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CHAPITRE X LE BACILLE TYPHIQUE

Le B. de la fièvre typhoïde a été vu par Ebkrth (1880-1883) dans la rate, les ganglions mésentériqiies et les plaques de Pejer des dolhiéncntériques. On l'appelle :I3. d-Eberth. C'est Gaffky (1884) qui l'a isolé et cultivé. En France, Chantemesse et Widal, ensemble (1887), puis séparément, l'ont spécialement étudié et ont fait d'importantes découvertes.

Une des parties les plus intéressantes de son histoire est sa parenté, plus ou moins éloignée, avec le Colibacille, parenté sur laquelle Rodkt et G. llocx (1889) ont attiré l'attention. Les travaux parus à ce sujet sont innombrables, et la question n*est pas épuisée. On se reportera au chapitre xiv de noti-e première Partie (p. 408) pour approfondir cette discussion.

LeB. d'£6er//i doit être distingué soigneusement du Colibacille, Il est l'agent spécifique de la fièvre typhoïde.

A) Isolement, Cultures

10 Isolement. — On verra plus loin les méthodes de Diagnostic (p. 651), et on se reportera aux méthodes d'Analyse des eaiu (p. 411).

2^ Caractères généraux des cultures. — Aérobie facultatif. Pousse bien et rapidement (on quelques heures) sur tous les milieux. Végète de -j- 4*^ à -f- 46"^. T" optima = 35<'-37''. Les cultures liquides traversent les filtres (CA.MmER) (voy. p. 168, 417).

Ne végète pas sui* les milieux solides ayant déjà fourni des

ISOLEMENT. GULTUfiES 639

cultures, c'est-à-dire sur un tube de gélose ou de gélatine dont on a enlevé les colonies [de B. (TEberth); ces milieux sont comme vaccinés (Chantemesse et Widal). Ce caractère est inconstant.

' 3^ Cultures sur milieux solides. — A, Sérum. Gélose. — Strie blanchâtre, crémeuse. Rien de caractéristique* On peut colorer les géloses comme les gélatines.

B, Gélatine. — Pas lîquîfiée. — Piqûre : disque mince, irisé à la surface; le long du trait : petites boules rondes, comme une

B. ly phi que.

Colonies sur gélatine, vues à la loupe (montagnes de glace).

grappe de raisins. Parfois apparaissent des cristaux de phosphates.— Strie : voile mince, irisé, abords déchiquetés, avec une bande plus épaisse, le long de la strie. — Plaque : colonies assez caractéristiques: vers la quarante-huitième heure : petites colonies rondes, qui grossissent (tête d'épingle) mais restent bleutées, transparentes, avec des contours découpés et des sillons partant de la crête centrale qui est plus épaisse. .\ la loupe, l'aspect est celui d'une montagne de glace (flg. 309).

Les colonies développées dans la profondeur sont petites, opaques, régulièrement arrondies (fig. 310).

C. Gélatines colorées. Voyez page 413, l'emploi des gélatines de NoEGGERATH, Gasser, Wuhtz, Hamond.

D. Gélatine phéniquke. Voyez page 411.

K Gélatine d'elsner. Voyez page 413.

640 LE U^CILLK TVPHIQUK

F. (iÉLATiME TouaAiLLON. — Développement peu intenso.

G. (ÎKLATiNE i)EPioRKo^*sKi. — Vovez page 413. Les colonies ne diiïèrenl pas sensiblement de celles du Colibacille,

Fi-. 310.

D. t y phi que.

Culture sur gélatine en boîte de Pétri.

C, colonies supopficiollos do /). d'/COerth on monla<;nos ifp glace. c, colonies

profondes pond i formes de Ji. (T/Cberlh. — S, colonies l<^jri^romenl liquéliantc^ {Staphylocoifue pyogènc). — B, moisissures.

If, PoMMK DE TERRE. — Aucun développement apparent à l'œil. A jour frisant, on voit cependant un enduit vernissé {bave d'escargot) extrêmement mince, qui constitue la culture. D'autres fois, surtout pour les cultures entretenues depuis longtemps dans les laboratoires, la culture est plus épaisse, visible, visqueuse, jaune brun. Cet aspect s'obtient à volonté sur les pommes de terre alcalinisées (Ruchner) .

Il est certain que l'aspect des cultures sur pommes de terre (donné autrefois comme caractéristique) varie beaucoup suivant les échantillons, leur Age et surtout suivant la composition

(si variable) de la pomme de terre employée. Pour remédier à ce dernier inconvénient, Rem y et Sugg ont composé un milieu artificiel (très compliqué), comprenant tous les éléments de la pomme de terre.

I. Artichaut. — Aucune culture apparente; aucun changement de couleur (Roger).

4<> Cultures en milieux liquides. — A. Bouillon. — Trouble général dés la dixième heure. A la surface et en collerette sur les bords du récipient (pencher légèrement), une mince j?e//icii/e moirée, irisée. Dès le quatrième jour, des flocons se déposent dans le fond et forment un dépôt abondant. Vers le ilouzième jour, le bouillon s'éclaîrcit et devient brunâtre; la culture ne végète plus.

B. Bouillon au neutral-roth. — Voyez page 414,

C. Bouillon lactose et tournesolê (voy. p. 88). — Reste bleu (pas de fermentation du sucre). Importance capitale.

D. Bouillon lactose et additionné de carbonate de chaux. — Pas de dégagement gazeux.

E. Bouillon arsenical. — Ne végète pas dans un bouillon contenant 08',02 d'acide arsénieux par litre.

F. Milieux minéraux. — Ouchinsky (p. 81), Noegeli, Pérè, etc., ont composé des milieux minéraux dans lesquels le B. (ÏEberih ne végète pas, tandis que les autres microbes voisins poussent bien. C'est inconstant.

G. Bouillon vacciné. — Le B. d'Eberth pousse mal sur les milieux solides où il a déjà végété (CuANTEMESsEet Widal). Emery (1902) a appliqué ce fait aux cultures liquides. 11 fait digérer 200 grammes de pulpe de rate de bœuf par 250 grammes d'estomac de porc, dans un litre 1/2 d'eau acidulée (15 centimètres cubes d'HCl), pendant vingt quatre-heures à + S0<». On ajoute de la macération de pulpe de rate (500 grammes pour un litre d'eau), on fait bouillir dix minutes, on filtre sur coton hydrophile mouillé. C'est un excellent milieu pour le B. d'Eberth. On ensemence, on filtre au bout d'un mois. Le liquide filtré est un

PRÉCIS DE bactériologie. 2* édit. 41

r»42 LE IIACILLE TYIMIIQrE

excellent milieu pour le Colibacille, lundis que le D. d'Eberth n'y pousse qu'au bout de quarante-huit heures.

W. Lait. — Végète bien. Pas de coagulation (pas d'acides). Impof'tance capitale.

I. Petit lait. — Végète bien. Légère acidité du milieu (ne dépasse pas 3 p. iOO). Voyez page 78.

B) Coloration, Caractères iiigroscopiquks

10 Coloration. — Se colore bien par toutes les couleurs ])asiqnes d'aniline. Ne prend pas le Gram.

Im;^. 311.

B. ti/phique.

Culture en bouillon, âgée de 48 heures.

A, (•chaiilillon (loaaaul des formes couilos (onlinairoi.), — B, <K>liaiitilloii dounaiil des formes lon^iiies.

2" Forme. — Dnns rorganisaie : petits bacilles (2 à 3 [x sur 0,0 à 0,7 {jl), droits, à bords arrondis, à protoplasma homogène

C A K A C T K R E s M I C R ( ) S C 0 P I g U fi S

(fig. 31 i). Très polymorplie dans les cultures. Jeune, il est grêle et court, parfois réuni par 2 (fig. 311, A). Certains échantillons sont rapidement très longs (fig. 311 B). Dans les vieilles cultures, surtout en gélatine, il s'allonge beaucoup et les formes d'involution ne sont pas rares (formes en navette, renflements terminaux, etc.) Sur gélose et sur pomme de terre, il est en général iarge et trapu. Les cultures très anciennes sur pomme de terre donnent souvent des éléments longs avec nombreux espaces clairs.

3<^ Mobilité. — Très mobile. Mouvements très vifs et très rapides. Cils nombreux (8 ù 12, parfois jusqu'à 20) répartis

Fig. 312.

B. lyphique.

Cils. Très fort grossissement.

sur toute la surface du bacille (Gg. 312), longs (8.(1 et plus), flexueux. Le B. coli est moins riche en cils.

L'action de la lumière solaire, des antiseptiques, des températures dysgénésiques sont sans influence sur le nombre et la forme des cils (He.mv et Sugg). Leur présence est donc un caractère assez fixe.

644 LE BACILLE TYPHIQUE

Les cils seraient diiTiciics à colorer dans les oulluros naîxlps avec B. colL

4" Spores. — Pas de spores.

C) Caractères biologiques

1l^ Habitat. — En dehors du typhiqiie, existe dans les eaux (voy. p. 407), dans la glace, dans les poussières d'hôpital, dans le sol (voy. p. 436). Il peut exister, en somme, partout où de^i souillures typhijjues ont pénétre, et il se conserve assez longtemps. Hemliniîku et Schneider l'avaient trouvé dans des matières fécales non typhiques ; d'autres auteurs ont contesté le fait,

8^ Vitalité. — Les cultures sont fragiles ; un chauffage do 10 à 20 minutes à -{- 60^ les tue. La congélation est sans influence. Les alternatives de congélation et de liquéfaction les tuent rapidement.

Dans l'eau, le B, (VEberth conserve longtemps sa vitalité (Straits et Di BARRY, Chantk-messe et Widal) surtout si Teau est stérile.

Dans le sol, il est encore vivant au bout de 5 mois et demi (Grancher et Deschamps).

La dessiccation le tue lentement (Uffelmanx).

La lumière est très nocive (Gaillard); 4 à 8 heures d'insolation tuent une culture liquide ; il faut 26 heures pour tuer des cultures desséchées (Vinxent) .

Les antiseptiques le tuent en quelques minutes.

3*^ Virulence. —Très variable. (Voy. Aclion pathogène, p. 646).

49 Caractères bio-chimiques. — C'est à. ces caractères qu'on s'est adressé pour distinguer le B. (TEberth du Colibacille, étant donné le peu d'importance des différences morphologiques et alors que l'agglutination n'était pas encore connue. C'est Chantemesse et Widal (1891), avec Perdrix, qui ont montré le parti qu'on pouvait tirer de ces propriétés.

Le B. (TEbcHh ne fait fermenter ni la saccharose-, ni la lactose^

CARACTÈRES BIOLOGIQCES 645

ni la mannite ; il a une action faible sur la lévulose et la galactosBy plus énergique sur le glycose. Au conti*aire, le Colibacille fait fermenter la lactose. 11 en résulte que le Colibacille engendre des acides, des gaz, dans les milieux où il fait fermenter la lactose, la saccharose, tandis que le B, d'Eberth ne produit ni acides, ni gaz dans ces milieux.

Un bon moyen de différenciation consiste donc à cultiver ces deux microbes dans des milieux lactoses (bouillon lactose et tournesolé, gélatine lactosée et tournesolée, bouillon lactose avec carbonate de chaux, lait, petit-laît, etc.). Le Colibacille fait virer au rouge et fabrique des gaz; le h, d'Eberth laisse les milieux bleus et ne fabrique pas de gaz.

Le B. d'Eberth ne produit pas d'indol.

5^ Agglutination. — Les sérums antityphitiues, c'est-à-dire provenant d'animaux immunisés contre le B. d'Eberth, sont agglutinants pour celui-ci. Dès 1896, Pfeifker et Kolle essayent de reproduire, dans le péritoine du cobaye, \q phénomène de PfeifTer (voy. p. 685) avec du sérum de convalescents ; leurs résultats'sonl ' inconstants. La même année, Grùber et Dirham constatent l'agglutination des bacilles typhiques, cultivés en bouillon additionné de sérum d'animaux immunisés, et proposent d'étudier à ce point de vue, le sérum de l'homme convalescent de fièvre typhoïde. La même année encore, Widal montre que cette propriété appartient au sérum des typhiques pendant l'infection (voy. Sérodiagnostic y p. 056).

Les sérums des animaux immunisés sont bien plus agglutinants (1/10 000 et plus) que la plupart de ceux des hommes typhiques.

La propriété agglutinante se retrouve dans le lait, les larmes, certaines pleurésies, parfois l'urine des typhiques. Elle peut passer dans le sang du fœtus.

La substance agglutinable existe dans les bacilles morts (agglutination des cultures tuées) ; elle résiste à la chaleur, à la lumière ; elle est soluble dans l'alcool.

Certaines substances chimiques possèdent le pouvoir agglutinant (Malvoz), mais leur action n'a rien de spécifique.

':r^rm.

.K IJACILLE TYPHIOrE

Voyez, pago 244, la valeur de rapglulinabilité pour la diagncrse (lu B. (lEbcHh.

D) Action patiiogkne

1° Action naturelle. — Le B. d'Ebcrth est pathogène seulement pour l'homme. C'est l'agent de la fièvre typhoïde et de

Fig. 313.

Wiif* typliique.

Bacilles violets. Coloration à la tliioninc phéniquée.

nombreuses complications (abcès, ostéites, mjosites, pleurésies, broncho-pneumonies, méningites, angines, péricardit^, etc.) de celle-ci. Il a, parfois, engendré des abcès, des ostéites sans fièvre typhoïde, et aussi, très rarement, des septicémies sans ulcérations intestinales. 11 existe dans les matières fécales (dès le troisième jour pour Ukmv) (vo)'. p. 652), dans les urines (Bouchard, etc.) peut-être seulement albumineuses (Besson), dans le sang, (voy. p. 654). A Tautopsie, on le retrouve dans tous les

parenchymes surtout dans la rate (fig. 313) et les ganglions mésentériques.

2^ Action expérimentale. — H faut distinguer l'inoculalion et l'ingestion.

A. Inoculation. — L'inoculation ne donne pas une maladie rappelant la fièvre typhoïde de l'homme. On utilise, surtout, le cobaye et la souris (Fr.enkel et Simmonds, 1885).

a. Si on inocule des cultures, telles qu'elles proviennent de la rate ou du sang d'un tjphique, c'est-à-dire peu virulcntcSy il faut injecter des doses assez fortes (1/2 à 2 centimètres cubes), dans le péritoine, pour tuer en vingt-quatre à soixante-dix heures. A l*autopsie, on constate une péritonite généralisée avec'ascite contenant de grandes quantités de bacilles. L'inoculation souscutanée produit un abcès et est rarement mortelle.

b. Mais on a pu exalter, la virulence du B, (ÏEberth. S.\NARELLi (1892, 1894) inocule, dans le tissu cellulaire d'un

cobaye, 5 centimètres cubes d'une culture de vingt-quatre heures de B. (TEberth inactive et, dans le péritoine du même animal, 10 à 12 centi^mètres cubes d'une vieille culture en bouillon de Coli* bacille stérilisée. Le ci)baye meurt rapidement, avec le B. (VEberth dans le péritoine. Il fait une culture avec la sérosité péritonéale. 11 continue la même opération sur un second cobaye et ainsi phi.sieurs fois de suite, on diminuant progressivement la quantité de culture stérilisée i\u Colibacille. La culture <le B. (VEberth finit par tuer t'i elle seule le cobaye et le Injnn (dans le péritoine). Sanarki.li a aussi employé l'association du Proleus vulr/aris, l'ingestion simultanée d'une vieille infusion de viande stérilisée, etc.

Chantemessk et Widal inoculent en même temps au cobaye, 4 centimètres cubes de culture de B. (VEberth sous la peau et 10 centimètres cubes de culture de Streptocoque pyogêne stérilisée dans le péritoine. Ils continuent comme Sanarelli.

L'exaltation se produit par simples passages successifs dans le péritoine du cobaye, en injectant successivement la sérosité péritonéale. Après 30 ou 40 pa.ssages, on a un virus fixe qui tue

648 LE BACILLE TYPHIQUE

en 12 heures à une goutte. Les cultures de cette sérosité peu. vent tuer, sous la peau, cobaye et lapin^ & un demi-centimètre cube.

En somme, le virus exalté, inoculé sous la peau, dans le sang ou dans le péritoine, produit les mêmes effets que le viinis primitif, mais à plus faible dose. L'inoculation intrapéritonéale donne : mort en 15 heures, en collapsus, avec hypothermie et abdomen douloureux ; sérosité péritonéale riche en bacilles, viscères congestionnés, intestin congestionné avec liquide séreux, plaques de Vo.yev et ganglions mésentériques tuméfiés, léger épanchement pleural.

B. Ingestion. — L'ingestion des cultures ordinaires n'avait pas engendré d'affection ressemblant nettement à la fièvre typhoïde.

Ch.\ntemesse et IUmond (1897) ont reproduit une véritable fièvre typhoïde avec ulcérations intestinales.

Ils ont d'abord opéré sur le singe macaque. L'animal était soumis, pendant quinze jours, au régime lacté exclusif, puis ingérait une culture exaltée mélangée à de la confiture. 11 tombait malade le troisième jour (fièvre, anorexie, diarrhée) et mourait le huitième avec ulcérations des plaques de Peyer.

Chez le lapin, ils ont injecté, dans le péritoine, 25 k 30 gouttes de laudanum, puis, de suite après, ont introduit dans l'estomac, avec une sonde, 3 à 5v centimètres cubes de culture exaltée. L'animal meurt, vers le quinzième jour, avec toutes les lésions de la fièvre typhoïde, et son séro-diagnostic est positif.

Les mêmes auteurs ont rendu le lapin plus sensible au B. d'Eberth en 1' « humanisant m par des injections quotidiennes (vingt jours) de sérum ou d'urine humains.

Rkmlinger (1897) a infecté le rat et le lapin en lui faiscuit ingérer, après trois jours de diète, pendant plusieurs jours, des légumes souillés de cultures virulentes. Certains des animaux soumis à ce régime sont morts de véritable fièvre typhoïde, avec bacilles dans la rate.

Lépine et Lyonxet (1897) ont injecté de la culture virulente, dans une anse de Thiry, chez le chien, et ont ainsi reproduit une entérite ulcéreuse, mais uniquement dans l'anse infectée. La

mort ne survient qu'au bout de vingt jours avec apparition du pouvoir agglutinant du sérum. lis ont aussi reproduit le pneumO'typhus par inoculation dans la trachée du chien (ce n'est pas une véritable pneumonie lobaire).

E) Toxines

Nous laisserons de c6té les recherches anciennes de Hrirger et FRiGNKEL (1885) qui avaient abouti à l'isolement de ptomaïnes, dues à des impuretés.

Les auteurs récents se sont contentés d'étudier les propriétés des cultures liquides tuées ou ûltrées.

Sanarelli (1894) ensemence son virus exalté dans du bouillon glycérine à 2 p. 100; au bout d'un mois d'étuve à +37^ la culture est stérilisée par le chauffage et mise au repos à la température ordinaire ; huit mois plus tard, elle est mise en tubes scellés et portée, pendant quelques jours, à + 60*^. Toutes ces manipulations ont permis aux toxines intraprotoplasmiques de diffuser dans le liquide.

L'action pathogène de cette toxine n'est pas très considérable.

11 faut 10 centimètres cubes, sous la peau^pour tuer un petit lapin de 1 kilogramme en six à douze heures, -avec de la parésie suivie d'accès convulsifs, et hypothermie terminale. Rien de notable à l'autopsie. Beaucoup d'animaux ne succombent qu'au bout de plusieurs jours, avec de la diarrhée, très cachectiques.

La souris est tuée par 1 centimètre cube sous la peau, ou 0<=%2 dans le péritoine.

Le cobaye est tué par 1**^,5 de toxine par 100 grammes de poids vif, sous la peau. 11 faut 4 à 5 centimètres cubes de toxine par 100 grammes pour tuer en quinze à vingt heures; mort en hypothermie et en paralysie. Autopsie : exsudât péritonéal un peu louche; rate congestionnée, friable; intestin très congestionné, contenant un liquide diarrhéique avec Colibacilles très virulents.

Le singe réagit comme le cobaye.

FcNCK (1896) estime peu toxiques les cultures tuées par addition d'acide phénique à 1/2 p. 100.

Lépine et Lyonnet (1897, 1898) ont étudié la toxine de cultures

650 LK BACïLLE TYPIIIQUE

en hoiiillon, do quatre à huit jours, cliaufféos une heure on deu\ à + î)8". Co rhnuffage tue les bacilles et n'altère pas la toxim» Ils ont aussi injecté de grandes quantités de cultures virulente> vivantes, dont les effets immédiats n*onl pas été supérieurs à ceux des cultures chauffées. Leurs expériences ont été faites sur le chien. L'injection sous-cutanée de 20 à 30 centimètres cu^»es fait un abcès. Linjection intraveineuse tue en quelques heures t\0'''",8 h 2 centimètres cubes par kilogramme, avec hyperthenaic (contrairement au cobaye), affaiblissement du cœur, diarrhée sanglante. L'ingestion a échoué. La résistance individuelle du chien varie de 1 à 5 (dose mortelle par kilogramme). L'ablation de la rate n'exerce pas d'influence. Les chevaux sont ultra-sensibles à cette toxine injectée sous la peau.

Chaxtkmksse (1807; est arrivé à obtenir une taxine soluble.

Il cultive, en macération de rate et de moelle osseuse additionnée d'un peu de sang humain défibriné, un bacille exalté par passages dans le péritoine du cobaye. Le développement est très rapide. On filtre sur porcelaine vers le sixième jour, car la toxine soluble disparaît rapidement des cultures. Cette toxine soluble doit être conservée en tubes scellés, à l'abri de la lumière ; elle n'est pas altérée par un chauffage d'une heure à + 58<* ; elle n'est qu'atténuée par un chauffage A + lOO"^ ; son pouvoir disparaît si on Tacidifie (acide tartrique) et reparaît par addition de soude ; elle est retenue par le noir animal ; elle s'atténue par lévaporation dans le vide d -|- 30" ; les substances précipilables par l'alcool qu'elle contient sont moins toxiques que les substances solubles dans l'alcool. Celte toxine est surtout active pour les gros animaux {cheval, mouton). La souris est îiussi très très sensible. Le lapin et le cobaye (6 centimètres cubes pour un cobaye de 500 grammes) le sont moins. Les lésions sont intestinales : congestion, diarrhée.

¥) Immunisation On vaccine assez facilement contre le 1). dEberth. ±^ Inoculation de cultures vivantes. — IVEUMKRctPKEiPFEB

DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE 651

(1887) injectent h la souris blanche des doses croissantes de cultures vivantes. Bhieger, Wasskhmann et Kitasato (1891) injectent au cobaye et à la souris des bacilles, atténués par culture en bouillon de thymus. Lyoxnkt, MÉRiKrx et Carrk (1897) ont immunisé des chevaux avec des cultures n'ayant pas été modifiées par le passage à travers Tanimal (500 cm** en un mois et demi). L'injection sous-cutanée fut assez bien supportée sauf de vastes suppurations, mais une injection intraveineuse tua rapidement ces chevaux. Le pouvoir agglutinant s'était nettement développé. Le sérum était préventif et curateur, mais non antitoxique.

Voyez Traitement y page 660.

2*^ Injection de cultures tuées. — Brikgkr, Wassermann etKiTASATO immunisent \q cobaye avec des cultures chauffées à -|- QO'*, évaporées au 1/10, et précipitées par l'alcool (2 centigr. de précipité desséché dans le vide pour 1 cobaye). Sanarelli (1892, 1894) injecte des cultures tuées à + 120*^ au /apm et au cobaye. Le lapin est trop sensible. Le cobaye qui a reçu en cinq Jours, 16 à 18 centimètres cubes de ce liquide, acquiert l'immunité quatre jours plus tard. CHANTEMEssEct WiDAL utiliscut une culture tuée à + 100<^ à l'Age de quinze jours. H faut 16 ù 20 centimètres cubes pour immuniser le cobaye en quinze jours. Beu- MER et Pfeiffer ont immunisé \cinouton avec des cultures chauffées une heure t\ + 60".

S"* Injection de toxine soluble. — Chantemesse (1897) a immunisé le mouton et le cheval avec sa toxine (voy. p. 650), d'après la méthode des doses croissantes (voy. Sérum antidiphtérique, p. 826). Le cheval est très sensible et réagit longtemps aux injections.

4° Injection de sérum antityphique. — (Voy. Sérothérapie, p. 666).

G) Diagnostic bactériologique

La sagacité des expérimentateurs s'est exercée tout spécialement pour trouver un moyen pratique de faire rapidement le

652 LE BACILLE TYPHIQUE

diagnostic bactériologique de la fièvre typhoïde. Ces moycDs peuvent être groupés autour de deux méthodes : 1<* la recherche du bacille lui-même ; 2<* la recherche des propriétés acquises par les humeurs (agglutination).

10 Recherche du bacille dans la rate. — C'est la méthode la plus ancienne (Philippowitch et Lucatello). On ponctionne la rate du malade (voy. p. 326) et on cultive sur bouillon. Celle méthode, rapide et sûre, serait la méthode de [choix, si elle n'exposait pas à des dangers sérieux. Elle ne peut être mise entre les mains de tout le monde. Il peut se produire des déchirures de la rate, des hémorragies, delà péritonite, etc. Elle doit être réservée à des cas spéciaux, étudiés par des médecins expérimentés. Elle doit être sévèrement proscrite de la pratique courante. Elle est d'ailleurs devenue inutile depuis la découverte des autres méthodes.

2*^ Recherche du bacille dans les selles. — Le bacille apparaît dans les selles dès le troisième jour. Sa recherche est particulièrement difficile, en raison de la présence du Colibacilk. Elle n'est pas impossible.

a. Méthode d'Elsner. — Elsner (1895) avait annoncé la découverte d'un milieu qui permettait de déceler, en quarante-huit heurcSy par un simple examen macroscopique, avec certitude^ le Bacille d'Eberth dans les selles de tout typhique. Nous avons déjà, indiqué le mode de préparation de la gélatine dTJsner (p. 100). On ensemence une parcelle de matière fécale dans un large tube chargé d'un centimètre cube de cette gélatine, on ensemence un second tube semblable avec une goutte du premier, un troisième avec une goutte du second, et on enroule les trois tubes suivant la méthode dEsmarch (voy. p. 178). lis sont placés dans l'étuve à + 22*^, et examinés au bout de quarantehuit heures. Pour Elsner, seuls le Colibacille et le B. d'Eberlh donneraient des colonies sur son milieu; ces colonies se distingueraient facilement entre elles par le simple examen à l'œil ou à la loupe. Les colonies du Colibacille seraient volumineuses, brunes, crémeuses, saillantes au centre, tandis que celles du

DIAGNOSTIC BACTERIOLOGIQUE 653

Bacille (VEherth seraient presque invisibles, constituées par de petits points brillants, La présence de ces derniers suffirait à faire admettre le diagnostic de fièvre typhoïde, leur absence à. le faire rejeter.

Après une courte période d'enthousiasme, la méthode d'Elsner a été réduite à sa juste valeur, spécialement par P. Courmont^. Cet expérimentateur a montré que les colonies de Colibacille qui poussent dans la profondeur de la gélatine res-' semblent à s'y méprendre à des colonies de B. d'Eberth; il faut pour les distinguer de ces dernières, les reprendre et faire toute la série des réactions différentielles des deux bacilles. Des microbes divers peuvent en outre végéter sur le milieu d'Elsner, contrairement à l'affirmation de l'auteur. Enfin, P. Courmont n'a trouvé le Bacille d'Eberth, dûment caractérisé, que deux fois sur 9 typhiques, et Grimbërt 4 fois sur 6. Toute fièvre typhoïde ne peut donc être sûrement diagnostiquée par le procédé d'Elsner, et la possibilité de colonies éberthiformes du Colibacille dans beaucoup de cas, impose, lorsque le résultat est positif, une série de recherches de laboratoire assez délicates, demandant du temps et un outillage spécial.

Le procédé d'Elsner n'a aucune valeur pratique.

b. Méthode de Chantemesse. — Chantembsse (1902) a décrit un gélo-diagnoslic de la fièvre typhçïde; ce qui n'est autre chose que le procédé déjà décrit (p. 415) pour la recherche du bacille dans les eaux. On opère avec les matières du typhique. Une petite quantité de matière, aussi fraîche que possible, est ensemencée dans un tube large, contenant 10 centimètres cubes d'eau pcptonée neutre à 3 p. 100 (peptone Defresne) qui est mis à + 37<». Au bout de six & sept heures, le bouillon est filtré sur papier. Le liquide qui passe est additionné de 2 ou 3 gouttes de sérum très agglutinant (antityphique) et, au bout d'un quart d'heure, centrifugé pendant cinq minutes. On décante. Le culot est délayé et filtré sur papier. Avec un bouchon de carafe en verre à extrémité plate, on tamponne le filtre et on le porte successive-

• Pavl Courmont, Recherche du Bacille typhique dans les selles par le procédé d'Elsner, Société de Biologie, 27 juin 1896.

05* LE BACILLE TYPIIIQUE

ment, sans le recharger, sur plusieurs boites de Pelri chargées de gélose phéniquée, lactosce et tournesDlée (voy.p. 111). On met douze heures & l'étuve. Les colonies typhlques sont bleu nacré. Elles sont ensemencées en eau peptonée, contenant un peu de sérum agglutinant. Quelques heures plus tard, le bouillon est clair et les colonies rassemblées au fond. Les autres microbes donnent un trouble uniforme.

' Ce procédé, assez compliqué, aurait donné à Ch.4nteme$se d'excellents résultats dès le début de la fièvre typhoïde.

c. Méthode de Cambier. — On pourrait appliquer la méthode des cultures filtrantes de Camuier (voy. p. 168 et 417), mais le plus souvent le Colibacille des matières transverse la bougie.

3^ Recherche du bacille dans le sang. — Cette métliode est la plus sûre de celles qui tendent à isoler le B. d'Eberth du corps des typhiques. Le bacille se trouvant dans le sang à l'état de pureté, les procédés compliqués d'isolement avec le Colibacille soni inutiles. J'ai' institué la recherche systématique du B. d'Eberth dans le sang des typhiques en vyie du diagnostic, pendant l'épidémie de 1901.

On avait cru, tout d'abord, que le bacille n'existait pas dans le sang des typhiques (Gaffkv, etc.). Wyssokowitsch (1886) montrait d'ailleurs que le Bacille typhiquCy injecté dans le sang du chien et du lapin, en disparaissait rapidement. Presque tous les classiques reproduisent cette opinion.

Cependant, queUiues auteurs avaient trouvé le bacille dans les taches rosées (NErH.\us, G. Kol'x, Neukeld, Thiemich, Cursch- MANN, RuMPF, etc.) OU dans des cas, qu'ils croyaient exceptionnels, de septicémie éberthienne (P. ïeissier, Vaillard et Vincent, de (iuANDMAisoN ct Cartier, Barjon et Lesieur, etc.).

Les auteurs suivants font la recherche systématique du B. d'Eberth dans le sang : Schdttmûller, Castellani, Auerbach et Unger. Ils concluent que le bacille existe dans le sang

* J. CoURMONT, Sur la présence du D. d'Eberlh dans le sang des typhiques. Application au diaqnostic précoce de la fièvre typhoïde. Soc. méd. des Hôpitaux de Paris. ±1 déc. 1901 ; déc. 190i. Journal de Physiologie et de Pathologie générale. Janvier 1902 et 1903,

J'ai toujours rclrouvc le B. (VEherth dans le sang de nies malades, en me servant d'une technique appropriée. 11 y existe de très bonne hcureet jusqu'à la fin du troisième septénaire. 11 peut manquer ou reparaître dans les rechutes. Les bacilles du sang sont virulents, classiques, sauf quant à leur agglutinabilité qui est faible ou nulle, mais se développe dans les cultures ultérieures. La recherche du B. d'Eberth dans le sang est très précieuse, parce qu'elle donne des résultats positifs, alors que le sérodiagnostic peut être encore négatif. Dans quatre de nos observations, le bacille existait dans le sang avec un sérodiagnostic négatif; deux fois, le bacille existait dans le sang le cinquième et le neuvième jour et le sérodiagnostic n'a été positif que le vingt-deuxième et le quarante-cinquième jour. C'est donc un excellent signe de diagnostic précoce, auquel il faudra avoir recours toutes les fois que le sérodiagnostic sera négatif.

La technique à employer est la suivante. Faire l'asepsie du pli du coude, après avoir lié le bras avec une bande de caoutchouc, au-dessus du coude. Ponctionner une des veines, avec une seringue stérilisée de 5 centimètres cubes. On ensemence immédiatement un grand ballon, contenant 300 à 500 centimètres cubes de bouillon ordinaire ou mieux de milieu de Camhier (voy. p. 418), avec 3 centimètres cubes de sang et on conserve le reste de ce dernier pour le sérodiagnostic. On délacera la bande de caoutchouc avant de retirer l'aiguille on ne mettra sur la petite plaie qu'une simple perle de coUodion.

On examinera le bouillon au bout de vingt-quatre heures. Le plus souvent il sera trouble et contiendra des bacilles d'Eberth en quantité. Pratiquement, il suffira d'examiner une goutte non colorée pour constater la mobilité, et de faire un Gram. Parfois, les bacilles seront peu mobiles et en amas (lorsque le sérum du malade était très agglutinant), il faudra les chercher. Si la culture parait stérile au bout de vingt-quatre heures, on agitera fortement le dépôt, et on la réexaminera le deuxième et le troisième jour; il peut arriver (avec des sangs très agglutinants) que la végétation soit retardée ou se forme en amas au fond du liquide.

650 LE BACILLE TYPHIQUE

Il est important, en somme, d'ensemencer de grandes quantités de sang (2,5 ce au moins) dans de grandes quantités de bouillon (300 ce au moins) , parce que les B. d'Eberth sont rares dans le sang et que le sérum bactéricide empêche la Tégétation dans un simple petit ballon de bouillon.

On peut employer des milieux solides : sérum gélifié, gélose*, mais les colonies apparaissent plus tardivement et sont asse? rares poiM» pouvoir manquer.

Postérieurement (i902), Busqckt a confirmé la présence constante du B. (TEbcrth dans le sang des typhiques. Sa méthode, qui consiste à ensemencer avec i ou 2 centimètres cubes de sang 20 à 30 petits ballons de bouillon, est plus compliquée et inférieure. En efTet, on peut, avec elle, échouer jusqu'à quatre fois de suite chez un même malade avant de déceler le B. d-Eberth.

La méthode des cultures du sang renseigne, en outre, sur les associations microbiennes, qui existent parfois dans le sang des typhiques.

- 4<> Sérodiagnostic de Widal. — F. WidalS en 1896, a eu le grand mérite de montrer que l'agglutination des bacilles typhiques par le sérum des typhiques n'est pas simplement une réaction d'immunité comme l'avaient dit Grûbkr et Durham ; que ce phénomène existe pendant la période d'infection, qu'il peut servir à faire le diagnostic, pendant la maladie. Le sérodiagnostic était créé. La méthode de Widal s*est rapidement généralisée en France et à l'étranger. P.Gourmont* a publié, un des premiers, une statistique importante (plus de 200 cas examinés à Lyon pendant l'épidémie de 1896-1897).

On peut affirmer, à l'heure actuelle, que la séroréactîon, recherchée au moyen de la technique que nous allons exposcTy existe chez presque tous les typhiques à un moment donné de

* Widal, Sérodiagnostic de la fièvre typhoïde. Soc. médicale des hôpitaux, â6 juin 18 90 ; Presse médicale, passim, 1896-97, Annales Pasteur, mai 1897.

* p. CouHMONT, 240 cas de sérodiagnostic chez les typhiques, Presse médicale. 30 janvier 1697, Société de Biologie ; Province médicale, passim, 1896-1897 ; Thèse de Lyon, juillet 1897.

DIAGNOSTIC BACTERIOLOGIQUE 657

la maladie, et manque chez les malades non tjphiques. Quelques cas contradictoires, sûrement en petit nombre et n'infirmant en rien la généralité de la méthode, pourront se présenter ; aucun n'a encore été publié avec des caractères absolus d'authenticité.

La séroréaction apparaît en général vers le sixième jour, parfois plus tôt, parfois plus tard; elle disparait ordinairement dans les premiers mois qui suivent la guérison (Widal), surtout chez l'enfant (P. Courmont), mais elle peut persxsier pendant des années. Il faut, en conséquence: formuler les deux préceptes suivants : i^ si le séro-diagnostic est négatif, on doit, avant de se prononcer, recommencer, pendant plusieurs jours, la recherche de la réaction, celle-ci pouvant apparaître tardivement ; 2° on devra toujours, lorsque la séro-réaction existe, s'enquérir des antécédents du malade, pour savoir s'il n'a pas été atteint antérieurement de la fièvre typhoïde ; la séroréaction aurait alors une valeur diagnostique à discuter (voy. p. 664).

A. Technique. — I^a technique est très simple et ù. la portée de tout le monde. Une culture de Bacille d'Eberth, du sang du malade, un microscope sont les seuls éléments indispensables. Plusieurs procédés ont été indiqués par Widal. Nous ne décrivons que le plus simple, celui qu'on doit couramment employer.

11 consiste à mélanger, dans certaines proportions, à quelques gouttes de culture liquide bien homogène de B. d'Eberth, une petite quantité du sérum suspect. S'il y a agglutination (immobilisation et accolement en amas) des bacilles, la séroréaction est dite positive.

a. Cultures à employer, — On possédera un échantillon de Bacille d'Eherth typique bien agglutinable ; on aura avantage à employer toujours des cultures de la même souche pour avoir des observations comparables. On se sert en général de cultures en bouillon, jeunes^ âgées de vingt-quatre heures par exemple, pour éviter la présence de grumeaux, d'amas qui existent naturellement dans les vieilles cultures, et pourraient en imposer pour une réaction positive. On peut, cependant, employer une vieille culture, à condition de ne puiser avec la

PRÉCIS DB BACTÉRIOLOGIE, 2* édlt. 42

658 LE BACILLE TYPHlQUE

pipette que les parties bien homogènes et dépourvues de grumeaux, et de faire j avant le mélange du sérum, une première préparation microscopique, qui servira de témoin au point de vue des amas naturels. Cette dernière précaution doit être prise dailleurs même avec les cultures jeunes.

Il y a plusieurs moyens pour employer des cultures âgées, et éviter ainsi les réensemenceraents journaliers (P. Cocrmont, Descos et Bancel, 1901). Le premier est de faire les cultures dans de larges tubes d'Esmarch remplis de bouillon aux deux tiers ; on ensemence, on agite, et on place quelques heures à Fétuve; puis, on maintient simplement à la température du laboratoire (en été Tétuve est même inutile). Les grumeaux tombent au fond de la haute colonne liquide; s'il se forme un voile on le détruit par agitation un moment avant de se servir de la culture, ou bien on puise au-dessous de lui. On réensemence tous les dix ou quinze jours. On a ainsi continuellement sous la main des cultures riches prêtes à servir, pendant vingt à trente jours.

On peut user, dans les mêmes conditions, du milieu artiûciel suivant, conseillé par P. Gourhont, et qui a le grand avantage sur le bouillon ordinaire de ne donner à peu près pas de voile ni de grumeaux :

Peptone 2 grammes

Glycose 1 —

Eau 100 —

alcalinisé avec une solution de carbonate de soude.

Un autre moyen est d'employer des cultures tuées et conservées par le formol. Widal et Sigard ont montré que le sang des typhiques agglutinait même les bacilles tués par la chaleur ou les antiseptiques. Ils ont préconisé le formol. Une goutte de formol du commerce pour 150 gouttes de culture jeune tue et fixe les bacilles. Descos et Bangël (1901) ont appliqué le procédé et montré qu'on peut ainsi conserver et manier commodément ces cultures mortes; mais, pour eux, il ne faut pas utiliser des cultures formolées depuis plus d'un mois, si l'on veut avoir des résultats constants.

du malade ou mieux du sérum irais légèrement teinté de sang, (les globules rouges favorisent Texamen microscopique). On pique à la lancette la partie latérale du doigt nettoyée à Téther (ce qui anesthésie légèrement) et on recueille le sang dans un petit tube de verre. Si on l'emploie de suite, quelques gouttes suffisent; si on emploie le sérum après rétraction du caillot, on recueille environ un demi centimètre cube. Le tube peut être ainsi transporté, envoyé à un laboratoire par le praticien; il faut, dans ce dernier cas, boucher avec un bouchon paraffiné ou de caoutchouc pour éviter l'évaporation ou l'absorption du sérum. 11 est préférable, surtout en été, d'employer le sérum le plus frais possible; cependant l'altération du sang ne détruit pas très rapidement la propriété agglutinante et on peut employer le sang et surtout le sérum (s'il a été séparé de bonne heure du caillot) pendant longtemps.

On peut user du sang desséché ; celui-ci garde pendant plusieurs mois (WiDAL et SicARD, JoHNSTON et Taggart) sa propriété agglutinante. La médecine légale peut ainsi user de la séroréactîon pour savoir si une tache de sang provient d'un typhique.

En pratique clinique, on peut de même envoyer une ou plusieurs gouttes de sang d'un malade recueillies sur du papier ordinaire ou buvard et desséchées. 11 faut alors mettre tremper le papier ou le résidu de raclage de la tache, dans quelques gouttes d'eau pure ; on mélange ensuite le liquide sanguinolent obtenu à la culture de bacilles en tenant compte de la dilution du sang dans l'eau pour le titrage du mélange. Ce procédé est bien moins précis que l'emploi du sérum frais liquide*.

* Les différentes humeurs des typhiques (lait, urines, sérosités pleurales, larmes, etc..) possèdent à des degrés variables la i)ropriété agglutinante (Widal et Sicard; Achard et Bensauoe). On a même proposé Y uro-diagnoslic (Bormans) en utilisant le pouvoir agglutinant des urines. Sur le cadavre, le sang et les humeurs conservent leur pouvoir agglutinant, au moins en partie ; mais celui-ci est très variable selon les organes. Les organes qui renferment le B. d'Eberth ont un suc peu agglutinant (P. Courmont). Le pouvoir agglutinant peut passer de la mère au fœtus et de la nourrice au nourrisson.

660 LE BACILLE TYPHIQUE

c. Techniqtie du mélange. — Pour faire, avec ces cultures et ce sérum, la séro-réaction» il faut avoir des pipettes et de petits tubes de verre bien propres, de 5 centimètres de haut sur 3; 4 de centimètre de lar|;e. (On peut aussi, mais moins utilemeni, se servir de verres de montre, ou de tout autre petit récipient.) Si on a plusieurs réactions à faire, il est bon d avoir de petils porte- tubes ce qui facilite la répartition et ensuite Texaiuen.

On puise la culture avec une pipette effilée, et on la répartit goutte à goutte dans les petits tubes. 11 faut que la pipette ail la même inclinaison lorsqu'on laisse tomber les gouttes pour que celles-ci soient égales. On puise de même les gouttes de sérum à mélanger A la culture. Si on fait plusieurs séroréactîons de suite, on rince et flambe la pipette entre chaque sérum. L'essentiel est que la même pipette (ou deux pipettes exactement de même calibre) serve à compter les gouttes de cuitu^e^ et celles de sérum pour une même séroréaction.

Une fois le mélange de culture et de sérum accompli, on agite les tubes pour bien mélanger et on laisse au repos h la température de la chambre. On fait toujours un tube témoin (culture pure), pour contrôler au microscope les caractères de la culture.

d. A quel titre faut-il faire ce mélange ? — Le sérum d'un typhique peut agglutiner 10 fois, 100 fois, 4000 fois, etc., son volume de culture, selon le cas, selon la période de la maladie, etc.

Un sérum d'homme normal ou de malade non typhique n'agglutine pas en général la culture de B. d'Eberth k la proportion de 1 de sérum pour 10 de cultures. Aussi, Widal a-t-il conseillé cette proportion de 1 p. 10, pour le sérodiagnostic typhique, et celle-ci est suffisante le plus souvent.

Mais, on a vu que certains sérums de malades non tjphiques donnent une agglutination partielle ou parfois totale, dans des mélanges à 1 p. 10 et très exceptionnellement un peu au-dessus. Ces cas sont exceptionnels (voir Thèses de P. Courmont, de Ben- SAUDE, 1897) et, de plus, l'agglutination est rarement aussi nette qu'avec le sérum de tvphiques; on n'a le plus souvent que de petits amas et il reste des bacilles mobiles (pseudo-réactions de P. Courmont). D'autre part, certains typhiques, surtout au

Cl. a p. IV cb se lappiucuaut ucaui^uup uca a^^iutiiiatiuiio ij.uu

spécifiques, alors que, quelques jours après, le sérum des mêmes sujets agglutinera fortement à 1 p. 50, etc.

Enfin, le sérum des anciens typhiques peut donner ces mêmes réactions, incomplètes et difficiles à interpréter ; dans ce cas, la réaction augmentera d'intensité dans le cours de la maladie s'il s'agit d'une seconde fièvre typhoïde, et demeurera stationnaire dans le cas contraire.

Aussi, en pratique, Fr.«nkel, P. Gourmont, etc., conseillent de procéder ainsi pour tout sérodiagnostic. On fait trois tubes de mélange, respectivement à 1 pour 40 (une goutte de sérum pour 10 de culture), 4 pour 25 ou 1 pour 30, et 1 pour 50. La valeur de la séroréaction augmente avec son intensité et son degré. Une réaction incomplète à I pour 10 et nulle au-dessus, ne sera qu'une faible présomption en faveur d'une fièvre typhoïde probablement au début. Une réaction complète à 1 p. 50 donnera la certitude absolue du diagnostic. Entre deux, se placent des intermédiaires. Une séroréaction, faible, mais dont l'intensité augmente avec les progrès de la maladie, est en faveur de la fièvre typhoïde (important pour les récidives).

La séroréaction est donc un signe dont la valeur doit être interprétée selon les cas.

e. Constatation de la séroréaction. — Le temps, au bout duquel on doit observer la séroréaction est d'environ une heure, et ne doit jamais dépasser deux heures.

Lorsque le mélange n'est fait qu'à 4 p. 10, il ne faut guère tenir compte que des modifications qui se passent en vingt ou trente minutes et seulement des réactions absolument complètes (Widal).

La réaction est macroscopique et microscopique.

Si elle est négative, il ne se produit pas de modifications physiques du mélange qui reste uniformément trouble.

Si elle est positive, on voit se passer les phénomènes suivants, qui deviennent appréciables au bout d'un quart d'heure ou d'une demi-heure, souvent plus tôt, en quelques minutes, quelquefois plus tard. Il se forme de petits grumeaux, comme dans un pré-

662 LB BACILLE TTPHIQUE

cipité chimique ; ceux-ci sont en général plus nombreux le long des parois du tube. Ces grumeaux tombent successivement au fond du tube pour former un dépôt plus ou moins abondant, mais très net ; le liquide s'est clarifié, est devenu absolument limpide. Le contraste entre un tube à réaction positive et un tube

Fi^. 314.

B. (rEhei'th.

Séroréactlon négative.

Gr. = 800 l).

où l'agglutination ne s'est pas produite est alors frappant. Il faut cependant se garder de porter un diagnostic sur le seul examen macroscopique du tube ; dans certains cas, le liquide n'est pas complètement clarifié, bien que la réaction soit francbement positive ; d'autres fois, une certaine clarification est compatible avec la non-agglutination des bacilles. On doit toujours faire V examen microscopique.

Pour faire l'examen microscopique, on agite légèrement le tube (afin de remettre les grumeaux en suspension sans toutefois trop remuer le dépôt sanguin du fond), on prélève une goutte avec

men direct de la culture liquide, sans dessiccation, sans coloration. On pourrait cependant colorer à l'état frais, comme il a été dit page 260, mais cela est plus nuisible qu'utile. Un micros-

Fig. 315.

B. d'Eberlh,

Séroréaction positive.

cope ordinaire avec un objectifs sec est préférable ; on ne se servira pas d'objectif à immersion ni d'éclairage Abbe, ce qui augmente la réfringence des microbes et les rend plus difficiles à voir. Pour mettre au point, on se basera sur les globules rouges qui apparaissent les premiers épars dans la préparation. Dès qu'o^ les aperçoit on fait lentement varier lavis du microscope. Si la réaction est négative (ou dans la préparation témoin sans addition de sang, voy. p. 638), on est immédiatement frappé par l'extrême mobilité et la grande abondance de bacilles ; on se trouve en présence d'une véritable fourmilière de bacilles qui

664 LB BACILLE TYPHIQUE

trayersent rapidement le champ du microscope, complètement isolés les uns des autres (fig. 314). Si la réaction est positive, Taspect de la préparation est bien différent. On cherche en Tain les bacilles en faisant lentement varier le point dès qu'on aperçoit les globules rouges ; le champ microscopique parait désert ou ne contient que quelques rares bacilles peu ou pas mobiles : Tagglutination a eu lieu. La préparation contient les amas caractéristiques (fig. 315) qu'on trouvera bientôt. Ceux-ci sont plus ou moins volumineux, plus ou moins abondants ; tous les intermédiaires existent depuis les petits amas composés de trois ou quatre microbes enchevêtrés et très nombreux sous le champ du microscope, et les gros amas formés d'une grande quantité de microbes informes. Les petits amas appartiennent en général aux réactions des premiers jours ou à celles de la convalescence qui sont sur le point de disparaître. La déformation des bacilles, portée au summum dans les gros amas, est très variable. Les bacilles encore distincts sont souvent granuleux, raccourcis, à contours peu nets.

Une séroréaction positive se base donc surtout sur ces deux modifications des bacilles d'une culture : immobilisation, agglutination en amas.

S'il existe quelques petits amas noyés au milieu de bacilles restés mobiles, il sera prudent de réserver le diagnostic et de faire un nouvel examen au bout de vingt-quatre heures ; il s'agissait probablement d'une réaction au début. On ne doit jamais être affirmatif, tant que la réaction n*est pas nette. On la considérera comme certaine, même avec des amas petits, s*il ne reste pas de bacilles mobiles en quantité notable.

B. Interprétation du sérodiagnostic. — Comme l'a dit VV^iDAL, un sérodiagnostic négatif {séroréB.ciion nulle à 1 p. iO), n'est qu'une présomption contre l'hypothèse d'une fièvre typhoïde. On sait que la réaction peut manquer exceptionnellement ou être très retardée dans la fièvre typhoïde. 11 est même curieux que ces cas à séroréaction retardée arrivent par séries dans certaines épidémies. Dans quelques typhoïdettes ou embarras gastriques fébriles, le sérodiagnostic peut ne deve-

PRONOS"

iprès la i donc l£ s jours , s'il y a I ; la sérc devra, d i dans le ']nostic 6 !

(voy. p. I par le I

Pron< ratio:

urer la laque n se fait, , posiU\ I i. Certa . 1000( ensura au salé . gouiU ixième ,

1 éiudi lourbe avoir i )btenui

RMONT.

et les I iérodùi lèse cil:

666 LE BACILLE TYPHIQCE

général, régulière, en clocher, avec phase ascendante et descendante et maximum au moment où s'accuse la guérison, dans les formes normales, légères, et qui guérissent. La courbe est, au contraire., très basse, ou très irrégulière, ou descendante à la période d'état, dans les formes graves, compliquées, mortelles. Le pouvoir agglutinant est longtemps ou toujours absent dans certaines formes graves ou irrégulières. En somme, en général, la réaction agglutinante évolue en sens inverse de la gravité de l'infection. Ces vues, contestées par quelques auteurs, ont été conGrmées par Etienne (de Nancy), Tchistowitch et Epipha^ioff (de Saint-Pétersbourg), Ferré et Anton y (de Bordeaux), Artaud et Barjon, Pelon, Borhans, etc. Des faits analogues sont rapportés par Griffon (Thèse Paris, 1900), à propos des Pneumococdes (maximum d'intensité de la séroréaction au moment de la victoire de l'organisme). Mais, il faut étudier d'une façon suivie le pouvoir agglutinant ; une seule mensuration ne suffit pas. C'est de V élude suivie de la courbe agglutinante, dans sa comparaison avec les symptômes dinfection et surtout la courbe thermiqucy qu'on pourra tirer des données pronostiques.

Le séropronostic de P. Courmont n'est évidemment qu un des éléments du pronostic général. Sa difficulté d'application réside surtout dans la pratique de très nombreuses mensurations au cours de la maladie. Les données en sont intéressantes au point de vue de la pathologie générale.

I) Traitement bactériologique

1^ Sérothérapie. — On sait, depuis qu'on a immunisé des animaux contre le B. d'Eberth, que leur sérum est doué de propriétés pretenfiues et curatives.

Brikger, Wassermann et Kitasato ont, les premiers, vacciné la souris en lui injectant du sérum antityphique . Sanarelli, Chantemesse et Widal, Bei;mer et Peipper confirment l'existence de ces propriétés.

Il suffit de mélanger le sérum à la culture, ou de Tinjecter préventivement à l'animal, ou de l'injecter dans les trois heures qui suivent l'inoculation virulente.

TRAITEMENT BACTERIOLOGIQUE

Chantemesse et Widal ont montré que le sérum des conyalescents de fièvre typhoïde, jouissait, pendant plusieurs années, des mêmes propriétés ; il faut injecter des doses fortes (10 centimètres cubes) pour immuniser un animal.

Ces sérums sont bactéricides ; ce pouvoir est détruit par un chauffage à 4~ ^^^^ ils sont agglutinants [yoj, p. 645).

On avait depuis longtemps essayé de guérir la fièvre typhoïde humaine par des injections de sérum antityphique (Cbsaris Demel, Orlandi, CHA77TEMESSE et WiDAL, ctc.), mais sans grand succès lorsque Chantemesse a annoncé (1901) les résultats surprenants obtenus avec le sérum des chevaux immunisés avec sa toxine soluble (voy. Sérothérapie^ p. 852). C'est que c'était le premier sénun antitoxique en même temps qyH anti-infectieux (1898).

2^ Inoculation de cultures. — Wright a institué une méthode de traitement semblable à celle de Hapfkinb pour le choléra et la peste (voy. p. 689 et 571).

du Colibacille type sont asse:

mettre en lumière, l'embarra a affaire à des paracolibacili séparent le Colibacille du B. i pour le premier, à maxima; positifs chez le Colibacille qui chez le B. d'Eberth (fermenta des cultures sur pomme de \ ces caractères s'efface chez un insensiblement (quant aux cai il est très difficile de disting fermenter la lactose du B.

ensemble de caractères, ce q une chaîne ininterrompue d le B. d'Eberth.

H ne s'en suit pas, encore les plus proches du B, d'Ebei s'ensuit simplement qu'on a parer.

Le Colibacille a été identifl Passkt (1885), le B. fcetidus ( d'EMMERiGH (1885), le B, de Clado (1887), le B. lactis aer la dysenterie de Chantemesse Gartner (voy. B. du botulism de Lesage (1888), etc. On ne f soient de Téritables colibacil voisins.

A) ISOLEM

10 Isolement. — Mômes 11 suffit de cultiver une mati de Rodct (voy. p. 412) est le i

2<' Caractères généraux B. d'Eberth. Végétation un f

auuiiuBUw;. vrucui- uriucusc. jut; i/c/ciuacuM; ve^cte uuu:» ic» lui-

lieux solides où ont déjà Tégété des colonies de B. cTBberth, qu'on a enlcTées par grattage (Chantemesse et Widal). C'est inconstant. Le Colibaeiik Tégète dans les milieux acides, par exemple dans Vurine fraîche. Rodbt et G. Roux ont montré qu'il était facile, à l'aide de certains artifices, d'éberthiser les cultures de Colibacille, c'est-à-dire de leur donner les caractères morphologiques des cultures de B. d'Eberth.

3^ Cultures sur milieux solides. — Identiques à celles de B. (VEberth sur les milieux ordinaires, sauf sur I& pamnte de terre où la culture est habituellement épaisse, luisante, hrunàtre (la pomme de terre ne change pas de couleur, ce qui distingue des cultures de morve) ; mais ce caractère peut manquer et la culture être fine et vernissée (pomme de terre nouvelle), comnie celle duB. dEberth peut être grasse et épaisse. Le développement serait plus intense sur gélatine-touraillon, La culture sur artichaut est vert émeraude (Roger) grâce à une oxydase (G. Roux). Voy. les difi'érences sur les géloses ou gélatines colorées, sur le milieu d'Elsner, sur la gélatine de Ramond, eUi. Voy. fig. 156, 1.

Les gaz produits par les cultures sur gélatine sont TH et TAz; il n'y a ni 0 ni GO^ (Bouchard, Lepierre). Le B. d'Eberth ne fait pas de gaz en gélatine.

4^ Cultures enmilieux liquides. — A, Bouillon. — Gomme leB. d'Eberth,

B. Bouillon lactose et tournesolé. — Fait rapidement virer au rouge. Capital.

C. Bouillon lactose et carbonate (craie pulvérisée). — Dégagement gazeux.

D. Bouillon arsenical. — Y végète.

E. Bouillon au neutral-roth. — Tourne au jaune canari avec fluorescence verte, tandis que le B. d'Eberth laisse rouge (voy. p. 414).

F. Milieux minéraux. — Végète abondamment.

Cu

très

1res ej .;«*«•«

672 LE C0\.IBAC1LLE

4^ Spores. — Pas de spores. Simplement des condensations protoplasmiques (pseudo-spores) comme le B. d'Eberth,

C) r4ARACTÈRES BIOLOGIQUES

±^ Habitat. — il existe dans le tube intestinal de l'honcime et des animaux, dés les premières heures qui suivent la naissance (avant que l'enfant ait rien ingéré). Chez Tenfant, il est à peu près pur avec le Bacille lactique; chez Tadulte, la flore intestinale est très riche. Chez les fébricitants, le Colibacille existe à. peu près seul dans l'intestin (Bard et Aubert).

On le retrouve dans Teau (voy. p. 407), dans le sol, dans les poussières, partout, en un mot, où les souillures par matières fécales ont pu pénétrer. C'est un des microbes les plus répandus dans la nature.

2° Vitalité. — Plus grande que celle du B, d'Eberth. Tué en une minute à + 80<>.

3^ Virulence. — Sa virulence est des plus variables. Isolé de l'homme sain il est presque toujours peu virulent Au contraire, il devient très virulent dans les états fébriles, dans beacucoup d'affections intestinales, dans la flèvre typhoïde. Il l'est, au maximum, lorsqu'il est l'agent de la maladie (voy. plus loin, p. 677).

On se procure facilement du Colibacille virulent en suturant l'anus d'un cobaye. Il se produit une obstruction intestinale, de la péritonite ; le bacille qui est dans la sérosité louche du péritoine est très virulent.

On exalte le Colibacille par quelques passages dans le péritoine ou mieux dans la plèvre du cobaye

Les cultures sur gélose sont plus virulentes que celles en bouillon.

La virulence peut se conserver assez longtemps dans les cultures.

4^ Caractères biochimiques. — Ce sont là les véritables caractères différentiels. Le Colibacille fait fermenter la plupart

*' qui d-t^ '"fc/ne? *^«i7/

674 LE COLIBACILLE

6° Agglutination. — Certains Colibacilles sont agglutinés à 1/10 ou 1/20 par le sérum d'homme normal ou de cobare adulte normal.

Le sérum des hommes tjphiques n'agglutine 'pas plus que le sérum normal le Colibacille. Contesté par certains, ce fait important a été démontré par P. Courmont et Lesieur (Prense médic, 1902) dans une étude faite avec de nombreux malades et des Colibacilles de laboratoire. D'autres ont trouvé que seul le B. coli isolé, des selles du typhique, est agglutiné par le sérum du même malade.

Lesage avait cru que le sérodiagnostic de l'entérite des nourrissons était possible. C'est une erreur. Nobécourt (1898) a montré que les Colibacilles des entérites des nourrissons n'ont rien de s{»édik|ue ; le sang du malade n'agglutine que son propre Colibacille (quelquefois jusqu'à 1/1000) tandis qu'il n'agglutine pas ou peu (1/30) un autre Colibacille d'entérite de nourrisson. fiscHERicH est du même avis. En somme, en pathologie, le sang d'tin inalade agglutine le Colibacille du malade seulement, et encore de façon inconstante. Le sérodiagnostic n'eiiste pas.

Quant aux pouvoirs agglutinant du sérum des animaux immunisés, la question est très complexe. Rodet (1896-1900) a consacré de nombreux mémoires à ce sujet. On peut formuler ainsi ses conclusions : 1** le sérum antityphique peut agglutiner certains Colibacilles aussi fortement que le B. d'Eberth ; 2^ le sérum anticolibacillairc acquiert un certain pouvoir agglutinant vis-à-vis du B. d'Eberth ; 3<> le sérum anticolibacillaire agglutine surtout le ou les colibacilles qui ont servi à l'immunisation ; d'autres échantillons sont peu ou pas agglutinés ; il y a toute une gamme. En somme, il y a une action croisée des deux sérums vis-à-vis du JB. d'Eberth et du Colibacille. En outre, Tagglutinabilité est une propriété très inconstante des Colibacilles qui ne peut servir à la diagnose de l'espèce.

RoDET a fait remarquer que l'agglutînabilité des Colibacilles (comme celle du B. d'Eberth) augmente notablement pour les passages successifs en cultures artificielles : cette propriété se développe artificiellement.

Voici d'ailleurs, textuellement., les conclusions de Rodet

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