Dialoae
Un principe immédiat gélatiniforme différent, des substances pectiques et de la gélose, s'est rencontré en une sécrétion spéciale du périsperme blanchâtre corné de deux graines de légumineuses. M. Paul Champion, au retour de son voyage en Chine et au Japon, m'avait remis parmi divers autres produits usuels dans ces contrées quelques fruits d'une légumineuse (appartenant à on Dialium, suivant la détermination faite par M. Decaisne). Ces
(*) On évalaeà 2k2 400 livres poids anglais la quantité de nids annuellement «portés du grand archipel Indien, et dont la valeur est d'environ 300 fr. lekiJogr.-la l^^ qualité; 200 fr. la 2«, et \kO fr. la 3°. La dépense pour la récolte dans les cavemes, le séchage et l'emballage, ne s'élève pas à 11 centiè* laes du prix de vente. Les nids d'hirondelles d*une qualité exceptionnellement belle sont vendus à Paris au prix de 800 fr. le kilogr. : 6 fr. 40 c le nid, pesant environ 8 grammes. D'après M. C. Lecomte, la U« qualité usuelle reviendnità 311 fr. le kilogr. 1 nid \ est, dans un potage, la ration d'une personne. (^ojr, la Description de V archipel Indien^ par M. Crawford ; l'ouvrage intitulé: Cwp ffctil sur nie de Java, par le comte de Hogendorp ; et le Dictionnaire au commerce^ de Guillaumin, article Nids d'oiseaux, par Mac>-Culloch.;
46 SUBSTANCES PECTIQUES.
gousses tirées de Shangaï sont employées dans plnsieurs provinces du Céleste-Empire pour le savonnage. Il paraît même que dans ces localités on ne se sert pas d^autre agent détersif et que nos savons n*y sont pas encore connus.
Voici comment on fait usage des gousses de Dialium. On enlève au couteau, en une lamelle aussi mince que possible, la plus grande partie de Fépicarpe, puis avec les gousses ainsi dénudées on frotte le linge préalablement mouillé, un simple rinçage suffit ensuite pour achever le blanchissage.
Les fruits du Dialium, d'après mes récentes observations, offrent plusieurs caractères intéressants : 1*^ le péricarpe qui est sec dans la plupart des légumineuses de nos contrées est ici charnu ou muni d*un sarcocarpe (*). Son épaisseur varie de 2 à 3 millimètres , il renfeime plusieurs principes immédiats trèsdistincts : cellulose, formant le tissu, pectates et pectine interposés entre les cellules, granules d'amidon, substances azotées^ grasses et minérales, plus de la saponine ou un principe immédiat fort analogue (donnant à Teau la propriété de former une mousse persistante, soluble à l'eau et dans Talcool d'autant plus qu'il est plus étendu à chaud qu'à froid, précipitable par l'alcool anhydre de sa solution aqueuse peu étendue). La saponine et les fins granules amylacés avec le concours de Teau étant susceptibles de s'insinuer entre les fibres textiles des tissus, de les lubrifier, de détruire les adhérences entre elles et divers coips étrangers, peuvent produire économiquement une partie des effets utiles du savon ordinaire {**) . Sans doute le savon, composé en proportions définies de bases alcalines et d'acides gras, est préférable pour une foule d'applications délicates, et son usage se propagera dans ces contrées avec le commerce international et l'industrie manufacturière.
(*) La longueur de ces gousses variait de 6 à 9 centimètres, leur largeur de 2,5 à 3 centimètres; ils renfermaient 2, 3, 4 ou 5 graines brunes, globuleuses, pescint chacune jusqu*à près de 2 grammes, attachées alternativement sur chaque côté de la nervure dorsale par de forts pédicelles appartenant, au nombre de 1, 2 ou 3, à l'une des valves, et de 1 à 2 à Tautre valve; une de ces graines entières donna en moyenne, sur trois, les poids suivants :
Tégument,.... 0,79M Embrtoo.... 0,6*5 p^id. toU.1 = ^,645 Pensperme. . . . 0,210 | Pedicelie 0,020 »
(**) Voj, la définition que M. Chevreul a donnée de ceux-ci dans le numéro d'août 1866 du Bulletin de la Société impériale et centrale d*agri~ culture de France,
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2^ Les graines deDialium vannes de Chine renferment à la fois de la cellulose, de Thuile, de Tamidon, des substances azotées et salines. 3® Autour de l'embryon se trouve un périsperme compacte, juxtaposé à la face interne du tégument brun et très-dur de la graine. Ce périsperme est remarquable à plus d'un titre : il diffère des autres périspermes décrits par sa structure et sa composition (*). J'avais fait voir précédemment [ifojr- plus haut, p. 15) que parmi les périspermes cornés celui du Phytelephas {dix ivoire végétal) est formé d'un tissu résistant de cellules à parois très-épaisses en cellulose, renfermant dans leurs cavités cylindroides et dans les caualicules qui se correspondent d'une cellule à l'autre, des corps azotés colorables en orangé-jaune par la solution aqueuse d'iode, prenant ensuite une coloration plus intense et se colorant davantage au contact de l'acide sulfurique à 2 équivalents d'eau en même temps que la cellulose désagrégée se colore en bleu, puis disparaît en se dissolvant et ne laissant que la trace des corps azotés. Les périspermes des fruits du dattier offrent dans leur structure et leur composition des caractères analogues : le périsperme du café formé d'un tissu cellulaire à parois épaisses de cellulose injectée de plusieurs substances renferme en outre, dans ses cavités irrégulières communiquant enti*e elles, des matières grasses plus ou moins abondantes, des essences, un principe aromatique soluble dans l'eau, de la caséine, des substances colorables, azotées, salines et plusieurs immédiats {yojr. plus loin les autres principes, chapitre Café) ; quant aux divers périspermes farineux, oléagineux ou charnus, ils diffèrent bien plus encore du périsperme de la graine du Dialium; celui-ci, d'un blanc grisâtre, se peut diviser en deux lames épaisses appliquées sur les cotylédons jaunâtres ou jaune verdâtre. La partie périphérique de ce périsperme présente sous l'épisperme un tissu composé de 2 â 4 rangées de cellules irrégulièrement arrondies, sur lesquelles sont fixées d'autres cellules allongées, étroites, ramiGées ou anastomosées, comprenant entre elles de plus grands espaces à mesure qu'elles pénètrent plus avant dans l'épaisseur du périsperme. Toutes ces cellules à minces parois douées des propriétés caractéristiques de la cellulose renferment des corps azotés colorables en jaune orange par l'iode, prenant ensuite une coloration plus intense et se contractant par un contact de l'acide sulfurique à 60' qui peut faire colorer
(*} ^oy, les Jnnales des sciences naturelles, 1867.
48 SUBSTANCES PECïIQURS.
simuItaDément en bleu les cellules du tissu en même temps que , sur divers points , des gouttelettes d'huile sortent des substances azotées où elles étaient disséminées et imperceptibles. Dans ce tissu périspermique enveloppant les cotylédons se trouve une sécrétion blanche amorphe douée de propriétés caractéristiques. Elle réside dans le tissu sous Tépisperme jusque dans toutes les mailles graduellement élargies que forment entre elles les cellules étroites rameuses anastomosées : c'est une sécrétion particulière remplissant tous les intervalles entre les étroites cellules et venant s'appliquer sur la face externe de chacun des cotylédons. Cette sécrétion peut absorber à froid trèsgraduellement environ 30 fois son poids d'eau, produisant alors une volumineuse gelée incolore et diaphane.
Si Ton place dans un flacon à large ouverture une moitié de périsperme de Dialium, la cavité en dessus, puisque Ton ajoute une quantité d'eau représentant 35 à 40 fois son poids, on verra sans peine au bout d'une heure la substance gélatiniforme apparaître sur les bords en mamelons lentement gonflés; au bout de 24 heures la masse de gelée transparente, débordant de toutes parts, enveloppera tout le tissu sécréteur hydraté, celui-ci demeurant sensiblement opaque en raison de sa densité plus grande que celle du liquide qui le pénètre.
Après cette simple et curieuse expérience voici comment on pourra constater la nature spéciale de la sécrétion gélatineuse : 8 ou 10 périspermes débarrassés des téguments et des embryons seront placés avec environ 40 fois leur poids d^eau dans un flacon assez large pour faciliter les développements : on verra la gelée diaphane les entourer peu à peu et les faire adhérer entre eux ainsi qu'avec les parois du vase et augmenter continuellement de volume en absorbant l'eau en quantité de plus en plus grande; l'eau surnageante devient sensiblement acide, plusieurs fois renouvelée en 5 ou 6 jours elle entraîne avec la portion soluble une partie de la substance gélatiniforme désagrégée et devient mucilagineuse, précipitable par lalcool en filaments analognes à ceux que produit la pectine dont elle diffère par plusieurs {propriétés essentielles. La gelée ainsi épurée (incomplètement en raison de l'extrême lenteur de la pénéti*ation de l'eau) peut être débarrassée des tissus périspermiques en doublant la dose d'eau, agitant fortement le mélange et le soumettant, dans une toile claire humectée, à une énergique pression qui fait transsuder le liquide transparent, mucilagineux.
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Celui-ci rapproché à sec dans une soucoupe de porcelaine se réduit en une lamelle incolore et diaphane qui se soulève spontanément, se gonfle subitement au cotitact de Teau, est dissoute par Tacide sulfurique à 60® sans se colorer ni acquérii*, comme la cellulose, la propriété de bleuir par l'iode.
Le liquide mucilagineux ne change pas de consistance sensiblement après Tébullition, ni par Taddition de quelques centièmes de potasse, de soude ou d'ammoniaque', la diastase ne lui fait éprouver aucun changement appréciable.
Les solutions du sel marin , des sulfates de chaux, de cuivre, de zinc, de fer, d'alumine et potasse, de tanin, n'y occasionnent pas de prédpité ; Teau saturée de baryte ou d'acétate tribasique de plomb et l'alcool à la dose de 10 centièmes et au delà y produisent un coagulum graduellement contracté.
Ces propriétés ne permettent pas de confondre la dialose avec les substances pectiques (pectose, pectine, acides pectosique, pectique, etc., etc.). La dialose s'est rencontrée dans un périsperme semblable dont j'ai constaté la présence dans une autre légumineuse {Gleditschia)\ les fruits, également rapportés de Chine par M. Champion, comparés avec ceux du Dialium; ont un péricarpe beaucoup plus mince ne renfermant pas d'amidon ; les cotylédons n'en contiennent pas non plus, de sorte qu'ils donnent par la calcination des vapeurs alcalines, tandis que les cotylédons du Dialium produisent des vapeurs acides ; les gousses, beaucoup plus longues (15 à 29 cent.), plus étroites (2 à 2,5 cent.), renferment une pulpe contenant un principe analogue à la Saponine; les graines, au nombre de 12 à 16, ne sont pas attachées par de forts pédicelles : elles se détachent spontanément à la maturité et ballottent dans la gousse; cependant ces graines (de couleur rousse) contiennent un périsperme semblable à celui des graines de DiaUum, semblable aussi aux périspermes du Gleditschia ferox des cultures du Muséum.
Les graines du Cassia tora^ du Ceratonia siliqua (caroubes) et du Styphnolobium Japonicur^ (Sophora japonica) des cultures du même établissement ont présenté une structure analogue quant à leur périsperme et à ses tissus spéciaux, mais ceux-ci ne contiennent pas de dialose (*). Le périsperme du Styphnolobium
O ^^^' 1^ Comptes rendus de rAcadénùe des sciences ^ 7 septembre 1866, p. 465, et les Jnnaies des sciences naturelles, 1867.
cimox nrovsTH. n— 4
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a donné une substance mucilagineuse précipitable par Talcool, mais on n'a pu en extraire de dialose gélatineuse.