CHAPITRE XLVI BACILLUS PERFRINGENS
Veillon et Zuber (1898) ont donné ce nom, actue'lement usuel en France, à un bacille déjà décrit antérieurement par Welch et Nuttal (1892) sous Le nom de Bacillus aerogenes capsulatus et par Eug. Fraenkel (1893) souslenom de Bac. phleygmonis emphysematosæ. Certains auteurs l’appellent Bacillus Welchii.
Le Bac. perfringens estun agent pathogène fréquemment rencontré dans les infections gazeuses de toutes origines, spécialement à la suite des plaies de guerre.
MORPHOLOGIE
Le Bac. perfringens est un bacille, le plus souvent épais, trapu ;
+ Fig. 254. = Bac. perfringens (culture en bouillon de 24 heures).
ses extrémités sont carrées ou à peine émoussées ; les éléments se montrent habituellement droits, rarement incurvés; ils sont généralement isolés, parfois en diplobacilles (fig. 254).
CARACTÈRES DE CULTURES, 701
ÎImmobile; ne possède pas de cils.
Le Bac. perfringens est sporulé, mais les spores sont rares dans les milieux artificiels. Elles sont ovalaires.
Se colore facilement par les couleurs d’aniline et prend le Gram.
CARACTÈRES DE CULTURES
Le Bac. perfringens est un anaérobie strict. Les cultures s’obtiennent très facilement, à condition bien entendu d'utiliser les dispositifs spéciaux pour anaérobies.
Bouillon. — En bouillon ordinaire, la culture est d'ordinaire franchement développée après douze à quatorze heures, sous forme de trouble homogène intense, avec dégagement gazeux et odeur aigrelette. Le trouble se maintient pendant plusieurs jours, puis le liquide s’éclaircit et il se forme un dépôt.
En bouillon glucosé, mèmes caractères, mais la culture est plus abondante encore et le dégagement gazeux très intense.
Lait. — En vingt-quatre heures, le lait.est coagulé en masse, le caillot se rétracte et prend l'apparence d'une éponge, appa:
raissant creusé de nombreuses logettes; le sérum exsudé est clair. Cet aspect de la culture en lait est bien spécial.
Fig. 255. — Bac. perfringens, colonie en Gélose glucosée pro- gélose glucosée profonde, grossie 25 fois,
fonde (gélose de Veillon). — Les colonies isolées poussent facilement; elles ont l'aspect de lentilles biconvexes, à bords nets; parfois on constate de petites
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protubérances en quelque point de la surface (fig. 255). Le dégagement gazeux est très marqué. Contrairement à ce qu'on a parfois avancé, l'aspect lenticulaire n’est pas spécial au B. perfringens ; il se rencontre également dans les cultures d’autres espèces.
Gélatïné glucosée. — Colonies lenticulaires, liquéfiant lentement et partiellement.
Vitalité. — Les formes sporalées, très résistantes, survivent plusieurs mois à la température ambiante.
- Propriétés fermentatives. — Le Bac. perfringens atlaque la
plupart des sucres avec beaucoup d'énergie, en produisant des gaz et en acidifiant le milieu. Il attaque en particulier la glucose, La lévulose, la maltose, la ga'actose, la lactose, elc.
Simonds à basé sur la fermentation ou la non-fermentation de l'inuline et de la glycérine une classification en quatre groupes.
Action sur le blanc d'œuf cuit. — Dans {es cultures en bouillon additionné de cubes de blanc d'œuf cuit, le cube de blane d'œuf n’est pas attaqué.
Action des sérums. — P. Simonds, Weinberg et Seguin ont obtenu des sérums agglutinant l'échantillon employé pour l'immunisation, mais d'activité variable sur les autres échautillons.
1. Action pathogène chez l’homme. — Chez l’homme, le Bac. perfringens est un des agents pathogènes de la gangrène gazeuse (Voy. chap. XLV) et des processus putrides.
IL se rencontre enoutre fréqèmment dans les plaies, spécialement dans les plaies de guerre, même lorsqu'il n'existe pas d'infection anaérobie appréciable
Il passe parfois dans la circulation générale et détermine des seplicémies, spécialement à lasuite des gangrènes gazeuses.
IL est enfin l’un des agents habituels des infe:tions puerpérales, localisées ou généralisées.
[[. Action pathogène expérimentale. — La virulence du B. perfringens est très variable. Nombre d'échantillons sont complètement avirulents. D’autresau contraire, spécialement parmi ceux qui provicnnen! des gangrères gazeuses, jossèdent un pouvor pathogène très élevé.
Les souches pathogènes se montrent actives surtout à l'égard du
cobaye, beaucoup moins chez le lapin et la souris. D’après CG. Bull et [. Pritchett, le pigeon est plus sensible encore que le cobaye.
Les lésions caractéristiques sont produites par inoculation intramusculaire.
Cobaye.— Par inoculalionintra musculaire (cuisse), deséchantillons virulents tuent le cobaye en douze heures à quelques jours, à dose de un dixième à un demi-centimètre cube de bouillon de vingtquatre heures.
Pendant la vie, on observe d’abord une tuméfaction localisée de la patte avec crépitation gazeuse. Puis la tuméfaction s'étend à distance, envahit la paroi abdominale et les flancs, donnant la sensation d'une vaste poche fluctuante remplie de gaz et de liquides. Les téguments sont souvent violacés ; on peut obseiver de la chute des poils. Il apparaît par:ois des phlyctènes.
A l’autopsie, on cons'ate qu'il s'est formé au point d’inoculation une poche gazeuse ; les muscles de la cuisse ont fondu en partie, la plupart sont di-sociés, s’effritent et s’écrasent. Au niveau de l'abdomen, il existe une vaste poche gazeuse, renfermant une quantité D técisbl de liquide sanieux, putride, où baignent des débris sphacélés de muscles et de tissus divers. A la surface de ce liquide nagent des gouttelettes huileuses. À la limite de ces lésions, vers l'aisselle, il existe souvent un œdème rouge.
Le germe se généralise. Il pullule abondamment dans tous les tissus atteints, on le retrouve en quantité dans les organes, le sang du cœur, à la surface du péritoine.
Par inoculation sous-cutanée, il se forme de même tout d’abord de l’ædème crépitant avec teinte violacée ou verdâtre de la peau, puis les téguments se décollent; il apparaît une vaste poche renfermant un liquide trouble, rouge sale. Quand l'animal guérit, la poche s’affaiss”, et il se produit une escarre qui brunit et se dessèche (Mile Raphaël).
Lapin. — Incculé avecles mêmes doses que Le cobaye, le lapin ne présente habituellement que de l’œdème local, qui peut être accompagné d'une escarre et de crépitation gazeuse.
Pigeon. — D'après Bull et Pritchett, 0,05 à 0,01 centimètre cube de culture, inoculé dans les muscles pectoraux, tue le pigeon en six à vingt heures. Lésions anologues à celles constatées chez le cobaye.
Jusqu'ici,on n’a pas réussi à obtenir une {oxine soluble très active. En filtrant sur bougie des cultures jeunes en bouillon glucosé,
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Weinberg et Seguin ont obtenu un filtrat qui tue le cobaye à dose de 0,5 à 4 centimètre cube dans les veines, et qui détermine par injection sous-cutanée, à dose de 2 à 5 centimètres cubes, l’apparition d’œdème.
Par un procédé analogue, Sacquépée et de la Vergne ont obtenu des filtrats qui tuent le cobaye à dose de 0,5 à 1 centimètre cube, par injection intramusculaire.
Les toxines préparées par Bull et Pritchett semblent plus actives: Les cultures sont faites en bouillon glucosé à 2 ou 3 p. 1000, et additionné de muscle frais stérile (non chauffé). Après dix-huit à vingt-quatre heures d’éluve, elles sont centrifugées. Le liquide centrifugé se montre toxique à dose de 0,3 à 3 centimètres cubes pour le pigeon, par inoculation intramusculaire : il provoque de l’æœdème, de l’hémolyse, de la destruction des tissus. |
Par un procédé très voisin, de Kruif, Adams et Ireland ont pu préparer une toxine qui tue le cobaye à dose de 0,1 à 2 centimècres cubes (inoculation intramusculaire).
SÉROTHÉRAPIE.
On a préparé des sérums actifs contre le B. perfringens par divers procédés.
Klose, Weinberg et Seguin inoculent au cheval soit la toxine, soit des cultures microbiennes. Les sérums obtenus se montrent p'éventifs et antitoxiques.
Bull et Pritchett immunisent les animaux par inoculation de toxine. Ils obtiennent un sérum doué de propriétés préventives antitoxiques et curalives.
Leclainche et Vallée appliquent la même méthode de préparation que pour le Vibrion septique : inoculation de cultures vivantes dans les veines. Le sérum de Leclainche et Vallée est préparé à la fois contre le Bac. perfringens et le Vibrion septique. Il sé montre préventif expérimentalement.
H. Vincent et Stodel s'adressent à différentes espèces pathogènes de la gangrène : B. perfringens, Vibrion septique, B. bellonensis, B. œdematiens, etc. Ces germes sont cultivés sur gélose, puis la culture est émulsionnée dans l’eau physiologique et abandonnée pendant deux à quatre jours à 38°. Les macérations microbiennes ainsi obtenues sont inoculées au cheval. Le sérum ainsi préparé se montre préventif expérimentalement à l'égard du Bac. perfringens.
Ces différents sérums ontété appliqués avec succès au traitemént de la gangrène gazeuse humaine.