INFECTION DANS LES CONDITIONS NATURELLES
Pénétration du virus.— Le plus souvent la pénétration du virus s'effectue par la voie cutanée, à la faveur de traumatismes ou d’'interventions chirurgicales.
696 LA GANGRÈNE GAZEUSE. — VIBRION SEPTIQUE.
Les instruments du chirurgien ou du vétérinaire, souillés spécifiquement, peuvent effectuer une véritable inoculalion ; elle survient à la suite de sétons creusés dans un tissu infecté par une aiguille ou une mèche de gaze souillées.
Facteurs favorisant l'infection. — Divers facteurs importants favorisent la pullulation microbienne :
Nature du traumatisme. — Nous avons vu que les plaies superficielles étaient peu aptes à favoriser l'infection septique à cause de leur exposition à l'air. En général, ce sont les plaies profondes, anfractueuses, accompagnées de contusion des tissus et renfermant des caillots sanguins, qui, souillées par un produit contenant des spores, comme la terre et le fumier, sont suivies de gangrène.
La mortification des tissus est un facteur très ilavorable : en effet, on cautérise la peau d’un lapin avec un agitateur chautfé au rouge; sous l’escarre produite, on injecte des spores sans loxine ; alors que, comme on le verra, les témoins résistent, les animaux ainsi traités succombent rapidement.
Associations microbiennes. — Quant on injecte profondément sous la peau une culture de Vibrions se pliques sporulés, les spores sont injectées en même temps que la toxine; cette dernière éloigne les phagocytes par ses propriétés chimiotactiques négatives ; la spore peut germer et la pullulation microbienne s'effectue. |
Si, au contraire, on débarrasse les spores de leur toxine par un chauffage à 600, les spores sont englobées par les phagocytes, et l’inoculation reste inoflensive. Cependant les spores ainsi dénuées de toxine peuvent germer si on injecte en même temps de l'acide lactique, qui éloigne les leucocÿtes, ou des parcelles de terre, dont les leucocytes s'emparent, laissant à la spore le temps d'opérer sa germination.
Besson a montré que certaines associalions microbiennes jouaient ce même rôle favorisant : quand on injecte avec des spores sans toxine certains germes tels que le Micrococcus prodigiosus, le Staphylocoque doré, elc., ces derniers, doués de propriétés chimiotactiques positives, sont englobés par les phagocytes, qui négligent d attaquer la spore septique et lui permettent de poursuivre son évolution.
Or, dans les conditions naturelles, la souillure accidentelle des plaies apporte, en même temps que la spore du Vibrion septique, des germes que conques, saprophytes souvent, qui peuvent ainsi favoriser l’éclosion de la gangrène gazeuse.
On ne saurait trop souligner ici l’analogie qui existe entre ces conditions étiologiques et celles qui favorisent l’évolution du tétanos chez l'homme et les animaux.
Des désordres produits dans l'organisme par le Vibrion septique, les uns semblent dus au microbe lui-même, d’autres aux poisons qu’il sécrète ou excrète. Plusieurs auteurs ont étudié ces derniers.
1. — Roux et Chamberland ont filtré sur bougie de porcelaine de la sérosité musculaire d'animaux morts de l'infection septique expérimentale. Le liquide obtenu était doué d’une toxicité assez faible, puisqu'il en fallait 40 centimètres cubes introduits dans le péritoine du cobaye pour entraîner la mort de ce dernier.
IL. — Besson a tout d’abord confirméles résultatsacquis par Roux et Chamberland, mais il a réussi à préparer un poison plus actif avec les cultures du Vibrion septique par un procédé dû à Roux :
On place 500 grammes de viande hachée et quelques centimètres cubes de solution de soude à 1p.100 dans un ballon de 1 500 centimètres cubes environ On porte à l’aufoclave à 115° pendant vingt minutes. Puis on ensemence à l’aide de quelques gouttes de sérosité prelevée sur un cobaye rendu septicémique. Ou adapte alors au baion un disposilif à faire le vide ; on fait le vide et on porte à 37°.
Après un séjour «te vingt heures, des bulles de gaz viennent crever à la surface du milieu, transformé en bouillie pâteuse ; la viande présente une teinte rose. Au deuxième jour, on brise l’cffilure du tube par où le vide a été fait, pour faire échapper les gaz dégagés par la culture, qui sgéneraient ultérieurement cette dernière. La culture continue à se faire ensuite à l'abri de l'air, grâce à la production permanente de l'hydrogène et de l’acide carbonique.
Le ballon est retiré de l'étuve le sixième jour, moment où la toxicité a atteint son maximum. On décante la couche liquide. On lui ajoute le liquide provenant de la pression de la couche solide par une presse à viande. On filtre sur bougie Chamberland.
Le produit ainsi obtenu est assez toxique : inoculé dans le péritoine du cobaye de 300 à 409 grammes, à la dose de 5 à 10 centimètres cubes, il produit de la dyspnée, de l’arythmie, de la bradycardie, puis de l’hypo'hermie ; la mortsurvient rapidement : l’'autopsie montre un intestin hyperémié, de teinte hortensia ; la cavité péritonéale contient quelques centimètres cubes de sérosité stérile.
L'activité de cette toxine diminue sous l'influence d’une température de 80° à 1009. Elle se conserve bien en vase clos, à l'abri de l'air et de la lumière. Besson a montré, en introduisant dans le péritoine de cobayes et de lapins de petits tubes capi!laires remplis de toxine, les propriétés chimiotactiques négatives de cette dernière. Celles-ci disparaissent et deviennent même positives après un chauffage à 85° pendant deux heures.
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IT. — Leclainche et Morel ont préparé une toxine pure avec les cultures en bouillon Martin, qu'ils ont soin, non pas de filtrer, mais seulement de décanter. 5 centimètres cubes en injection intraveineuse font succomber le lapin ; en injection intracérébräle, il suffit de V à VI gouttes pour le tuer infailliblement.
IV. — Mile A. Raphaël et V. Frasey obtiennent une toxine très active par le procédé suivant : Les souches, conservées à la glacière, sont d'abord rajeunies par culture en bouillon Martin glucosé à 2 p. 1000, passées ensuite en bouillon Martin non sucré, ensemencées enfin en bouillon Martin glucosé à 2 p. 1000. Ces dernières cultures sont filtrées après vingt-quatre heures d’étuve. La toxine ainsi oblenue possède une action très forte et rapide : elle tue le lapin de 2kilogrammes, par injection intraveineuse, en cinq minutes, à dose de 1 centimètre cube.
Jouan, à l’aide de cultures en bouillon Martin glucosé additionné de 1/5 de sérum de cheval; Weinberg et Seguin, cultivant en bouillon de bœuf glucosé à 2 p. 1000, préparé depuis plusieurs semaines; Sacquépée et de la Vergne, par cultures en bouillon ordinaire également glucosé à 2 p. 1000 ont obtenu des toxines d’une activité de même ordre. |
IMMUNISATION. — SÉROTHÉRAPIE.
L’immunisation active des animaux a pu être obtenue par divers procédés :
Injection intraveineuse de cultures. — Chauveau et Arloing ont montré que l'injection intraveineuse de cultures, chez certaines espèces animales, l’âne en particulier, conférait l’immunité. Un âne ainsi traité peut recevoir impunément 0,5 à 1 centimètre cube sous la peau, sans présenter d’autre accident qu’un abcès au point injecté, où fourmillent les Vibrions septiques.
Virus affaiblis. — Cornevin a vacciné des chiens et des poules par injection sous-cutanée ou péritonéale de cultures atténuées par la coumarine et l’acide gallique. Les résultats sont peu probants, car ces animaux sont relativement peu sensibles.
Vaccination par la toxine.— Roux et Chamberland, en 1887, tentèrent de vacciner par injection de cultures stérilisées par chauffage à 105-110° pendant dix minutes; ils ont employé de même la sérosité musculaire filtrée. Ils en introduisaient 30 à 40 centimètres cubes dans le péritoine pendant trois jours consécutifs. Les cobayes ainsi vaccinés résistaient à l’inoculation virulente, luant les témoins en dix-huit à vingt heures.
IMMUNISATION. — SÉROTHÉRAPIE. 699
Sérothérapie. — Elle fut tentée en 1898 par Leclainche avec -le sérum d'âne immunisé par injection intraveineuse de sérosité septique. Son étude fut poursuivie en 1901 par Leclainche et Morel.
Des chevaux ou des ânes reçoivent dans les veines, à doses progressives, des cultures en bouillon Martin âgées de cinq à dix jours. Leur sérum possède des propriétés préventives manifestes : inoculé au cobaye (1 à 4 centimètres cubes sous la peau ou dans le péritoine) vingt-quatre heures avant une dose de virus sûrement mortelle, il protège l'animal. Chez le cobaye, l’injection simultanée de sérum et de virus n'empêche nullement l’évolution de l'infection.
Chez le lapin qui est naturellement plus résistant, aux propriétés préventives s'ajoutent les propriétés cCuratives, car, injecté peu après le virus, le sérum arrête l’éclosion des accidents septiques.
Ce sérum est agglutinant, antimicrobien et antitoxique.
Par la même technique, inoculation intraveineuse de cultures vivantes, Leclainche et Vallée préparent un sérum polyvalent, actif à la fois contre le Vibrion septique et le Bac. perfringens.
H. Vincent et Stodel préparent un sérum polyvalent suivant une technique particulière : Voy. Bac. perfringens, Sérothérapie.
Mile A. Raphaël et V. Frasey inoculent au cheval leur toxine, à doses progressivement croissantes, sous la peau. Localement il se produit un œdème limilé et fugace; pas de réaction générale. L'immunisation est suffisante après huit semaines. Le sérum obtenu se montre doué de propriétés anti-infectieuses, et antitoxiques, c’est à-dire qu'il peutempêcher les effets soit de la culture totale, soit de la toxine. Ainsi, lorsqu'à la dose de toxine qui tue le lapin en cinq minutes par voie veineuse, on mélange 1/1000 de centimètre cube de sérum, le mélange se montre inoffensif.
Jouan; Weinberg et Seguin ‘ont également préparé des sérums par inoculation de toxine; les sérums obtenus sont comparables au précédent.
Au cours des gangrènes gazeuses humaines, ces divers sérums ont été utilisés avec des résultats thérapeutiques certains, tant à titre préventif qu’à titre curatif.