CHAPITRE 11 STÉRILISATION
Le grand principe énoncé par Pasteur, et qui domine toute la bactériologie, consiste dans Visolement des microbes à étudier. Il faut obtenir des cultures pures de chaque microbe, pour pouvoir en définir les caractères botaniques et les effets pathogènes spéciaux. Or, l'air, l'eau contiennent des microbes divers; tous les objets, nos mains, même propres en apparence, sont recouverts de poussières microbiennes ; ïasepsie ne suffira donc pas pour obtenir des cultures pures ; il faudra faire une antisepsie rigoureuse. Les récipients, les milieux de culture qu'on ne peut recueillir aseptiquement (bouillons) gélatine, gélose, etc.), les instruments, etc., devront être stérilisés avec le plus grand soin. L'étude des méthodes de stérilisation et du maniement des appareils stérilisateurs est donc indispensable à tout bactériologiste.
La stérilisation peut s'obtenir par difTérents procédés.
§ 1. — Stérilisation pau la chaleur
La chaleur est le plus sûr des agents de stérilisation. Aucun être vivant ne peut résister à une température suffisamment élevée. La plupart des microbes sont tués en quelques minutes par un chaufTage à une température inférieure à + 100<*.; néanmoins, certaines spores nécessitent pour être détruites une chaleur supérieure à + 100**. Aussi les appareils destinés à stériliser par le chaufTage sont-ils nombreux ; ils répondent aux différents buts recherchés. Enfin, certains milieux cou-
ramment employés ne peuvent supporter assez longtemps une température de + 400<* sans s'altérer profondément; la gélatine, ayant été soumise à une ébullition prolongée, ne se reprend plus en masse. D'autres milieux, tels que le sérum, ne peuvent même être chauffés à + 70® sans se modifier. On a, dans ces cas, recours à un artifice (chauffage discontinu).
A) Chauffage continu a + 100*> ou au-dessus
La stérilisation s'opère, en une seule séance^ à + ^00^ ou audessus, les objets ou milieux à chauffer ne s'altérant pas à cette température maintenue pendant un temps sutlisant.
La chaleur peut être employée sècke ou humide,
1"* Stérilisation par la chaleur sèohe. — La chaleur sèche est celle qui agit à l'abri de la vapeur d'eau.
a. Flambage, — Le procédé le plus courant est le flambage. On promène rapidement, trois ou quatre fois de suite, l'objet à stériliser dans l'extrémité supérieure de la flamme d'une lampe à alcool ou d'un bec Bunsen à flamme chauffante, bleuet Cette méthode est applicable aux instruments métalliques même tranchants, aux doigts de l'expérimentateur, à la peau de l'animal à inoculer, aux pipettes en verre, au coton ou au papier qui bouche les tubes ou ballons, aux orifices des récipients qu'on est obligé de déboucher. Il a été démontré qu'on
* Le bec Bunsen date de 1855. Bdnsbn a tiré parti des propriétés que possède le mélange d'air et de gaz comme agent de chaufTage. L'appareil se compose d'un tube vertical de laiton fixé sur un pied de fonte ; le gaz arrive par une tubulure horizontale et entre dans le tube de laiton ; il brûle à Torifice supérieur. Une ouverture est pratiquée en bas du tube. Une virole qu'on peut mouvoir à Taide d'une molette enveloppe la base du tube ; elle porte une ouverture superposable à celle du tube. Si on la place de façon à obturer Torifice. la flamme est normalement éclairante, molle, fuligineuse ; si on superpose les orifices, le courant de gaz entraine de Tair, le mélange se fait et la flamme devient bleue et rapide : chauffante. Dans le brûleur Wiesnegg les mouvements de la virole sont solidaires de ceux du robinet à gaz. 11 existe des becs à veilleuse (fig. 34) qui se rallument d'eux-mêmes.
peut porter à -f 300° les couches superficielles de répiderine sans occasionner de sensation de brûlure ; de me^me les instruments sont stérilisés avant que la chaleur les détrempe, les bistouris peuvent donc conserver leur tranchant après un flambage rapide mais suffisant. On peut, de même, flamber les tampons de coton un peu serrés, les capuchons de papier sans les enflammer. On aura toujours soin de laisser les objets se refroidir avant de les employer, sous peine, par exemple, de stériliser la culture puisée dans une pipette encore chaude.
Le bec Bunsen muni d'un long tube de caoutchouc servira à stériliser de haut en bas les goulots des flacons remplis de culture, qu'on ne voudra ou qu'on ne pourra pas pencher. En un mot. une lampe à alcool ou un bec Bunsen devront toujours
,,. .., être allumés à coté de Texpérimenlateur
h la. 34.
Dec Bunsen â veil- ^^^ examine, transplante ou inocule des leuse. cultures, qui fait une autopsie, etc.
b. Chauffage au rouge. — On peut porter au rouge, les aiguifles de platine (voy. p. 21). On attendra le refroidissement avant de s'en servir, surtout si le fil de platine est un peu gros. On chaufl*era également au rouge sur un bec Bunsen les bougies de porcelaine (voy. p. 56), qu'on désire « régénérer » après une filtration.
c. Stérilisation à l'air chaud. — On peut facilement porter à -|- i5()<^ Tair d'un récipient métallique. Les appareils à air chaud servent à stériliser les objets en verre, la ouate, le papier, certaines seringues stérilisables, les instruments métalliques. Un séjour de vingt minutes à une heure suliit pour tuer tous les g(?rmes. Les récipients en verre seront bouchés avec un tampon de coton ou du papier à filtrer blanc (voy, p. 24). Lf's objets de verrerie tels que verres de montre, boîtes de Pétri, etc., seront enveloppés dans du papier à filtrer blanc pour pouvoir être retirés de l'appareil sans se contaminer au contact de l'air. Les plaques de verre de Koch seront contenues dans une boîte en cuivre spécialement construite
(voy. p. 30, fig. 26). La ouate à conserver stérile sera déposée dans un flacon à large ouverture, celle-ci bouchée par un tampon de ouate. Les instruments métalliques pourront être enveloppés de papier à filtrer. Tous les objets de verrerie seront soigneusement séchés pour éviter la possibilité du bris (voy. VÉtuve à sécher de VViesnegg, p. 29).
La ouate non hydrophile et le papier à filtrer blanc changent de coloration de + 140*' à + 4 50<>; ils deviennent jaune clair ; cette teinte sera donc l'indice d'une bonne stérilisation. Un tampon resté blanc n'a pas été porté à + 440® ; un tampon trop roussi indique une température supérieure à + 450**. Il y a inconvénient à trop roussir les tampons de ouate qui perdent leur homogénéité et laissent échapper des produits huileux dans les flacons. Ces huiles sont antiseptiques et font aux récipients des taches très difficiles à enlever. Un objet ainsi souillé est devenu inseiTable. On pourra donc se servir d'un morceau de ouate pour apprécier la stérilisation d'objets ne comportant pas de tampons ; on éteindra le gaz lorsque le morceau de ouate sera devenu jaune clair. La température de tous les appareils stérilisateurs à air chaud n'est pas la même dans toute la chambre à air, elle est beaucoup plus élevée vers le bas et le long des bords ; on mettra donc la verrerie au fond et la ouate par-dessus : les tubes de verre bouchés au coton ou au papier seront en somme placés verticalement j l'orifice en haut. La source de chaleur éteinte, on laissera refroidir l'appareil avant de retirer les objets stérilisés qui seront placés dans une armoire fermée à l'abri de la poussière.
Le stérilisateur à air chaud le plus usité est le Four Pasteur. Il est bien entendu que son emploi ne peut s'appliquer qu'aux objets secs ; aucun liquide, aucune substance évaporable ne doit y être introduite.
Le Four Pasteur (fig. 35) consiste essentiellement en un cylindre de tôle, à parois doubles, aussi bien latéralement qu'intérieurement. Une cheminée latérale sert au dégagement des gaz de la combustion. Un couvercle en tôle, muni d'un bouton, ferme l'ouverture supérieure. Ce couvercle est percé d'un orifice pour le passage du thermomètre qui sera fixé par un
STERILISATION
bouchon en liège dans lequel il glissera à frottements. La chaleur est fournie par une couronne à gaz placée sous le fond. Un panier en toile métallique, exactement de la dimension du four, muni d'une anse, contiendra les objets à stériliser. Le tout en place (comme il a été dit plus haut), on allume le gaz
Fig. 35.
Four Pasteur.
(en ayant soin de présenter lallumetle enflammée avant d'ouvrir le robinet à gaz, pour éviter la formation d'un mélange détonant et une explosion pouvant être très dangereuse) et on laisse monter la température à + 150^ ou + 160°. On règle alors par tâtonnement en ouvrant et fermant le robinet à gaz, pour obtenir une flamme qui chauffe à + 150" environ. Une demi-heure de chauffage à + 150° suOU en général à stériliser les objets contenus dans le four Pasteur. En pratique, on se
sert rarement du thermomètre ; on ouvre le gaz à plein canal et on soulève de temps à autre le couvercle pour juger de la couleur de la ouate. On éteint dès que celle-ci commence à prendre la teinte jaune café au lait, en se rappelant que la chaleur est toujours plus intense au fond et le long des bords
Fig. 3G.
Stérilisateur à air chaud de Salomonsen.
qu au milieu du panier. 11 faudra laisser refroidir la verrerie dans le four même : 1^ pour éviter un brusque changement de température capable de briser les objets en verre : 2° pour que le rayonnement des parois, continuant pendant un certain temps, complète la stérilisation et roussisse la ouate du centre du panier.
Salomonsen fait remarquer qu*on peut construire soi-même une étuve à air chaud sans grand frais. Létuve de Salomonsen (fig. 36) se compose d'une boite à biscuits métallique (24 centimètres de hauteur, 22 centimètres de largeur, 24 centimètres de profondeur). Le couvercle est percé d'un orifice pour laisser passer un thermomètre gradué jusqu'à + 200*^. Plusieurs
petits trous pratiqués dans les parois latérales près du fond et près du couvercle assurent la ventilation. Dans la boîte, on dispose une feuille de grillage en fer galvanisé, carrée et dont les côtés sont repliés en dessous, de façon à former une sorte de banc, distant du fond de 2 centimètres, pour que les objets à stériliser ne puissent toucher au fond. La boîte est recouverte de feutre, substance mauvaise conductrice de la chaleur, fixée par des tours de fil de fer. Le quart inférieur des parois latérales et la paroi inférieure sont libres de feutre pour éviter tout danger d'incendie. Les orifices à ventilation sont ménagées à la partie supérieure des parois latérales. On place la boîte sur un trépied en fer et on chauffe au gaz. ['ne lame de fer-blanc interposée empêche que le fond de la boîte soit détérioré par la flamme. Vn polit fourneau à pétrole pourrait remplacer le gaz. On manie cotte étuve comme le four Pasteur.
Le four Pasteur sera toujours préféré à l'étuve de Saloraonsen dont le seul avantage est de pouvoir être construite partout et à peu de frais.
d. Crémation. — Tout laboratoire de bactériologie devrait posséder un four crématoire pour la destruction des animaux morts à la suite d'une inoculation virulente (voy. fig. 2, p. 5).
2^ Stérilisation par la chaleur humide. — Le chauffage se fait dans un liquide ou dans la vapeur d'eau.
a. Stérilisation dans Veau ou Vhuile bouillantes. — On peut stériliser des instruments métalliques, des seringues, des objets de verrerie, en les maintenant dans un bain d'eau bouillante. On préférera un bain dliuile pour les instruments métalliques. Ce mode de stérilisation, quoique très parfait, a l'inconvénient de fournir des objets mouillés et se souillant au contact de l'air, au moment où on les relire du bain. I^ stérilisation par l'eau ou l'huile bouillantes sera continuellement employée par le bactériologiste pour un autre but : la slérilisalion des cultures qu'on abandonne, des pipettes ayant servi à ensemencer, des instruments après l'autopsie, en un mot de tous les objets contaminés par des microbes pathogènes, qu'on
ne doit pas abandonner au hasard dans un laboratoire. Une grande marmite en fonte émaillée sera donc toujours prête à les recevoir, et sera tous les soirs remplie d'eau et portée à Tébullition pejidant une heure. On pourrait également stériliser ainsi de petits animciux morts d'affections contagieuses, en l'absence d'un four crématoire. Nous nous servons d'un grand récipient de 45 centimètres de hauteur sur 35 centimètres de diamètre transversal, en fer-blanc, muni d'un couvercle à manette et de deux fortes manettes latérales. Ces dimensions permettent de stériliser des objets volumineux.
Fig. 37.
Bain-maric, à chlorure de calcium, de Pastei h.
On peut obtenir des températures supérieures à + 100^ avec dos bains d'huile ou avec des solutions salines. Pasteuh avait fait construire un appareil à bain-marie à cldorure de calcium. Il s'agit d'une chaudière on cuivre rouge brasé, munie d'un support intérieur qui sort à lixcr les ballons remplis de bouillon à stériliser et les empoche de se heurter pendant l'ébullition (fig. 37).
b. Slérilisalion par la vapeur sans pression. — C'est le procédé de KocH. Les objets sont ainsi maintenus à + 99*^ ou -f- 100<* (suivant l'altitude) dans la vapeur d'eau. Or, à température égale, la vapeur stérilise plus rapidement que l'air atmosphérique, et la chaleur humide pénètre plus complètement les
STERILISATION
objets que la chaleur sèche. Ce mode de stérilisation est surtout applicable aux substances liquides ou évaporables. Le stérilisateur à vapeur de Koch (fig. 38) est peu coûteux. Il consiste en un cylindre métallique r I^H ^^^^ ^^^ dimensions habituelles I ii^l^ sont: hauteur, 50 centimètres; dia- *^|3||H mètre, 17 centimètres. Le fond der^™— -'^ vaut être rempli d'eau, le niveau de ' " celle-ci est indiqué par un petit tube de verre extérieur (a) communiquant avec le réservoir intérieur. La lame inférieure, en fer blanc, devant être en contact avec la flamme, est plus épaisse que les lames latérales. Un couvercle conique (6) ferme l'orifice supérieur; il est percé d'un trou(c) destiné au bouchon de liège qui entoure le thermomètre. Du feutre recouvre tout l'appareil jusqu'à 10 centimètres du fond. A l'intérieur du cylindre, à 14 et 30 centimètres du fond, sont des rebords saillants pour soutenir deux plateaux en fer-blanc percés de trous Jl (dj d'). Des paniers métalliques mo- I biles (e, c'), de 12 centimètres de y haut et de 14 centimètres de diamètre, dont le fond est constitué par un grillage à larges mailles en fer galvanisé, reposent sur ces plateaux. Les objets à stériliser sont placés dans ces paniers. Un cylindre métallique (/") peut s'interposer entre le cylindre et le couvercle, et augmenter la hauteur de l'appareil, pour stériliser des objets très longs. On peut encore suspendre ces derniers à un crochet surajouté [g) et supprimer les paniers et plateaux. Un robinet (qui n'est pas représenté dans la figure) sert à faire écouler Teau; il
Fifî. 38.
Stérilisateur à vapeur de
Koch (schématique).
n'est pas indispensable. L'ensemble de l'appareil sera placé sur un trépied solide (h).
Pour faire marcher l'appareil, on le remplit d'eau à une hauteur de 10 centimètres; on met en place paniers, couvercle, thermomètre; on allume le gaz jusqu'à ébuUition de Teau. Bientôt la vapeur s'échappe autour du couvercle et le thermomètre marque + 100<*. A partir de ce moment, on laisse brûler le gaz pendant une ou trois heures, pour que la stérilisation soit complète, puis on éteint. On voit que l'opération demande du temps et du gaz.
Il est facile, comme l'indique Salomonsex, d'organiser un stérilisateur à vapeur avec un simple pot de cuisine. On adapte au-dessus de celui-ci un cylindre métallique avec couvercle et garniture en feutre. Un rebord à 2 centimètres du bord inférieur sert à maintenir le cylindre sur le pot; deux anneaux peuvent se fixer aux oreilles du pot.
Les autoclaves que nous allons décrire peuvent fonctionner sans pression et remplacer l'appareil de Koch, lorsqu'on veut seulement une température de -f 100^. Le poêle de Koch n'est donc pas indispensable à un laboratoire.
c. Stérilisation par la vapeur sous pression. — Les spores de certains microbes ne sont tuées que par un chauiTage à + 120**. Seuls les appareils stérilisant par la vapeur sous pression sont capables de les détruire; seuls ils sont absolument sûrs; ils sont donc indispensables au bactériologiste. La chaleur sèche ne pouvant être employée pour stériliser les milieux liquides ou susceptibles d'évaporation, on soumettra ceux-ci au chauffage à -f 120<> dans les appareils à vapeur sous pression, à condition qu'ils ne s'altèrent pas à cette température (bouillon, pommes de terre, gélose, etc.). La gélatine, le sérum ne pourraient être ainsi stérilisés.
Tous les appareils servant à la stérilisation par la vapeur sous pression sont en définitive des marmites de Papin plus ou moins perfectionnées.
L'autoclave de Chamberland est l'appareil le plus commode et le plus répandu (fig. 39). Il se compose d'une marmite cylindrique en cuivre (A) qu'un couvercle en bronze (B) peut fer-
STERILISATION
mer hermétiquement grAce à rinterposition d'une rondelle en caoutchouc. Le couvercle est muni d'un manomètre (G) qui indique la pression et par suite la tempéraluie \ d'un robinet (0) et d'une soupape E^. Il est lixé par des bouchons mobiles (F, F') ; deux index gravés, Tuu sur le couvercle, l'autre sur la marmite devant toujours être en regard l'un de Tautre. La marmite est supportée par une boîte en tôle (G) sous laquelle sont deux rampes à gaz circulaires (H et H') de diamètres dilîérents, indépendantes l'une de l'autre. Un panier à 111 de fer (I) recevra les objets à stériliser.
Pour faire fonctionner l'autoclave de Ghamberland, on verse un ou deux litres d'eau dans la marmite, en a (il faut toujours une couche d'eau suffi- .sante : 10 centimètres au moins) ; on place le panier; on visse le couvercle. On allume la petite rampe à gaz (H'} (approcher l'allumette enflammée avant d'ouvrir le robinet à gaz ^ voy. page 40) et on ouvre le robinet (D) jusqu'au moment où il s'en échappe un jet de vapeur. Ce robinet sert à purger l'autoclave d'air; sans cette précaution l'air se dilatant actionnerait l'aiguille du manomètre, concurremment à la vapeur d'eau, et la température donnée [indiquée ci-dessous d'après les tables de Regnault], calculée pour la vapeur seule, serait bien supérieure à la température réelle du mélange d'air et de vapeur de l'autoclave. Au moment où la vapeur s'échappe en jet du robinet, la température de l'autoclave atteint + 100"^*; on ferme alors le robinet (Dj et on vis^e la sou-
* 0 atmosphères = 100°.
1 — = lioo.
' Si un des becs brûle en dedans, il faut éteindre et ralXumer.
fl
Fig. 39.
Autoclave
de Chamberlani).
STÉRILISATION PAR LA CllALEUH HUMIDE 47
pape (E). L'appareil entre en pression, et Taiguille du manomètre monte. On pratique alors deux ou ivois détentes de vapeur , c'est-à-dire qu'on ouvre le robinet (D) pendant quelques instants. Lorsque Taiguille marque la pression qui correspond à la température cherchée (habituellement 1 atmosphère, c'està-dire + 120O), on règle l'arrivée du gaz par tâtonnement (flamme de un ou deux travers de doigt) et on dévisse la soupape (E) à la limite où elle retient le jet de vapeur, d'où le réglage de la pression qui ne peut monter plus haut. On ne compte le temps de la stérilisation qu'à partir du moment où l'aiguille du manomètre est immobile, indiquant que la température cherchée est fixe. Le temps voulu écoulé, on éteint le gaz, et on attend que la pression soit retombée à 0; on ouvre seulement alors le robinet (R) * : l'air rentre avec un léger sifflement. On dévisse le couvercle immédiatement; si on attendait le refroidissement, il y aurait adhérence assez difficile à vaincre entre le caoutchouc et le couvercle. Un changement toujours possible dans la pression du gaz (voir page 132 Vemploi du régulaleur Moitessier) peut faire monter brusquement la pression de la vapeur d'eau et entraînerait une explosion si la soupape fonctionnait mal; il faut donc toujours surveiller son autoclave tant que la température n'est pas définitivement réglée.
L'autoclave de Chamberland, employé sous pression à + il5^ ou + iao** stérilise, en vingt ou trente minutes, les milieux ou objets quelconques.
On peut l'employer sans pression^ en ne fermant pas le robinet (D), et en ne vissant pas à fond les boulons du couvercle. L'autoclave peut donc fonctionner comme le poêle de Koch, stérilisant à la vapeur à + 100^.
On peut môme stériliser la verrerie dans l'autoclave et se passer du four Pasteur. Le seul inconvénient est que les récipients et le cotoQ contiennent un peu d'eau condensée après le refroidissement. Il faudrait alors sécher le coton. On voit en
* En ouvrant trop hâtivement on risquerait de faire sauter les bouchons de ouate des récipients trop pleins.
somme que l'autoclave peut suffire, à lui seul, à toutes les stérilisations nécessaires au bactériologiste.
B) Chauffage discontinu a -|- iOO** ou au-dessous
Nous avons déjà dit que certaines spores microbiennes nécessitaient une température de + 120^ pour être détruites*. Or, il est des milieux, employés couramment dans les laboratoires, qui ne peuvent supporter de pareilles températures. La géla> tine, par exemple, ne peut être stérilisée à -|- 120^; elle ne peut même être soumise trop longtemps à 4- 100**; trop chauffée, elle ne se reprend plus en masse au refroidissement. Le sérum ne peut être porté à des températures dépassant + "^'> sans modifications qui rendent son emploi impossible. Il faut donc user d'artifices.
±^ Chauffage discontinu de Tyndall. — Tyndall a imaginé, en 1877, le chauffage discontinu pour stériliser l'infusion de foin sans appareils spéciaux. Celle-ci, contenant des spores de B, subtilis, ne pouvait être stérilisée par Tébullition. Tyndall eut l'idée de la chaufïer plusieurs fois de suite à + 100^. Le premier chauffage tuait les bacilles et respectait les spores ; cellesci germaient ensuite et le second chauffage tuait les jeunes bacilles; au bout de deux ou trois chauffages toutes les spores avaient germé et tous les bacilles en provenant avaient été tués ; l'infusion était stérile.
On se sert de ce procédé pour stériliser la gélatine. On lui impose deux séances de stérilisation, de vingt minutes chaque, dans la vapeur à -|- 100" (poêle de Koch, ou autoclave sans pression). La stérilisation est assurée, et la gélatine conserve ses propriétés.
2^ Stérilisation du sérum. — Koch a appliqué le principe de Tyndall à la stérilisation du sérum. On emploie aujourd'hui autant que possible du sérum
* Les spores du Bacillus mesentericus vulgaris peuvent même résister à -f 130".
recueilli aseptiquement (voy. page 74), et n'ayant donc pas besoin d'être stérilisé.
Lorsqu'on veut se servir comme milieu de culture du sérum provenant d'un sang puisé sans précautions, à l'abattoir par exemple, (voy. page 92, le modèle de cristallisoir pour recueillir le sérum à l'abattoir), il faut tuer les germes qu'il contient. Or. le sérum se coagule à -|- TO**; on ne pourra donc atteindre cette température si on veut l'employer liquide.
Est-il destiné à être utilisé coagulé, le sérum ne peut cependant être exposé à des températures supérieures à + 7o<*, sous peine de devenir absolument opaque. Il faut donc stériliser le sérum liquide à + 58*^-60° et le sérum solide à -{- 70^-75'». Koch chauffe chaque jour son sérum, pendant une demi-heure, à ces températures, et cela cinq ou six jours de suite.
Nous nous étendrons, au chapitre m, sur la technique du mode de préparation du sérum.
Ajoutons de suite cependant que cette stérilisation à -f- 60' ne serait pas applicable à d'autres milieux que le sérum; ce dernier n'est pas un bon milieu de culture pour la majorité ,des bactéries et sa stérilisation est plus aisée que celle du bouillon par exemple.
G) Pasteurisation
On désigne actuellement sous le nom de Pasteurisation un mode de chauffage à une température inférieure à + 100'*, capable d'arrêter pendant un certain temps la germination des microbes, sans toutefois aller jusqu'à, la stérilisation absolue. Cette opération a l'avantage de ne pas altérer les propriétés des liquides chauffés. Pasteur l'a appliquée à la guérison des maladies des tms. On l'etnploie journellement pour le lait^ qui peut ainsi être transporté au loin, la fermentation lactique étant retardée de quelques jours. La pasteurisation, n'est qu'une stérilisation incomplète, elle intéresse l'hygiéniste plus 'que le bactériologiste. Cette méthode ne peut stériliser que des substances diiîicilement contaminables, telles que le sérum (voir plus haut).
PRÉCIS DE BACTÉ BIOLOGIE, i2« édlt. 4
Nous répéterons au chapitre III, à propos de chaque milieu nutritif, la méthode de stérilisation qui lui convient le mieux.
§ 2. — Stérilisation par les substances antiseptioues
Les antiseptiques sont trop infldèlcs pour être couramment employés par le bactériologiste.
On aura cependant constamment sous la main une solution de sublimé à 1 ou 2 p. 1 000 ' qui servira au nettoyage des mains» des téguments des animaux à inoculer ou à opérer. On pulvérisera du sublimé dans les cages à désinfecter. On verra, au chapitre iii, que le sublimé sert à la préparation des pommes de terre comme milieu de culture. Il est utilisé pour stériliser les capuchons de caoutchouc des tubes à essai contenant les milieux sohdes.
Les solutions phéniquées faibles et fortes auront également leur usage.
Différentes solutions (créoline, lysol, etc.) servaient jadis à stériliser les seringues à injections; aujourd'hui les pistons de cuir ayant disparu, toute seringue doit être stérilisable par la chaleur.
Les acides minéraux forts seront utilisés pour détruire les microbes des grands récipients, pour nettoyer les dalles en pierre, etc.
Enfin, l'avenir dira si les vapeurs antiseptiques (formol, etc.) auront leur emploi marqué dans la désinfection des laboratoires, étuves, cages, etc.
On se rappellera la loi formulée pour la première fois par Chaua'eau et Arloixg : la puissance antiseptique d un liquide augmente s'il est employé chaud.
E. Roux (4891) a préconisé les essences. Celles-ci ont un pouvoir bactéricide très énergique et n'altèrent pas les substances
* Rappelons quMl faut ajouter 100 parties d'alcool à un litre d'eau pour assurer la solubilité de 1 gramme de sublimé. Un peu de chlorure de sodium aura les mêmes effets. Entin 0«r,50 d'acide acétique par litre éviteront les précipités.
STERILISATION PAR LA FILTRATIOX 51
albuminoïdes, ni les diastases. Les essences d'ail et de mou^ tarde sont les meilleures. Gomme elles sont volatiles, on peut s'en débarrasser ensuite, eu évaporant dans le vide.
§ 3. — Stérilisation par la filtration
La chaleur ne peut être employée dans tous les cas. On a alors recours à la filtration. Lorsqu'un corps, liquide ou gazeux, traverse une couche d'une substance solide, il lui abandonne successivement les particules solides qu'il renferme ; si les pores sont suffisamment fins, si la couche filtrante est assez épaisse, le gaz, le liquide, ainsi filtrés, ressortent privés de tous germes, ils sont stérilisés. La filtration joue un grand rôle dansl'hygiène naturelle. Si l'eau de source est parfois bactériologiqueraent pure, c'est qu'elle a filtré à travers une épaisseur convenable de terrain; l'eau de pluie, souillée de tous les germes atmosphériques et de tous ceux qu'elle a rencontrés à la surface de la terre, a fini par s'en débarrasser complètement, sauf cassure trop large faisant communiquer la source avec la surface. C'est sur le principe de la filtration que sont basés le système de Tépandage, la purification des eaux i)otables des villes, etc. ; il sutut de quelques mètres de terrain, surtout s'il n'a pas été remanié depuis longtemps, pour retenir tous les germes de l'eau. En souvenir de tous ces faits, on a construit des appareils à filtration, destinés à stériliser les corps gazeux et liquides, dans les laboratoires de bactériologie.
1^ Filtration des gaz. — La filtration de l'air s'opère à travers le coton. On bouche, avec un tampon de ouate moyennement serré, un tube de verre, un flacon de Mariotte, et on fait l'aspiration; le courant d'air, en traversant la ouate, abandonnera tous les germes qu'il contient. La filtration de l'air à travers le coton avait été instituée depuis longtemps par Schwanx, DE ScurLTZE, i)K ScHKdiDKH, von DuscH, ctc, lorsquc Pasteur reprit ces expériences, et démontrapéremploirement l'arrêt des microbes dans le coton. Le coton est entré depuis lors dans la pratique journalière du laboratoire, et nous avons déjà vu, au
S2 STERILISATION
chapitre précédent, qu'un tampon de coton est Tintermédiaire le plus fréquent entre l'air atmosphérique et l'air stérile des récipients à cultures, avec ou sans aspiration. Le papier à filtrer, avons-nous dit également, sufiît à intercepter les germes de Tair s'il n'y a pas d'aspiration (CHArvEAu).
2° Filtration des liquides. — La filtration consiste en une séparation physique des liquides et des particules solides qu'ils contiennent.
a. Substances filtrantes. — On filtre a travers des substances poreuses diverses.
On pourrait instituer un filtre avec une simple couche de sable stérilisé. Le premier filtre, fabriqué sur les indications de Pasteur, était en plâtre. Une importante modification fut apportée par A. Gautier qui construisit un filtre en porcelaine de Sèvres dégourdie , filtrant de dehors en dedans, grâce à l'aspiration. Le nettoyage du filtre était ainsi facilité, puisque seule la surface extérieure était encrassée. Après le plâtre et la porcelaine, on a employé ValurninCy Vannante^ la terre dHnfusoires, etc.
b. Rétention et modifications des substances solubles par les filtres. — 11 semble, au premier abord, que la filtration devrait f^tre un procédé de choix pour la stérilisation à froid de tous les milieux liquides, et devrait supplanter le chauffage. 11 n'en est rien. Tout d'abord, la filtration de tous les hquides visqueux (séruras, bouillons glycérines, etc.) est impossible. De plus, on sait aujourd'hui que les filtres retiennent, non seulement les particules solides, mais encore nombre de substances solubles, de telle sorte qu'un milieu, ayant traversé un filtre, peut se trouver profondément modifié dans sa composition. Outre cette rétention de nombre de substances, qui appauvrit le liquide filtré, on peut observer des altérations chimiques ou physiques de certains corps. Hugouî^enq a pubfié à ce sujet, en 1893, un travail ^ dont voici les conclusions :
* HuGouNENO. Recherches sur le passage des solutioîis de caséine à travers la porcelaine. Annales de chimie et de physique, avril 189.$.
STÉRILISATION PAR LA FILTRATIOX 53
« io Les filtres en porcelaine laissent passer très inégalement les substances albuminoïdes ; la porcelaine d'amiante paraît traversée plus facilement que le biscuit des bougies Chamberland ;
« 2^ Quelques substances albuminoïdes abandonnent à la surface extérieure de certains filtres un résidu qui ne traverse jamais, sans être pour cela Hxé dans les pores de la porcelaine ;
ff 3^ Cependant, une petite quantité d'albumine reste fixée dans la pâte du septum et résiste aux eaux de lavage ; le dosage des solutions, aussi bien que la pesée exacte des appareils filtrants, montre que la proportion, très variable d'ailleurs, peut atteindre 12 à 15 p. iOO.
« 40 I^ filtration à travers la porcelaine de certaines substances albumineuses s'accompagne de modifications chimiques. Des gaz se dégagent, la proportion de caséine précipitable par l'acide acétique subit une diminution considérable et qui, dans certains cas, peut atteindre le tiers du poids total.
« Les filtres d'amiante ou de porcelaine ordinaire ne laissent passer la caséine précipilable que si l'alcalinité, mesurée en acide sulfurique, atteint 18'", 50 par litre. Encore, à ce de^ré, la quantité de caséine précipitable reste faible, et pour obtenir un rendement meilleur, il est nécessaire d'alcaliniser plus fortement les liqueurs.
« 5^ On ne peut pas conclure de la composition chimique d'un milieu de culture contenant des matières albuminoïdes à la composition chimique de ce môme milieu après stérilisation sur bougie. »
Ahloing* a montré que les bougies en porcelaine ou en amiante retiennent une très notable proportion des substances azotées ou hydrocarbonées contenues dans le suc, si toxique, des pulpes de betterave ensilée. Chaque bougie retient inégalement ces substances ; une bougie qui a déjà servi retient
* Arloixg, Influence des filtres minéraux sur les liquides contenant des substances d^origine microbienne, Ac. des Sciences, 189*2, p. 1455.
moins qu*unc neuve. On voit combien la comparaison entre plusieurs expériences est difiicile.
BoDET et J. CouRMoxT Ont fait les mômes constatations, en filtrant des cultures de Staphylocoque jtyogène.
Dernij-rement (1896), Phisalix a vu qu'en filtrant sur porcelaine le venin de vipère on peut séparer les substances solubles toxicjues, qui restent sur le (illre, des substances vaccinantes, qui le traversent.
En un mot, les filtres ne laissent pas passer la totalité des substances solubles dissoutes, ils peuvent même en cliangerles propriétés. On sera ceiiendanl oblitré de filtrer les bouillons qu'on ne peut chaufîer sans les moditier (bouillons lactoses, etc.). Mais, en somme, remjiloi de la fillration pour stériliser les milieux de culture est assez restreint. Elle est surtout utile au bactériologiste pour isoler les produits solubles contenus dans les cultures microhieimes (voy. cbap. xii, p. 3i6.)
Ow peut également utiliser les propriétés filtrantes des membranes de collodim, (jui ne sont pas non plus des filtres parfaits (voy. p. i51).
c. Fdtration de l'eau des robinels. — Ou se souviendra que les filtres s'encrassent tn's ra|>idenient et finissent par laisser passer des microbesau bout d'un certain temps. Aussi, l'emploi des filtres pour la stérilisation de Veau potable n'a pas donné tous les résultats espérés. L'Iiyiriéniste doit être prévenu : 1" que tous les échantillons de filtres livrés dans le commerce ne retiennent pas les germes avec certitude ; 2" qu'un bon filtre, servant continuellemcjnt, se laisse très rapidement traverser par certains microbes, et peut ainsi devenir plus nuisible qu'utile. L'établissement de filtres, adaptés aux robinets d'eau potable, n'offre donc toutes les garanties qu'à la condition expresse d'être étroitement surveillé. On devra dabord s'assunn- de la bonté de chiuiue bougie en i>nrliculier : puis la nettoyer au moins tous K*s quinze jours. Nous verrons bientôt comment on doit prendre ce>i deux précautions.
d. Filtres cnjdâtre ou en sable. — Le plâtre jjeut être employé avec un di>positif très simpbî (fig. 40). On coule du plAtre (G) dans un entonnoir en verre (A), lequel est fixé sur un flacon à
STERILISATION PAR LA FILTRATION
deux tubulures ou une carafe à filtrer (B). On verse le liquide à filtrer (E) sur le plâtre et on fait le vide dans le flacon par aspiration ou par simple chauffage suivi de Tobturation hermétique de la seconde tubulure. L'ajutage (D) de l'entonnoir
au flacon sera recouvert de gutta *, Pour empêcher l'air de filtrer entre le plâtre et Ten- E tonnoir on enduit le pourtour
du plâtre avec du vernis co-
Fig. 40.
Filtre en plâtre
(ficbémaliquo.)
Fit-. *'.
Bougie Chamberland.
A, aspect extérieur.
B, coupe.
pal. Cet appareil n'est plus employé, mais pourrait être construit partout sans frais.
Nous avons utilisé le même dispositif pour filtrer sur une mince couche de sable qiiartzeux retenu dans l'entonnoir par un léger tissu en tulle.
e. Filtres en porcelaine, — On se sert généralement de la Bougie Chamberland , qui peut s'adapter à différents disposi-
* Gutta-percha dissoute dans le chloroforme.
56 STERILISATION
tifs. Elle est constituée par un cylindre creux, en porcelaine dégourdie à + 1200^ de 10 centimètres de hauteur, fermé en cul-de-sac d'un côté et muni d une tétine en faïence à Textrémité ouverte (fig. 41).
La pâte de tous les filtres n'est pas également serrée, comme l'indique une lettre imprimée sur le rebord de la tétine. On vend couramment des bougies B et F. La bougie F est plus poreuse ; c'est celle que nous conseillons.
La filtration doit s'opérer autant que possible de dehors en dedans, soit par aspiration, soit par refoulement, suivant les dispositifs.
La première chose à faire est de s'assurer que le filtre est boriy ne laissera passer aucun germe. On relie la bougie à une pompe à air foulante et on la fait tremper dans une éprouvette remplie d'eau ; on obtient une pression d'une atmosphère. Aucune bulle d'air ne doit se former dans l'éprouvette ; sinon la bougie ne peut filtrer avec certitude.
La même bougie peut servir plusieurs fois, à condition d'être chaque fois nettoyée et stérilisée. Après la filtration d'une culture, la surface extérieure est recouverte d'un enduit souvent très épais; il faut mettre la bougie dégorger pendant quelques heures dans l'eau chaude, puis la brosser avec une brosse très dure : il est même bon de faire passer par filtration une certaine quantité d'eau qui entraine les substances solubles, surtout albuminoïdes, restées dans les pores. Il suliit pour cela d'adapter un long tube de caoutchouc à la tétine, de remplir d'eau l'intérieur du tube et de la bougie, et d'établir ainsi un siphon en i)longeant la bougie dans un vaste récipient plein d'eau placé sur une étagt're, le tube de caoutchouc se terminant sur un évier.
Si ce lavage ue suffit pas, ou séchera la bougie avec soin à l'étuve à + 37^ et on la portera au rouge dans la flamme d'un bec Bunsen ; de jaunâtre la bougie redevient blanche après le refroidissement. On appelle cela « régénérer » un filtre.
Dans tous les cas, la bougie devra être stérilisée à ïautoclave avant de servir. On bouchera l'orifice de la tétine avec un petit tampon de ouate. En général, on ajuste d'avance un tube de
STERILISATION PAR LA FILTRATIOX
caoutchouc à la tétine, et c'est rextrémité libre de celui-ci qui est fermé par un bouchon de ouate. On peut aussi stériliser tout d'une pièce la bougt« munie de son armature, avec le flacon récepteur, reliés ensemble par un tube de caoutchouc. Au sortir de Tautoclave la bougie est prête à servir.
Les filtres, même exempts de toute fêlure, peuvent laisser passer des microbes soit que ces derniers soient très fins {péripneumonie; voy. p. 12 et 246) soit qu'ils soient très mobiles (B. d'Eberth. B. coH; voy. p. 168).
f. Méthodes de filtration. — La filtration peut s'obtenir par aspiration ou par refoulement. On recommande, en général.
Fig. 42.
Appareil simple pour la filtration par aspiration, à travers la boufjie
Chamberland .
l'aspiration. Après l'avoir longtemps employée, nous sommes revenus au refoulement que nous préférons. Avec Taspiralion, le bris du fiacon récepteur est assez fréquent, si on ne le choisit pas avec soin. Il est vrai que l'aspiration ne nécessite pas d'appareil spécial.
les bouchons avec la solution de gutta. Le liquide à filtrer est versé dans le tube à brome, et la tubulure est mise en relation avec une trompe à eau. Le grand défaut de l'appareil de Kitasato est de filtrer de dedans en dehors et, par suite, d'être difficilement nettoyé ; on l'emploie presque uniquement avec
Filtre de Kitasato.
Fig. 46.
Trouipe à eau en verre.
une petite bougie, pour filtrer les faibles quantités de liquide qui se perdraient dans les autres appareils.
Vappareil de d'Arsonval est une modification de celui de Kitasato. La carafe à filtrer est remplacée par un flacon conique, en verre de Bohême, sans tubulure latérale. Ce flacon est stérilisé séparément à lautoclave, bouché avec du coton et contient (juclques gouttes d'eau. Au moment de faire fonctionner Tappareil, on enlève la ouate et on fait bouillir l'eau contenue clans le flacon. Lorsque celui-ci est plein de vapeur d'eau, on met en place le bouchon de caoutchouc qui supporte bougie
STERILISATION PAR LA FILTRATIOX
et entonnoir (un simple entonnoir peut remplacer le tube à brome). La vapeur d'eau se condense par le refroidissement, un vide relatif se fait et le liquide filtre.
Tout appareil entraînant l'emploi de la trompe à eau nécessite certaines précautions. Si Ton emploie la trompe représentée figure 46, ou toute trompe sans robinets, il faut avoir soin de placer une pince de Bohême sur le caoutchouc qui relie le vase récepteur à la trompe ; on serrera cette pince à fond avant de fermer le robinet d'eau lorsqu'on voudra arrêter l'aspiration. On évitera ainsi que Teau de la trompe reflue dans le vase et vienne contaminer le liquide filtré. Il ne faut pas non plus laisser une filtration se continuer pendant la nuit, surtout en été.
Une diminution brusque de la pression dans les conduites d'eau ferait également refluer l'eau dans l'appareiL
Je préfère filtrer par refoulement. Il faut pour cela posséder une armature métallique adaptée à la bougie Chamberland. Cette armature est celle qui se vend couramment pour être vissée aux robinets d'eau potable, ainsi que le représente la figure 47.
Elle se compose de deux pièces : un cylindre (A), ouvert înférieurement à plein canal, avec un pas de vis extérieur, et muni à la partie supérieure d'un orifice plus petit ayant un
Fig. 47.
Bougie Chamberland, avec son armature métallique vissée à un robinet d'eau.
62 STERILISATION
.pas de vis intérieur. La seconde pièce (B) est un anneau pouvant se visser sur l'extrémité inférieure du cylindre et percé inférieurement d'un trou qui donne passage à la tétine (c) d*une bougie (C). La bougie est introduite dans l'anneau, la tétine dépassant l'orifice inférieur ; une rondelle de caoutchouc glissant à frottement sur la bougie est descendue jusque sur la tétine, et les deux pièces sont vissées ensemble. Il faut opérer ce vissage doucement sous peine de briser la bougie; il doit cependant être fait à fond pour que le liquide ne puisse suinter à travers le pas de vis.
La bougie ainsi montée peut servir à avoir de Veau stérilisée dont on a toujours besoin dans un laboratoire. On installe alors l'armature métallique comme dans les maisons ; c'est-àdire qu'on le visse à un robinet d'eau sous pression (E). Nous rappelons qu'il faut stériliser les bougies adaptées aux robinets d'eau tous les huit ou dix jours. On ne se liera jamais à la (iltration pour avoir de l'eau bactériologiquement stérile (par exemple pour faire des dilutions avant ensemencement).
Pour filtrer les milieux nutritifs liqi^ides, les cultures en bouillon, etc., on adapte l'armature métallique à un appareil à refoulement. Nous allons décrire le dispositif Chamberland dont nous nous servons toujours au laboratoire de Lyon, en remplaçant toutefois la petite pompe à mî^in par une pompe plus puissante (pouvant servir à d'autres expériences, par exemple à fabriquer des vaccins sous pression) (p. 365).
La figure 48 représente l'appareil tout monté. Il se compose : 10 d'un trépied (A) ; 2*^ d'une pompe à refoulement quelconque (B) ; 3° d'un réservoir métallique (G) ; 4° d'un tube de caoutchouc à parois très épaisses et entoilées (D) reliant la pompe au réservoir ; 5<> de l'armature métallique de la bougie décrite plus haut (E) ; 6» du flacon récepteur (F) que nous décrirons plus loin.
Étudions le réservoir (fig. 49). C'est un cylindre en cuivre, à parois épaisses, terminé inférieurement par un canal (c) muni d'un robinet (G), et se terminant par un pas de vis qui s'adapte à l'armature métallique (E) de la bougie (E'). L'orilice supérieur est fermé par un couvercle en cuivre (H), à boulons, avec
STÉRILISATION PAU LA FILTRATION
Fig. 48.
Appareil à filtration par refoulement.
interposition d'une rondelle épaisse de caoutchouc (I) pour assurer la fermeture hermétique.
Deux lettres gravées sur le cylindre et sur le couvercle
Fifç. 49.
Appareil à filtration par refoulement.
Coupe schématique d'une partie de la figure 4^, arec une autre forme de flacon récepteur.
doivent toujours être en regard. Le couvercle est percé de
STÉRILISATION PAR LA FILTRATION
trois orifices ; l'un (1) fait communiquer la cavité de Tappareil avec un manomètre (J) ; le second (2) donne insertion à un tube métallique creux en rapport avec le tube de caoutchouc de la pompe et muni d'un robinet (L) ; le troisième (3) destiné au passage du liquide à filtrer est fermé par un bouchon métallique à pas de vis (K). Le flacon récepteur (F) est relié à la tétine de la bougie par un tube de caoutchouc (M).
Les deux formes les plus commodes de récipients sont représentées dans les figures 48 et 49. La forme ballon s'adapte par sa tubulure médiane au tube de caoutchouc; la tubulure latérale ouverte estbouchée avec de la ouate. La stérilisation finie, on enlève le caoutchouc avec précaution et on bouche la tubulure supérieure avec un tampon de ouate flambée.
On évite ce temps toujours délicat en écrasant le tube de caoutchouc avec une pince de Bohême (B); on sectionne au-dessus et on bouche avec de la ouate (G)
(Ûg. 50]. La tubulure latérale effilée (D) sera cassée au moment de prélever du liquide filtré et ce dernier coulera par la simple inclinaison du ballon, l'air pénétrant à travers le tampon de coton de la tubulure (E) . On le relève ensuite en maintenant la pointe ouverte dans la flamme pour stériliser l'air qui rentre et on ferme au bec Bunsen. Ces ballons sont commodes mais relativement chers, en raison de l'usure rapide de la tubulure effilée qui les met hors d usage. Ils sont aussi assez fragiles et assez encombrants dans les armoires.
Nous préférons employer un flacon ordinaire à trois tubulures (fig. 5i). Chacune est munie d'un bouchon en liège percé d'un trou livrant passage à un tube de verre. L'un (f^), celui qui plonge jusqu'au fond, se recourbe en U et sa seconde
PRiCIS DE BACTÉRIOLOGIE, 2« édlt. 5
Fig. 30.
Ballon F de la figure 49, après la
ûUration.
STERILISATION
branche aussi longue que la première se termine par une pointe effilée. Les deux autres ne plongent pas dans le flacon : Tun if^) est recourbé à angle obtus et est bouché à la ouate ; celui (/') de la tubulure médiane est adapté au caoutchouc de la bougie, il est étranglé à sa partie moyenne. Au sortir de Tautoclave les bouchons sont recouverts d'ude couche de paraffine ou de gutta. La filtration finie on fond l'étranglement du tube (/^) à la flamme d un bec Bunsen et le flacon est ainsi fermé
sans manœuvre pouvant le contaminer (fig. 51). On prélèvera du liquide filtré en soufflant par le tube (f*), au moyen d'un petit tube de caoutchouc. Telle est la disposition que nous recommandons comme sûre et économique.
On pourrait également adopter celle qui sera décrite pour le transvasement du bouillon en petits ballons (p. 85).
Il vaut mieux stériliser la bougie tout armée de son armature métallique, de son caoutchouc et du flacon récepteur ; si cet ensemble est trop volumineux pour l'autoclave, on stérilise sépaniment flacon et bougie avec des tampons de ouate à leurs orifices, et on les rajoute aseptiquement
Pour mettre l'appareil (fig. 48) en marche, on visse avec soin les deux pièces de Tarmature métallique, et celle-ci au cylindre ; il importe beaucoup qu'aucune goutte de liquide (qui proviendrait de la culture au-dessus de la bougie, cest-à-dire fourmillerait de microbes) ne suinte par ces pas de vis. Une rondelle de caoutchouc, interposée entre le cylindre etTarmature de la bougie, assure la parfaite obturation. On ouvre le robinet (G), on verse le liquide à filtrer dans le cylindre, et on boulonne le couvercle. Si on veut ajouter du liquide sans enlever le couvercle, on dévisse simplement le bouchon (K), et on verse avec un entonnoir. Le tube de caoutchouc de la
Fig. 51.
Flacon F de la figure 48, après
la filtration.
STÉttILISATION PAR LA FILTRATION 67
trompe est adapté. On ouvre le robinet (L). On actionne la pompe jusqu'à ce que le manomètre indique une pression de i à 4 atmosphères. On ferme alors le robinet (L) et on attend la lia de la Qltration. On redonnera quelques coups de pompe lorsque le manomètre redescendra au-dessous de 2 atmosphères.
L'appareil sera naturellement nettoyé et stérilisé entre chaque expérience.
g. Filtres en amiante. — La porcelaine d'amiante a été imaginée par Garros ^ Ayant remarqué que les fibres d'amiante sont les plus ténues qu'on connaisse, il pensa à les réduire en poudre à particules très fines, et à les agglomérer pour avoir une pâte à pores très petits. L'amiante eu poudre forme avec l'eau une pâte plastique qui, cuite à +1200®, devient la porcelaine damiante. D'après Garros, les microbes ne pourraient, même à la longue, traverser cette porcelaine ; elle constituerait un filtre à usage indéfini, filtrant plus rapidement que la porcelaine ordinaire, et ne modifiant pas la composition chimique des liquides. Arloing ^ a contredit cette dernière assertion. En opérant sur le liquide de la pulpe de betteraves ensilées, il a vu que le filtre Garros retient moins que le filtre Ghamberland du résidu total après évaporation (6, 47 p. 100 au lieu de 19, 89 p. 100], et des acides libres (2,85 p. 100 au lieu de 33,80 p. 100) ; mais qu'il retient beaucoup plus de substances précipitables par l'alcool, diastasiformes (41, 16 p. 100 au lieu de 20, 48 p. 100), ce qui est un grave défaut pour l'emploi du filtre d'amiante en Bactériologie.
On a d'abord construit de petites carafes en amiante qu'on stérilisait après les avoir bouchées au coton. On les plongeait simplement dans le liquide à filtrer (fig. 52). Gelui-ci pénétrait par osmose dans la carafe et était versé ensuite dans un récipient stérilisé pour être conservé.
Les bougies en porcelaine d'amiante du commerce (filtres
* Garros, -^^/r une nouvelle porcelaine : porcelaine d'amiante^ Âcad., des Sciences, 1891, p. 864.
• Arloing. Loc. cilato, p. 53.
STERILISATION
Maillé) s'utilisent exactement comme les bougies Ghamberland. On ne sait pas encore si elles doivent leur être préférées pour la filtration courante des liquides.
h. Filtres en terre d'infasoires. — La bougie la plus employée en Allemagne est la bougie Berkefeld. Elle est en terre f D
d'infusoires.
Ses pores sont plus larges jl | | i
que ceux de la bougie IB I 1 | £
Ghamberland; ce qui la rend plus perméable, mais
Fig. 52.
Filtration dans une
carafe d'amiante.
Fig. o3.
Appareil d'Arloing pour la décantation et la filtration à travers le coton d'une culture liquide.
aussi plus vite inutilisable pour la filtration hygiénique de l'eau.
Hausser (1898), pour parer à la diminution de la porosité due à la fusion, emploie directement la terre d'infusoires (farine fossile). Tamisée ou portée à -f SOD^ ou -f 1000^, celle terre est pulvérisée, après refroidissement, et peut être employée directement. On la délaie dans de Teau stérilisée et on verse le
STÉRILISATION PAR LA FILTRATION 69
mélange sur un filtre support quelconque. La poudre se dépose et toute liquide traversant ce filtre sera privé de ses germes. Le procédé est identique à celui indiqué plus haut pour la filtration sur sable (voy. p. 55).
i. Décantation et fiUration sur coton, '— Enfin, Arloing a utilisé la décantation combinée à la filtration sur coton pour démontrer l'existence dans les cultures du B, anthracis de substances vaccinantes, qui ne traversaient pas les filtres.
La figure 53 se passe d'explications. On amorce en souillant par (F). Les pointes de (D) et de (E) sont très fines et rendent la filtration très lente. Le dépôt microbien est très visible dans Téprouvette (A).
La boule du tube (E) contient un tampon de ouate. La pointe du tube (E) pénètre dans le récipient (C) à travers un tampon de coton. Le tube (F) est fermé à la ouate.