LE BACILLE TÉTANIQUE
Le B. tétanique ne quitte jamais la plaie; il Qe se répand jamais dans le sang ou dans les organes. Celte notion est capitale. Le tétanos est le type des intoxications microbiennes; le B. reste in situ et fabrique des toxines qui vont, dans les centres nerveux, engendrer la maladie.
2^ Aotion expérixiientale. — L'inoculation en série du pus tétanique ne réussit pas ; au S* ou 4" passage, elle ne donne plus le tétanos (voy. p. 593).
Le tétanos- expérimental s'obtient presque toujours, dans les laboratoires, par injection de toxine. On emploie très rarement rinoculation de la culture, ce qui d'ailleurs équivaut à injecter la toxine (voy. plus haut, p. 594). Nous dirons plus. loin comment est obtenue cette toxine (p. 605). Tout ce qui va suivre correspond aux injections de toxine, privée de bacilles et de spores.
A. Symptômes. — Les symptômes objectifs sont les mêmes que chez l'homme et aussi les mêmes chez toutes les espèces ; ils se résument en la contracture musculaire, localisée, puis généralisée.
Il est un autre symptôme qui est variable, c'est l'état de la température rectale. Chez l'homme, la température monte beaucoup pendant la période terminale et môme après la mort. J. CouRMONT et Pehu (1900) ont étudié la marche de la température rectale dans le tétanos expérimental. Elle diffère suivant l'espèce animale considérée. Pour les adultes, le tétanos est hyper thermique chez Thomme, le cheval, la chèvre, le chien; il est hypothermique chez la souris, le cobaye, le lapin, la poule. Cette élévation ou cet abaissement de température ne débutent qu'au moment de la généralisation dos contractures. L'âge peut avoir une inlluence considérable ; la jeune chèvre, le jeune chien présentent de l'hypothermie.
A la période terminale, on note une dyspnée formidable, et de Vaccélération du cœur.
La mort survient après un temps variable, suivant les espèces, et, pour cliacune d Viles, avec la dose inoculée. La mort est
d'autant plus rapide que rincubation a été plus courle; et, pour rincubation miniraa (voy. p. 600) que la dose de toxine a dépassé la dose limite.
Il est très facile d'obtenir un tétanos curable; il suffit de diminuer la dose injectée. Le tétanos, même généralisé, peut guérir chez le chien, le lapin, et même chez le cobaye ; les contractures disparaissent progressivement en quarante ou cinquante jours. Le plus souvent le tétanos curable reste local. On peut même, en injectant une très petite dose dans un muscle (en mettant une goutte très diluée sur la conjonctive du cobaye) ne tétaniser que ce muscle.
En somme, on peut graduer le tétanos expérimental avec la plus grande facilité, en modifiant les doses de poison injecté.
B, RÈcEi»TiviTÉ DES ESPÈCES ANIMALES, DosEs. — Presque tous les animaux sont sensibles. On peut les classer ainsi, si on tient compte de la quantité de toxine nécessaire pour tuer un individu, sans s'inquiéter des différences de volume et de poids des espèces animales :
Souris blanche.
(lobnye.
Lnpin.
Grenouille.
Solipèdes.
Chien. Chèvn».
Pigeon.
Poule.
Vno mémo toxine», par exemple, injectée sous la peau, tuera une souris à 1 I 000000 de centimètre cube, le cobaye à 1/10000, le lapin à 1,8 de centimètre cube, la grenouille à i/2 centimètre cube, le cheval à 2 centimètres cubes, le chien à 4 centimètres cubes» la poule à iO centimètres cubes.
Vhomme devrait probablement être placé en tête de ce tableau. Nicolas (1893), alors notre préparateur, a contracté un tétanos généralisé, suivi de guérison au bout de quaranteun jours, pour s'être piqué avec une aiguille simplement humide de toxine.
La souris blanche^ le cobaye^ le lapin sont couramment employés. Nous avons souvent utilisé le chien, le cheval et Vâne,
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La grenouille n'avait pas été utilisée avant J. Couhmont et DoYON (1892). Pour devenir tétanique, elle exige, ainsi que nous Tavons montré, des conditions spéciales de température ambiante. On injecte deux lots de grenouilles (1 centimètre cube de toxine sous la peau de la cuisse) ; on laisse le premier à une température inférieure à +20°; on place l'autre (voy. p. 30i) dans l'étuve à +30** ou +38^'. Les grenouilles du premier lot résisteront indéfîniment ; celles du deuxième deviendront tétaniques le sixième jour et mourront vers le quinzième. En été, par des températures supérieures à +20*^, la grenouille prend le tétanos sans avoir besoin d'être chauffée. La toxine se conserve longtemps dans le corps de la grenouille froide. Si on met celle-ci à l'étuve, même plusieurs mois après l'injection, elle devient tétanique après une incubation de six jours, comptés à partir du commencement du chauffage. Nos expériences ont été confirmées par Ruschke et OErgel (1893), Gum- PRECHT (1894), Metchnikoff (1897), Knorr (4898), Coluna (1898), etc.
La poule passait pour être réfracUiire. J. Courmont et Doyon ont montré (1893) (ju'il n'en était rien. Il faut seulement de ortes doses.
Le pigeon est plus sensible que la poule (Behring et Ransom).
La tortue, le caïman, le scorpion (même chauffés) sontréfractaires (Metchnikoff).
Si, au lieu de considérer les individus, on calcule la dose qui tue un gramme d animal, l'ordre de la sensibilité change. Le cheval est alors le plus sensible de tous (Knorr); il faut 13 fois plus de toxine pour tuer 1 gramme de souris et 2000 fois plus pour tuer un gramme de lapin.
C. Voies d'lntroduction. — Les doses que nous venons de donner, les symptômes que nous venons de décrire, correspondent à l'injection sous-cutanée ou intramusculaire. Doses nécessaires et symptômes varient suivantla voie d'introduction.
La voie sous-cutanée ou musculaire donne un tétanos local, puis généralisé (parfois le début n'est pas local, chez les solipèdes (J. CouRMOMT et Doyoin).
Is'injection intraveineuse produit un tétanos généralisé d'emblée. Il faut une dose 8 ou 10 fois plus forte que sous la peau.
Vinjection intracérébrale (Roux et Borrel; i898) engendre une forme spéciale : excitation, crises convulsives intermittentes, troubles moteurs, polyurie, etc. {tétanos cérébral), au lieu des contractures permanentes (lapiny cobaye, rat). Le lapin est sensible à des doses 25 fois plus faibles que sous la peau, tandis que le rat exige des doses plus fortes.
Vinjection dans la carotide donne un tétanos généralisé, mais la dose mortelle est sensiblement la même que pour l'inoculation sous-cutanée.
Vinjection dans la cavité arachnoïdienne produit les mômes effets que Tinjection intraveineuse (Tizzoni et Cattani, C. Brun- NER, etc.).
BiNOT (1899) a tenté l'injection de la toxine dans les différents viscères du cobaye. Ce tétanos splanchnique a des allures spéciales. La dose nécessaire est à peu prfts la même que sous la peau, l'incubation est plus longue, mais la marche plus rapide ciprès l'apparition des premiers symptômes. Ceux-ci sont : frémissement vibratoire symétrique, dyspnée, hoquet, spasmes musculaires du membre débutant loin du point inoculé, jamais de contractures permanentes, mort en hypothermie, flaccidité pendant l'agonie. C'est probablement le tétanos du grand sympathique à opposer au tétanos moteur. L'injection de sérum antitétanique est etticacc plusieurs heures après Tinoculalion de la toxine.
Vingestion, l'inoculation dans /a vessie échouent. L'introduction dans le jmumon^ dans les fosses nasales, donne un tétanos splanchnique. L'inoculalion dans la moelle osseuse donne le tétanos moteur.
D. FnACrrONNEMENT et DISSEMINATION DES DOSES. — J. COURMONT
et DoYON (1899) ont montré que la dissémination et le fraction^ nement d'une seule dose mortelle de toxine, injectée sous la peau du cobaye, augmentent la puissance de l'injection. En injectant, en 4 ou 8 points de la surface cutanée, une seule