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DIAGNOSTIC DB LA RAGE

sonnes mordues. Aussi, a-t-on cherché des procédés plus rapides de diagnostic.

On a conseillé récemment ïeœamen hisiologique du bulbe, des ganglions nerveux, etc. 11 existerait des amas de cellules néoformées autour des cellules bulbaires (nodules rabiques de Babès), autour des cellules des ganglions spinaux et des ganglions noueux du vague (tubercules rabiques de van Gehuchten). Plusieurs auteurs ont contesté la précocité, la constance ou la spécificité de ces lésions. Guillb et Vallée (1902) concluent qu'il en est du diagnostic histologîque de la rage, comme du diagnostic nécropsique. S'il est positif (ce qui est la règle dans les deux cas), on peut affirmer la rage ; s'il est négatif (ce qui est fréquent, si le chien est sacrifié), on ne peut rejeter la rage.

Paviot et Lesieur (1901), dans leui's cas humains, ont rencontré des emboles de polynucléaires tout à fait spéciaux dans les capillaires des ganglions spinaux et sympathiques, et dans tout le système nerveux central.

Ce dernier fait s'accorde bien avec les résultats de l'examen du sang, signalé par J. Courmont et Lesieur ^ Ces auteurs ont vu constamment, dans de nombreux cas de rage humaine ou animale, expérimentale ou naturelle, une polynucléose du sang de plus en plus marquée, h partir des premiers symptômes jusqu'à la mort.

Voici leur conclusion : 1^ pendant l'incubation, l'étude de la leucocytose ne peut servir à dépister la rage ; 2^ la recherche de la leucocytose totale n'est utile à aucune période ; 3^ dès l'appnrition des symptômes nerveux, il y a toujours polynucléose ; 4" la recherche de la polynucléose dans le suc pulmonaire est possible dans les six heures qui suivent la moH; 5" l'absence de polynucléose peut faire écarter le diagnostic de rage ; sa présence (connue dans d'autres affections) ne peut l'imposer. Tatuiis que le suc pulmonaire du chien normal contient environ 53 p. 100 de polynucléaires, celui du chien' enragé en contient 90 p. 100.

* J. CoL'RnoNT et LESiErH, La polynucléo»e de la rage, Journ.de Physiol. et Pathol. gén. 19U1. 6'J9-61I;

La recherche de la glycosurie par la phénylhydrazine et le microscope serait aussi, lorsqu'elle est positive, un renseignement très utile au diagnostic, avant ou après la mort (Rabieaux et E. Nicolas),

§ 4. — Immunisation antirabique

Avant Pasteur, les seules expériences positives d'immunisation antirabique étaient celles de Galtirr (de Lyon), dans lesquelles l'injection intraveineuse de salive virulente rendait le mouton réfractaire k la rage.

C'est en 1880 que Pastrur entreprit ses recherches sur ce sujet, avec la collaboration de Chambkrland, Houx et Thdil- UER. Ses découvertes, de 1881 à 1886, furent communiquées, pour la plupart, à ÏAcadémie des ScienceSf et sont réunies dans la thèse de Suzor (Paris, 1887).

En 1884, il annonça qu'il était parvenu k rendre des chiens réfractaires à la rage, en leur injectant des virus d'activité croissante, dont il obtenait l'atténuation plus ou moins grande au moyen de passages successifs par l'organisme du singe.

Sur sa demande, ces faits furent soumis à l'examen d'une commission nommée par le ministre de rinstruction publique. Des chiens, traités par la nouvelle méthode, reçurent par trépanation du virus des rues, ou bien furent mordus par un chien enragé, en même temps que des témoins. Ces expériences eurent un plein succès ; il en fut de même quand 1 Immunisation avait suivi la contamination, au lieu de la précéder.

Jusque-là, le procédé était long et compliqué. Pasteur le simplifia pour le rendre pratique. En 1885, il fit connaître le mode de préparation du virus fixe par des passages de lapin à lapin, et Tatténuation facile et progressive de ce virus par h dessiccation : une moelle rabiquc, desséchée pendant sept jours d'après ses indications, perd sa virulence tout en conservant un j certain pouvoir vaccinant. .

Dès lors, la méthode définitive était créée : elle repose sur i. VinQCulation progressive d'un virus dont Vincubation est aussi courte que possible, c'est-à-dire d'un virus capable de gagner n

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très rapidement les centres nerveux et de les yacciner avant leur imprégnation par le virus des rues reçu par morsure. *

D'autres procédés d'immunisation antirabique ont vu le jour depuis les travaux de Pasteur; aucun n'a été le principe d'aplications pratiques aussi générales : méthodes des dilutions virulentes (Bogyés), des dilutions stérilisées par le suc gastrique (Tizzoni et Centaxni], sérothérapie (Basés, Tizzoni et Gbmtanmi, Rodbt et Gala vielle, ÀRLOiNcet Lesieur), injections de virus conservé en glycérine (Rodet et Galavielle), injections intra veineuses (Krasmitski).

§ S. — Traitement pastorien

X^ Historique. — Au mois de juillet 1885, alors que les découvertes de Pasteur sur l'immunisation des chiens commençaient à se vulgariser, on présenta à son laboratoire un jeune alsacien, Joseph Meister, porteur de morsures nombreuses et profondes faites par un chien enragé. Vulpian et Grancher, considérant l'enfant comme voué presque fatalement à prendre la rage, on appliqua, en leur présence, le nouveau traitement : on fit, en dix jours, 13 inoculations, y compris celle du virus le plus actif, et l'enfant ne devint pas enragé.

Au mois d'octobre suivant, le même traitement fut appliqué, avec le même succès, & un jeune berger du Jura, Jean-Baptiste Jupiile, plus cruellement mordu encore. En février 1886, la statistique portait déjà sur 350 mordus ; elle en comptait 2490 en octobre !

A la suite d'insuccès sur des Russes mordus & la tête par des loups, Pasteur fut conduit & instituer, pour les cas graves, un traitement intensif, plus actif et plus rapide. Les modifications ultérieures apportées à la méthode ne portent que sur des points de détail : ainsi, au lieu de donner, à la fin, les moelles de 2 et de 1 jours, on répète, par séries, les inoculations de moelles de 5, 4 et 3 jours, destinées & renforcer l'immunité

La vulgarisation des résultats obtenus amena la création de\^ ïlnstilut Pasteur de Paris. Des Instituts analogues ne tardèrent /\ pas à s'élever à l'étranger, surtout en Russie et en Italie. Celui PRÉCIS DE bactériologie 2« édlt. 55

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de Tunis date de 1894. En France, Lille, Marseille, Montpellier, Lyon, Bordeaux, sont dotés d'établissements analogues. Le ser- Tice antirabique de VInstitut bactériologique de Lyon et du Sud- Est fonctionne depuis le 2 janvier 1000.

2"^ Installation minima. — Une station antirabique peut être installée très simplement. Quelques pièces suffisent :

a) Le logement des lapins, maintenu autant que possible à la température de 15® et où les animaux inoculés sont placés, deux par deux, dans des cages en fil de fer.

b) Une pièce pour l'inoculation des lapins ;

c) Une salle aseptique pour Tablation des moelles : on y pénètre le moins possible, on n'j fait aucune poussière ;

d) Une seconde salle aseptique pour la trituration des moelles yaccinantes : les mêmes précautions y sont observées ;

e) Une chambre-étuve obscure maintenue à -|- 22^ à l'aide d'un régulateur, pour la dessiccation des moelles.

/) Une pièce pour le nettoyage et la stérilisation de la verrerie et des instruments, avec four Pasteur, autoclave Ghamberland, marmite d'eau boratée, etc ;

g) Une salle d'attente:

h) Une salle d'inoculation pour les personnes traitées.

8® Inoculation des lapina. — On emploie de préférence des lapins de 6 mois environ, pesant 3 kilos et mesurant 30 centimètres en moyenne.

Tous les jours, à la même heure, on inocule deux de ces animaux, destinés k assurer, 12 jours plus tard, l-inoculation de nouveaux lapins (cerveau et bulle) et l'immunisation des personnes mordues (moelle épinière). Le plus souvent, une seule moelle suffira ; mais pour prévoir le cas de mort accidentelle, on inocule deux animaux.

On se sert, pour cela, de la masse encéphalique du lapin autopsié la veille, conservé en glycérine neutre à 30® Baume. On en broie, dans un mortier stérilisé, un fragment, gros comme un pois, dans 3 centimètres cubes environ de bouillon de bœuf salé, de façon à obtenir une émulsion homogène, dont on ino-

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cule 2 gouttes, & Taide d'une seringue de Pravaz, dans la substance des circouYolutions frontales d'un lapin, préalablement fixé, rasé, lavé au sublimé et trépané : la couronne de trépan, de 5 millimètres de diamètre, doit porter un peu en dehors de la ligne médiane et en arrière de l'orbite. Puis, on suture.

6 à 7 jours plus tard, l'animal aura de la parésie du train postérieur : il sera paraplégique le 10° jour et mourra le 12°. La moelle sera enlevée le plus tôt possible.

Chaque lapin inoculé est désigné par deux lettres (By, par exemple) et inscrit sur un registre spécial, où l'on note soigneusement la date de la paralysie et de la mort, de l'ablation de la moelle et de la réinoculation du cerveau, etc., avec le numéro du passage : nous employons à Lyon, k l'heure actuelle (15 août 1902), le même virus que Pasteur en 1883, mais ayant passé 6Î8 fois par le lapin.

4P Prise de la moelle. — Une par jour suflit le plus souvent. On étend le lapin sur le ventre, dans un plateau métallique. Les poils de la région dorsale étant lavés au sublimé, on incise et on écarte la peau, depuis le nez jusqu'à la queue, et l'on détache aux ciseaux les muscles du crAnc et de la colonne vertébrale.

Saisissant le nez avec un davier de Farabeuf, on le fixe solidement de la main gauche, pendant que, de la droite, avec une pince de Liston, on fait sauter les apophyses épineuses et la calotte crânienne; puis on coupe une à une les lames vertébrales, alternativement à droite et à gauche, le plus près possible des corps vertébraux, sans endommager la moelle.

Celle-ci, mise à nu, est coupée au-dessus de la queue de cheval, séparée des racines rachidiennes et partagée en trois tronçons, correspondant aux régions cervicale, dorsale et lombaire. Ceux-ci sont suspendus, a l'aide d'une petite pince serre-fine et d'un 111 aseptique, chacun dans un flacon dessiccaleur, stérilisé et étiqueté.

50 Dessiocation de la moelle. -— On emploie des sortes de flacons de Mariotte, de un litre et demi de capacité, et munis de

deux tubulures : l'inférieure, horizontale, sert à introduire des fragments de potasse caustique d'environ 200 grammes); la supérieure, verticale, sert à suspendre la moelle ; toutes deux sont bouchées au coton (fig. 37 1).

La potasse a pour but de dessécher Tair dans les flacons : la même dose peut servir deux fois. Le tout est porté dans la chambreétuve k + 22<>. Chaque jour, à partir du 3* et jusqu'au 14®, on pourra couper, à des moelles plus ou moins desséchées, la longueur nécessaire au traitement des personnes mordues.

L'encéphale du lapin dont on a pris la moelle est conservé au frais dans la glycérine stérilisée, tant que l'on en a besoin pour inoculer d'autres animaux. Le reste du cadavre est immédiatement porté au four crématoire.

Fif?. 372.

Flacon à dessiccation

dcf moelles.

6'* Essai des moelles. — Il est. bon, au bout de 24 heures de dessiccation, d'ensemencer en bouillon une parcelle de moelle de chaque flacon et de rejeter tous les tronçons qui, à l'étuve, troublent le bouillon en 24 heures.

1^ Oonserration en glycérine. — Dans beaucoup d'Instituts, on se sert directement des moelles suspendues dans les flacons à potasse.

Galmette, remarquant que la glycérine, neutre à 30<^ Baume, conserve pendant un mois, en la fixant, la virulence rabiquc des centres nerveux, conseilla de couper chaque jour, à partir du troisième et jusqu'au quatorzième, un fragment de chaque moelle en voie de dessiccation, et de Tiramerger en glycérine dans des récipients stérilisés et placés au frais. On a ainsi, sous la main, une provision de moelles fixéch à un degré connu de dessiccation et de virulence. Ce procédé est très économique : il permet de passer un jour sans pratiquer d'ablation de moelle ou d'inoculations. 11 est également recommandé par UooBT, et nous l'avons toujours employé à l'Institut de Lyon.

TUAITEMENT PASTOniEN 8(

11 est commode de noter journellement, sur une feuille spécia

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(fig. 373) chaque fragment ainsi conservé : en biffant les chiffre

correspondant aux fragments épuisés, on connaît exactement, au moment de l'emploi, la provision dont on dispose.

S^ Préparation des vaccins. — Chaque jour, au moment de l'emploi, les moelles dont on a besoin, depuis celle du quatorzième jour jusqu'à celle du troisième, sont broyées dans un mortier stérilisé, à raison de 5 millimètres environ pour 4 centimètres cubes de bouillon salé par personne. L'émulsion doit être homogène. On la place dans un verre à pied stérilisé couvert de papier filtré et soigneusement étiqueté (fig. 374).

9^ Inoculation de l'homme. — On se sert d'une seringue

de verre à piston d'amiante, de 3 centimètres cubes, et d'une

canule de platine iridiée que l'on flambe, et

/ if avec laquelle on perce le couvercle de papier

H filtré (fig. 374).

^ On appelle les malades par séries, faisant

I passer ensemble ceux qui reçoivent les moelles

CT7i •^. l''i^''J d^ même Age, et pour pouvoir, sans danger, se V^^^'ft^^^*«^1ftiiNliy servir de la même seringue, on commence par les émulsions les moins virulentes, pour terminer par celles de trois jours.

Les inoculations se font sous la peau des hjpochondres, lavée au sublimé. Suivant le siège de la morsure et le jour du traitement, le malade en reçoit tantôt une seule, tantôt deux à la fois, tantôt deux le matin et deux le soir, cela pendant dix-huit ou vingt et un jours le plus souvent, quinze ou vingt-quatre jours dans quelques cas.

Le traitement intensif s'applique aux morsures ou lèchements siégeant & la tête, ou aux morsures multiples ou profondes, ou aux contaminations datant de plus de dix jours. Il dure vingt et un ou vingt-quatre jours.

Nous ferons mieux comprendre la marche des inoculations en reproduisant une page des cahiers d'observation que nous remplissons chaque jour.

Fig. 374.

Verre contenant le vaccin pastorien au moment du puisage.

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