CHAPITRE XI
ORGANES GÈNITO-URINAIRES
Reins.
Consulter : Caussade, Th. Paris, 1890. — Faulhaber, Ziegler's allgem. Path., 1891. — Enriquez, Th. Paris, 1892.
Technique. — Au lit du malade, la technique bactériologique se réduit à l'examen des urines (Voy.
11 faut savoir néanmoins qu'en recueillant l'urine par la miction, on peut s'exposer à des causes d'erreur. Sur seize cas d'urine humaine (onze sujets bien portants, cinq cadavres), examinés par Enriquez, dix fois l'urine était aseptique, six fois elle contenait des germes (cinq fois des staphylocoques pyogènes, une fois un microcoque non pathogène). L'urine normale aseptique peut donc se charger de germes en passant dans les premières portions du canal de l'urèthre.
Al'autopsie, on prélèvera directement, dans le rein, une petite quantité de substance rénale qui sera examinée au point de vue bactériologique. L'urine, sur le cadavre, sera recueillie avec les précautions ordinaires.
Néphrites infectieuses. - Dans les maladies inlectieuses, le rein peut être touché de deux façons : par élimination des toxines que le bacille pathogène a sécrétées dans l'économie et dans le sang; dans d autres
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cas, le microbe pathogène paraît jouer un certain rôle dans la production de la néphrite et l'on peut constater sa présence dans le rein.
Ce sont ces cas, seuls, qui nous intéressent ici. On peut trouver des microbes dans les reins :
•i" Dans les néphrites ascendantes chirurgicales;
2° Dans les abcès des reins consécutifs aux pyohémies ;
30 Dans les néphrites non suppurées, survenant au cours des maladies infectieuses.
Les néphrites ascendantes seront étudiées au chapitre de l'infection urinaire.
Les abcès métastaliques des reins sont dus au streptocoque et aux autres microbes des septicémies.
Nous n'étudierons ici que la bactériologie des néphrites infectieuses médicales (néphrites diffuses subaiguës).
Faulhaber a examiné les reins de cinquante-trois individus morts d'infection généralisée. Il a trouvé le pneumocoque dans trente-cinq cas, vingt-neuf de pneumonie, deux de scarlatine, un de péritonite avec début de pleurésie, un de pleurésie avec pneumonie lobulaire, un de pleurésie avec endométrite, et un d'endocardite ulcéreuse. Le pneumocoque se trouvait dans les capillaires, isolé ou en amas. Dans les vaisseaux de plus gros calibre, il existait souvent, en longues chaînes ou en amas, le long des parois vasculaires, entre les hématies et les globules blancs. Taulhaber a isolé également le bacille de Friedlaender dans deux cas, le bacille typhique dans quatre cas; le streptocoque se trouvait dans douze cas : trois d'érysipèle, trois d'infection puerpérale, deux de phlegmons, et quatre d'affections diverses.
Cet auteur attribue les lésions du parenchyme ré-
nal, dans la plupart de ces cas, à la présence des bactéries dans le rein.
Le rein peut d'ailleurs contenir un grand nombre de bactéries sans présenter de lésions ; dans le charbon expérimental on en a un exemple frappant (Straus et Chamberland). D'autres fois les microbes, dont on constate la présence dans la glande rénale, paraissent jouer un certain rôle dans la production des néphrites.
Pneumocoque. — Dans les reins de pneumoniques, Klebs, Koch, Nauwerk, Foa, Caussade, Faulhaberont constaté la présence de micro-organismes; ces derniers observateurs isolèrent le pneumocoque. Faulhaber, soit dans des pneumonies simples, soit dans des pneumonies compliquées, l'a trouvé dans tous les cas, sur trente-cinq observations. Il existait dix fois en grande quantité, treize fois en quantité moyenne, douze fois en petite quantité. Dans vingt-deux de ces trente-cinq cas, les cultures et les inoculations avaient été faites. Le pneumocoque se trouvait dans le rein, isolé ou en amas, dans les capillaires et les anses des glomérules.
Dans les vaisseaux de fort calibre, il formait des chaînettes de trois à six paires, mélangées aux globules rouges.
Faulhaber a pu colorer la capsule dans les capillaires.
Fraenkel et Reiche, qui l'ont isolé 22 fois sur 20 dans le rein de pneumoniques, l'ont trouvé une fois dans le tissu conjonctif interstitiel.
Dans l'urine, Netter, Enriquez l'ont isolé. Seitz, Neumann et Caussade ont, par contre, constannnent échoué. Il faut, d'après Enriquez, prélever l'urine avant la crise, car il est probable que l'urine, comme
NÉPHRITES. 269 la salive, perd sa virulence après la chute de la température. . .
Mircoli, dans une épidémie de néphrite primitive aiguë, a trouvé dans les reins un organisme semblable au pneumocoque.
Tuffier a observé unepérinéphriteà pneumocoques.
Expérimentalement on peut reproduire facilement, par injection intraveineuse de pneumocoques, une néphrite chez les animaux ; on trouve alors de nombreux pneumocoques dans le rein.
Fièvre typhoïde. — La recherche du bacille d'Eberth dans les reins et l'urine des malades atteints de dothiénenthérie a donné lieu à des résultats très contradictoires. Gaffky, Konjajeff, Faulhaber, Enriquez, Spirig ont isolé le bacille d'Eberth dans les néphrites typhoïdiques. Il est probable que, dans bien des cas où on a cru l'isoler, on avait affaire au bacterium coli.
La coloration du bacille dans les coupes est très difficile. [1 ne faudra donc pas employer cette méthode. Elle a échoué dans les mains d'Enriquez sur des reins d'animaux qui contenaient, après l'inoculation, le bacille d'Eberth, tandis que les ensemencements de l'urine et de fragments de ces reins donnèrent des résultats positifs. Faulhaber et Enriquez, qui ont employé la méthode des cultures, l'ont trouvé, le premier, quatre fois sur quatre, le second, sept fois sur douze cas. Enriquez a isolé le bacille d'Eberth dans l'urine du quinzième au vingtième jour et même plus tard. La réaction du lactose n'était d'ailleurs pas connue au moment de ces recherches. On a trouvé également des staphylocoques, assez fréquemment, dans l'urine des typhiques (Berlioz, Enriquez).
Bacterium coli. — Fernet, Rendu, NelLer ont observé des néphrites infectieuses difes au bacterium coll. Ce microbe a élé, dans ces cas, décelé par l'examen des urines seulement.
Streptocoque. — Dans l'érysipèle, Cornil, Denucé ont trouvé, soit dans l'urine pendant la vie, soit sui' les coupes des reins, le streptocoque pyogènc.
11 se trouve dans l'urine albumineuse, en très petites quantités. L'examen microscopique pourrait alors ne donner que des résultats négatifs. Il vaut mieux employer l'inoculation. A l'autopsie, on peut retrouver le streptocoque au niveau de la lésion rénale, tantôt au milieu du sang épanché en dehors des vaisseaux, tantôt dans l'intérieur des vaisseaux.
Dans les différentes pyohémies, dans la fièvre puerpuérale, on retrouve, de même, dans les reins, le streptocoque qui a envahi le système sanguin (Widal). Dans les septicopyohéniies dues à d'autres microbes que le streptocoque, on constate, de même, la présence de ces micro-organismes dans les capillaires rénaux.
Staphylocoque. — On a isolé le staphylocoque doré des reins de malades atteints d'ostéomyélite, de furoncles, d'anthrax. Baduel, dans un cas de néphrite hémorrhagique primitive, a isolé de l'urine, recueillie aseptiquement, le staphylococcus albus. 11 s'agissait pour l'auteur d'une néphrite ascendante, l'infection par le microcoque pathogène provenant de l'urèthre.
Manaberg, Bergonzini, Delpeuch ont publié des cas analogues.
Morve. — Philippowicz (1), en injectant l'urine d'une
(1) Fliilippowicz, Wiener med. BliUtcr, 1885.
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femme morte de la morve à des cobayes, leur a inoculé la maladie. L'urine des cobayes conlenail le bacille spécilique.
Lèpre. — Bennen, Rake et Babes ont coloré le bacille de la lèpre dans le rein. Babes l'a retrouvé dans l'urine.
Bacilles indéterminés. — Letzerich a noté, dans quarante-cinq cas de néphrite primitive, un bacille fin qui se trouve dans les reins.
U l'a cultivé et a reproduit une néphrite expérimentale avec les cultures de ce bacille.
Manaberg, dans onze cas de néphrite aiguë, a trouvé de nombreu.v streptocoques dans l'urine. Ils disparaissaient au décours de la maladie. Ce streptocoque, qui n'a jamais été trouvé par l'auteur chez l'homme sain, était diflërent du streptocoque pyogène. 11 ne prenait pas le Gram. Injectées par la voie sanguine, les cultures de ce microbe donnent au chien et au lapin une néphrite intense, et au lapin de l'endocardite.
Manaberg considère cet organisme comme l'agent pathogène du mal de Bright aigu, Ces cas bactériens de néphrite aiguë auraient pour caractéristique d'évoluer rapidement et de se terminer par laguérison (1).
Parasites divers. — On a enfin, dans quelques cas rares, trouvé des champignons ou des protozoaires dans le rein.
Schmorl a observé le champignon du muguet dans le rein d'un sujet mort de Uèvre typhoïde et atteint de muguet pharyngien. Il s'agissait là d'une métastase. Posner a trouvé, dans un cas d'hématurie, des
(1) Manaberg, Zeitscitr. f. /clin. Med., Bd, XVIII, Hft. 3-7.
amibes (analogues à l'amibe du côlon) dans l'urine, après centrifugation.
Tuberculose rénale.
Si, dans les néphrites infeclieuses que nous venons de passer en revue, les recherches bactériologiques n'ont donné jusqu'à présent que des résultats incertains, il n'en est pas de même de la tuberculose rénale. Ici l'examen microbiologique rend les plus grands services, et permet d'affirmer l'existence d'une lésion tuberculeuse du rein.
Technique. — Le diagnostic bactériologique de la tuberculose rénale est loin d'être toujours facile. C'est qu'en effet le bacille de Koch se trouve, dans l'urine des malades ayant un rein tuberculeux, sous deux modalités différentes, au point de vue de la quantité ; ou bien on . en trouvera un très grand nombre, et en culture presque pure, ce qui est très rare, ou bien il n'existera qu'à l'état d'unités isolées, ce qui est de beaucoup le plus fréquent. La recherche microscopique reste négative dans plus des trois quarts des cas.
On a proposé, pour rendre cette recherche plus facile, diverses méthodes. Toutd'abordla sédimentation. On laisse, dans un endroit frais ou dans une glacière, les urines se déposer, après les avoir placées dans un vase conique (verre à expériences). Meyer conseille d'ajouter du thymol à l'urine présumée tuberculeuse, pour l'empêcher de fermenter pendant le temps nécessaire à la sédimentation. On fait, au bout d'un jour ou deux, des préparations avec le sédiment et on y recherche les bacilles par la méthode habituelle. S'il existe, dans le sédiment, de petits grumeaux d'aspect