FABRICATION DU PAPIER
1. HIBTOnS Dg LA FABBICATIOR DO PAPIER. — 2. MATIÈBES PRBMIftRES. ^ 3. LES- SIVAGE DANS DN APPAREIL ROTATIF. — 4- LESSIVAGE A L'AHMOtOAQUE. — 5- BLAH- CHIME14T AU CHLORE GAZBOX. — 6. COLLAGE A LA RÉSINE. — 7. DISTRJBCTEUR ET MACHINE À PAPIER. -^ 8. FORCE ET VAPEUR DANS UNE PAPETERIE. — 9. COLLAGE A LA MAIN AVEC LA GÉLATINE. — 10. APPAREIL MÉCANIQUE POUR LE COLLAGE A LA GÉLATINE. — 11. ESSAIS SES PAPIERS. — 12. PAPIERS TEINTS EN PÂTE. — 13. PA- PIERS DIVERS. — 14. PlTES A PAPIER OBTENUES DU BOIS, LE LA VAILLE, DU SPARTE, ETC. — 15. CARTONS.
f . Histoire de la fabrleation do papier.
En général» les matières premières de la fabrication du papier blanc sont des substances filamenteases ou fibreuses, provenant du règne végétal, notamment les fibres textiles du chanvre, du lin, du coton, parfois celles des tiges du bananier, des. feuilles de Vjigai^e americana^ du Phormium tenax^ du palmier nain, et toutes celles qui ont été mises en usage pour fabriquer des cordages, des fils, des tissus, et qui, après un long usage, arrivent dans les papeteries, sous forme de débris appelés chiffons^ cordes^ étoupes. On y emploie en outre depuis peu de temps les membranes allongées extraites du bois, les fibrilles de la paille des céréales, du sparte, etc.
On voit que le papier est formé de cellulose qui doit avoir la forme filamenteuse ou fibreuse, afin que ces fibrilles ou membranes, suffisamment longues et souples, s'entrelacent et forment cette espèce de feutre qui constitue la feuille de papier. On comprend que les parties cellulaires des tissus végétaux formées de cellules arrondies ou polyédriques ne sauraient se prêter à un pareil feutrage ; elles sont d'ailleurs éliminées par les lavages et passent au travers des tamis qui ne retiennent guère que les filaments et les membranes plus ou moins longues : de là le déchet considérable qu'éprouvent les pulpes de pommes de terre, de betteraves, etc., que Ton a essayé de convertir en pâte à papier, surtout lorsqu'on veut les épurer par un blanchiment complet.
Aux vieux chiffons, qui forment la matière première la plus employée, on joint les rognures des tissus neufs, trop menues pour servir à d'autres usages. Dans ces derniers temps on est parvenu à utiliser, pour la fabrication du papier, la cellulose
fibreuse extraite de plusieurs tiges de graminées, et même des fibres ligneuses de diverses essences forestières. On se sert dans ]a fabrication de certains papiers des fibres textiles animales, notanmient de celles qui se rencontrent dans les chiffons de laine et de soie, mais on doit les traiter séparément.
Chacun sait que les débris des tissus des diverses substances textiles deviennent de jour en jour plus insuffisants, à mesure que la consommation du papier acquiert de plus grandes proportions, que l'instruction se propage et que la publicité prend un essor plus rapide.
De cet état de choses est née une industrie qui se développe en France, en Belgique, en Allemagne, en Angleterre, en Amérique, dont le but est d'extraire la cellulose fibreuse de végétaux qui, jusqu'alors, n'avaient fourni aucune quantité de maticre première à la papeterie.
Avant d'indiquer les matières premières et de décrire les procédés à l'aide desquels on peut subvenir au manque des débris de tissus et des fibres textiles, nous jetterons un coup d'ceil rapide sur l'histoire de la fabrication du papier, et nous ferons connaître l'industrie dans son état actuel, en insistant sur les principales améliorations récentes qu'elle a reçues.
Après avoir fait usage pour écrire, dans des temps reculés, de tablettes minérales, ou d'ivoire, ou d'écaillé, puis de parchemin, on utilisa pour cette application un produit naturel végétal fourni par le papvrus [Papyrus antiquorum^ Cjrperus papyrus^^ Cypera^ cées)^ d'où le nom de papier tire son étymologie. Mais les écritures sur papier ne purent se généraliser qu'à dater de l'époque, fort ancienne d'ailleurs, où les fibres textiles furent employées à sa préparation, soit à l'aide d'une habile et patiente superposition des délicats feuillets du liber des jeunes tiges ou rameaux des arbres, soit au moyen du feutrage des filaments ou tubes longs et minces formant les poils de la graine du cotonnier {GossypiuiHy Malçacées)y ou des longues fibres corticales des plantes textiles, notamment du lin [Linum usitatissimum^ Linées), du chanvre {Cannabis satiuuj Cannabinées), ou encore des fibres semblables disséminées dans les épais tissus cellulaires des feuilles de diverses plantes {Jgaue americana, Broméliacées), ou les fibres des tiges de plusieurs Monocotylées {Bambusa arundi" naceaj Graminées) [*).
(*) A Tépoque de la conquête, on se servait au Mexique de répiderme lé-
L^invention du papier formé de liber ou de fibres textiles remonte aux Chinois (*), qui fabriquent encore des papiers d*une finesse extrême et d^une remarquable ténacité avec des feuillets de liber superposés, quelquefois plus légers que nos papiers pelures. Les Chinois préparent» comme dans les temps anciens, du papier feutré provenant des fibres du bambou obtenues par un rouissage prolongé et une division au moyen de pilons en bois, comme dans notre méthode primitive (encore employée dans quelques papeteries pour les fibres textiles brutes et les chiffons écrus de chanvre et de lin). On connut au cinquième siècle le papier de coton sous le nom de car ta bombycina.
Les procédés chinois auraient été transmis aux Persans vers 650, puis en 700 aux Arabes, qui les introduisirent en Espagne. Ne trouvant là ni bambous ni cotonniers, ils y substituèrent avec succès les fibres textiles du lin, que Ton y récoltait en abondance n.
L'usage du papier de coton se répandit d^Espagne en France (***); les premières papeteries s'établirent chez nous à Troyes, puis à Essonne au commencement du quatorzième siècle; en Allemagne, ce fut à Nuremberg, vers 1390. Le quatorzième siècle vit se fonder des papeteries à Padoue, à Colle en Toscane, à Fabriano (Piémont). Dans le cours du siècle suivant, plusieurs papeteries furent fondées en Angleterre, qui jusque-là avait fait venir le papier de France.
Les belles sortes de papier étaient encore tirées de France et de Hollande, lorsque, vers 1790, Whatmau, après avoir visité les principales papeteries du continent, fonda la grande usine de Maidstone, qui est comptée maintenant encore comme une des papeteries les plus justement célèbres.
Les Hollandais ont inventé les cylindres garnis de lames en vue de diviser les chiffons et de remplacer les maillets employés
sistant et facile à enlever de VJgape anurieana^ comme d'uoe sorte de papier tout fait.
(*) Delt origine ^ progreui e stato attuaU ^cgni lîtteratura^ par Tabbé Andrez. Panne, 1782. ^oj, aussi le l** volume des Grandes usines de France^ par M. Turgan, 1860.
(**) Edrisi, auteur arabe, écriyait en 1150 : c Xativa, aujourd*bui San Felipe, est une jolie ville, possédant des cbâteaux, dont la beauté est passée en proverbe : on y fabrique du papier tel qu'on n'en trouve pas de pareil dans tout Tuuivers ; on en expédie à l'Orient et à l'Occident. »
(***) Une lettre du sire de Joinville à saint Louis, datée de 1270, est écrite sur de semblable papier.
avant eux pour piler les débris de tissus : de là le nom de piles que Ton a conservé aux appareils à cylindres des Hollandais, employés aujourd'hui dans toutes les papeteries, avec plusieurs améliorations dues à M. Gabriel Planche.
Les premières piles à cylindres ont été construites à Essonne, et ce fut dans la même papeterie que Robert, en 1790, exprima ridée de la fabrication du papier continu. Les admirables machines qui fonctionnent aujourd'hui ont été fondées industriellement en Angleterre, où se trouvaient les capitaux et des mécaniciens habiles, par Didot Saint-Léger et Gamble, à Dartford, avec le concours de Foudriner, propriétaire de l'usine ; l'idée de Robert se trouvait réalisée en 1803. Ce fut Donkin, mécanicien, qui organisa dans les ateliers de Hall ces machines douées d'unt remarquable et indispensable précision.
L'invention, graduellement perfectionnée, revint en France en 1811, époque à laquelle, sur les plans de Didot Sai ut-Léger, Berthe établit à Saint-Roch, près d'Anet, la machine que Calla avait construite.
C'est à Crompton, un des plus grands industriels fabricants de papier, qu'est due l'invention du séchage par les cylindres intérieurement chauffés à la vapeur (et partiellement depuis à l'aide de la circulation de l'eau).
Indépendamment de ces inventions et perfectionnements, la préparation des pâtes avec les chiffons, les étoupes et divers débris de tissus, de cordes et cordages, ainsi que le collage à la résine, reçut, en France surtout, d'importantes améliorations. Ce fut notamment par les applications de la soude, due au génie de Leblanc, du chlore et des hypochlorites appliqués d'abord au blanchiment des fils et tissus, par BerthoUet, Descroizilles, Weltcr, etc., par les procédés qu'ont introduits ou perfectionnés Montgolfier, M. Amédée Gratiot et plusieurs inventeurs coutemporains,
S* Hatléres preniéres.
Les matières premières destinées à la fabrication du papier présentent des caractères communs : toutes doivent pouvoir, après une épuration assez complète, être amenées à l'état de cellulose fibreuse et résistante.
La cellulose pure, formant la trame des cellules et des fibres végétales, présente toujours la même composition chimique, qu'indique la formule C" H** O**; elle contient en poids du car-