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LA GANGRÈNE GAZEUSE

Très fréquente dans la chirurgie d'autrefois, la gangrène gazeuse avait progressivement reculé devant l'application à la chirurgie des méthodes pastoriennes, antisepsie et asepsie. É'le avait à peu près comp'ètement disparu en France depuis une trentaine d'années. Mais les circonstances spéciales créées par la guerre de 1914-1918 ont vu réapparaître un grand nombre de «gangrènes gazeuses des plaies de guërre », ce qui a permis de poursuivre et de compléter les travaux sur la pathogénie de cette maladie.

Les premières recherches de Pasteur avaient abouti à considérer comme agent de la « septicémie expérimentale» le Vibrion septique, retrouvé ensuite chez l'homme par Chauveau et Arloing et par d’autres auteurs. Dans la suite, vu la rareté des cas, la maladie fut peu étudiée en France, mais des observations nouvelles faites en Amér.que et en Aliemagne permirent de découvrir un agent différent du Vibrion septique, le bacille de Welch, ou Bac. perfringens des auteurs français.

Les recherches effectuées au cours de la guerre ont complété el reclifié les notions précédentes. Il a élé établi que la gangrène gazeuse est l’œuvre de {rois germes anaérobies principaux, qui sont le Vibrion septique, le Bac. perfringens, et le Bac. bellonensis (Sacquépée) ou le Bac. wdematiens (Weinberg et Seguin). Nous reviendrons plus loin sur chacune de ces espèces.

Aun point de vue général, nous indiquerons simp:ement, d'après les recherches de l’un de nous, la proportion respective des différentes espèces: sur 1400 cas, on à trouvé 82 lois le Bac. perfringens, : 28 fois le Vibrion septique typique, 35 fois le Bac. bellonensis. Ces germes pathogènes sont communément associés deux à deux.

La flore microbienne des gangrènes gazeuses comporte en outre dans la plupart des cas, diverses espèces, dont les plus fréquentes sont, parmi Les anaérobies, le Bacillus sporogenes et le Bacillus pu-

VIBRION SEPTIQUE. 687

{rificus; parmi les aérobies, le Streptocoque, le Proteus et bien d’autres. ;

On peut enfin rencontrer parfois danses gangrènes gazeuses des agents pathogènes différents de ceux signalés ci-dessus, spécialement le Bac. fallax ou le Bac. histolylicus de Weinberg et Seguin.

Aussi est-il nécessaire d'établir d’une manière rigoureuse les bases palhogéniques de la gangrène gazeuse.

On a utilisé dans ce but l'épreuve du cobaye protégé (Sacquépée et de la Vergne). On sait que les produits provenant de gangrènes gazeuses authentiques, en pleine évolution, déterminent régulièrem2nt la gangrène gazeuse par inocuiation au cobaye. Nous verrons d'autre part qu'on peut préparer des sérums actifs contre le Vibrion septique, le Bac. perfringens et le Bac. bellonensis. Si donc il est exact que la maiadie est bien due habilueilement à l'un des trois germes précédents, agissant seuls ou associés, on doit pouvoir « protéger » le cobaye contre l’action pathogène des produits gangréneux humains: il suffira pour cela de lui inoculer, en même temps que ces produits, les trois sérums spécifiques désignés plus haut. Cest ce que l’expérience vérilie: lorsqu'on inocule au cobaye uu mélange renfermant d'une part les trois sérums spécifiques, d'autre part une macération de produits gangréneux, le cobaye résiste dans 96 p. 100 des cas; dans les expériences de contrôle, faites par inoculations de macération seule (sans sérum), le témoin a toujours succombé. 1! résulle donc de ces faits que, 96 fois sur 100, la cangrène gazeuse esthien due au Vibrion septique, au B. perfringens ou au B. bollonensis, agissant seuls ou associés. Dans 4 p. 100 des cas seulement, il y a lieu d’incriminer des germes différents.

VIBRION SEPTIQUE.

Le V.brion septique est le premier germe anaérobie qui ait été décrit. 1 fut découvert par Pasteur (1875) et considéré comme l’agent de la septicémie expérimentale, alors qu'un aulre germe, aérobie, la bactéridie charbonneuse, était l'agent du charbon bactéridien. Ces re‘herches réfutaient définitivement les objections failes par Leplat et Jaillard à la théorie parasitaire du charbon.

Chauveau et Arloing (1884) démontrent ensuite que; chez l’homme, le Vibrion septique est un agent de la gangrène gazeuse.

En France, le Vibrion septique est étudié ensuite à diverses

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reprises, spécialement par Roux et Chamberland, Besson, Leclainche et Morel, etc. Les caractères de l’espèce sont nettement tracés ; microbe d’éludes des plus classique, le Vibrion septique est bien connu des bactériologistes français quis'intéressent aux anaérobies, et l’étudient sur des souches incontestables.

En Allemagne, Koch décrit un Bacillus ædematis maliyni, dénomination reprise ensuite avec des acceptions diverses : Ghon et Sachs l'appliquent à un germe identifié au Vibrion septique authentique

Fig. 249. — Vibrion septique. — Culture en bouillon.

(de Pasteur), alors que von Hibler désigne sous le même nom un bacille différant quelque peu du précédent par ses propriétés protéolyt ques. Ces errements de terminologie ne sauraient obscurcir pour nous l'histoire de l'espèce Vibrion septique.

Jusqu'en ces dernières années, la gangrène gazeuse ayant à peu près disparu (au moins en France) sous l'influence des nouvelles méthodes chirurgicales, le Vibrion septique semblait ne plus devoir intéresser la pathologie humaine. On sait combien les circonstances de la guerre ont au contraire permis la réapparition de la gangrène; et les études poursuivies à ce sujet ont déterminé le rôle du Vibrion septique, et sur certains points complété son histoire.

A MORPHOLOGIE, 689

MORPHOLOGIE

Aspect microscopique. — Le Vibrion septique est un long bâtonnet (3 à 15 y de long), plus fin que la bactérie charbonneuse (0,5 à 1u de large). Il est droit ou flexueux, à extrémités coupées net. Dans les cultures et dans l’organisme, il se montre isolé ou sous forme de longues chaînettes d'éléments placés bout à bout

Fig. 250, — Cils de Vibrion septique.

(fig. 249); mais, contrairement à la bactéridie charbonneuse, ces éléments sont de dimensions très inégales.

Examiné à l’état frais, il est mobile ; il présente des mouvements de reptation. Vu dans le sang, « il écarte Les globules rouges comme un serpent écarte l'herbe dans les buissons » (Pasteur). Cette mobilité ne se montre qu'à l'abri de l’air. On peut s’en rendre compte sur des préparations fraiches entre lame et lamelle ; au centre, les germes sont mobiles; à la périphérie où ils subissent le contact de l'air, ils sont immobiles.

Coloration. — 1l fixe bien toutes Les couleurs d’aniline et prend le Gram. Toutefois, dans cette dernière technique, il est indispensable d'employer le violet de gentiane phéniqué et de laisser agir

Doprer et SacQuÉPÉE. — Bactériologie, 2° édit. 44

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Ja solution de Gram pendant cinq minutes; sinon il arrive que la décoloration s'effectue.

Cils. — Le Vibrion septique est pourvu sur toute son étendue de cils très nombreux (fig. 250), trois à quatre fois plus longs que le corps microbien, formant des torsades.

Spores. — Dans les cultures et dans les cadavres, peu de temps après la mort, ce qui ne se produit jamais pour le charbon, on observe des spores, se montrant à l’état frais sous l’aspect de points

Fig. 251, — Vibrion septique. Culture sur gélose âgée’ de trois jours. Spores.

ovoides, réfringents, siégeant soit dans le corps du bâtonnet (fig. 251), soit près d'une extrémité. À leur niveau, le corps du bâtonnet se renfle légèrement. Elles se colorent par les procédés usités pour la coloration des spores.

Le Vibrion septique est anaérobie. Toutefois 11 pousse dans les milieux où l'air est simplement raréfié; Rosenthal a même pu l’acclimater à la vie en aérobiose.

Bouillon. — Après quinze à vingt heures de séjour à l'étuve, le bouillon devient uniformément trouble. La culture dégage une odeur de putréfaction, grâce à la formation abondante de gaz, tels

que l'acide carbonique et l'hydrogène sulfuré. La réaction du milieu reste alcaline. Puis un dépôt se précipite au fond du tube, et le milieu Ss’éclaircit. Les spores prennent naissance déjà au barrt de vingt-quatre heures ; elles sont perceptibles surtout dans le dépôt, où les corps vibrioniens se désagrègent progressivement.

Le bouillon Martin, le bouillon de poule, de veau conviennent très bien.

Pour obtenir de grandes quantités de culture, employer le procédé imaginé par Roux (Voy. plus loin pour la préparation de la toxine).

Fig. 252, — Vibrion septique. Colonies isolées en gélose glucosée profonde, grossies 25 fois.

Lait. — Développement assez abondant avec dégagement de gaz et coagulation en un temps variable. Le milieu devient acide.

Gélose glucosée profonde (gélose de Veillon). — Les colonies siolées, dé,à visibles après vingt-quatre heures, sont bien développées après deux jours. Vues à la loupe, ou au microscope avec faible grossissement, elles se présentent comme des houppes arborescentes, souvent plus compactes au centre ‘fig. 252). Ces colonies demeurent petites. On observe une abondante production de gaz.

Sérum coagulé. — Se développe sans liquéfier.

Gélatine. — Les colonies isolées apparaissent vers le deuxième ou troisième jour sous forme de points nuageux à contours flous, blanchâtres. Bientôt la gélatine se liquéfie; enfin on observe au pourtour des bulles de gaz qui tendent à disloquer le milieu.

En piqüre profonde, le long de la piqûre, prend naissance, vers le deuxième jour, une ligne opalescente sur laquelle se greffent des renflements globuleux, de petites sphères d'aspect nuageux. En

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même temps des bulles de gaz apparaissent, formant des fissures où s'étend la culture. La liquéfaction débute autour des sphères pour envahir ensuite toute l'épaisseur du milieu. Pomme de terre. — On ne constate pas de culture appréciable. Milieux liquides organiques. — Dans les milieux liquides organiques, sang, sérum, ascile, jus de viande, bouillon additionné de ces produits, la culture est très abondante.

Vitalité. — La résistance du Vibrion septique est variable, suivant qu’on l’observe dans le virus frais ou desséché.

Une température de 100° détruit le virus frais en quelques minutes, les spores provenant de cultures sur gélose ou gélatine en cinq à quinze minutes. À 900, les spores sont tuées en trente minutes, à 80° en dix à douze heures. Quand le virus est desséché, il faut une température de 120° pendant quinze minutes pour avoir sûrement raison de sa résistance.

A elle seule, la dessiccation ne semble dis aucune influence nocive sur la vitalité : dans le sol et les poussières, en effet, la spore résiste de longs mois, indéfiniment même si elle est à l’abri de la lumière, comme dans la profondeur du sol.

La résistance aux antiseptiques est très marquée; le sublimé à 4 p. 1000, l'acide phénique à 5 p.100, les vapeurs d’iode n’ont aucune action après vingt-quatre et même quarante-huit heures de contact. D’après San Felice, Les sels de potasse ont sur les spores une action antiseptique puissante, alors que les sels de soude restent inactifs. La chaleur aide l’action de certains antiseptiques; l’acide phénique à 5, 2 et même 1 p. 100, maintenu à la température de 36°, détruit le virus en six heures de contact (Chauveau, Arloiug, Cornevin).

Virulenee. — La virulence est assez variable d’un échantillon de Vibrion septique à un autre ; certains même sont avirulents pour le cobaye.

Pour un Vibrion septique donné, la virulence peut être modifiée. . Cornevin l'aurait affaiblie par l’action prolongée d’antiseptiques tels que l'acide gallique et la coumarine, ou par passages successifs par le rat blanc. Arloing, Cornevin et Then l’ont atténuée par ma à l’étuve à 37° en ampoules scellées.

La virulence peut être exaltée par passages sur le cobaye, à ce

point que 4 centième de goutte peut tuer le lapin en huit heures (Besson).

Actions chimiques. — Le Vibrion septique attaque diverses substances chimiques : les sucres, l’amidon, la dextrine, les matières azotées; à leurs dépens, il forme de l’alcool, de l'acide butyrique, de l’acide acétique, du formol, puis des gaz : hydrogène sulfuré, hydrocarbures, anhydride carbonique. etc.

Action sur le blane d'œuf cuit. — Dans les culturesen bouillon additionné de blanc d'œuf cuit (Voy. p. 181), Le cube de blanc d'œuf n’est pas attaqué, même après plusieurs mois.

Pouvoir agglutinant des sérums. — Le Vibrion septique est agglutiné par le sérum provenant des animaux immunisés (Leclainche). D’après les résultats de Markoff, Meyer, Weinberg et Seguin, la plupart des échantillons de Vibrion septique sont agglu. tinés sensiblement au même taux par un même sérum agglutinant. Il y a*toutefois des exceptions.

Hémolysine. — Les filtrats de cultures de cinq jours possèdent des propriétés hémolytiques, thermolabiles, ne résistant pas à 55° (M. Nicolle, Césari et Jouan).

+ Tousles échantillons dissolvent les hématies de cobaye; la piupart dissolvent les hématies de lapin.

Cette action hémolytique est neutralisée par Le sérum des animaux immunisés.

Hémoagglutinines. — Les filtrats hémolytiques sont en même temps agglutinants à l'égard des globules rouges de cobaye et de lapin.

1. Action pathogène chez l'homme. — En pathologie humaine, le Vibrion septique est un des agents essentiels de la gangrène gazeuse, comme nous l'avons indiqué plus haut. Il prolifère abondamment dans les tissus atteints par le processus gangréneux, et passe parfois dans la circulation générale vers la fin de la maladie.

Son degré de fréquence est diversement apprécié: 28 p. 100 (Sacquépée), 13 p. 100 (Weinberg et Seguin) des cas.

IL. Action pathogène expérimentale. — À part le rat d’égout, qui est presque réfractaire, tous les animaux sont réceplifs à l’action pathogène du Vibrion septique ; le cobaye et la souris sont les plus sensibles.

Mais, pour que l'infection soit obtenue, il faut que l’inoculation soit faite profondément sous la peau, dans les muscles, dans le péritoine, car le Vibrion septique est, avons-nous dit, anaérobie.

Les inoculations sous-cutanées ou intramusculaires peuvent être effectuées à l’aide de cu'ture virulente, ou de sérosité d'animal

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atteint,ou encore à l’aide de parcelles de terre contenant le Vibrion septique. Les lésions qu'on observe sont identiques dans tous les cas, et l’évolution de l'infection est la même chez la plupart des animaux. Chez le cobaye, voici ce qu’on observe:

Après inoculation intramusculaire (cuisse), ilse forme en quelques heures un œdème mou, crépitant, rapidement envahissant. Puis l'animal demeure immobile. La mort survient très vite, parfois en six heures.

A l’aulopsie : æœdème hémorragique, occupant l’aine, tout ou

Fig. 253, — Vibrion septique dans la sérosité péritonéale de cobaye.

parlie de la paroi abdominale, souvent l’aisselle; bulles gazeuses très fines, parsemant l'æœdème ; les muscles de la cuisse et de l'abdomen sont rouges. Dans l’abdomen: épanchement rosé; foie décoloré ; taches nécrotiques du foie et des reins. Nicolle, César . et Jouan signalent en outre, éventuellement, la rupture de l’estomac.

L'examen microscopique montre que les germes ont pullulé abondamment dans les muscles atteints et dans l’œdème. Des préparations par impression faites à la surface du foie permettent de constater que les bacilles y sont également très nombreux, se présentant généralement sous forme de longs filaments ou de longues

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