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L ESPECE MICROBIENNE

les unités les plus primitives, les êtres unicellulaires, les êtres qui naissent et finissent leur carrière en quelques heures ou quelques jours, olTrant ainsi au même observateur un grand nombre de générations successives, sont ceux pour lesquels le transformisme est une réalité visible ; ils sont facilement en voie de transformation. L'espèce est donc beaucoup moins fixe pour les microbes que pour les végétaux supérieurs ; elle existe cependant, parfois bien déterminée, d'autres fois assez vague.

Non seulement l'espèce microbienne est relativement peu fixe, mais la difficulté de trouver des caractères distinctifs est considérable. Les êtres supérieurs ont une grande complexité et surtout une vaste succession de formes ; les êtres unicellulaires n'ont pas d'organes, ils ont des formes monotones, faciles à ramener à 2 ou 3 figures géométriques, ils ont tous un air de ressemblance. La morphologie, même assez fixe, serait donc déjà impuissante à distinguer des espèces: nous allons voir que le polymorphisme vient encore compliquer le problème.

11 faudra donc pour dénommer un microbe: examiner sa forme dans différentes conditions (milieux, température, etc.), rechercher les propriétés chimiques, colorantes de son protoplasma, étudier son pouvoir pathogène sur les espèces animales variées, isoler ses produits solubles et observer leurs effets, constater son aptitude à être agglutiné par certains] sérums, etc.

Or, aucun de ces caractères biologiques n'est absolument fixe, aucun ne suffit à déterminer l'espèce. Quelques microbes sont plus hautement différenciés que d'autres. Citons : le Bacille tuberculeux avec ses caractères particuliers de coloration, les microbes de la diphtérie, du tétanos^ de la morve, du charbon qui occasionnent des effets ou des lésions spéciales, le Bacille pyocyanique qui sécrète un pigment bien connu: lapyo-^ cyanine. Il existe cependant des bacilles non tuberculeux, jouissant des mêmes propriétés de coloration, des bacilles pseudo-diphtériques, pseudo-tétaniques qui ne diffèrent des précédents que par l'absence de toute virulence ; il existe des bacilles charbonneux asporogènes, ayant perdu définitivement leur pouvoir pathogène, et qu'on ne rapprocherait pas du

8 INTRODUCTION A l'ÉTUDE DE LA BACTÉRIOLOGIE

Bacillus anthracis si on ne connaissait pas leur origine ; il existe des Bacilles pyocyaniques ne sécrétant plus de pigment.

Concluons donc à la grande difficulté de difFérencierrespèce en bactériologie, à la possibilité d'une transformation môme assez étendue, mats ne nions pas la réalité de Tespèce et la possibilité de la reconnaître. Il faut s'adresser à toute la série des caractères connus, dont le faisceau a une grande valeur, bien qu'aucun d'eux ne soit pathognomonique , puisqu'il peut manquer.

Insistons un peu sur le polymorphisme des microbes. Ceux-ci sont des Algues^ privées de c/i/orop/i.y//e (sauf peut-être quelques exceptions). D^s le début de la bactériologie, la lutte fut très vive entre les partisans de la fixité de l'espoce ou du monomorphisme et ceux du polymorphisme ou de la fusiou des espèces. CoHN avait donné aux formes microbiennes les noms qui sont encore employés aujourd'hui, il croyait à un monomorphisme constant. Ncegeli, Zopf soutinrent au contraire que les formes décrites par Cohn dérivaient les unes des autres par variations successives et que leurs propriétés physiologiques variaient parallèlement. Pour Zopf, « la théoiie de la constance des formes bactériennes n'avait plus qu'un intérêt historique ». Malheureusement pour sa théorie, il fut démontré qu'il avait observé des cultures impures. Winogradsky, par exemple, montra qu'on pouvait distinguer jusqu'à 20 espèces dans une culture ne contenant, d'après Zopf, que du Beggiatoa. Noecjkli et Zopf avaient donc tort; cependant Cohn avait été trop exclusif.

Le polymorphisme existe bien, mais dans des limites moins étendues que ne le croyait Zopf : il n'a pas, en tout cas, la signification de transformation d'une espèce en une autre. Le plus souvent, un microbe prend des formes variées lorsqu'il est placé dans des conditions dysgénésiques : vieillissement, chauffage, addition d'antiseptiques, etc., mais il reprend sa forme typique dès qu'il est replacé dans des conditions normales. Citons quelques exemples. Il suffit d'examiner successivement /' une culture de Bacille du tétanos en bouillon aux âges de vingt- / quatre heures, dix jours et vingt jours pour voir des bacilles

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