CHAPITRE XLIV
Le tétanos est produit par le développement, au niveau de la plaie qui a précédé son apparition, d’un Bacille spécial, découvert en 1883 par Nicolaïer dans le pus des animaux qu’il avait rendus
Fig. 243. — Culture de Bacilles du Tétanos en bouillon.
tétaniques par inoculation de parcelles de terre. Kitasato l’isola et Je cultiva le premier, et, en montrant que l’inoculation de cultures pures provoquait le tétanos, il prouva la spécificité du germe. Les beaux travaux de Vaillard avec H. Vincent et Rouget déterminèrent les conditions dans lesquelles le tétanos pouvait éclore. Enfin l'étude de la toxine sécrétée par le Bacille tétanique devait aboutir, entre les mains de Roux et Vaiilard, à l'obtention d’un sérum antitétanique, dont les effets préventifs ne sont plus à démontrer. |
MORPHOLOGIE
Aspect microscopique. — Dans le pus de la plaie té'anique. — À côté des globules pyoïdes et de bactéries diverses, le Bacille tétanique se présente sous la forme d'un bâtonnet assez orèle, allongé, dont les bouts ne sont pas arrondis. Il mesure en
E g. 244, — Bacilles tétaniques sporulés. Coloration des spores.
a A néral 4 y de long sur 0 y, 3 à 0 y, 4 de large. Le plus souvent, il est dépourvu de spores.
Dans les cultures. — L'aspect diffère suivant l’âge des cultures. Durant les premières heures de son développement en bouillon, il présente la même forme bacillaire (fig. 243) que dans le pus ; au bout de huit heures, il commence à sporuler. Le Bacille tétanique est alors un bâtonnet grêle, portant à l’une de ses extrémités une spore, sphérique, réfringente, donnant au germe la forme d'une épingle ; d'où la dénomination de Bacille en épingle (lig. 244).
Au bout de plusieurs jours, tous les Bacilles sont sporulés. Vers le dixième jour, le Bacille proprement dit s’atrophie, puis disparaît, et la culture ne contient plus que des spores.
Mobilité. — Examiné à l'état frais, à l'abri de l'oxygène, le
Bacille tétanique non encore sporulé est légèrement mobile. Ce sont des mouvements lents, flexueux : dès que la spore est formée, la mobilité disparait.
Coloration. — Les couleurs basiques d’aniline colorent bien le Bacille de Nicolaïer : les Bacilles sporulés sont colorés uniformément dans leur partie bacillaire : au niveau de la spore, seuls les contours restent colorés, le centre reste incolore. Pour teinter la partie centrale de la spore (fig. 244), il faut utiliser les méthodes
Fig. 245, — Cils des Bacilles tétaniques.
spéciales à la coloration des spores. Le Bacille tétanique prend le Gram.
Enfin, quand la spore n’est pas encore formée, le Bacille du tétanos est muni de nombreux cils vibratiles (fig. 245) fixés aux parties latérales du bâtonnet : on les décèle par les procédés usités.
Le Bacille de Nicolaïer cultive bien en milieux anaérobies, mais supporte la présence de faibles quantités d'oxygène.
Sa température optima est de 380. Il commence à se développer à —+ 140. À 440, il succombe.
Les milieux usuels lui conviennent, mais à condition, d’après
Fig. 246. — Culture des Bacilles tétaniques en gélatine.
Kitasato, qu’ils soient préparés avec du bouillon frais. Il pousse assez mal dans les milieux à base d'albumine ; cependant en sérum de lapin les cultures sont très virulentes (Vaillard et Vincent). : Bouillon. — En bouillon, après vingt-quatre heures, se forme un trouble homogène, qui s'accuse les jours suivants: vers le quatorzième ou
quinzième jour, la culture se dépose au fond du
tube, et le liquide s’éclaircit. Dès le premier jour, on constate, à la surface, des bulles de gaz.
Ces cultures exhalent une odeur désagréable, rappelant celle de la corne brülée.
Gélatine. — Les cultures obtenues par piqûre profonde (pour éviter l’action nocive de l'oxygène) et conservées à 20° apparaissent vers le cinquième jour. Au niveau de la piqûre, se forment comme des points nuageux, sur lesquels s'insèrent perpendiculairement des aiguilles fines (fig. 246). Ces cultures s'étendent de plus en plus, et le gélatine se liquéfie, vers Le dixième jour, dans la partie profonde du tube, laissant intactes les régions supérieures.
Les colonies isolées se présentent sous l'aspect de petites sphères d'aspect nuageux, sur lesquelles s’insèrent de véritables houppes de fins rayons ; autour des colonies, on constate de petites bulles gazeuses ; quand, au dixième jour, la liquéfaction de la gélatine s'effectue, les colonies se réduisent à des flocons nageant M. une cupule ronde de gélatine liquéfiée.
Gélose. — Dans la profondeur, culture nuageuse, sans caractères bien distinctifs; le milieu est disloqué par de nombreuses bulles gazeuses.
Pomme de terre. — Développement maigre.
Lait. — Développement facile. Le milieu n’est pas coagulé.
Vitalité. — A l'état de spores, le Bacille tétanique est très résistant. Chauffées en vase clos, en milieu humide, elles supportent
sans périr quatre à cinq minutes d'ébullition ; elles résistent à une température de 80° prolongée durant six heures.
Desséchées dans un milieu albumineux (sérum, sang), Maljean les a vues souvent survivre à un chauffage de 40° dans la vapeur d’eau sous pression, durant quinze mirutes.
À l’abri de l'air et de la lumière, leur vitalité dure plusieurs années. Incluses dans du sang ou du pus et seulement à l'abri de la lumière, elles conservent longtemps leur virulence. Nocard les a retrouvées vivantes après dixhuit mois sur des casseaux ayant servi à des poulains morts de tétanos à la suite de castration. Eiselsberg a pu donner Île t{étanos à un animal, en lui inoculant une écharde reüirée de la main d’un télanique deux ans et demi auparavant, et conservée dans une armoire.
Formation d'indel. — Les cultures en bouillon Fig. 2i7. — Colonie du Bacille tétaniqueen gélatine sont riches en indol. HE
Formation de gaz. Ë — Les gaz qui se dégagent dans les cultures ont été analysés : on y décèle de l’azote, de l'hydrogène et des carbures d'hydrogène.
Hémolysine. — D'après Ehrlich et Madsen, les cultures filtrées de Bacille télanique contiennent une substance, différente de la toxine, Qui dissout les hématies de la plupart des animaux domestiques. Cetle tétanolysine est très instable : elle est détruite rapidement par un chauffage à 50° pendant vingt minutes ; exposée pendant cinq heures à 20°, elle perd la moitié de son pouvoir; seule, la température de la glacière à 0° lui permet de conserver son activité pendant vingt-quatre heures.
Le tétanolysine précipite par le sulfate d’'ammoniaque ; la poudre qui en résulte, après dessiccation, conserve longtemps ses propriétés.
Agglutinabilité. — Le Bacille de Nicolaïer n’est pas agelutinable par le sérum de l’homme ou des animaux atteints de télanos. Avec le sérum de cheval vacciné contre la toxine tétanique
l’agglutination peut se produire à des taux élevés : 14/2000 et même 4/50 000 (Courmont).