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VIRULENCE. — ATTÉNUATION ET EXALTATION DU VIRUS

Les cultures sont originellement virulentes, mais la virulence baisse peu à peu, surtout dans les cultures et au contact de l'air. RER * Exaltation du virus. — On peut exalter la virulence par passages : un virus faible, inactif sur la poule, tue encore le moineau——

Fig. 242. — Coccobacille du choléra des poules (sang de pigeon infecté).

cinq ou six passages par le moineau l’exaltent suffisamment pour tuer la poule à tout coup.

Lignières signale comme particulièrement efficace l’inoculation dans le péritoine du cobaye (pour la plupart des pasteurelloses). Après quelques passages, la virulence est très renforcée, aussi bien dans l'exsudat péritonéal que dans les cultures qui en sont issues et dans le sang des animaux : ces virus renforcés tuent des animaux peu sensibles (chien, bœuf, cheval). Chose intéressante, après cinquante passages par le cobaye, la pasteurellose continue à se montrer plus spécialement pathogène pour les oi:caux.

Atténuation du virus. — Dans les cultures faites en présence de l'air, à 370, la virulence baisse peu à peu; après deux mois, elle est absolument nulle. Dans l'intervalle, elle parcourt toute l'échelle de la virulence. Cette baisse progressive de la virulence est en réalité une atténuation, car elle se transmet par hérédité.

Si, en effet, on réensemence le microbe peu virulent, les cultures filles garderont à peu près exactement la même virulence atténuée. En réensemençant tous les jours, on obtient toute une gamme de cultures filles de virulence décroissante.

Le microbe atténué n'est cependant pas sans action. Choisi au degré voulu, il provoque une simplé réaction locale, sans troubles généraux, après quoi l’animal est immunisé. |

C'est le prototype des vaccinations microbiennes (ou pastoriennes), édifié par Pasteur ; le choléra des poules à permis pour la première fois de créer à volonté un « virus vaccinal, qui tue, donne la maladie bénigne et protège de la maladie mortelle » (Pasteur).

L'atténuation est plus rapide en cultures sur milieux solides, à l'air

et à la lumière.

ACTION PATHUGÈNE.

Dans les conditions naturelles. — L'affection frappe surtout les poules et tous les oiseaux domestiques : dindons, pintades, canards, oies, faisans, oiseaux de volière. Elle se (transmet plus rarement au lapin.

Chez les oiseaux, la forme aiguë est plus commune; c'est son allure qui à suscité la dénomination de choléra : évolution rapide (douze à soixante heures), diarrhée, inappétence, extrême contagiosité. Il existe en outre une forme foudroyante (quelques heures) et une forme chronique, cette dernière souvent accompagnée d’arthrites

purulentes.

Action pathogène expérimentale. — Oiseaux. — Tous les oiseaux sensibles à l’infection naturelle sont également réceptifs à l’inoculation expérimentale; la poule et le pigeon se montrent les

plus sensibles.

L'infeclion peut être réalisée par ingestion (Pasteur), par de simples érosions ou par badigeonnage de la conjonctive. Par inoculation intramusculaire, des doses minimes (quelques gouttes) de culture jeune ou de sang virulent provoquent les symptômes et l'évolution de la maladie naturelle (forme aiguë); à l’autopsie, on constate au point d’inoculation un peu d'œdème, et dans l'organisme des lésions de septicémie héimorragique; sang noir (sang dissous), poumons hyperémiés et parfois hépatisés, épanchement péricardique, foie congestionné et friable, rate grosse (pas toujours), muqueuse intestinale ulcérée et parfois saignante, hémorragies dans le tissu cellulaire sous-cutané et sur les séreuses; on trouve le Bacille en abondance dans le sang et les organes.

Quand le virus est un peu atténué, l'affection se prolonge ; on trouve alors au point d’inoculation de la nécrose musculaire. Outre les lésions de la forme aiguë, on constate une altération des muscles, devenus feuille

morle.

AUTRES PASTEURELLOSES. 661

Un virus très peu actif reproduit la forme chronique de l'infection naturelle.

Lapin. — Le lapin est aussi sensible que la poule (Pasteur), plus sensible même à l’ingestion, à tel point que le virus a été employé avec le plus grand succès pour la destruction des lapins (à Reims, en Australie).

Par inoculation sous-cutanée, des doses minimes sont mortelles en quelques heures ; à l’autopsie, on retrouve les mêmes lésions que chez la

poule, plus une pleurésie double.

L'inhalation détermine également une infection généralisée (Buchner), Autres animaux. — La souris est très sensible. | Le cobaye l'est moins; le virus habituel ne tue qu’à forte dose par inoculation intrapéritonéale. L'injection sous-cutanée détermine un abcès. Il en est de mème chez le rat blanc.

Le mouton, les bovidés, le porc, le chien, le chat sont beaucoup moins sensibles ; ils ne succombent qu’à l’inoculation intraveineuse de virus

très actifs (Lignières).

Les cultures filtrées demeurent toxiques pour la poule; l’inoculation du filtrat provoque de la somnolence pendant quelques heures, mais l’animal se rétablit (Pasteur). Cette toxine produit d’ailleurs le même effet chez les animaux immunisés.

Voy. page 66%, Vaccination et Sérothérapie.

AUTRES PASTEURELLOSES.

Pasteurellaporcine (pneumonie contagieuse du porc). — Cette Pasteurella présente les caractéristiques du groupe, mais elle pousserait moins difficilement à l'abri de l'air, et ses culturessur gélose sont visqueuses, adhérentes.

Son pouvoir pathogène est très variable suivant les échantillons. D'ordinaire elle tue le pigeon, le canard, la souris, la poule ; moins sûrement le lapin et le cobaye ; par contre, le chien, le cheval et le porc lui-même résistent davantage. La virulence pourla poule est fort inconstante; souvent considérable à l’origine, elle diminue quand le microbe a passé par les mammifères (Lignières). Le porc ne succombe qu'avec des doses élevées et un virus très actif; l'affection dure vingt-cinq à trente jours, et on trouve à l’autopsie de la pneumonie, de la pleurésie et des tuméfactions ganglionnaires (comme dans la maladie naturelle). Cette Pasteurella semble particulièrement active après inoculation par les voies respiratoires, chez le lapin et le porc

(Lignières, Schütz), pourtant assez résistants.

On peutse demander aujourd'hui si la Pasteurella est bien l'agent spécifique de la pneumonie contagieuse. L'histoire des septicémiescontagieuses et épidémiques du porc est très confuse; la clinique et l’étiologie étant insuffisantes, on a cherché à les élucider par la bactériologie. Dans ces dernières années, après bien des vicissitudes, l'accord paraissait s’être fait pour classer ces maladies en deux groupes : les unes (swine-plaque des Américains, Schweineseuche des Allemands, peste porcine ou pasteurellose) causées par la Pasteurella de Lignières; les autres (Log-choléra, ou Schweinepest, ou pneumonie contagieuse) dues au bacille du hog-choléra de Salmon. Mais on reconnaissait en même temps que les deux microbes sont très souvent associés, et cette constatation amenait certains auteurs à maintenir l’unité des septicémies du porc. Il est établi aujourd’hui que la peste porcine est due à un virus filtrable. Quant à la pneumonie contagieuse, elle à été moins étudiée à ce point de vue; les unicistes (Hutyra, Frosch et Brost) considèrent la pneumonie contagieuse comme provoquée par le même virus filtrable que la peste porcine; d’autres auteurs (Ostertag, etc.) maintiennent au contraire la spécificité de la bactérie ovoïde. La question n’est pas résolue.

Pasteurella bovine.—£La Pasteurella bovine comporte plusieurs variétés. Elle provoque au moins quatre maladies classées : la septicémie hémorragique ou pneumo-entérite du bœuf, la pleuro-pneumonie septique des veaux, « l’entéqué » (entérite avec cachexie) d'Argentine (Lignières), la diarrhée des veaux d'Irlande (Nocard). Les microbes de ces diverses affections présentent les attributs généraux des pasteurelloses ; ils sont tous pathogènes pour le lapin, le cobaye, la souris, le mouton et les bovidés. La poule, sensible aux virus delapneumo-entériteetde lapleuro-pneumonie, est réfractaire à celui de l’entéqué. Il est généralement assez facile de trouver et cultiver le microbe à l’autopsie des animaux infectés naturellement ; ici encore, on à souvent avantage à inoculer au préalable dans le

péritoine du cobaye. S

Pasteurella du buffle (barbone). — Maladie épizootique foudroyante (dix heures en moyenne) avec tuméfactions œdémateuses, manifestations trachéo-pulmonaires, le barbone reconnaît pour agent une Pasteurella, pathogène pour presque tous les animaux, sauf la poule, qui résiste.

Pasteurella des animaux sauvages (Wildseuche, maladie de Bollinger). — L’affection, caractérisée surtout par une septicémie avec hémorragies, à marche rapide, frappe les sangliers, daims, chevreuils, cerfs. La Pasteurella pathogène est virulente pour tous les animaux habituellement expérimentés (compris les oiseaux), de même que pour les animaux sauvages.

Pasteurella ovine (pneumo-entérite du mouton). — Ce microbe, décrit par Lignières, est l’agent de la pneumo-entérite du mouton.

Les caractères morphologiques et culturaux sont ceux de la Pas-

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teurella aviaire ; elle n’en diffère que par la présence dans les cultures de formes strepto-bacillaires.

Les premières cultures sont difficiles à obtenir; il faut inoculer les tissus ou organes dans le péritoine du cobaye, puis ensemencer l’exsudat péritonéal.

Le microbe est pathogène pour le mouton, le bœuf, le cobaye, le lapin, la souris. Le mouton est sensible à l’ingestion. La poule et le pigeon sont réfraclaires.

Pasteurellu caprine. — Nicolle et Refik-B:y étudient une Pusteurella qui provoque la pneumonie des chèvres. Les caractères sont analogues à ceux de la Pasteurella aviaire. Elle est pathogène pour la chèvre (production de paralysies dans les formes traiïnantes, comme dans la maladie naturelle), pour le lapin, le cobaye, la souris, le pigeon, elc.

Pasteurella équine (influenza ou fièvre typhoïde du cheval). — La pasteurellose équine est décritepar Lignières comme étant l’agent spécifique de la fièvre typhoïde du cheval ; mais, dons la même affection, Basset décrit un virus filtrable qu'il considère comme l'agent de la maladie. De même que la Pasteurella du chien, la Pasteurella du cheval constituerait alors une infection surajoutée.

Les caractères généraux sont ceux de la Pasteurella aviaire. Cette Pasteurella est pathogène pour presque tous les animaux (cheval, âne, lapin, cobaye, souris, etc.), mais les oiseaux sont moins sensibles, sans êlre réfractaires.

Chose remarquable, le microbe disparaît du sang et des organes avec une très grande rapidité, même dans les formes aiguës ; il a préparé le terrain à d’autres microbes qui envahissent secondairement l'organisme, en particulier au streptocoque de la gourme, qu'on retrouve souvent seul a l’autopsie et qui se trouve ainsi avoir probablement usurpé une part du domaine des pasteurel'oses.

Diagnostic ; comme pour la Pasteurellose ovine (péritoine du cobaye).

Pasteurella canine (maladie du jeune âge et typhus des chiens). — On rencontre la Pasteurella dans la maladie du jeune âge des chiens et des chats (Lignières), de même que dans le typhus des chiens. Nous avons vu ci-dessus que son action pathogène spécifique est actuellement incertaine, l’agent spécifique étant sans doute un virus filtrable ; la pasteurellose seruit une in'ection secondaire, d’ailleurs très importante.

La l’asteurella canine se présente à l’origine sous forme de Bacilles assez longs, mais e le reprend la forme typique des pasteurelloses après un seul passage par le cobaye (Lignières', Les premières cultures en bouillon sont particulières : le milieu reste limpide, il se forme des grumeaux qui se déposent; mais des Cultures en série ramènent le mode de développement habituel des pastcurelloses. Par ses autres caractères culturaux, le microbe est identique à toute Pasteurella.

Peu virulente au début, sauf pour le chien, le chat et les animaux de laboratoire (la, in, cobaye), cette Pasteurella acquiert une virulence considérable par passages successifs chez le cobaye ; elle tue alors les oiseaux.

se

L'inoculation intraveineuse reproduit les formes de la maladie naturelle ; un virus très actif détermine la diarrhée sanguinolente, la fièvre et l'évolution rapide du typhus des chiens. Un virus moins actif provoque la p'euro-péricardite, la chorée, les pustules cutanées des formes sévères de la maladie du jeune âge. À l’inoculation d’un virus faible succèdent des accidents rencontrés dans les formes traînantes : anémie, paralysies.

De même que la pasteurellose équine, la pasteurellose canine appelle volontiers d’autres infections: les chiens malades ou inoculés succombent souvent à une pneumonie due au Bacille de Perez, voisin du pneumobacille.

L'inoculation de cultures stérilisées par filtration ou par l’éther provoque des troubles nerveux, des troubles de nutrition et la plupart des symptômes de la maladie (Phisalix).

Pasteurellæ des animaux de laboratoire. — Nous avons décrit ci-dessus le choléra des poules.

Il existe également des pasteurelloses naturelles chez le cobaye et le lapin (chap. XI), de même que chez la souris.

VACCINATION ET SÉROTHÉRAPIE DANS LES PASTEURELLOSES.

Vaccination. — |. Pasteur a vacciné les poules contre le choléra aviaire par deux inoculations successives. On inocule d’abord un virus faible, sûrement incapable de tuer l'animal; douze jours plus tard, on injecte un virus plus énergique (mais cependant atténué lui aussi). En raison des accidents locaux (ædème et nécrose), on inocule d’abord un aileron, puis l’autre. La vaccination est incontestablement très efficace, mais ne s’est pas répandue.

Bisanti a pu vacciner le lapin en cultivant le Bacille en sac de collodion dans le péritoine.

II. Phisalix vaccine le chien contre la pasteurellose canine parle procédé - de Pasteur : inoculation de cultures (bouillon giycériné) d’abord très atténuées, puis de cultures de virulence croissante. On fait trois ou quatre inoculations. Les effets expérimentaux sont certains, mais les résultats pratiques sont discutés.

III. À l’aide d’un procédé analogue, on a pu immuniser la chèvre (M. Nicolle) et le buffle (Oreste et Marcone) contre leurs pasteurelloses respectives.

IV. Lignières préfère vacciner les animaux à l’aide de vaccins polyvalents, contenant les virus des six pasteurelloses édifiées par lui.

Sérothérapie. — I. Les sérums monovalents ont peu d'action thérapeutique (Lignières, Leclainche).

Il. Lignières et Spitz préparent un sérum polyvalent par inoculation au cheval des six Pasteurellæ de Lignières. Les résultats thérapeutiques seraient encourageants à l'égard de la pasteurellose canine et de la pasteurellose équine.

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