquées à l’occasion des guerres récentes ont démontié l’eflicacité de la méthode.
C'est ainsi que pendant la guerre gréco-bulgare en 1913 (Sawes, Cardamatis) 150000 militaires environ ont été vaccinés contre le choléra ; les uns ont recu deux injections, d’autres une seule; enfin
un cerlain nombre n’a pas été vacciné. Les résultats ont été les suivants :
Vaccinés'deux-fois :Morbidiie ere 7 p. 1 000 — une fois. —- Re LORIE — Non'’vaccinés..:,,.,52,2 NN 93 —
Pendant la guerre de 1914-1918, un grand nombre de vaccinations ont été pratiquées dans l’armée autrichienne où le choléra sévissait avec intensité.
Dans l’armée de Galicie :
Chez les vaccinés deux fois..... 2 cas sur 10 000 hommes. — UTLETOIREA TAPER io Le 10 000 — Chez les non vaccinés.....… RE EE 10 000 —
Dans les autres armées, les taux de morbidité furent sensiblement les mêmes.
La vaccination a contribué encore à diminuer la morbidité dans des proportions importantes. Ainsi :
In 3e armée :
Chez des vaccinés 2 Mois eRPPtR ee .. 4-p, 400/derletrantes Chez les non vaccinés........... ue 2 2991)
SÉRUM ANTICHOLÉRIQUE. 633
Dans la 4e armée :
CHERS VACCINS 2"1018..,.722 .L.,1..,1,....... 15 100 Te À fois COM OMICNPET ee e!e's ses se 26 rr DUMP TIONIVACÉIMÉS. UT ue AN
Ces chiffres prouvent hautement l'efficacité de la vaccination. C'est aussi la conclusion à laquelle s'arrête Babes à la suite de nombreuses vaccinations effectuées en Roumanie.
En Italie, le tétra-vaccin de Castellani a été également employé chez les troupes ;ce vaccin, qui ne provoque que des réactions locales et générales peu marquées, semble avoir donné d’heureux résultats préventifs.
Le vaccin de Salimbeni a été utilisé pendant la guerre en Serbie, en Russie, en Italie, et chez les troupes françaises de l’armée d'Orient : 2 injections à six jours d'intervalle, la première de1 centimètre cube (4 milliards de microbes), la deuxième de 2 centimètres cubes (8 milliards de microbes). Réactions légères. Aucun cas de choléra n’a été enregistré, du moins à notre connaissance.
La vaccination anticholérique préventive doit donc être considérée comme une arme défensive de la plus haute valeur pour lutter contre le choléra.
L'observation des faits montre que l’immunité ainsi conférée est de courte durée; on l’estime en général à une année: d’où la nécessité de revacciner au moins ftous les ans; d'aucuns même estiment que la revaccination doit être pratiquée tous les six mois.
SÉRUM ANTICHOLÉRIQUE.
La constatation du pouvoir préventif du sérum des animaux vaccinés contre le Vibrion cholérique (Klemperer) et des sujets guéris de choléra (Lazarus) était de nature à engager à préparer un sérum anticholérique destiné au traitement du choléra humain.
Mode de préparation. — Divers procédés ont été employés :
Pfeiffer, estimant que le Vibrion cholérique n'élaborait pas de toxine soluble et que la toxine n’était qu’une endotoxine, crut pouvoir obtenir un sérum suffisant en inoculant aux cobayes et aux chèvres les corps de microbes seuls. Le sérum antimicrobien qu'il obtenait ainsi était doué de propriétés préventives manifestes sur la péritonite vibrionienne du cobaye, mais il ne présentait aucun pouvoir antitoxique: Metchnikoff l'essaya à titre préventif et curatif sur le choléra intestinal des jeunes lapins; ses résultats furent totalement négatifs.
Metchnikoff, Roux et Salimbeni, au contraire, préparèrent un sérum
antiloxique, par inoculation de leur toxine cholérique. Ils injectèrent au cheval par voie veineuse, progressivement et graduellement, de petites quantités de toxine; le cheval peut ainsi supporter au bout de six mois d’immunisation 50 à 60 centimètres cubes du produit.
Propriétés du sérum anticholérique antitoxique. — Le sérum de Metchnikoff, Roux et Salimbeni est doué des ROPRSEE suivantes :
I agglutine les Vibrions cholériques et précipite la toxine. Il est pré- -ventif et curatif pour la septicémie vibrionienne du cobaye. Enfin, contrairement au sérum de Pfeiffer, il est antitoxique; il neutralise en effet l’action de la toxine soluble et agit efficacement contre le choléra intestinal des jeunes lapins à la mamelle,
Sur 27 lapins traités préventivement par une injection de # à 8 centimètres cubes de sérum, 15 survécurent (soit 44 p. 100); sur 37 témoins, 31 succombèrent (soit 84 p. 100).
18 lapins reçurent en ingestion le Vibrion cholérique en même vemps qu'une injection de sérum sous la peau; 8 survécurent (soit 55 p. 100, ; sur 21 témoins, 5 seulement survécurent (soit 76 p. 100 de mortalité).
Mais une fois que, chez ces animaux, le choléra expérimental est déclaré, l'efficacité du sérum est nulle.
Essais de sérothérapie humaine. — Le sérum anticholérique a été, jusqu'alors, expérimenté Cans un petit nombre de cas de choléra humain. Signalons les résultats intéressants et encourageants de Salimbeni, obtenus à Saint-Pétersbourg, en 1908. Sur 42 malades, 10 ont succombé, soit 23,80 p. 100 de mortalité, alors qu’à la même époque les sujets traités par les moyens usuels donnaient une léthalité de 45,6 p.. 100. La mortalité a donc été réduite de.moitié.
De nouveaux essais sont nécessaires pour établir sur des bases plus solides encore l'efficacité de cette thérapeuticue.