CHAPITRE X
FOIE
Technique. — L'oxanien du sang du foie, obtenu par ponction pendant la vie, est le seul procédé qui n'expose pas à de graves causes d'erreur (^'oy. p. 24).
Un grand nombre d'affections du foie, surtout les affections aiguës, relèvent, au point de vue pathogénique, d'une action microbienne.
Qu'il s'agisse del'action directe des micro-organismes sur les diverses parties constituantes du parencliyme liépatique, ou de l'action des toxines sécrétées, soit dans le tube digestif, soit dans l'économie en général, l'intervention directe ou médiate d'un agent infectieux jette une singulière clarté sur la pathogénie de la plupart des affections du foie.
Recevant le sang veineux qui vient de l'intestin, communiquant librement par les voies biliaires avec ce foyer micro])ien, et, d'autre pari, possédant, au point de vue physiologique, la propriété d'arrêter les poisons, le foie, dans tous les cas où il y a infection de l'organisme, est destiné naturellement à recevoir l'atteinte des microbes ou des poisons que ces microbes sécrètent.
Au point de vuebactériologique, il e.\iste,dans la pathologie liépatique, (rois ordres de maladies qui ressortenldireclemenl d'une acliou microliienne. Ce sont :
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Les angiocholites et cholécystites ; Les abcès du foie ; Les ictères infectieux.
Ce sont là les seuls chapitres de pathologie hépatique dont nous aurons à nous occuper ici. Au cours des maladies infectieuses, ce sont surtout les toxines qui agissent sur le foie en y déterminant de la stéatose. On y a, dans certains cas, décelé des bacilles pathogènes (le streptocoque dans la fièvre puerpérale, le bacille d'Eberth dans la fièvre typhoïde (Legry), mais ce sont là des faits particuliers que nous étudierons plus loin. Considérons d'abord les trois ordres de maladies mentionnées plus haut.
Angiocholites et cholécystites.
CoiNSULTEH : Dupré, Les infections biliaires, Th. Paris, 1891. — Douiinici, Angiocholites et cholécystites suppurées, Th. Paris, 1894.
Bile. — Bactériologie normale. — Chez l'homme sain, le contenu des voies biliaires et de la vésicule est aseptique (Duclaux, Dupréj. Après la mort, la bile est envahie avec une très grande rapidité par les micro-organismes de l'intestin, en particulier par le bacteriuin coll. Cet envahissement s'clfectue surtout lorsque le foie présente des lésions graves (Dnpré). Nicati et Rictsch on 1885 ont trouvé doux fois sur cinq le bacille virgule dans la vésicule biliaire. Girode, sur vingt-huit cholériques, a constaté quatorze fois l'invasion de l'appareil biliaire par le bacille virgule, dont liuit fois, moins de six heures après la mort. Lewinc, dans deux de ses cas, a trouvé le bacterium coli. Gilbert et Girode ont trouvé la bile infectée vingt-(|uatre heures
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après la niorl. Lelienne, sur quaranle-deux biles soumises à l'examen bactériologique, a trouvé deux l'ois sur trois cas, quarante-cinq minutes après la mort, le bacterium coli; dans huit autres cas, de trois à vingtsix heures après la mort. Les autres micro-organismes qu'il a isolés, dans la bile d'individus morts d'affections les plus diverses, étaient les suivants :
Slapliylococcus aureus
Slapliylococcus albus
Slapliylococcus citi'eus
Micrococcus lelragenus
Streptocoque
PneuraobaciUe de Friedlaoïicler
Pneumocociue
Bacterium coli
Le bacille typhique elle bacille de Kocli
El dans onze autres cas des microbes indéterminés (staphylocoques ou bacilles).
On voit par ce tableau que le staphylococcus albus et le bacterium coli sont de beaucoup les plus fréquents (1). Ce dernier micro-organisme a d'ailleurs été trouvé dans la bile de l'homme vivant, après ponction, dans un assez grand nombre de cas, soit dans de simples rétentions biliaires, soit dans descholécystites suppurées, ce qui permet d'éliminer l'objection d'une infection agonique ou cadavérique.
Sur ces quarante-deux échantillons de bile, sept ne contenaient qu'une espèce microbienne, dix-sepl. plusieurs espèces, dix-huit étaient stériles.
Angiocholites. — Quand il y a inflammation des voies biliaires, il ne s'agit plus d'une pénétration agonique ou cadavérique des bactéries intestinales dans
(1) Acliard cl Pbulpin sont arrivés au mémo résultat dans leurs rocher elles sur t'inrecliou organique el cadavérique.
1 fois.
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la vésicule. L agent pathogène a pénétré pendant la vie, et déterminé des lésions et des symptômes.
11 n'existe pas de documents relatifs à la bactériologie des angiocholites catarrhales : on a trouvé le hacterium coli dans les rétentions biliaires simples.
Angiocholites suppurées. — Elles ont été l'objet d'une excellente étude due à Dominici ; les vingt-six observations qu'ilaréunics apportent toutes un appoint confirmatif aux recherches expérimentales et cliniques de Dupré sur l'infection biliaire.
Succédant soit à une obstruction des voies biliaires, soil à diverses maladies infectieuses, la suppuration des voies biliaires peut relever de nombreuses espèces microbiennes. Depuis l'observation de Gilbert et Girode et le mémoire de Dupré, les cas se sont multipliés et nous ne pouvons les citer tous ici.
Dans les angiocholites par rétention on a signalé, par ordre de fréquence :
Le bacterium coli, les microbes pyogènes (staphylocoques et streptocoques), le pneumocoque (Klemperer, dans un cas où il était associé au streptocoque), et le bacille typhique (Guarneri).
Dans les angiocholites succédant à une maladie infectieuse, divers micro-organismes ont été isolés : au cours de la lièvre typhoïde, le bacille d'Eberth, le B. coli, le streptocoque pyogène. Dupré (1890) a isolé un bacille, ayant tous les caractères du B. d'Eberth, dans les voies biliaires d'une femme atteinte de lithi ase biliaire, morte d'angiocholite suppurée huit mois après une fièvre typhoïde. L'examen bactériologique a été fait du vivant de la malade (cholécystentérostomie). Gilbert et Dominici ont également observé une cliolécystile [ypliique purulente, à évolution
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chronique, en pleine aclivILé plusieurs mois après une fièvre typhoïde.
Au cours du choléra, on a isolé, dans les voies biliaires, le bacille virgule.
On y a également trouvé le bacterium coli, le pneumocoque, les staphylocoques aureus et albus dans diverses afl'ections (pneumonie).
Voici, d'après Dominici, les observations d'angiocho lites suppurées, classifiées au point de vue bactériologique.
Bacterium coli : vingt-six cas, auxquels s'ajoutent deux cas nouveaux de Dmochowski et Janowski.
Streptocoque : quatre observations.
Bacille d'Eberth : cinq cas, dont deux douteux.
Bacille virgule : un cas de Girode.
Pneumocoque : deux observations.
Kockel a, de plus, isolé un bacille presque identique au pneumo-bacille de Friedlaender dans des kystes du foie, d'origine biliaire. Dupré a décrit un bacille formant dans la gélatine des cultures en clou, dans un cas d'infection biliaire survenue chez un vieillard atteint de cirrhose multilobulaire, avec dégénérescence nécroti(|ue.
Expérimentation. — On a reproduit, expérimentalement, desangiocholiles suppurées chez les animaux, par injection intrabiliaire de diverses cultures (Dupré. Gharrin et Roger, Gilbert et Girode.) Gilbert et Dominici ont réussi à obtenir, chez le cobaye, des angiocholiles expérimentales, à bacille lyphique, à bacille virgule et à bacterium coli, ainsi qu'avec les microbes pyogènes.
LITHIASE BILIAIRE.
Lithiase biliaire.
La lithiase biliaire est-elle de nature microbienne?
Galippe a signalé le premier la présence de microorganismes dans les calculs biliaires : Gilbert et Dominici ont confirmé cette donnée en étudiant deux calculs de date récente. Ils ont reconnu, par la coloration et les cultures, qu'il existait des microbes au centre des calculs. Dans les calculs anciens, les résultats ont été négatifs. Le microbe isolé, dans les cas positifs, était le bacterium coll.
On peut supposer, ou bien que la formation des calculs a précédé leur envahissement par les bactéries, ou que l'infection biliaire par le B. coli a déterminé la formation du calcul (catarrhe infectieux lithogène). Cette seconde hypothèse (Galippe, Naunyn, Dupré) semble la plus probable. Elle reçoit un appui sérieux de cette constatation de Gilbert et Dominici, qu'au centre des vieux calculs, on peut parfois reconnaître des microbes par l'examen microscopique, tandis que l'ensemencement ne donne aucun résultat.
Fièvre intermittente hépatique. — Dans cette complication de la lithiase biliaire, Netter et Dupré ont Irouvé le staphylococcus aureus dans le sang des malades, pendant lavie. Dupré l'a également isolé dans la rate, pendant les accès seulement. Le sang retiré par la ponction était stérile en dehors des accès. Ce fait est à rapprocher de ceuxde Cornil, de Petruschky, .Iakowski et de Iluguenin, etc., observés dans la fièvre hectique des phtisiques, et où les streptocoques n'apparaissaient dans le sang qu'au moment de l'hyper- Ihermie.
FOIE
Hépatites suppurées.
Grands abcès du foie. — Qu'ils soient ou non d'oiigine dysenLérique, les grands abcès tropicaux présentent celte particularité intéressante, que, dans plus de la moitié des cas, on n'a pu démontrer dans le pus, ni par l'examen microscopique, ni par la méthode des cultures, la présence d'aucun micro-organisme (Laveran, Kartulis, etc.).
Sur neuf cas d'abcès idiopathiques des pays chauds, Kartulis a eu quatre cas négatifs, quatre fois le staphylocoque doré et une fois le staphylocoque blanc. Netter, Laveran ont eu également des résultats négatifs.
Dans les abcès dysentériques, sur treize cas, Kartulis a trouvé deux fois le staphylocoque doré, une fois le blanc, une foi s le bacillus pyogenesfœtidus; dans les huit autres, il y avait absence de microbes. Veillon et Jayle ont trouvé le B. coli en culture pure dans un abcès qui, ponctionné un mois auparavant et examiné par Netter, avait paru aseptique. Il s'agissait évidemment là d'une infection secondaire. Chauffard et Widal, dans un kyste suppuré du foie, ont constaté également l'asepsie du pus.
Pour Kartulis, les abcès du foie, d'origine dysentérique, reconnaissent comme agents les amibes, décrits par Koch, lllava et lui-même, et qu'il considère comme les germes pathogènes de la dysenterie. Nous les avons décrits page 218. Ces parasites ont été retrouvés par un certain nombre d'observateurs.
Evans, Oliver, Eichberg ont trouvé l'amibe du côlon dans le pus d'abcès du foie consécutifs à la dysenterie, ainsi que dans les selles de dysentéri([ues.