VARIÉTÉS, CULTURE DE LA VIGNE
et indique les moyens de propager les plants des meilleures variétés; nous rappellerons diaprés lui ces procédés faciles et économiques.
Il suffit, au moment de la taille, vers la fin de féTrier et les premiers jours de mars, de mettre en réserve les sarments retranchés des fins cépages à bon vin; on les met en fagots, que Ton étend, en les déliant, dans des fossés de 40 à 50 centimètres de profondeur; on rabat la terre, que Ton foule un peu. Ainsi enterrés, les sarments se préparent et se conservent à la disposition du planteur jusqu'au mois de juin. On a donc le loisir nécessaire pour disposer les terrains à planter en vigne ou en pépinière; celle-ci peut économiquement servir à former le plant, car 1 are en pépinière fournira tout le plant nécessaire à 1 hectare de vigne devant contenir 10 000 pieds à 1 mètre d*espacement entre eux.
Le plant appelé melon est analogue au gamay blanc et plus productif encore; mais son jus est trop aqueux pour donner un vin de bonne qualité.
La variété dite diArbois^ dont les pampres sont très-hauts, le fruit gros, allongé, un peu âpre et aromatique, donne un vin de fantaisie agréable, surtout pendant qu'il est sucré. Les variétés dites muscat rouge et muscat blanc, dans plusieurs contrées méridionales, donnent des vins de liqueur à odeur musquée. On ajoute quelquefois une petite quantité de raisins d' Arbois ou de muscat aux cuvées des vins fins, pour varier légèrement leur bouquet.
L'exposition des vignobles a la plus grande influence sur la qualité des vins : les coteaux bien insolés donnent les produits . les plus estimés, particulièrement dans les crus de Bourgogne, de Champagne et de Bordeaux. Cette influence est telle que, sur un même coteau» à des hauteurs différentes, on obtient des qualités de vin très-distinctes; le vignoble de Mont-Rachet, par exemple, qui donne un vin très-estimé, se divise en trois parties dont les produits prennent des noms correspondants à leurs positions et à leurs qualités. Le vin provenant de la partie basse du coteau est désigné sous le nom de Mont-Rachet bâtard; celui qu'on récolte dans toute la portion moyenne du coteau est le meilleur et s'appelle vrai Mont-Racket; enfin, le vin provenant du fruit cueilli à la partie supérieure, et dont la qualité est de beaucoup moins bonne que celle du vrai Mont-Rachet, prend le nom de chevalier Mont-Rachet.
La composition du sol peut faire varier la saveur du vin ; mais son influence, en général» ne s'oppose pas à la production .des qualités supérieures, car on récolte des vins de très-bonne qualité, bien que doués de bouquets spéciaux, dans des sols de composition très-différente. Ainsi, les vins justement renommés des crus de Bourgogne vienuent d'un sol argilo-calcaire ; les vins de la Champagne sont obtenus dans un terrain plus calcaire ; le vin de TErmitage correspond à un sol granitique ; le vin de Châteauneuf s'obtient sur un sol siliceux ; une terre caillouteuse produit le vin de la Gaude ; des sables gras donnent les vins de Graves et de Médoc ; un sol schisteux fournit le vin de Lamalgue, près de Toulon.
Il est important de choisir les engrais pour la culture de la vigne : en effet, ceux qui sont trop actifs accroissent les quantités des produits aux dépens de la qualité ; les engrais à odeur forte et désagréable, tels que les F)oues des grandes villes, les matières fécales non désinfectées, etc., altèrent sensiblement Tarome du vin. Divers engrais, non infects et lents à se décomposer, conviennent mieux : tels sont les chiffons de laine, les rognures de corne, le noir animal, les marcs de raisin épuisés, enfin la terre végétale descendue au bas des coteaux et qu'on remonte dans le vignoble {yoy, le chapitre des Engrais).
La vigne est sujette à divers accidents et maladies. L'un des plus fréquents est la gelée, qui, suivant son intensité, peut compromettre une ou plusieurs récoltes. La grêle est encore un de ces fléaux inévitables qui viennent désoler le vigneron. Les assurances mutuelles entre un grand nombre de propriétaires semblent seules pouvoir atténuer l'effet des désastres produits par ces deux causes.
Un des insectes les plus redoutables pour la vigne, la pyrale, est une espèce de noctuelle dont la chenille, avant de se transformer en papillon, attaque les bourgeons et les jeunes feuilles. On a longtemps cherché à détruire cet insecte, mais presque tous les moyens, tels que l'échenillage, la destruction du papillon au moyen de lampions allumés pendant la nuit, étaient insuffisants. Cependant l'étude attentive faite par plusieurs naturalistes, et surtout par Audouin, des mœurs de l'insecte, a pu contribuer à un heureux résultat. Raclet, vigneron de la Côte-d'Or, est enfin
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parvenu à détruire les chenilles logées dans les fissures des écbalas et dans les ceps de vigne, en les échaudant au moyen de F eau bouillante. Cet échaudage est maintenant employé avec succès ; il suffit de verser sur chaque cep environ 1 litre d'eau bouillante pour faire périr les insectes plus ou moins nombreux, sans que la température des tissus de la vigne soit assez élevée pour nuire sensiblement à la plante, dans les moments où les bourgeons ne sont pas encore développés.
Un mal bien plus grave et d'une étendue beaucoup plus considérable est venu depuis Tannée 1846 porter la désolation dans nos vignobles, réduire de plus de moitié la production du vin et des I celle des alcools de vin.
Observé d'abord en 1845 et 1846 dans les serres de Margale, par un jardinier nommé Tuckerj il fut attribué par Berkeley aux attaques d'une mucédinée parasite, à laquelle il donna le nom à' Oïdium tuckeri {yoy\ dans lé Bulletin des séances de la Société centrale d!" agriculture^ mai 1849, une communication du savant cryptogamiste, le docteur Montagne). Cette maladie, dans sa source et son mode de propagation, offre les plus grandes analogies avec l'affection spéciale des pommes de terre, qui reconnaît pour une des causes principales une autr^ cryptogame parasite, le Botrjrtis infestarts.
Le champignon parasite de la vigne parait être, suivant M. Tulasne, un Eresyphe voisin des espèces de parasites vrais qui occasionnent les maladies appelées blancs ou gris'du pécher, du rosier et des houblons ; ces maladies peuvent aussi être guéries par le même moyen du soufrage.
L'Eresyphe de la vigne s'est développé plus particulièrement d'abord dans les serres de primeur où se rencontraient les conditions de température et d'humidité les plus favorables à sa fructification : de là, sans doute, des myriades de sporules produites par sa prodigieuse fécondité se sont répandues de toutes parts, flottant dans l'air comme ces corpuscules qu'un rayon de soleil nous fait apercevoir. Partout dans les vignobles où se rencontrent à la fois la chaleur et l'humidité les attaques du parasite ont été plus générales ; sa présence devenait surtout manifeste à la superficie des grains de raisin en voie de développement ; un léger voile blanchâtre, par degrés, s'étendait sur eux ; l'épiderme, comme le tissu sous-jacent, bientôt épuisés des sucs nourriciers dont le mycélium du parasite s'empare, cessent de s'accroître, tandis que les organismes intérieurs, continuant à