TRAITEMENT
Les méthodes bactériologiques curatives, celles qui s'adressent à la maladie déclarée peuvent se grouper sous trois dénominations : bactériothérapie, toxithérapie, sérothérapie.
La bactériothérapie utilise Tantagonisrae de certains microbes entre eux. On cherche à guérir la maladie existante par l'inoculation du microbe antagoniste qui produira une seconde maladie, bénigne par elle-même et curatrice de la première. Elle a pris naissance en Italie. Cantani pulvérisait des cultures de Bacterium termo dans les voies respiratoires des phtisiques cavitaires. Cliniquement et expérimentalement, les résultats ont été négatifs. On a cherché à utiliser Tantagonisme du B. anthracis et du B. pyocyaniquc (Gharrin, etc.). Fochier a recherché la guérison de la septicémie puerpérale au moyen d'abcès de fixation à staphylocoques. On a cherché à modifier des tumeurs malignes par des inoculations de Streptocope de l'érysipèle (Koch et Petruchsy, etc.). La bactériothérapie n'a pas encore fait ses preuves.
La toxithérapie n'utilise que les toxines microbiennes.
Le traitement de la tuberculose par la tuberculine de Koch (voy. p. 495) fut la tentative la plus retentissante et la plus malheureuse de la toxinothérapie.
• Bouchard s'est servi des toxines vaso^onstrictives du B. pyocyaniquc pour arrêter des hémoptysies ; Lanxois a traité la chorée, Tépilepsie par des injections de toxines du Staphylocoque pyogène, GoLEY, Friedrich, etc., ont tenté la guérison des tumeurs malignes au moyen de toxines diverses. Tous ces essais ont donné des résultats nuls ou peu importants en pratique.
La sérothérapie a une portée bien plus grande ; elle est une des plus importantes conquêtes de la Bactériologie. Son étude fera l'objet de la troisième Partie.
Le B. tuberculeux de Koch comprend trois variétés :
1" Des mammifères;
'1"^ Des oiseaux;
3^ Des poissons; qui, bien qu'appartenant (au moins les deux premières] à la même espèce, doivent être étudiées à part. Nous réservons au chapitre ii les microbes qui peuvent se rapprocher de celui de Koch, soit par leur aptitude à faire des tubercules (Microbes diis pseudo- tuberculeux) soit par leur résistance à la décoloration pur les acides {B, de la Lèpre, Microbes dits acidophiles).
ARTICLE PREMIER B. TUBEKCliLEUX DES MAMMIFÈRES
X Sa découverte par R. Koch, publiée le 24 mai 1882, est une des plus belles de la bactériologie. Le B. tuberculeux a des caractères spéciaux de coloration, il végète lentement et difficilement, pendant les premières générations ; encore lui fautil des milieux spéciaux. On se rend ainsi compte du mérite de travaux qui, exécutés il y a vingt ans, n'ont eu à subir, par la suite, aucune modilication essentielle ^
* R. Koch, Die Œtiolotjie der Tuberkulose. Mittheil. a. d.-kais Gesundheitsamte. Il, 1884.
Le B. luberculeux est un streptothrix, MEtcHMKOFF le dénomme Sclerothrix Kochii.
A) Isolement, Cultures
10 Isolement. — Il est fort difficile, non impossible, d'obtenir d'emblée des cultures avec les lésions tuberculeuses naturelles. On utilisera le procédé primitif d'isolement de Koch, qui consiste à les inoculer à un cobaye sous la peau de la cuisse et à se servir ducaséum des ganglions inguinaux ou cruraux comme semence. Il ne faut pas attendre trop longtemps pour recueillir cette dernière. Lorsqu'on laisse le cobaye évoluer et mourir, les ganglions, très caséeux, contiennent cependant peu de Bacilles de Koch, et des bacilles peu vivaces. Il est préférable de sacrifier le cobaye trois semaines après l'inoculation; ses ganglions, du côté inoculé, fourmillent de bacilles très aptes à la culture. Le caséum sera recueilli aseptiquement, bien délayé dans de l'eau stérilisée, et ensemencé par stries avec l'aiguille de platine sur 40 ou 12 tubes de sérum solidifié glycérine (4 p. 100.) Ou écorchera légèrement la surface du sérum. Il faut ensemencer plusieurs tubes, parce que la plupart resteront stériles. Les premières colonies, assez maigres, n'apparaîtront que vers le douzième jour. Les cultures ultérieures, acclimatées aux milieux artificiels, seront beaucoup plus rapides et plus abondantes.
On peut aussi broyer directement des tubercules et les ensemencer, mais avec moins de chances de succès. Bez.\>çoN et Griffon (voy. page 448) ont obtenu des cultures directes avec des sérosités tuberculeuses en employant la gélose sanylàntc.
Pour isoler le B. cfeKoc/ides poussières, du lait, etc., l'inoculation au cobaye est le procédé de choix. Pour sa recherche dans le beurre, voy. les difficultés page 314.
2^' Caractères généraux des cultures. — Le B, de Koch ne pousse que sur certains milieux, à moins d'acclimatement spécial. Aérobie. 1^' eugénésique = 38*^. Limite de température — 30^' à 41^
LE HACILLK TUBERCULEIX DE KOCH
S"" Cultures sur milieux solides. — A. Skrim. — Vers le douzième jour, apparaissent de petites colonies blanches, rondes, sèches, écailleuses. Elles grandissent, deviennent saillantes, mais conservent toujours l'aspect sec, écailleux, montagneux. Après un acclimatement de quelques générations, les colonies peuven t devenir confluentes, formant une membrane rugueuse, comparable à une carte de géographie en relief. La. végétation s'arrête vers la quatrième ou cinquième semaine.
B, GÉLOSE GLVCKRiNÉE. — Cc milieu, préconisé par NocARD et Rocx, est excellent, mais ne convient pas aux cultures d'isolement. L'addition d'un peu de glucose est favorable. L'aspect général et la marche sont très analogues à ceux des cultures sur sérum : même aspect écailleux, sec, mamelonné (fig. 157, 5 et 227). La confluence en nappe s'obtient plus vite. Les colonies sont rosées en vieillissant. Elles prennent aussi fréquemment à la longue l'aspect gras des cultures de B. aviaire.
Les cultures homogènes en bouillon glycérine (voy. p. 451), repiquées sur gélose glycérinée, donnent également un enduit blanc, crémeux, ou des colonies de même aspect, mais isolées, qui ne reprennent qu'à la longue le caractère des B. de mammifères (Arlolng, P. Coirmont) .
Fig. 227.
B. tuberculeux hu- 7/iGi/i. Culture d'un mois sur gélose glycérinée.
C. Gélose sanglante (voy. p. 112). — Les colonies ont l'aspect de mamelons grenus ou de masses plissées, de couleur brun chocolat.
D. Pomme de terre. — Très belles cultures, avec les mêmes caractères que ci-dessus, envahissant toute la pomme de terre
Fig. 228.
B. tuberculeux humain. Culture d'un mois sur pomme de terre glycérinée.
ne ^
Fig. 229.
B. tuberculeux- humain. Cultures chromogènes
sur pomme de terre (Nicolas).
A, Culture verruqucu.Ho rouge brun. — B, Culture vcrruqucuse jaune. — C, Culture grasse jaune.
(fig. 228). On ensemence un cube de pomme de terre, dans un tube de Roux, chargé d'eau glycérinée (15 p. 100), qui a humecté la pomme de terre, et dont l'excès occupe le fond du tube (fig
PRÉCIS DE BACTÉRIOLOGIE, 2* cdit. 29
LUS un f mecté / îg.68, /
page 99). Les colonies apparaissent assez rapidement sur pomme de terre (vers le 6° ou le 8*^ jour). Le liquide est fréquemment recouvert d'une pellicule qui est une culture pure de bacilles. La pomme de terre est un excellent moyen pour entretenir des cultures vivaces et virulentes.
Les cultures sur pomme de terre prennent parfois de belles teintes jaune d'or ou rouge brun (lîg. 229). Le pigment parait
( se développer surtout lorsque les cultures, suffisamment développées à -f 38**, sont retirées et laissées à + i5", à Tabri de la lumière (Nicolas).
Les cultures liquides homogènes , transportées sur pomme de terre, prennent le type aviaire (xNicolas).
4<> Coltores en milieux liquides.— On avait d'abord cru que le B. de Koch ne poussait pas en milieux liquides. Il y végète très bien, dès qu'il s y est acclimaté.
A. Cultures en voïle. — Le meilleur milieu est le bouillon glycérine (voy. p. 88) ou mieux glucosé-glycériné. On ensemencera en prélevant une parcelle de culture solide, ou mieux de la pellicule qui recouvre l'eau glycérinée des tubes de pomme de terre, et en la faisant flotter à la surface du bouillon.
La culture pousse en voile épais, sec, rugueux, recouvrant toute la surface, très analogue comme aspect aux cultures
Fig. 230.
B. tuberculeua- humain. Culture
d'un mois en bouillon glycérine.
solides (lig. 230). Plus rarement le voile est gras. Il s'étend en général et remonte le long des parois du ballon. Il finit par tomber, en fragments, dans le fond. Le bouillon reste clair. Les parcelles ensemencées ne s'élargissent d'une façon appréciable que vers le i5° jour.
P. CouRMONT, pour entretenir les cultures en voile, préconise les cultures sur radeau. On remplit au i/4 des tubes d'Esmarch avec du bouillon glycérine, sur lequel flotte un rectangle de liège percé de trous. Le tube est maintenu incliné. On ensemence en planant une parcelle de culture en voile sur le radeau de liège. La culture se fait sur le liège. On peut la manier, en prélever des échantillons sans la faire tomber au fond du liquide. On peut aussi, avec une pipette, aspirer le bouillon usé et le remplacer par du bouillon neuf, etc.
KiSALA, PoupÊ, Vksely out préconisé des milieux liquides à composition définie (voy. : Revue de la TuberculosCy 1898.. p. 25;.
B. Cultures homogènes. — On admettait que le B. de Koch ne pouvait pousser qu'en voile sur milieu liquide, lorsqu'en 1898, S. Arloing obtint des cultures liquides homogènes. Il partit pour cela de cultures d'origine humaine, entretenues depuis longtemps sur pomme de terre, ayant l'aspect gras du type aviaire, qui furent progressivement accoutumées à vivre en bouillon glycérine. Pour les entretenir à l'état homogène, i7 faut agiter journellement les matras afin de détruire les grumeaux en formation. Si l'on cesse cette agitation, les cultures reprennent rapidement le type en voile (voy. p. 479).
Après des réensemencements successifs, au bout de plusieurs mois, la culture homogène, d'abord délicate, finit par pousser facilement; un trouble manifeste s'accuse en quelques jours ; le développement est de plus en plus rapide, parfois appréciable le deuxième jour, donnant un aspect semblable à une culture jeune de B. d'Eberth (ondes soyeuses à l'agitation) ; plus tard, les cultures épaississent ; diluées alors avec de l'eau salée elles forment une émulsion laiteuse (S. Arloing et P. Courmont) (Voy. p. 479 l'entretien des cultures propres au séro- diagnostic). Les cultures homogènes s'acclimatent tellement au
milieu liquide qu'elles peuvent pousser en bouillon non glycériné. Reportées sur milieux solides, elles prennent un aspect bien différent des cultures normales (v. p. 450).
Examinées, au microscope, sans coloration, elles montrent des bacilles isolés ou réunis en très petits amas. Chaque bacille est un peu plus fin et plus court qu'un B. (VEberth; il est soit rectiligne, soit contourné, soit ramifié en Y. (Voy. : Coloration, Mobilité, Agglutinabilitéy p. 452, 457, 458).
Tous les échantillons de bacille d'origine humaine ne se prêtent pas également aux cultures homogènes ; les uns demandent seulement quelques semaines , d'autres plusieurs années d'adaptation (P. Courmont).
Fig. 231.
B, tuberculeux humain. Préparation d'une culture âgée de quinze jours, colorée au Ziehl-Hauser, avec recoloralion du fond en bleu. Les vieux bacilles sont rouges : les jeunes sont bleus.
Les cultures homogènes, bien que très éloignées du type en voile, comme on vient de le voir, et bien que très atténuées par
les manipulations qu'elles ont subies, sont encore pathogènes. Ainsi, rinoculation intra-veineuse au lapin donne la mort avec type Yersin: Tinoculation intrapéritonéale au lapin donne une péritonite avec nodules tuberculeux; Tinoculation intrapleurale au chien donne une pleurésie tuberculeuse.
B) Coloration, Caractères microscopiques
±^ Coloration. — Nous avons déjà insisté (p. 279 et 293) sur les caractères de coloration du B. de Koch, Ils sont les mêmes
Fig. 232.
B. tubei*culeux humain. Préparation de la même culture que celle
de la figure 231, à Tàge de sept semaines.
dans les coupes (fig. 235], les crachats (fig. 242) ou les cultures. Il faut cependant bien savoir que les jeunes bacilles des cultures en sont privés. Si on examine une culture récente, surtout homogène en bouillon, un très grand nombre de bacilles
ne résistent pas à la décoloration par les acides; la préparation se compose alors des quelques vieux bacilles de la semence qui restent colorés et de tous les bacilles récents qui se décolorent et peuvent reprendre une seconde couleur (fig. 231). On pourrait croire à une impureté. 11 n'en est rien. Au bout de quelques semaines, lorsque la culture ne végète plus, tous les bacilles gardent le Ziehl ou l'Ehrlich (fig. 232) (Arlolng, P. Courmont, Nicolas, Marmorek).
Le D. de Koch prend le Gram.
2^ Préparation par impression (Kocu). — On appuie une lamelle à la surface d'une culture sur gélose ; on la retire sans
Fig. 233.
B. tuberculeux humain. Préparation par impression d'une culture
sur gélose.
frotter. On fixe, on colore, on a l'aspect de la figure 233, montrant les bacilles groupés en amas allongés, sinueux, comme des moustaches; tous les bacilles sont dans le môme sens.
30 Forme. — Bacilles de 2 à 5 fx sur 0,3 à 0,5 fi, souvent légèrement courbés ou même en S (fig. 23 i). Diamètre uni-
forme; extrémités arrondies. Le plus souvent parsemés d'espaces clairs, qui donnent au protoplasma Tapparence d'une chaînette.
L'aspect est assez uniforme dans les lésions (rig.235) ouïes crachats (fig. 242). Les bacilles y sont isolés ou par groupes à éléments parallèles; 2 bacilles se croisent fréquemment ou s'accolent en accent circonflexe.
Dans les cultures (fig. 236), les ba- ^'^- *^*-
cilles, surtout jeunes, sont parfois ^- ''^Aoc/i- Schéma (à ' . J , "I* très fort grossis-
excessivement courts. Par contre, dans sèment).
les cultures âgées, ils sont fréquemment longs, ou même ont l'aspect ramifié et en somme représenté figure 237.
Fig. 235.
B. de Koch en couronne, dans une cellule géante (d'après Kocu).
Babes et Levarditi ont décrit une forme actinomycosique du B, tuberculeux.
En somme : forme assez fixe, sauf dans les vieilles cultures, et dans les cultures liquides homogènes.
Fig. 236.
B. de Koch. Culture jeune.
Fig. 237.
B. de Koch. Formes ramiûées (d'après Metchnikofp).
4<> Mobilité. — En culture homogène, le bacille est légèrement mobile (S. Arloing). Le fait, contesté à Torigine, est actuellement admis. Les cils n ont pas été colorés.
5^ Spores. — On n'est pas certain de leur existence. Babès, Ehrlich les admettent. Cependant les cultures sont rapidement tuées par la chaleur.
C) Caractères biologiques
10 Vitalité, Virulence, Habitat. — La résistance du B. tuber-i culeux est considérable quand il est desséché, par exemple dansl les crachats. Il conserve alors sa vitalité et sa virulence pendant \ plusieurs mois, il n'est pas détruit par une exposition de deux 1 ou trois heures à une température sèche de + 100<>, et reste | vivant plus de sept heures à + "JO".
11 est peu sensible à la lumière. Les crachats desséchés, exposés au soleil, sont encore virulents, après quarante jours.
11 se conserve bien dans Veau (iSO jours et plus).
Les alternatives de dessiccation et d'humidité, la putréfaction ont également peu d'action. On le retrouve virulent dans la terre au bout de deux ans.
Par contre, les cultures, non desséchés, sont peu résistantes;, elles sont tuées en dix minutes à -|- 70°. - /'
Dans les lésions, ou desséché dans les crachats, le B. de Koch est très résistant aux antiseptiques; il leur est au contraire assez sensible dans les cultures. Le cyanure d'or arrête la mul-' tiplication d'une culture à la dose de 1/2 000 000 (Koch). --^'
Les cultures solides restent virulentes pendant plus de dix mois (J. Courmont et Nicolas).
Il résulte de cette grande résistance que le B. de Koch est fréquent dans la nature, surtout dans les poussières. On le retrouve à coup sûr dans celles des hôpitaux et des chambres habitées par des tuberculeux; on le rencontre daas le nez des infirmiers, etc.
2° Agglniinabilité. ~ On la constate surtout sur les cul-
tures liquides homogènes. Celles-ci sont agglutinées soit par le sérum de certaines espèces animales, soit, à un degré plus élevé, par le sérum de ces espèces luberculisées (S. Arloisg). Le pouvoir agglutinant des sérums humains tuberculeux sera étudié plus loin (voy. Sero diagnostic) ainsi que la technique pour l'étudier.
Il est facile de développer un pouvoir agglutinant considérable chez certaines espèces en leur injectant soit des cultures, soit de la tuberculine (S. Arloing). LMnjection sous-cutanée, intra pleurale, etc.. de bacilles, chez le chien notamment, donne au sérum un pouvoir agglutinant qui atteint 1 p. 400, i p. 800 et plus (S. Arloing et P. Courmont). De nombreux auteurs (R. Koch, De Nobele et Bever, etc.)i ont confirmé ces faits. La signification des variations de ce pouvoir agglutinant a été étudiée par S. Arloing et P. Courmont, et ensuite par R. KocH (voy. p. 490 et 493).
D) Action pathogène
1<> Action naturelle. — Le B. tuberculeux est l'agent de la tuberculose des mammifères (phtisie pulmonaire et autres localisations tuberculeuses). V homme et le bœuf {pommelière) sont les deux espèces animales qui lui payent le plus large tribut. Le singe devient presque constamment tuberculeux dans nos climats. 11 faut encore citer le chien plus fréquemment tuberculeux qu'on ne l'avait cru, le porc (10 p. 100 des sacrifiés à l'abattoir). Le cheval présente aussi la tuberculose spontanée. La chèvre est très rarement atteinte.
^ Ici se place la retentissante communication de Koch, au congrès de Londres, en 1901. Koch, lui-môme, avait décrit des bacilles dans les lésions bovines, dès 1882. L'unité de la tuberculose humaine et de la tuberculose bovine était un dogme, justifiant les mesures sanitaires destinées à enrayer la propagation de la tuberculose bovine à l'homme, spécialement par le lait. En 1901, KocH est venu affirmer que c'étaient là deux maladies différentes, malgré les caractèresidentiques des deux bacilles, et que la contagion n'était pas possible de l'homme au bovin et
du bovin à rhomme. En dehors de certaines considérations cliniques et anatomo-pathologiques, il se basait surtout sur la non-inoculabilité de la tuberculose de rhomme aux bovins. Cette affirmation est absolument erronée. Les anciennes expériences de Chauveau, celles plus récentes d'ARLOiNO ^ montrent nettement que la tuberculose humaine peut infecter le bœufy la chèvre, Vdne, etc. En 1902, de très nombreux expérimentateurs, allemands, français, anglais, Krause, Wolff, Behring, SiMs, Bang, Lister, Thomassen, Ravenel, Nogard, Hueppe, Baum- GARTEN, etc., ont publié des faits contraires à ceux de Koch. Les cas de contagion humaine par le lait de vache sont également indiscutables. Les cultures obtenues avec des lésions humaines sont identiques à celles qui proviennent des lésions bovines, équines, porcines, etc., sauf quelques caractères secondaires; elles sont également pathogènes, etc., etc. Il y a iden-^ titc entre la tuberculose bovine et humaine. L'opinion de Koch est universellement rejetée. Qu'il y ait une certaine adaptation à l'espèce animale (voir la même discussion, page 499, pour la tuberculose aviaire) d'où provient le bacille, c'est fort possible, mais cela n'entraîne nullement la dualité.
Le domaine de la tuberculose des mammifères est immense; tous les organes peuvent être atteints primitivement ou secondairement.
Les bacilles existent dans les lésions, rarement dans le sang,.;> Ils sont abondants dans les crachats des phtisiques, dans les matières fécales, dans les urines des malades atteints d'entérite, de cystite ou néphrite tuberculeuse, etc. Le lait des vaches, qui ont des lésions tuberculeuses de la mamelle, fourmille de bacilles. La viande peut aussi, mais bien plus rarement, être infectante.
Les portes d'entrée habituelles sont le poumon et ïintestin. Le bacille peut pénétrer à travers Tintestin sain, sans y laisser de traces. Nicolas et Descos (1902) ont vu des bacilles pénétrer immédiatement dans le chyle du chien, ayant ingéré des cultures.
* S. Arloing, Académie de médecine, 1901; Presse médicale, 12 février 1902. Congrès de Berlin, octobre 1902.
Une fois introduit, le bacille va produire les tubercules dans des points d'élection, tels que le poumon, ou de moindre résistance, créant toutes les variétés cliniques de la tuberculose.
La tuberculose n'est pas directement héréditaire ; les tubercules, les bacilles ne s'observent presque jamais, à la naissance, chez les enfants de tuberculeux. Ce qui est héréditaire, c'est la prédisposition.
Les associations microbiennes sont fréquentes dans les lésions, surtout dans les cavernes. Les pyogènes y abondent (voy. p. 780). Leurs toxines engendrent la fièvre hectique.
Action expérimentale. — Le cobaye et le lapin ne deviennent pas spontanément tuberculeux (voy. p. 31 1 et 516 : les pseudo-tuberculoses spontanées du cobaye). Ils sont cependant les deux animaux de choix pour l'inoculation du B. de Koch. Le cobaye est le réactif le plus sensible pour la variété : Bacille des mammifères; le lapin est beaucoup plus résistant.
A. Cobaye. — Quelle que soit la région inoculée, le cobaye meurt tuberculeux (il survit très rarement).
i ^ Vinoculation intrapéritonéale est la plus sensible et celle qui produit les effets les plus rapides. On l'emploie pour les produits peu virulents (lupus, fongosités, etc.) . C'est, ep outre, celle qui permet l'introduction de grandes quantités de liquide (sérosités, etc.). Il se produit, en quinze jours, une granulie généralisée du péritoine, avec envahissement bilatéral des ganglions, avec tuberculisation plus ou moins complète des organes abdominaux. Des fausses membranes péritonéales agglutinent les anses intestinales formant des amas caséeux. La mort survient vers la quatrième ou la sixième semaine, parfois avant. En sacrifiant l'animal au bout de quinze jours, on peut rejeter le diagnostic de tuberculose, si le péritoine est resté sain.
Cependant, le cobaye inoculé avec des liquides plenrétiqnes
bacillaires, peut ne présenter que des lésions peu accusées et
chroniques, avec mort très tardive.
I 2^ Vinoculation sous-cutanée est la plus courante et donne des
renseignements aussi rapides, sans être obligé de sacrifier l'ani-
mal. Elle se pratique presque toujours à la face interne de la ^ cuisse.
S. Arloing* a étudié avec le plus grand soin la marche de la tuberculose chez le cobaye inoculé sous la peau. L'envahissement des lésions est progressifei se fait par la voie lymphatique avec une telle régularité qu'on peut, à l'autopsie de l'animal, savoir où s'est faite l'inoculation, et à quelle date elle remonte. Bien plus, la tuberculisation unilatérale des ganglions lympha-
Fig. 238.
Rate tuberculeuse de cobaye (Straus).
Grandeur naturelle. Ilots jaunes nécrosés et parties liypérémiées, hémorragiques.
tiques permet d'affirmer le diagnostic de tuberculose avant la mort du cobaye et sans sacrifier celui-ci.
Si l'inoculation a été pratiquée sous la peau de la face interne de la cuisse, il se produit localement un peu d^empâtement ; plus tard, l'abcès s'ouvrira et donnera naissance à un ulcère à granulations tuberculeuses, qui ne se fermera plus. Du douzième au quinzième Jour, les ganglions inguinaux et crurau.x du côté inoculé s'empalent, durcissent et roulent sous le doigt, ayant le volume d'un gros pois. Vers le vingtième jour, le ganglion lombaire, du même côté, se prend à son tour. Vers le vingt-cinquième jour, le ganglion rétro-hépatique s'indure, et les tubercules commencent à apparaître dans la rate (fig. 238), puis dans le foie (fig. 239). A partir du début du deuxième mois, le virus traverse le diaphragme et sa dissémination ne conserve
* S. Arloing, Ac. des Sciences 1885 et Revue de médecine 1887, p. 97; Leçons sur la tuberculose, rédigées par J. Couhmont, 1892, p. 113; J. CouRMONT, Province médicale 1894, p. 163.
plus son caractère unilatéral; les deux poumons et les ganglions bronchiques se prennent indistinctement. A la fin da deuxième mois, la tuberculose est généralisée et les ganglions inguinaux et lombaire du côté opposé peuvent même finir par
Foie tuberculeux de cobaye (Strais).
Grandeur nalurcllo. Ilols jaunes nécrosés.
s'indurer. La mort survient au bout de deux mois en général, rarement plus tard.
Il n'est pas très rare d'observer des pleurésies tuberculeuses, de Tascite, de l'ictère.
Si l'inoculation a été faite à la base de r oreille, les ganglions auriculaires, puis ceux du cou, du même côté, se prennent successivement, ensuite les deux poumons se tuberculisent avant les organes abdominaux; la marche est descendante.
La figure 240 schématise ces étapes de l'infection tuberculeuse chez le cobaye. Si l'animal a été inoculé à la cuisse droite, la tuberculose suivra la marche A (15 premiers jours), B (15** au
20«), C (20<> au 25«), D (25° au 30«) E (30« au 60«). Si l'animal
Fig. 240.
Marche des lésions chez le cobaye tuberculeux-.
a été inoculé à la hase de Toreille gauche, la tuberculose envahira Z, puis E, D, etc.
On voit qu'il est facile, en présence d'un cobaye autopsié, de
savoir où et quand s'est faite Tinoculation. Mais, détail plus important, on peut faire le diagnostic, en douze à quinze jours, par la simple palpation des ganglions inguinaux. Tout cobaye, inoculé sous la peau de la cuisse, qui présentera^ douze à quinze jours plus tard, une induration marquée et unilatérale des ganglions inguinaux correspondants, est tuberculeux ;
3<> Vinoculation intraveineuse produit une granulie généralisée ;
4<^ L'ingestion réussit assez mal , ce qui explique la rareté de la tuberculose spontanée.
B. Lapin. — Il est beaucoup plus résistant (voy. le Pronostic, page 491). La marche des lésions est bien différente.
i^ L'inoculation intrapéritonéale engrendre une éruption tuberculeuse des organes abdominaux, avec péritonite :
2** L'inoculation sous-cutanée n'est pas suivie d'une infection lymphatique à étapes comme chez le cobaye. Quel que soit le point inoculé, la tuberculose, tout en occasionnant un ulcère local, ne produit pas de gonflement ganglionnaire et va directement se localiser au poumon. En sacrifiant Tanimal au bout de deux mois, on a donc simplement des masses tuberculeuses, parfois petites et disséminées, parfois grosses et isolées, dans les 2 poumons; si on attend la mort de Tauimal (trois ou quatre mois ou plus) la tuberculose peut s'être généralisée à tous les organes. Les viscères abdominaux sont donc atteints postérieurement aux poumons.
Le lapin résiste bien à l'inoculation sous-cutanée de produits peu virulents; il peut survivre très longtemps avec de petites lésions, ou môme rester complètement idcmne, vis-à-vis d'une inoculation, qui a été mortelle pour le cobaye. Dans ces cas, on trouve parfois un abcès local, contenant des B. tuberculeux, sans aucune généralisation ;
3® Vinoculation intraveineuse produit soit une mort rapide (8 à 20 jours) avec simple tuméfaction et congestion de la rate et du foie qui fourmillent de bacilles {type Yersin que nous retrouverons avec le Bacille aviaire), soit une granulie généralisée (type Villemin) qui tue en trois semaines environ ;
i"* Vinoculation dans la chambre antérieure dé l'œil engendre, au bout de trois semaines, des tubercules de l'iris, à laquelle succède une fonte purulente de l'œil et la généralisation type Villemin.
C. Chien. — Contrairement à ce qu'on croyait autrefois, le chien est très sensible à l'inoculation tuberculeuse.
1<* La voie sous-cutanée est infidèle ;
2® La voie périConéale cause une péritonite tuberculeuse avec ascite, fausses membranes, infection des ganglions, et généralisation qui tue en deux ou trois mois ; ^
Z^ Vinoculation intra-veineuse est mortelle, en deux ou trois mois, avec des lésions pulmonaires, fréquemment à forme cavitaire, comme chez l'homme. Une culture très virulente peut tuer en quinze à vingt jours avec granulie type Villemin ;
4° Vinhalation donne de la tuberculose pulmonaire. (Tap- . peiner) ;
5<* Uinoculalion inlrapleurale engendre rapidement une pleurésie tuberculeuse avec épanchement, qui peut guérir sans laisser aucune trace, même à l'autopsie.
En somme^ il faut utiliser le chien plus fréquemment qu'on ne le fait, car c'est un terrain très intéressant, en même temps qu'un animal peu coûteux et facile à manier.
D. Bovidés. — Les Bovidés s'infectent rapidement par ingestion de produits humains ou bovins (Chauvkau). En quelques semaines, les lésions abdominales apparaissent et l'état général s'aggrave. La mort peut être lente.
Vinoculation sous-cutanée produit rarement une infection généralisée (Chauveau). Depuis les affirmations de Koch, en 1901, S. Arloing a tuberculisé plusieurs bovidés avec des cultures de tuberculose humaine.
E. Singe. — L'inoculation, par une voie quelconque, réussit à coup sûr. La forme est surtout pulmonaire.
F. Ane. — L'âne n'est pas réfractaire à la tuberculose. L'inoculation intraveineuse produit une granulie qui ne tue
PRÉCIS DE BACTÉHIOLOCIE, 2« éUït. 30
pas ranimai et disparaît sans laisser de traces. (S. Arloing). Il faut donc sacrifier Tanimal pour s'en apercevoir.
G. Chkvre. — Uinoculation sous-cutanée produit un abcès tuberculeux local, sans généralisation. V inoculation intraveineuse tue rapidement avec des tubercules pulmonaires (S. Akloing).
H, Animaux a sang froid. — Très nombreuses sont les expériences faites sur les animaux à sang froid : grenouilks poissons, etc. Ces animaux résistent, ne font pas de tubercules, mais conservent longtemps dans leurs tissus des bacilles vivants et virulents (voy. p. 507).
Cependant, Morey (thèse de Lyon, 1900), en inoculant la carpe, la tanche, la grenouille, dans le péritoine, avec des cultures de tuberculose humaine, a reproduit de véritables tubercules ; mais la reproduction en séries est très limitée. Le bacille n'est pas modifié par ce passage.
Nicolas et Lesieur ont échoué en faisant ingérer des crachats à des pois.sons.