USAGES DE L'ALCOOL
Les eaux-de-vie à 22, 21 et 20^ Cartier, ou 58,7, 58 et 52,5 centésimaux, correspondent aux trois titres oommerciaux, ap* pelés preuve de flollande, preuve de Londres et double Gogpaac.
Les eaux-de-vie de vins sont en grande partie consommées comme boissons alcooliques en France, et exportées à l'étranger; Talcool bien rectifié aux titres de 85, 90, 94*, s'emploie, sous le nom d^esprit ou d'alcool bon goât, pour alcooliser les vins faibles et les vins d'exportatiô-n, ou pour préparer diverses liqueurs de table et les fruits confits dits à Teau-de-vie.
On a longtemps considéré les eaiix-de-vie comme pouvant fournir rapidement, dans l'acte de la respiration, Télément calorifique ou le carbone et une partie de son hydrogène en se transformant en eau plus acide carbonique avec le concours de l'oxygène de l'air
Mais les choses ne se passent pas ainsi. Des expériences récentes ont prouvé que la plus grande partie des vapeurs alcooliques sortent de l'économie animale sans avoir été brûlées ^ par conséquent sans avoir produit cette sorte d'alimentation respiratoire qu'on lui avait attribuée. Une partie seulement, d'après des observations plus récentes encore , serait transformée eu aldéhyde»
Malgré des mesures municipales variées, la consommation des eaux-de-vie potables s'accroît sans cesse dans nos villes et plus encore dans la Grande-Bretagne : elle y représente, en moyenne, 29 litri^ par tête, c'est-à-dire le double de ce qu'elle est à Paris, où elle s'élève à 22955 200 litres à 50^ pour une population de 1697141 (garnison comprise), c'est-à-dire à 13 Utres par tète annuellement.
L'alcool incomplètement rectifié des différentes provenances s'emploie dans la préparation du genièvre et des liqueurs communes.
On s'en sert pour confectionner les vernis dits à Talcool, fabriquer le vinaigre , conserver les pièces anatomiques , les plantes des herbiers (on ajoute pour cet usage, à l'alcool ordinaire, 0,02 de bichlorure de mercure : les plantes immergées, puis desséchées, sont garanties contre les insectes par cette substance vénéneuse). On emploie l'alcool pour préparer des teintures (alcoolats) et divers extraits pharmaceutiques : c'est un des dissolvants spéciaux propres aux analyses immédiates et autres;
il entre dans la confection des eaux aromatiques dites de Cologne; on en fait usage pour extraire la quinine et les autres bases oi^niquesy pour lustrer les bougies stéariques, confectionner le saTon diaphane, préparer la potasse et la soude pures, essayer les sels de soude demi-caustiques, obtenir des flammes ronges ayec le chlorure de strontium, vertes avec le chlorure de cuivre; comme moyen de chauffage dans les laboratoires et l'économie domestique, pour préparer leb solutions alcooh'ques de plusieurs carbures d'hydrogène, et obtenir ainsi \ hydrogène liquide propre à réclairage; uni au sulfure de carbone dans les proportions de 5 à 6 pour 1 00, il entre dans la confection de la pâte de caoutchouc, destinée à être étirée par la pression en fils, tubes, lames unies et gaufrées; mêlé avec 9 à 10 volumes d'éther hydrique, il sert à dissoudre le coton azotique ou pyroxyle \yoy, plus haut) et confectionner le coUodion qu'emploient les médecins, les chirurgiens et les photographes; enfin, on décompose Falcool pour fabriquer Téther hydrique.
Ce composé fut découvert en France par Soubeiran, et observé presque en même temps par M. Liébîg à Giessen; il paraît être appelé à jouer un grand rôle dans l'intérêt de l'humanité. Sa vapeur, mêlée à l'air, produit dans l'acte de la respiration des effets enivrants analogues à ceux obtenus par l'éther, et capables d'amener cet état (anesthésique) d'insensibilité profonde et passagère qui peut supprimer la douleur, enlevant ainsi à certaines opérations chirurgicales ce qu'elles ont de plus redoutable (*).
Dans cette application, le chloroforme n'est pas exempt de ces dangers d'asphyxie que l'emploi de l'éther a fait craindre, et qui déjà s'étaient réalisés; il faut donc procéder avec les plus grandes précautions à ces applications délicates et toujours en présence d'un médecin habile. Ainsi seulement peut être évité
(*) Le chloroforme, observé en 1831 par Soubeinm, a été étudié en 1832 par M. Liébig, en 1835 par M. Dumas, et essayé sur les animaux par M. Flourent, le 8 mars 1857. Simpson d*Édimbourg' fit en novembre 18(^7 les premiers oporaiions publiques chirurgicales. 5 grammes ou environ 100 gouttes sur une éponge, un mouchoir en cône, etc. , suffisent ordinairement pour amener, par la respiration de sa vapeur mèlde à l'air, l'état d'insensibilité ches une personne adulte de force moyenne.
le grave reproche que Ton a fait à cette remarquable application (*).
Propriétés^ composition.-^ Le chloroforme est un liquide dia« phane, incolore, pesant près d'une fois et demie autant que l'eau, doué d'une odeur éthérée spéciale; le point de son ébuUition, inférieur à celui de Taicool, est de 60*, 8 centésimaux sous la pression de 0,76 ; sa vapeur est au delà de quatre fois aussi dense que Tair : elle pèse 4,2, Tair pesant 1. Le chloroforme ne s'en* flammant pas directement, ne présente pas les dangers d'incendie, toujours imminents lorsqu'on transvase l'éther. L'alcool et l'éther dissolvent le chloroforme qui est séparé par l'eau de ces solutions.
La densité du chloroforme pur est égale à 1,48 pour la tem* pérature de'-H 18*, son degré d'ébullition correspond à 4- 61* sous la pression de 0'",76; on le désigne aussi sous le nom A^éther méthylchlorhjrdrique bichloré^ mais il est plus connu sous le nom de chloroforme qu'il a reçu, parce que, mis en contact avec une solution alcoolique de potasse, il donne du chlorure de potassium et du formiate de potasse. C'est d'ailleurs le deuxième produit que l'on obtient de l'action du chlore sur l'éther méthylchlor* hydrique; le premier produit est l'éther méthylchlorhydrique monochloré (G» H» Cl*).
Le chloroforme peut brûler en produisant une flamme verte.
La composition du chloroforme déterminée par M. Dumas correspond à la formule et aux nombres suivants :
(? = 150 oa en centièmes.... 40,05 H = 4S,5 M 0,84
as =4331,25 » 89,40
Préparation. — Un moyen simple de se procurer ce liquide consiste à distiller un mélange de 1 kilogr. d'hypochlorite de chaux avec 3 Utres d'eau et 165 grammes d'alcool, dans une cornue assez grande pour ^n'avoir point à craindre le boursouflement. On peut laver le produit avec de l'eau pure que l'on enlève ensuite à l'aide d'une pipette. Si on voulait rendre le
{*) M. Floureng, par suite de ses expériences sur les anima tix, a nettement caractérisé ainsi les grands avantages et les dangers des moyens anesthésiques : c L'éther est nn asent à la fois merveilleux et terrible. > Ce savant démontrait plus tard, k l'Académie des sciences, que le chloroforme est un agent plus merveilleux et plus terrible encore.
chloroforme anhydre, il faudrait Tagiter aveo six fois son volume d'acide sulfurique, laisser déposer, décanter le chloroforme et le distiller au bain-marie sur de la baryte ou de la chaux : on l'obtient alors avec les propriétés indiquées ci^dessus. Une distillation directe et convenablement ménagée sur la chaux suffirait probablement.
On a encore conseillé de préparer le chloroformé en mettant dans un alambic 40 litres d*eau dans laquelle on a éteint 5 kîlogr. de chaux vive; la température du mélange étant à 40*^, on y ajoute 10 kilogr. A^hjroochlorite de chaux ordinaire à 90 ou 100*, puis 1^,500 d'alcool à 85 degrés; après avoir bien agité le liquide, on place le chapiteau qui communique avec le serpentin, on porte la température à TébuUition, et la distillation commence : dès lors on diminue le feu, et la distillation continue d'elle-même. Le chloroforme est obtenu sous une couche de liquide aqueux, on l'extrait en le séparant au moyen d'un récipient florentin; on le lave, enfin on l'épure en le distillant au bain-marie sur du chlorure de calcium.
Le liquide surnageant, le chloroforme doit être réintroduit avec 1 Utre d'alcool dans le vase distillatoire refroidi, outre ce qui y est resté et après que Ton y a versé 10 litres d'eau, puis 5 Lilogr. de chaux hydratée et 10 kilogr» de chlorure de chaux; on distille alors comme la première fois.
Si la cucurbite a une suffisante capacité, on peut répéter quatre fois ces opérations et obtenir en somme, en employant 4*'S5 d'alcool à 80\ 2620 de chloroforme.
On fabrique plus économiquement ce produit en chauffant par la vapeur d'eau le mélange dans un vase cylindrique en bois doublé de plomb ; un tube au haut du vase conduit le chloroforme dans un flacon intermédiaire; un deuxième tube le dirige vers un serpentin où la condensation s'opère*
D'après les expériences de M. Miahle, le chloroforme pur n'a qu'une faible action rubéfiante sur la peau. Lorsqu'il agit jusqu'à produire des phlyctènes, c'est qu'il contient de l'alcool anhydre. On reconnaît cet état en laissant tomber une goutte de chloroforme dans l'eau : la goutte se précipite et reste diaphane si le produit est pur, tandis qu'elle acquiert une teinte opaline prononcée s'il contient de l'alcool (*).
(*) Le chloroforme contenu dans le sang est facile à reconnaître; on met le liquide dans un ballon communiquant avec un tube horizontal chauffé au
Le chloroforme pur dissolvant en grande proportion la plupart des substances résineuses et grasses, on pourra peut-être l'utiliser dans la confection des vernis, pourvu que les quantités ne soient pas assez grandes. ni Tespace assez limité pour que ses émanations deviennent dangereuses à respirer*
rouffe dans nn fourneau, on échauffe alors le ballon par un bain-marie d*eau : le chloroforme oui traverse le tube est décomposé, le chlore rers le bout du tube rencontre aes bandes de papier enduites d'un mélange d'empois très-léger et d*iodure de potassium, le chlore se substitue à Tiode qui, derenu libre, teint la matière amylacée en bleu indigo.
Le sang normal ne produit rien de semblable. On comprend toute l'importanœ de ces laits dans les recherches chimiques médico-légales.
M. Jules Roux applique le chloroforme sur les plaies des opérations chirurgicales; il paraît que la propriété calmante s'y manifeste.
600 Aai)E ACÉTIQUE.