‹ Précis de bactériologie pratique (volume 2)Chapitre 56 sur 125 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

L'air contient beaucoup de microbes, mais est moins dangereux que l'eau comme propagateur des épidémies ; son analyse bactériologique a moins d'importance.

$ 1. — GénÉnALITÉS

Résumons d'abord rapidement ce que l'on sait sur les microbes qui peuplent l'air. Énumérons les espèces qu'on en a isolées,

4° Découverte des microbes de l'atmosphère. — L'opinion qui fait de l'air le réceptacle de germes causant des épidémies, remonte à Hiprocnare. Pendant la grande épidémie de choléra qui désola l'Europe en 1847-48, un grand nombre de médecins accusèrent l'air de propager la maladie. Pendant l'épidémie de 1853-54, Tuomrsox et Ossonxe remarquaient qu'un flacon d'eau distillée placé dans une chambre de cholériques se peuplait de nombreux microbes. Mais il faut arriver à Pasreun ! pour trouver les premières expériences probantes sur l’existence des germes de l'air; c'était au cours de la mémorable campagne qu'il soutint contre les partisans de la génération spontanée.

La connaissance des germes de l'atmosphère a une grande

4 Pasreun, Mémoire sur Les corpuscules organisés qui existent dans l'atmosphère, 1861.

Le.

En ANALYSE BACTÉRIOLOGIQUE DE L'AIR

: importance en hygiène ; nous n'avons pas besoin de rappeler qu'elle a conduit aux découvertes de l'antisepsie et de l'asepsie en chirurgie.

2 Nombre et topographie des microbes de l'atmosphère. — Les microbes de l’almosphère sont très nombreux ; il suffit de laisser débouchés, dans un laboratoire, des récipients à milieux de culture pour voir ceux-ci se peupler rapidement. Dans la vie journalière, tous les liquides organiques se putréflent s'ils ne sont pas stérilisés et mis à l'abri du con- | tact de l'air.

' Le nombre des germes d'un mètre cube d'air est excessive | ment variable. On peut dire d'une façon générale que les microbes sont d'autant plus nombreux qu'on analyse un air plus rapproché d'une agglomération civilisée. Miquez! s'est uttaché à cette question, Voici quelques-uns de ses chiffres ?

Air de la rue de Rivoli. 5 500 microbes par mètre cube, — du pare de Montsouris. . T0 — — de la mairie'du IVs arrondissement. . , .. .. 4062 — — — du Panthéon (74 mètres). 28 — —

Dès qu'on pénètre dans une maison, dans une salle d'hôpi= tal, le nombre des germes augmente dans la proportion dé 4 à Souà 12: dès qu'on s'élève en l'air, le nombre diminue très rupidement. On peut même dire qu'à Loul prendre une très petite partie de l'atmosphère, celle qui enveloppe immédiatement la surface peuplée de la terre, contient des microbes en proportion notable. Une cour de l'Hôtel-Dieu de Lyon contenait 1884 microbes et 833 moisissures par mètre cube “par une température de 5° (Rossi) ?, Au contraire voici des provenant de lieux élevés et dus à pe FREUDENNRICH &

Organismes vivants de l'atmosphère, Paris, 1883; Annuaire de Montsouris, passim.

mumérations des bactéries de Lair dans les . Lyon, 1890, *

Nombre DES BACTÉRIES Dans 10 mérnes cuurs (10000 Lrrnes).

Alpes bernoises (2 à # 000 métres) , . . , . . . . Li

Col du Théodule (4 350 méètres). . . . . . . . , . 3,4 Lac de Thoune (560 mètres). . .

Hôtel de Bellevue (560 mêtres) Glacier d'Aletsch (3000 mètres) . 4 . . . . . . . 10

L'air de la mer, loin des côtes, est aussi pur que celui des hauts sommets. De 1884 à 1886, Mongau et Miquez ont analysé 142855 litres d'air marin, près ou loin des côtes, et n’ont trouvé que 102 microbes, soit { par mètre cube; il n'y avait pas un seul microbe dans 9980 litres filtrés en pleine mer, L'air est donc useplique, dès qu'on s'éloigne des endroits habités. Cela est facile à comprendre, puisque les microbes tombent à terre, comme toute particule pesante, et que l'évaporation (même d'infusions putrides — Miguez) n'en entraine aucun.

Il va sans dire que tous les chiffres précédents varient avec une foule de conditions. Les saisons ont une grosse influence. D'après Miquez, c'est en automne que l'atmosphère est le plus riche en germes (121 par mètre cube à Montsouris) et en hiver qu'il est le plus pourvu (53 par mètre cube). Les fortes chaleurs ensoleillées font beaucoup diminuer le nombre des germes de l'atmosphère. Le vent dissémine les germes ; soufflant d'une région chaude et humide, très peuplée, il apporte beaucoup de germes. Miquez a calculé qu'une masse d'air qui traverserait Paris, à raison de 4 mètres par minute, entraînerait 40 milliards de microbes par jour.

Dans les appartements l'agitation des poussières pollue l'air dans des proportions formidables. Miquez à vu que 1 gramme dé poussière de son laboratoire contenait 750 000 germes, et À gramme de celle d'un appartement de la rue Monge 2 100 000. Le précepte est donc sage qui substitue le lavage au balayage.

3° Espèces microbiennes rencontrées dans l'air. — En principe; loutes les espèces microbiennes peuvent se rencontrer dans l'air, puisqu'il suffit d'agiter les poussières du sol pour infecter l'air ambiant. On trouvera dans l'ouvrage de Miguez

En

426 ANALYSE BACTÉRIOLOGIQUE DE

l'énumération des principales espèces s M. tetragenus, M. prodigiosus, Mycoderma aceti, Æ. amylobacter, ete. On a trouvé dans les salles « le Staphylococcus pyogène, le Streptocoque pyogène microbes de la suppuration, le B. tuberculeux pee le Vibrion septique, le Microbe de la septicémie de Davaine, le M | Microbactertum agile, le Pneumocoque, ele. | | Malgré la grande richesse de l'air en microbes plus on mgins

| dangereux, la propagation des maladies par l'air est beaucoup moins à redouter que la propagation par l'eau, par les aliments,

en raison des appareils protecteurs de nos voies respiratoires,

et de la grande dilution des germes. Cependant Miguez a vu que les crues bactériennes observées à Montsouris coïneidaient avec un accroissement de la mortalité à Paris ou plutôt le préeédaient ; de même, dans les pays chauds, le minimum de mortalité est en été, au moment où le nombre des germes diminue.

Il est vrai que cet accroissement microbien de l'air pourrait être parallèle à celui des maladies infectieuses sans en être la cause, les mêmes influences cosmiques agissant sur les microbes de l'air et sur ceux de l'organisme humain.

Le danger des poussières et par conséquent de l'air dépend de ln résistance de chaque microbe à la dessiccation, à la lumière, ete. Citons un exemple ; le #. tuberculeux résiste an moins cent cinquante jours (Cankac et Mauer), et probablement beaucoup plus, à la dessiccation dans les poussières.

"J PASTRUR a eu le premier l'idée de faire développer, dans du

bouillon, les microbes d'un volume d'air déterminé filtré à tra

coton, Miquez, dès 4887, a obtenu une numération en

le bouillon ensemencé, comme il l'avait fait pour quantitative de l'eau (page 397).

e du fractionnement en bouillon. Procédé de barboter un volume d'air connu à l'aide d'un

aspirateur{ dans une masse de bouillon contenue dans un ballon à trois tubulures (fig. 28). Le tube d'entrée de l'air

plonge jusqu'au fond du bouillon ; le tube de sor-

tie est garni d'un lampon d'ouate, L'opération terminée, on repousse le tampon de ouate dans le bouillan avec un fil de platine flambé, On agite le flacon et on répartit le bouillon en un nombre de petits ballons assez grand pour qu'une bonne

Fig. 219.

Dispositif pour l'aspiration ment le nombre de changements

de l'air.

célur de Poucuer, en 1859. Le plus pratique est l'aéroscope à gürouelle

de Migrer.

Fig. 218.

Matras barboteur de Miquel.

moitié ne se trouble pas. On porte les ballons à l'étuve, on compte les ballons troubles, et on calcule d'après le nombre des litres d'air qui ont barboté.

‘ On fera l'aspiration à l'aide d'une trompe quelconque (p. 31) ou aveë deux flacons aspirateurs comme ceux représentés figure 219, La rapidité de l'écoulement est réglée par une pince de Bohème (c). Le volume d'eau écoulée étant connu, on saura le volume d'air aspiré. Lorsque le premier flacon (A) s'est vidé dans le flacon (B) on peut changer les flacons de position et noter simple-

des flacons opéré pendant un ternps donné.

Le premier aéroscope employé fut

2° Méthode du passage de l'air sur gélatine solide, — Cette méthode s'emploie de deux façons différentes : a. Procédé de Koch. — Kocu (1881) a appliqué sa méthode de

Appareil de Hesse pour cultiver les microbes de l'air,

éultures sur plaques à l'analyse de l'air en faisant passer un éourant d'air sur une plaque de gélatine,

hi. Procédé de Hesse. — Hesse! u perfectionné cette méthode [ Son appareil (tlg. 220) consiste en un grand tube de

Über quantitative Bestimmung der in der Luft enthalten, Mitthellungen aus dem kuiserlichen Gesand- | L p. 182,

et le à + 22°, et on mi s au bout de quel-

ncombrant et la Fig. 221.

Fe Nr

ê ; L (1895). — Un Miquel.

ee) dkex tubulures (1

contient de la gélatine solidifiée, Une pointe

ire (A) traverse la gélatine; elle est enlevée au

de l'expérience. On aspire par ({) un volume

traverse ainsi le petit tunnel de gélatine, et mes. On ferme alors ({') avec un bouchon de

fond doucement la gélatine, On a ainsi, une

ve en boîte de Petri.

le de l'ensemencement en gélatine fondue. — és peuvent être utilisés :

g | Frankand. — Fnankzaxp ! fait passer Ê

Hfion of tmicroorganisms in «iv, Protee- : London, 1886. ;

il A30 ANALYSE BACTÉMOLUGIQUE DE L'AIR

volume d'air connu à travers un tube de verre (A, C) muni de deux bourres de soie de verre (B et B') (fig. 222). Puis, chaque bourre est introduite dans un flacon contenant de la gélatine fondue ; on agite et on élale d'après la méthode d'Esmarch. La dissociation de la soie de verre est très difficile.

SPP Se

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