ASPECT DES COLONIES! SUR MILIEUX SOLIDES
La figure 156 montre quelques types de cultures en gélatine ensemencée par piqûre.
La forme des colonies est moins remarquable sur les milieux moins transparents que la gélatine : gklosk, sérum gélifié, POMME DE TERRE, etc. Dans quelques cas, cependant, elle est presque caractéristique. Certains streptocoques donnent des colonies ressemblant à une goutte de rosée, tandis que celui
Fig. 155,
Colonies de B. d'Eberlh sur plaque de gélatine, vues à la loupe (aspect de la montagne de glace).
de Térysipèle végète en formant un enduit mince brillant. Le Bacille de la tuberculose humaine pousse en amoncellements croûteux, secs, durs (fig. 137,5) qu'on a voulu opposer aux colonies plus grasses du Bacille de la tuberculose aviaire. Cela est vrai en général et doit être noté, mais certains échantillons de bacille aviaire poussent en croûte, et certains bacilles bumains en traînées grasses (J. Courmont et Dor). Le B. coli pousse en une crème brunâtre et épaisse sur la pomme de terre, tandis que le B. d*Eberth donne une simple traînée brillante à peine visible, ressemblant à une trace d'escargoty qu'il faut regarder à contre-jour pour Tapercevoir.
Les figures 137 et 158 schématisent quelques types de culture sur gélose.
Nous laissons de côté pour le moment ï odeur, la couleur, etc., des colonies. La pomme de terre est spécialement favorable à Tétude des microbes chromogènes. Il faudra cependant se méfier des différentes qualités de pomme de terre.
PBiCIS DE BACT^RIOLOOIB, 2* édît. 15
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ASPECT DES COLONIES SUR MILIEtX SOLtÛES it1
On Ipeut faire réxamen des colonies sur plaques de gélatine
Fig. 157.
Cultures sur gélose. Schémas imités de Thoinot et Masselin.
1, Streptocoque pyogène ; 2, Proleus mirabilis; 3, B. mycoTdes ; 4, Staphyloco<|ue blanc ; 5, B. de la lubcrcalose humaine.
EXAMEN MACROSCOPIQUE DBS GULTUBBS
Fig. 158.
Cultures anaérobies, par piqûre» en milieux
solides, sous l'huile.
1,V. sepliquc (gélalino); 2, B. du tétanos (gélalîne) ; 3, V. septiquc (gélose). Keniarquez le craquellenient produit par les gaz dans la culture 3.
à la loupe ou au microicope , avec un grossissement de 25 à 55 diamètres. Pour cela on place la plaque sur la platine du microscope , et on l'examine avec un objectif faible, par exemple le 0 de Verick à foyer long.
On peut ainsi reconnaître de bonne heure des colonies presque invisibles, et en prélever des parcelles avec l'aiguille de platine qu'on conduit sur la colonie en la regardant par l'oculaire. On peut employer l'objectif 2 ou même 4 de Verick, lorsque la transparence de milieu le permet, mais en général le manque de lumière rend leur usage difficile. Les objectifs plus forts ont un foyer trop court pour être utilisés .
Nous recommandons la loupe montée de Reichert.
7<> Pouvoir chromogène. — La couleur des cultures, bien
POUVOIR CHROMOGENE
qu*eUesoit sujette à varier considérablement suivant certaines conditions, est un caractère très utile pour la différenciation de certaines espèces microbiennes-
Nous ne dirons que deux mots de la teinte plus ou moins blanche ou jaunâtre des bouillons ou des colonies solides ; son importance est minime. Mais il existe des microbes
Culture en bouillon
du Bacille pyocyanique.
Fig. 160.
Culture en bouillon
du Bacille vert de l'eau.
fabriquant une matière colorante spéciale et qui, presque tous, portent un nom rappelant la teinte de celle-ci.
Les microbes chromogènes sont ceux dont le protoplasma sécrète des pigments. Ces derniers sont le plus souvent cantonnés dans le protoplasma du microbe ; un seul élément ne paraît pas coloré, mais l'ensemble de la culture prend la teinte caractéristique. D'autres fois, la matière colorante diffuse dans le milieu de culture et le teint (B. pyocyaneusy B. vert de Veau).
La coloration des cultures est surtout bien nette sur les milieux solides, et particulièrement sur la pomme de terre.
Les cultures liquides sont en général moins caractéristiques à ce point de vue ; un bouillon où végète du B. pyocyaneus est cependant d'un beau vert (fig. 159), il est vert émeraude s'il contient du B. vert de l'eau (fig. 160) S mais cela lient à des matières colorantes diffusibles. Il faut, en somme, voir un amas de microbes sous une certaine épaisseur pour distinguer la couleur de leur protoplasma.
Citons la couleur des principaux microbes chromogènes. Le Staphylocoque pyogène est jaune orangé {fig. 161), citron (fig. 162), ou blanc (fig. 163 et 157,4) suivant les variétés {aureus, citreus, albus). La Sarcina lutea, le Micrococcus cereus /Zaïussont jaune d'or. Le Micrococcus prodigiosus est rose. Le Bacillus ruber est rouge vif (fig. 164). Le Micrococcus cinabre}^ est rouge cinabre. Le B. pyocyaneus (fig. 159) est bleu vert. Le B. vert de Veau (fig. 160). Le B. viridis, le B. virens, le B. chlorinus^, le B. de la diarrhée verte des nourrissons donnent des cultures vert clair. Le Bacillus violaceui est violet noir. Le B. brunneus de ScHROTER est brun. Le Beggiatoa roseo-persicina est parfois tellement abondant à la surface de l'eau que celle-ci est rose rouge (ScHNETZLER, 1887). On pourrait multiplier les exemples. Thiry (1896) vient de décrire un bacille po/yc/iro»i«, c'est-à-dire donnant sur les mêmes milieux les colorations les plus différentes : violet, rose, vert, or, bleu.
Faut-il se baser sur la couleur des pigments fabriqués pour diagnostiquer une espèce ? Deux échantillons microbiens semblables par tous leurs autres caractères, mais de teinte différente, peuvent-ils appartenir à la même espèce? La réponse est aujourd'hui toute tracée. La couleur des pigments est un caractère important, mais non spécifique, pour la diagnose. Nous savons qu'un microbe chromogène peut perdre définitivement la faculté de fabriquer des pigments; Wasserzug, Cuarrin et
■ * Lorsqu'on analyse Teau de la plupart des fleuves ou des ruisseaux, on constate la belle coloration vert clair de nombreux ballons. Ce sont des cultures de bacille vert de l'eau [Bacillus fluoresceus liquefaciens).
• Pour VAN' TiEGHEM (1880) et Engelmann (1882), le B. viridis, le B. virens et le B. chlon'nus seraient colorés par de la chlorophylle.
POUVOIR CHROMOGÈNE
Phisalix l'ont vu avec le B. pyocyaneus, Schottelius avec le Micrococcus prodigiosuSy J. Courmont et Rodet avec le Staphylocoque pyogène doré qui peut devenir bl^nc. Nous savons que
Fig. 161.
Culture sur gélose du Staphylococcus pyogenes aureus.
Fig. 162.
Culture sur gélose du ^7ap/iylococcus pyogenés citreus.
Fig. 163.
Culture sur gélose du Staphylococcus pyogenés albus.
Fig. 164.
Culture sur
gélose du
Bacillus ru-
ber.
la coloration varie avec l'âge d'une culture; conservez pendant huit ou dix jours une culture en bouillon de B. vert de Veau et vous la verrez tourner du vert clair au brun foncé. Le microbe delHiRY est polychrome. Nous savons enfin, que la composition du milieu nutritif influe beaucoup sur la fabrication des pig-
ments : on empêche le Staphylocoque doré de conserver sa teiute orangée en le privant d'oxygène, en additionnant son bouillon d'antipyrine. Le Bacillus violaceus, très coloré sur les milieux solides, est presque incolore en cultures liquides. Le bacille du lait bleu colore les liquides en bleu foncé et donne sur gélatine une colonie blanche se détachant sur la gélatine colorée en brun, etc. Gharhin a fait varier la fabrication de la pyocyanine par le h. pyocyaneus au moyen des agents physiques, par l'addition d'antiseptiques., d'oxygène pur, etc. D'une faron générale, il semble que toute condition qui diminue la végétabilité d'un microbe, ou atténue sa virulence, l'atteint aussi dans son pouvoir chromoj^ène ; Je simple passage de plusieurs générations successives suffit souvent à décolorer des cultures. La lumière est indispensable à la fonction chromogène du Staphylocoque pyogène doré (Gaillard); elle ne l'est pas pour celle du Mtcrococcus prodigiosus ou du Bacillus violacem,
11 résulte de toutes ces remarques que la fonction chromogène n'est pas absolument fixe, et, pour être très utile à la diagnose de l'espèce, ne peut, à elle seule, caractériser une espèce. C'est ce que j'ai soutenu, avec Rodkt *, pour le Staphylocoque pyogène. On a voulu faire autant d'espèces de staphylocoques que de teintes des cultures (aureusy albus, citreus) ; pour nous, l'espèce est unique o et des mieux définies » ; elle comporte de simples variétés qu'on distingue par la couleur des pigments sécrétés. L'albus est naturellement moins virulent que Vaureus^ d'après la loi énoncée plus haut. Il faut donc se placer dans des conditions bien défmies, quand on veut se servir du pouvoir chromogène comme élément de diagnose. Son existence est un signe précieux, son absence peut tenir à une foule de causes.
Si les pigments étaient biens définis chimiquement, leur composition serait une base très sérieuse de détermination
* RoDET et J. Coi'HMONT, Société de Biologie, 19 avril 1890. — J. Covr- MONT. Ibid., 28 juillet 1890 ; Article Staphylococcie in Traité de médecine et thérapeutique de Brolardel et Gilbert. 1893.
POUVOIR GHROMOGÈNE 233
biologique. Malheureusement, nous savons peu de chose à ce sujet, sauf pour le pigment du Bacille pyocyanique, la pyocyanine qui se répand dans les liquides de culture et a une réaction spéciale. La pyocyanîne a été isolée par Fordos*, bien étudiée par Gessard*, UhIrrin^, Wasskrzug*, etc. Elle est bleue; la coloration verte des bouillons est due au mélange de £yocyanine bleue avec un pigment fluorescent vert (Ges- SARD) ; plus tard, 3ans les vieilles cuîtufês, la pyÔcyanine se transforme en une substance jaune, la pyoxanthose^ qui colore le bouillon en brun. Pour obtenir la pyocyanine, on alcalinise le bouillon de culture avec Tammoniaque, et Ton agite avec du chloroforme. Le chloroforme dissout la pyocyanine et se colore en bleu de ciel foncé. Si on ajoute de Teau, acidulée avec de Tacide sulfurique ou chlorhydrique, la pyocyanine passe dans Teau acidulée qu'elle colore en rouge. Le chloroforme retient les matières grasses et la pyoxanthose. La solution aqueuse rouge, saturée par la potasse ou Tammoniaque, repasse au bleu. Si on traite parle chloroforme, celui-ci s*évapore et la pyocyanine cristallise en bleu foncé. Toute oxydation transforme la pyocyanine en pyoxanthose. Ces réactions sont caractéristiques de la pyocyanine, et donc du B. pyocyaneus, qui est ainsi un meneilleux instrument de travail pour le bactériologiste, qui n'hésite pas à le reconnaître. CHARHiNra bien compris et a créé une précieuse maladie d'étude : la maladie pyocyanique,
Voy. p. 707, les travaux récents sur les pigments du B. pyocyanique.
Malheureusement, les autres pigments sont presque inconnus dans leur composition, même le pigment vert du B. pyo-
* FoRDos. Rechei'ches sur la matière colorante des suppurations bleues : pyocyanine, C. R. Ac. des Sciences, 4869.
* Gessard. Pyocyanine et son microbe, Thèse Paris, 1882. Annales Pasteur, 1890. 1891, 190i.
* Charrin, Soc. anafomique. Soc, biologie, 1884-1902. — La maladie pyocyanique, Monograpliie, 1889.
* Wabserzug. Formation de la matière colorante chez le Bacillus pyocyaneus, Ann. Pasteur, 1887.
cyanique (Gessard) cité plus haut, qui paraît avoir les mêmes propriétés que celui du B. vert de l'eau.
Les microbes chromogènes n'ontpas simplement un intérêt de curiosité; beaucoup sont pathogènes. Le Staphylocoque pyogètie est l'agent le plus répandu de la suppuration (ostéomyélite, furoncle, abcès, etc.) ; le B. pyocyanique est celui du pus blei^, et son rôle en pathologie humaine s'étend de jour en jour ; le B. syticianvs donne le lait bleu ; le B. de Lesage (1888) donne la diarrhée verte des enfants; le bacille de Tendocardite ulcéreuse, découvert par Rodet et Perret (1«89), qui a été retrouvé depuis, est vert, etc.
Nous parlerons plus loin des cultures sur milieux colorés qui n'ont aucun rapport avec les microbes chromogènes.
8^ Phosphoresoence. — A côté des microbes chromogènes se placent les microbes photogènes^ c'est-à-dire capables de luire dans l'obscurité : photobactériacées. Le premier, Pflùger ' a démontré que les lueurs émises par de la chair de morue fraîche étaient dues au développement de bactériens, auxquels il attribuait la phosphorescence de la mer du Nord à certains jours. CoHS ' rencontra la même espèce sur du saumon et rappela Micrococcus phosphoreus. Le même phénomène fut observé sur de la viande de boucherie, ou sur de la chair de poissons de mer, et attribué à des microbes par Nuksch, Bancel et Hvssox, Lassar, LrDwic. etc. Fischer et Forstsr ont séparément décrit le Bacillus phosphorescetis . Giard' a isolé sur les lalylres (crustacés marins' une autre bactérie lumineuse, pathogène pour ces animaux. Les géophiles (vers luisants) doivent probablement leur phosphorescence à un microbe.
La lumière produite est Jblanche et contient donc les différentes radiations du sj^eotre, que Lvdwig a d'ailleurs obtenues avec le Micrococcus phoi^phoreus.
* Pflùger. l'ber tlie Phospkorescenz teiwesentier Organismen. Arch. fur die Physiologie, 1875.
* CoHX. Knjpfofjamenftont ton Schleseiu, Bd. III, p. 146.
* GiARD. Soc. biologie. 19 octobre 1889. et i5 avril 1890.