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ARTICLE II

BACILLE TUBERCULEUX AVIAIUE

H a été décrit par Koch en môme temps que celui des mammifères (I88i). RiBBEKT l'avait signalé dès 1883.

A) Discussion sur l'unité

L'unité de la tuberculose des mammifères et de celle des oiseaux était admise, lorsqu'en 1888, Straus et Wurtz annoncèrent qu'ils avaient échoué en faisant ingérer à des poules une grande quantité de crachats de phtisiques. Rivolta (1889), MAKkucGi, Straus et Gamaleïa (1891), Koch soutiennent alors la théorie de la. dualité. J. Courmont etDoR (1891), Cadiot, Gilbert et Roger (1891), défendent celle de l'unité. . La théorie de la dualité reposait sur les différences morphologiques ou biologiques minimes que nous allons décrire entre Jes deux microbes, mais surtout sur la non-production de la tuberculose type Villcmin chez les mammifères par inoculation de la tuberculose aviaire et sur la non-inoculabilité de la tuberculose des mammifères à l'oiseau.

J. Courmont et Dur* ont montré qu'on pouvait infecter les poules avec les bacilles humains ou bovins et que, réciproquement, la tuberculose des poules, inoculée au cobaye et au

• * J. -CoiRMONT et DoR, Congrès pour la tuberculose, 1891 : J. Coin- MONT, Semaine médicale. 0 septembre, 1893.

lapin, reproduit parfaitement le type Villemin. Cadiot, Gilbert et lirKiER avaient les mêmes résultats. Pourquoi les auteurs cités plus haut avaient-ils échoué? J. Courmont et D<m l'ont expliqué. Il y a une adaptation certaine des bacilles aux mammiTcres d^une part et à la poule de lautre. Au bout d*un certain nombre de passages, le bacille est adapté plus spécialement au mammifère ou à toiseau (qui a une température bien supérieure, entre antres difTérences), si bien que l'inoculation d'une lc»ion de mammifère à un oiseau rencontre de grandes difficultés à être positive, et réciproquement. Mais, si, au lieu d'inoculer la lésion, on fait des cultures et qu*on les propage pendant un certain nombre de générations sur milieux artificiels, Tadaptation disparait en partie; Finoculation de la culture du bacille afiaire peut alors produire, chez le cobaye, une belle granulie type Villemin. Cela est si vrai que ces mêmes cultures, si on les fait repasser une fois pour la poule, se réadaptent rapidement, et, la lésion aviaire, ou la culture qui en provient, ont beaucoup de peine à infecter le mammifère (J. Courmont et Dor).

Straus et Gamaleîa avaient avancé que le chien est réfractaire à la tuberculose aviaire. Richet et Hêricourt ont montré le contraire.

Nocard (1808) a apporté un dernier argument à la théorie uniciste en transformant du bacille humain en bacille ayant toutes les propriétés du bacille aviaire, par une série successive des cultures en sac de collodion (voy. page iSO) dans le péritoine de la poule. Fischel avait déjà (1893) opéré cette transformation en cultivant le B. humain sur Fœuf de poule. Nicolas (1899), S. Arloing et P. Courmont (1900) ont montré que les cultures humaines homog«'*nes reportées sur milieux solides, ont acquis les caractères des cultures aviaires, etc.

Bref, la question est jugée. Il n'y a pas de dualité; il n'y a qu'une adaptation passagère, intéressante pour Fhygiéniste, mais insuffisante à créer une espèce bactérienne.

La question se pose exactoment de la même façon que pour la parenté des tuberculoses humaine et bovine (voyez p. 458). Il y a adaptation à un milieu organique; il n'y a pas dualité.

Celle adaplalion est plus ou moins complète, sans entraîner la création d'une espèce bactérienne nouvelle.

B) Isolement, Cultures

10 Isolement. — 11 est beaucoup plus facile que pour le B. des mammifères. I/ensemencement direct d'une lésion aviaire donne rapidement des cultures.

2"" Caractères généraux des cultures.

— Aérobie. Végète de + 30« à + 44^ et même + 45*^ (din'éreuce avec le li. des mamînifères), V' oi)tima = 37*^.

3^ Cultures sur milieux solides. —

L(î B. aviaire pousse sur tous les milieux décrits pour le B. des mammifères. Il végète même sur gélose non glycérinée. Les cultures difTèrent par trois caractères : 1^ la facilité avec laquelle ou les obtient eu première génération ; 2*' leur végétation plus rapide et plus abondante; 3^ leur aspect gras et humide, plissé, mou (lig, 249). ('e sont des caractères secondaires. Il existe des cultures de B. des mammifères grasses et humides et des cultures aviaires écailleuses. Les cultures provenant des p. ^^^

perroquets, des pigeons, sont i>resque tou- ^ ^^^ aviaire. Culjours écailleuses. Les cultures sur pomme tiire sur gélose de terre prennenlfréquemmentles teintes glycéiinêe, âgée décrites par Nicolas (voy. page 441)). ^^ *'* jours.

4"" Cultures en milieux liquides. — Ou les obtient très facilement, en bouillon ordinaire, même simplement en eau glycérinée (J. Col'rmont et Dor). Le plus souvent, il se forme à

la surrace un voile liumiile, gras, avec des grumeaux au fond du bouillon qui est légèrement troublé (fig. 250). D'autres fois,

Fi-. 2:.o.

li. tub. aviairr. Culture en l»ouill(>n. Agée de lii jours.

il n'y a pas de voile appréciable, el le trouble est uniforme. Le développement est beaucoup plus rapide que celui des B. des mammifères (cinq Jours ou moins}.

r.) (lOLOUATIOX, CaBACTÈBES MICROSCOPIQUES

Il n'y a aucune différence essentielle avec ceux du B, des mammifères. Les B. aviaires sont peul-élre un peu plus longs et

prennent plus facilement les colorants. Lob formes longues sont la règle dans les vieilles cultures.

D) Caractères bio-chimiques

BouvKAi'LT (1892) a vu que le B. aviairc détruit la moitié des matériaux fixes du bouillon. Comme élément non azoté, il ne consomme presque exclusivement que de la glycérine. Les aliments azotés sont d'autant plus facilement assimilés qu'ils sont plus simples ; Tammoniaque du bouillon a disparu après la culture; ceux dans lesquels Tazote est assez solidement lié. (sarcino, gélatine, peptone) sont attaqués lentement.

K) Action pathogène

1° Action naturelle. — La tuberculose aviairc est fréquente ; elle revêt souvent le caractère épidémique, ravageant les poulaillers. Elle s'observe chez la pow/c, chez le /"awan, parfois chez le pigeon. Les lésions sont abdominales; le foie est volumineux, gras, avec de gros tubercules; la rate est grosse et tuberculeuse ; les granulations existent sur le péritoine et l'intestin. Ces productions abdominales jaunissent, se calcilient, deviennent parfois très dures; une seule peut peser jusqu'à 7 et 800 grammes. Les poumons sont en général indemnes. Les lésions, les parenchymes avoisinants, le foie surtout, fourmillent de bacilles très faciles à colorer. Parfois, il n'y a pas de tubercules apparents, mais seulement un énorme foie gras gorgé de bacilles.

Le perroquet est fréciuemment tuberculeux et a une forme spéciale. Il présente des tumeurs grisâtres, cornées, occupant les paupières, la conjonctive, les orifices des cavités nasales, les commissures du bec, la langue, la peau de l'aile, les articulations, la crête, la peau de la tète. Si les organes internes sont envahis, les poumons le sont de préférence. Même pour les partisans de la dualité (Straus, i896), ces lésions tuberculeuses sont d'origine humaine et contiennent des bacilles humains.

2" Action expérimentale. —A. PorLE : 1^ Les poules, ino-

culées par une voie quelconque (sous culanée, veine axillaire, ingestion), avec des cultures aviaires ou des lésions tforigiiie aviaire, deviennent fatalement tuberculeuses. Elles maigrissent et meurent en quatre ou six mois. A l'autopsie on trouve la

Coupe du foie d'une poule morte 3 mois après l'inoculation souscutanéc d'une culture aviaire (J. CouiiMoNT et DoiO.

Bacilles (en rouge) <laus lc«i rcllules géantes <les lulx>rculrs.

tuberculose abdominale (surtout hépatique) décrite plus haut. Les lésions fourmillent de bacilles (lig. 251).

Inoculées dans la veine axillaire avec une culture bien virulente, elles peuvent mourir en quinze ou vingt jours avec un amaigrissement extraordinaire, sans tubercules, mais avec un foie et une rate énormes, fourmillant de bacilles, ainsi que la moelle des os.

2*^ Inoculées avec des B. humaim ou bovins, elles résistent souvent, mais peuvent aussi présenter de la tuberculose chronique (J. CoiHMONT et DoH, Cadiot, Gilbert et Hogeh).

Les figures 252, 253, 254, 255 et 25G montrent ces lésions.

D'ailleurs, les faits de contagion des poules par les crachats des phtisiques sont admis par tous les vétérinaires.

Fig^

ATTION PATHOGENK

Fiff.IV

Poule sacrifiée 3 mois après rinoculation sous-cutanée de tuberculose humaine (J. Courmont et Dor).

Fijç. 252 (I) foie. — Fijç. i53 (II) raie. — Fig. 254 (III) iiileslin. - Fip. 255 (IV) coupe <run tuherculp li(^patii|UO : (I. ti»»u normal du lolc: 2. centre Titrcux du luberrulo: ». fouflhe de r«>llulet «pilhelioide» ; 4. couche IlmiUnte de cellules embryonnaire»; Ç. G. : cellule géante.) Fi^'. i5(i (V) ccllulc graille, forlcmciil giossie, du lubcrculc li('pali(|ue pr«V^deiil (G. G.).

B. CoBAYK. — ï.o cobayo csl plus rôsislanl que le lapin à la tuberculose aviaire.

i^ Inoculé, sous la peau de la cuisse^ avec des lésions aviaireSy il meurt, en un mois environ, présentant un abcès caséeux local souvent non ulcéré, de la tuméfaction des ganglions correspondants, de la rate; les bacilles sont abondants dans la rate et dans le foie. Le plus souvent, il n'y a pas de tubercules apparents. Il en est de m6me, avec l'inoculalion intrapcntoncalc, pulmonaire ou intraveineuse.

2° Inoculé avec des cultures aviaires, simplement entretenues artificiellement depuis un certain temps, ou ayant passé par le lapin, il présente sept fois sur huit (J. Coi kmont et Doh) la tuberculose classi(|ue tijpe Villcwin.

Fig. 2:i7.

Lapin inoculé, 6 mois avant, avec des bacilles atténués.

Tumeur blanche du genou (J. Coi'RMONT et Don).

Fig. 258.

Lapin inoculé, G mois avant, avec des bacilles atténués. Cavités ttiberculeuses inlra-osseuses (fémur et tibia) (J. CouRMoNT et Dor).

C Lapin. — C'est le réactif mammifère le plus sensible de la tuberculose aviaire. L'inoculation la plus intéressante est /'ino-

ACTION PATHOGKNK 507

culation intraveineuse. Si le lapin en meurt rapidement (sept à , quinze jours), ce qui arrive le plus souvent (surtout après l'inoculation intraveineuse), il présente.de la tuméfaction de la rate et du foie qui fourmillent de bacilles, mais sans tubercules (type Yersin) ; s'il survit un mois ou plus, il présente une granulie pulmonaire (type Villemin), Linoculation sous-cutanée engendre un abcès local et les types Yersin ou Villemin. I/tno-

Fig. 259.

Môme lapin que celui de la flgure 258. Coupe de fongosilé péri-articulaire. 2 tubercules. Nombreux bacilles en rouge (J. Courmont et DoR).

culation intrapéritonéale fait de la péritonite tuberculeuse. Vinoculation dans la chambre antérieure donne la fonte de Tœil et la tuberculose généralisée.

J. CorHMONT et DoK (1891) ont reproduit, chez le lapin, des tumeurs blanches typiques (fig. 257, 258 et 259) en leur inoculant, dans le sang, une grande quantité de bacilles très atténués. Pendant cinq mois les lapins sont restés indemnes; puis, ont npiKiru les tumeurs blanches, mais aucune lês^ion viscérale.

D. (iHiKN. — Il est bien moins sensible qu'à la tuberculose des mammifères, mais peut mourir d'une inoculation intraveineuse avec de la granulié des poumons (Richet et Hêiucoirt).

E. Animaux a sang phoid. — Gomme le B. fies mammifères

508 LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCIf

(ArcHK et HoiiRs, Ramond et Rayait). On observe quelquefois des granulations sur le foie et le mésentère. Plus pathogène pour la grenouille que les B. des mammifères.

Le lézard, à Tétuve, est réfractaire à la tuberculose humaine et sensible à la tuberculose aviaire.

F) Toxines

La tubcrculine brute fabriquée avec des R. aviaires est identiques à celle préparée avec des B. des mammifères (Roux). Nouvel argument pour l'identité.

(î) Immunisation

J. Courmont et DoR (1890), avec des cuUurcs atténuées filtrées, RicHET etllÊRicouHT (1890), avec des cultures tuées par la chaleur ont conféré au lapin un certain degré dïmmunité contre le B. «t'iflirc môme parfois contre le B. des mammifères. L'immunisation des lapins de J. Couhmoxt et Dou était encore solide au bout de sept mois.

Hj Diagnostic bactéuiologioue

11 est facile. Les bacilles sont nombreux et se colorent bien; ils se cultivent aisément. On ferait, s'il le fallait, Vinoculation sous la peau de la cuisse de la poule (attendre quatre mois).

article III BACILLE PISGIAIRE

Ce B. a été découvert par Dibard, en 1897, dans des tumeurs de carpes. Il a été étudié par Dlbaru, Bataillon et Terre. Ses caractères de forme (formes filamenteuses et parfois ramifiées dans les vieilles cultures) et de coloration sont les mêmes que ceux du B. de Koch (fig. 260). Il est strictement aérobie, immobile.

BACILLE PISGIAIRE 509

Les cultures sont faciles à obtenir dans les milieux ordinaires; elles végètent rapidement (4 jours) à basse température (depuis 10* ; optimum = 25®; cultures très pauvres à + ^^*^)- En bouillon : voile à la surface et flocons au fond. Cultures homogènes, faciles à obtenir par Tagitation. Sur gélose: couclie crémeuse ou verruqueuse en trois jours. Sur pomme âe terre glycérinée (milieu de choix) grains savonneux en trois jours. La

Flg. 260.

B. tuberculeux pisciaire. Culture jeune.

gélatine n'est pas liquéfiée. Le lait n'est pas coagulé, mais devient violacé. Les milieux sucrés deviennent bruns. Les cultures solides tournent souvent au rose.

Sa vitalité est considérable ; des cultures, âgées de 5 ans, peuvent être rajeunies.

Les cultures ont une odeur d'amande amère et une saveur de noisette.

Le B. pisciaire est pathogène pour la grenouille, le crapaud, le lézard, la tortue, la couleuvre, le cyprin, la carpe, etc., engendrant de véritables tubercules ou formant des colonies gigantesques avec nécrose des tissus. 11 est primitivement inactif pour le cobaye et les oiseaux; il peut devenir virulent pour le cobaye.

Pour Ramond et Ravaud la tuberculine pisciaire serait analogue aux autres. Elle serait inactive, pour Krompechkr.

Le B. pisciaire est-il une race du B. de Koch adaptée aux animaux à sang froid, comme semblent l'indiquer les températures eugénésiques des cultures? Est-il simplement un bacille

voisin de c«'lui de Koch? On ne sait. On n'est, en tout cas, pas parvenu à transformer du B. de Koch en B. pisciairc. J. Nicolas et I.ksikuk ont échoue en faisant ingérer des crachats tuberculeux à des carpes, pendant huit mois. Sacrifiés, ces poissons étaient indemnes mais contenaient des bacilles. C'est le résultat habituel de ces inoculations sur les animaux à sang froid (voy. page 466). Aichk et Ho»ns n'ont pu, non plus, transformer du B. humain ou aviaire en B. pisciaire par passage sur la grenouille.

Un travail récent de Bataillon, Mcelleh et Terre (1902) tendrait à démontrer l'identité du B, pisciaire et du B. de Koch. Moeller a obtenu en inoculant des crachats tuberculeux à Vorvety un bacille identique à celui de la carpe.

Terre {Tfièse de Lyon^ 1902) est très atlirmatif surla nature du B. pisciaire. Ce serait un B. de Koch adapté aux poissons.

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