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VACCINATION PRÉVENTIVE HUMAINE

Une première atteinte de peste confère l’immunité. Ce principe a servi de base à la prophylaxie par la vaccination antipesteuse. Haffkine, le premier, l’a appliquée aux Indes. Divers procédés ont

été conseillés et utilisés :

Cultures chauffées. — Haffkine emploie des cultures en bouillon àgées de sept à huit semaines, chauffées à 60° pendant quinze minutes et additionnées d’eau phéniquée dans la proportion de 0,5 ps 400.

Le vaccin de la Commission allemande consiste en une émulsion provenant de cultures sur gélose, chauffées à 65° pendant trois quarts d'heure. On ajoute de l’eau physiologique en calculant que chaque centimètre cube renferme 25,5 de microbes.

Extraits microbiens.— C’est en réalité le produit préparé par Lustüg : et Galeotti pour la mise en évidence de la toxine pesteuse.

Cultures vivantes atténuées. — Yersin et Carré se sont servis d’un Bacille pesteux atténué provenant d’une vieille culture sur gélose, et à peine virulent pour le rat. On peut encore atténuer un Bacille par la mise en culture à 40° ou 41° (Kolle, Strong). Deux üses inoculées sous la peau du cobaye lui confèrent l’immunité.

Exsudats chauffés. — Le vaccin de Terni et Bandi est de l’exsudat péritonéal de cobaye, chauffé trois fois à 50° et additionné de 0,5 p, 100 d'acide phénique, de 0,25 p. 100 de carbonate de sodium et de0,70p. 400 de chlorure de sodium.

Les effets obtenus par ces divers vaccins seraient sensiblement les mêmes. Dans l'Inde, Haffkine a observé une grande diminution de la morbidité pesteuse chez les vaccinés.

On observe toutefois des troubles locaux et généraux : au point d'inoculation, la réaction est vive : tuméfaction, douleur, chaleur ; la température s'élève et dure quelques jours. De plus, l’immunité qu'ils confèrent n'apparait qu'après huit à douze jours; enfin, quand l'animal prépare son immunisation, il est plus sensible que les témoins à l'infection pesteuse (phase négative). Pour éviter ces inconvénients, on à proposé la vaccination par sérum-virus.

Vaccination mixte par sérum-virus. — Calmette et Salimbeni conseillent d’injecter 5 centimètres cubes de sérum, puis, deux jours après, 2 à 3 centimètres cubes de vaccin d'Haffkine.

Dans ces conditions, l’immunité immédiate est obtenue, et la réaction locale et générale est très minime. Mais, alors que l’immuniié due aux vaccins bactériens seuls dure plusieurs mois, celle que ce procédé confère ne durerait guère plus que l’immunité obtenue par le sérum seul.

Besredka à pensé résoudre le problème en réduisant au minimum la quantité de sérum et en utilisant un vaccin sénsibilisé. On met en contact pendant vingt-quatre heures une émulsion de Bacilles pesteux avec du sérum antipesteux; décanter le sérum, laver les microbes qu'on libère ainsi du sérum. Les germes ainsi traités constituent le vaccin ; on peut en injecter 5 milligrammes.

Ce procédé confère chez l’animal une immunité immédiate et durant au moins cinq à six mois.

On désigne sous ce nom des affections microbiennes qui évoluent sur des espèces animales très variées et sont considérées comme provoquées par des germes très voisins les uns des autres, ou Pasteurellæ. Le prototype du groupe est le choléra des poules, étudié par Pasteur ; nous l’étudierons plus particulièrement. Les germes analogues à celui du choléra des poules furent ensuite rencontrés chez les bovidés, le cheval, le lapin, le cobaye, divers animaux sauvages et bien d'autres encore. Hueppe réunit tout d’abord ces différentes affections sous le nom de septicémies hémorragiques ; Toni et Trevisan proposèrent ensuite le nom de pasteurelloses, qui a fait fortune, surtout à la suite des travaux de Lignières.

Le domaine des pasteurelloses s’est énormément étendu depuis quelques années. Il est possible d’ailleurs que cette extension soil un peu abusive; l’un des types qui paraissaient le mieux caractérisés, la pasteurellose canine {maladie des jeunes chiens), paraît aujourd’hui infirmé, l’agent véritable de la maladie étant sans doute un virus filtrable invisible. 11 en est peutêtre de même de la pasteurellose équine et — sous toutes réserves — de la pasteurellose porcine. Peut-être un certain nombre de pasteurelloses ne représentent-elles que des infections sorties, suivant le mot employé par M. Nicolle en d’autres circonstances, à la suite d’une infection primitive de tout autre nature. Mais quelques-unes d’entre elles, comme le choléra des poules, paraissent bien constituer des infections spécifiques. Quand bien même, d’ailleurs, quelques-unes d’entre elles ne constitueraient que des infections surajoutées, elles n’en existent pas moins et doivent être connues, car leur rôle n’est pas négligeable.

Rapports des pasteurelloses entre elles, — Unité ou pluralité. — Lignières admet six pasteurelloses différentes : pasteurelloses aviaire, ovine, porcine, bovine, équine, canine. La pasteurellose du cobaye est identique à celle du chien (Phisalix) ; celle du lapin est empruntée à d’autres espèces animales : pasteurelloses porcine, ovine, ou plus rarement aviaire (Lignières).

Les agents des différentes pasteurelloses bovines(Voy. ci- deaus) présentent de l’un à l’autre de notables divergences. De même, certains caractères (réactions à l'égard dessérums) amenèrent Wasser-

mann et Ostertag à dissocier la pasteurellose porcine en plusieurs types. Nous verrons, d’autre part, qu’en dehors des six pasteurelloses de Lignières, il doit en exister d’autres (pasteurellose caprine en particulier).

Ces pasteurelloses sont-elles foncièrement différentes? Leurscaractères généraux (Voy. ci-dessous) étant identiques, on a cherché à les différencier par leur action pathogène, "par leur manière de se comporter chez des animaux vaccinés, ou par leurs réactions à l'égard des sérums spécifiques.

I. Il est admis que, dans l'infection naturelle, chaque pasteurellose est généralement spécifique pour une ou äes espèces animales déterminées ; exceptionnellement, elle peut passer à d'autres. Lignières signale que la pasteurellose ovine peut se transmettre au bœuf, la pasteurellose porcine à l'oiseau; la pasteurellose aviaire peut inversement infecter le porc (George). II n’y a donc pas de spécificité absolue à cet égard.

II. Le pouvoir pathogène expérimental est de même contingent: Ainsi une pasteurellose porcine, primitivement inoffensive — ou à peu près — pour la poule, tue cet animal après un grand nombre de passages par le cobaye ou le lapin (Chamberland et Jouan).

III. La. spécificité de la vaccination est diversement interprétée. Lignières dit qu’un animal vacciné à l’aide d’une Pasteurella À se montre réfractaire à cette Pasteurella, mais demeure sensible à d'autres Pasteurellæ B ou C. Dans les expériences de Chamberland et Jouan, au contraire, des poules vaecinées contre la Pasteurella équine, ou des lapins vaccinés avec la Pasteurella porcine, sont en même temps vaccinés contre la pasteurellose aviaire; mais ces auteurs reconnaissent eux-mêmes que limmunité n'est pas complète — à beaucoup près — vis-à-vis de toutes les pasteurelloses.

IV. Les réactions sériques in vitro n’ont pas davantage donné d’éclaircissements définitifs. Les divers échantillons d’une même Pasteurella, et de même les autres Pasteurellæ, sont agglutinés à des taux extrêmement divers (de 0 à 60 000) par un même sérum (Chamberland et Jouan). Matsura avance pourtant que les sérums d'animaux faiblement vaccinés présentent une sensibilisatrice strictement spécifique pour la Pasteurella employée. .

V. A l'égard des sérums préventifs (sérums thérapeutiques), les opinions divergent encore. Lignières, Wassermann et Ostertag considèrent que le sérum des animaux vaccinés est monovalent, c’est-à-dire actif sur la seule Pasteurella inoculée ; au contraire, d’après Chamberland et Jouan, un sérum préparé contre la pasteurellose porcine prémunise contre la pasteurellose aviaire.

VI. Il est bien difficile de conclure nettement, après des expériences en partie contradictoires. Mais rien n'empêche d’admettre,avec Chamberland et Jouan, que toutes les pasteurelloses proviennent d’un même microbe ayant acquis des propriétés pathogènes, des qualités virulentes variables, en parlie fixées par une longue suile de passages chez les différentes espèces animales. La thèse est uniciste au point de vue ontogénique, et pluraliste au point de vue pratique.

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